Philip Seymour Hoffman (La Guerre selon Charlie Wilson)

Marie-Aurélie Graff | 21 août 2008
Marie-Aurélie Graff | 21 août 2008

Dans La Guerre selon Charlie Wilson, Philip Seymour Hoffman interprète l'exhubérant espion Gust Avrakotos. A l'occasion de la récente sortie du film en DVD, l'acteur, oscarisé pour son incarnation de Truman Capote, revient sur le film et son parcours.

 

 

Vous avez passé un certain temps avec Milt Bearden : quels détails vous a t'il donnés pour jouer le rôle de Gust ?

Milt était en Afghanistan où il a été le dernier chef de garnison en place. Il y était depuis la fin des années 80, quand la guerre afghane touchait à sa fin. Il connaissait personnellement Gust. Ce fut l'aide la plus importante pour moi. Il m'a beaucoup plus appris sur sa relation avec Gust que sur la CIA. J'ai pu apprendre qui Gust était, ce qu'il faisait. Ce fut très instructif.

  

 

Cela a t-il été amusant de jouer un personnage si provocateur ?

Oui, assez. On traitait à la fois des choses malheureuses comme heureuses qui lui arrivaient, à partir de là je pouvais faire la distinction entre ses qualités et ses défauts et améliorer mon interprétation. J'ai beaucoup lu sur sa vie, les choses outrageantes qu'il a faites. Quand il dit que les gens essayaient de le tuer, c'était vrai ! Quand il était en Grèce il risquait sa vie tous les jours et d'ailleurs plusieurs de ses compagnons s'y sont fait tuer. Ce fut un des personnages les plus intéressants à jouer, avec tous ses extrêmes.

 

 

 

 

 

Gust est-il toujours en vie ?

Malheureusement il est mort l'année dernière, le 4 décembre, juste quelques mois avant que je commence à travailler son rôle. Je suis vraiment déçu de ne pas avoir pu le rencontrer.

 

 

Aves-vous rencontré le vrai Charlie Wilson ?

Il n'était jamais loin. Apparemment il était très proche de Gust. Son personnage dans le film est très ressemblant. Très grand, bel homme et capable de vous charmer en quelques secondes. Il pouvait vous convaincre en un battement de cil, il était vraiment très intelligent, très Texan.

 

 

Qu'en est-il de Joanne Herring ?

Elle était là aussi, mais je ne l'ai pas rencontré.

 

 

 

 

Avez vous ressenti comme une responsabilité à jouer ce rôle. Cela a t-il été plus dur de jouer un personnage qui a vraiment existé ?

 

Déjà, chose importante à préciser, ce n'était pas un documentaire. Vous interprétez l'histoire de ces personnages et donc certains faits et vérités basés sur la réalité, ce qui peux vous aider à mieux connaître l'Histoire, mais ça reste de la fiction. Quand j'ai joué Truman Capote, j'ai appris que je devais ressembler à mon personnage au mieux, en m'inspirant de la façon dont il vivait, même si ça reste de la fiction. C'est la meilleure façon d'interpréter un tel personnage. Dans le cas d'un docu-fiction il n'y aura aucune autre alternative que de ressembler physiquement au personnage que vous interprétez. Je ne veux pas qu'on se dise, en me voyant jouer ce rôle, que je ne ressemble pas à mon personnage, c'est pour ça que je me suis appliqué de telle sorte à ce qu'on en oublie son image, comme s'il n'avait jamais existé. Je joue de la même façon pour chacun de mes rôles et j'essaie de le faire au mieux à chaque fois.

 


Cela a t-il son importance sur votre carrière ? Pourriez-vous jouer un autre biopic ?

Le genre du film n'influence pas du tout mes choix.

 

 

Seriez vous intéressé par des films politiques désormais ?

J'ai envie de dire ni oui, ni non. Vous vous engagez dans des films que vous pensez sensés et artistiques. C'est ma vision des choses en tous cas. Les films qui vous donnent l'opportunité de créer quelque chose. Quand vous voyez, par exemple, n'importe quelle peinture vous vous demandez « Qu'est ce que c'est ? » et vous la regardez en détails pour le découvrir. Et en même temps, la politique est partout : du moment que vous parlez d'un personnage immergé dans une société et que vous racontez son histoire, vous racontez celle de cette société. Tout est question de politique. Je pense que c'est encore plus effectif quand vous traitez de la vie de quelqu'un qui est directement impliqué dans le gouvernement, bien entendu. C'est une façon de donner à la politique plus d'impact. La plupart d'entre nous qui vivons dans le monde réel, nos petites vies au jour le jour, n'avons aucune idée de ce qu'est la vie à la Maison Blanche, parce que nous n'y travaillons pas et ne prenons pas les décisions que ces gens, dans ces bureaux, prennent.

