Angela Bettis (The Circle)

Laurent Pécha | 4 décembre 2006
Laurent Pécha | 4 décembre 2006

Révélée par May, la jeune comédienne Angela Bettis continue une carrière placée sur le signe de l'éclectisme et surtout de choix gonflés qui l'amène sur des projets pour le moins déjantés. Dernier exemple en date, The Circle, thriller nocturne qui a comme particularité essentielle, celle d'être entièrement tourné en un plan séquence. Un exercice technique redoutable et une performance de choix pour l'actrice qui n'a pas le droit à l'erreur. Pour nous, elle revient sur cette expérience pour le moins singulière.


Qu'est ce que cela fait pour une comédienne de prendre part à un tel projet ?
C'était très différent, un très gros défi et j'aime ça. Yuri est arrivé avec un projet fort et a été jusqu'au bout de son idée, il a réussi à prouver qu'il arriverait à le faire et m'a donné sa confiance. Et rien que pour l'enjeu technique et la motivation du réalisateur, je voulais le faire. Je pense vraiment que voir le film peut apporter au spectateur une vision intéressante du cinéma, j'aime les choses qui sortent du lot. D'ailleurs, je regarde toujours avec intérêt les projets qui sont différents du système hollywoodien actuel, même si je ne m'en exclus pas.

Quelles différences faites vous entre tourner The Circle et jouer au théâtre ?
C'est un peu la même chose dans la mesure où c'est 1h30 d'action sans interruption. Mais pas dans le sens où il faut projeter sa voix, et puis ce n'est pas l'univers renfermé du théâtre, dans le film nous changeons de lieux plusieurs fois et nous prenons même la voiture ! Il fallait toujours faire attention aux caméras et en même temps rester en dehors pour se concentrer sur notre jeu, c'était vraiment énorme.


Pourquoi interprétez-vous souvent des personnages bizarres ou étranges ?
Je ne sais pas ce qui m'attire vers ce genre de rôles. Mais c'est vrai aussi que je ne me fais jamais caster en tant que "fille typique". Cela fait 10 ans que je joue tous genres de rôles, mais il y a 5 ans, j'ai fait May et je porte l'étiquette d'actrice de films d'horreur depuis.

Vous aimez les personnages qui ont une part obscure en eux ? Pensez-vous que les films de studios ont peur de montrer ainsi des femmes ?
J'essaie de faire un peu de tout. Mais c'est vrai que je reçois des scénarios très spécifiques. Peut-être n'ais-je pas la beauté classique qu'ils recherchent pour les rôles types ? Peut-être suis-je trop sombre ? Je ne sais pas. Je dirais que la plupart des gens ont peur d'explorer le côté obscur de la femme. C'est tellement hormonal et profond. Tout le monde a un côté obscur, non ? Hommes et femmes. Les films de studios s'adressent avant tout à un public large. Je ne pense pas que ce soit le genre de public à vouloir explorer une telle chose. Ils veulent juste un peu de divertissement, se sentir léger un instant, puis continuer leur vie. C'est plus rare, quelqu'un qui veut explorer le côté obscur et sombre de l'animal qu'est l'être humain. Peut-être est-ce le but du genre horrifique ?


Comment expliquez-vous que les femmes dans les films de genre soient si stéréotypées alors que vous semblez vous au contraire leur apporter des traits plus subtils ?
Pour autant que je sache, ce milieu a été dirigé par des hommes pendant des siècles. Cela ne paraît-il pas logique que les femmes soient si stéréotypées ? Si elle court en hurlant, peut-être l'homme pourra t'il la sauver. Si elle est chaude, sans doute pourra t'on lui faire l'amour, avant de la buter pour être si tentante. Si elle montre ses seins, elle rapportera beaucoup de dollars. Je ne sais pas. Récemment, ce sont des hommes qui ont écrit certains rôles féminins que je définirais comme étant les meilleurs. Peut-être que la nouvelle génération voit en nous les femmes le futur de l'humanité.

À l'image de la série Lovindapocalypse que vous interprétez, il est possible d'insérer des messages sociaux et politiques forts. Pensez-vous que cela fasse partie du rôle d'un acteur d'exprimer ces ressentis ?
Le rôle d'un comédien est avant tout de mettre en avant la vision du réalisateur. C'est tout ce que je cherche à faire. La série Lovindapocalypse a été imaginée par un réalisateur dont j'ai essayé de développer la vision. J'étais productrice sur la série mais ça n'était d'aucune façon ma vision. Je crois que nous autres acteurs peuvent créer d'autres façons de penser.


Quelles sont les différences selon vous entre un film indépendant et un film de studio ?
Le budget est la principale différence que je peux voir entre les films indépendants et les films de studio. Souvent, un réalisateur a plus de liberté lorsqu'il travaille indépendamment. Plus d'idées originales peuvent émerger via un média indépendant, car c'est calibré pour une audience beaucoup plus spécialisée et réduite. Je vois plus de prise de risque dans le monde indépendant et j'aime ça.

Vous semblez avoir une vision très précise de l'art en général
Je crois que l'art est tout ce qui est original. Et The Circle en témoigne. Je cherche un monde dans lequel l'artiste a le contrôle sur son œuvre. Le mélange de l'art avec le commerce me sidère. L'artiste a besoin d'argent pour assouvir ses désirs, et les financiers ont besoin d'énergie créatrice pour faire des millions. Mais il n'y a aucune confiance entre les deux parties. Ils sont à l'opposé l'un de l'autre. Le seul artiste qui peut prétendre faire ce qu'il veut est celui qui est financièrement indépendant, ou alors il dépense très peu en faisant ce qu'il veut. Je cherche une façon d'aborder le travail original - tous genres confondus - sans avoir à répondre d'une entité qui dirige l'artiste à sa guise.


Comme vous avez travaillé avec Tobe Hooper (Toolbox murders) et Lucky McKee (May), pouvez-vous comparer leur approche du genre horrifique ?
Vous me demandez de comparer Lucky à Tobe ? Chaque approche est unique. Ils ne sont pas comparables, juste différents et uniques en soi. Dieu merci !

Pouvez-vous pour finir évoquer votre premier film en tant que réalisatrice, Roman ?
C'est un film de genre écrit par Lucky McKee avec lui même dans le rôle titre, Nectar Rose et Kristen Bell. Le film doit sortir aux USA début 2007 et j'espère ailleurs par la suite.

Vous pouvez accéder au test DVD de The Circle en cliquant sur la jaquette ci-dessous :

Remerciements à Justine Veillot de WE Prod

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