 

 

Pensez-vous que Charlie Wilson a eu sa part de responsabilité dans la fin de la Guerre Froide ?

Oui, et je trouve fascisant que son histoire soit l'un des éléments déclencheurs de la fin de cette guerre, tout en marquant le début du soutien des Etats-Unis envers les Talibans. Ce ne sont pas les seules choses, mais je me demande si les gens sont au courant de ce côté de l'histoire. Ce n'est intéressant pour moi que si cela peut avoir un impact sur quelqu'un, sinon il s'installe une distance entre vous et le spectateur. Dans ce cas, vous pouvez froidement porter un jugement sur le film, mais vous manquerez toute la profondeur des choses. J'aime explorer les choses où tout n'est pas que noir et blanc.

 

 

Pensez-vous qu'ajourd'hui il y ait un seul politicien qui soit capable de prendre le risque que Charlie a pris en Afghanistan ?

Il est important de dire que nous sommes à une époque différente et de plus je ne pense pas connaître aussi bien les hommes politiques actuels que je connais Wilson maintenant. Je les connais de la même façon que tout le monde : c'est à dire à travers les journaux, les magazines, les documentaires. Les rares fois où j'ai pu rencontrer des politiciens j'ai été surpris de réaliser combien ils étaient différents de ce que je m'étais imaginé. J'ai toujours des opinions préconçues.

 

 

 

 

 

Mike Nichols a dit qu'il ne pensait pas que le film propose des positions politiques. Pensez vous finalement qu'il en a, à une certaine mesure ?

Comme je l'ai dis plus tôt, tout est toujours question de politique. A la fin du film nous avons plus ou moins le sentiment que tout a été dit, mais que nous n'avons pas dit notre dernier mot en Afghanistan. Cette prise de position politique est celle d'un homme dans un film et son ressentiment sur la continuité de l'Histoire, dans laquelle il ne veut absolument plus prendre part. Mais je pense en effet que Mikes n'a pas expliqué ce qui avait causé tout ça. Pour le raconter il faudrait un autre film.

 

 

Est ce que les américains parlent souvent de politique ?

Oui tout le temps. 24H sur 24 et 7 jours sur 7...

 

 

D'un point de vue personnel ce rôle a-t-il déclenché chez vous certaines interrogations ?

Absolument. Comme je viens de le dire, les américains parlent de politique tout le temps. Nous passons nos vies à ça. Je pense que nous sommes envahi par la politique. Cela ne doit pas être si différent ailleurs, c'est quelque chose que nous faisons tous, où que nous soyons. Nous parlons de ça d'un point de vue personnel, que ce soit avec les gens que nous connaissons que comme d'une accroche pour faire connaissance.

 

 

Les choses ont-elles changées pour vous depuis Truman Capote ?

Pour tout vous dire, je n'ai pas reçu tant d'offres que ça après Capote. Pour en arriver là aujourd'hui j'ai juste eu la chance de toujours travailler avec des gens supers et si vous m'entendez dire un jour le contraire, s'il vous plait frappez moi ! Dans tous les rôles qui m'ont été donnés, les réalisateurs et les acteurs ont été fantastiques avec moi. C'est assez incroyable d'avoir pu travailler avec Mike Nichols et Sidney Lumet la même année. Rien n'était planifié, j'ai juste fait les bons choix par rapport aux gens avec qui je voulais travailler.

 

 

Et gagner un Oscar, ça a changé quelque chose ?

Je pense que les gens vont avoir plus de mal à me faire confiance à cause de ça. En contrepartie, plus de gens vous connaissent après que vous ayez gagné quelque chose comme ça. Avec ce film je considère être juste dans une continuité de quelque chose plutôt que d'avoir touché le stade ultime de la course au succès.

 

 

 

 

 

 

De quoi vous souvenez vous sur la Guerre froide ?

J'avais 11 ou 12 ans. Comme tous les enfants, je m'en souviens par rapport au boycott des J.O. Mais pour le reste, ça a commencé à être vraiment clair après le 11 septembre 2001. C'est à ce moment que l'Histoire a refait surface et que les gens ont commencé à vraiment s'y intéresser. Tout ce que j'ai pu apprendre de la Guerre Froide je l'ai appris en tant qu'adulte. De mes souvenirs d'enfance il ne me reste que les épisodes avec Reagan ou sur ce qui s'est passé au Nicaragua.

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