Le mal-aimé : Copycat, Sigourney Weaver confinée vs serial killer dingo

Geoffrey Crété | 31 mars 2020
Geoffrey Crété | 31 mars 2020

Parce que le cinéma est un univers soumis aux modes et à la mauvaise foi, Ecran Large, pourfendeur de l'injustice, se pose en sauveur de la cinéphilie avec un nouveau rendez-vous. Le but : sauver des abîmes un film oublié, mésestimé, amoché par la critique, le public, ou les deux à sa sortie. 

En plein confinement, c'est donc l'heure de Sigourney Weaver enfermée chez elle, dans le thriller Copycat.

 

Affiche française

 

"On est tellement averti qu'on va avoir peur... qu'on n'a plus peur du tout" (Télérama)

"Il y a tant de décisions de gourdes prises par les personnages que ça devient plus un exercice de frustration qu'autre chose" (Movie Metropolis)

"Malgré deux belles nanas dures à cuire, Copycat part dans plus de directions qu'une litière pour chats renversée" (USA Today) 

    



LE RESUME EXPRESS

Experte en tueurs en série, Helen Hudson a failli être tuée par l'un d'eux. Depuis, elle vit recluse chez elle, incapable de sortir.

Inspecteur de la police de San Francisco, M.J. Monahan enquête sur une série de meurtres avec son collègue Reuben. Helen est persuadée qu'il s'agit du même meurtrier, et accepte malgré elle de les aider. Elle comprend vite que le tueur est un copycat : il reproduit des scènes de crime de célèbres serial killers.

Mieux encore : il a prévu de reproduire le meurtre raté de Helen, et finit par la kidnapper pour le remettre en scène. Entre temps, Reuben a été tué par un asiatique hystérique, et M.J. a perdu son sourire : elle tue le tueur, et sauve Helen. Au passage, celle-ci a gagné une thérapie express pour surmonter son agoraphobie. 

 

Photo Sigourney Weaver, Holly HunterDécouvrir Copycat lors d'une rediffusion TV sur M6

 

LES COULISSES

Le succès phénoménal au début des années 90 du Silence des agneaux, avec ses cinq Oscars et ses 272 millions de recettes pour un budget de 19, a certainement donné des idées. De Seven en 95 au Masque de l'araignée en 2000, en passant par Bone Collector avec Angelina Jolie en 99 et l'incontournable série Les Experts, le genre a retrouvé une grande popularité.

Sorti quelques semaines après le film culte de David Fincher, avec des ambitions moins grandes mais un résultat solide : Copycat de Jon Amiel (futur réalisateur de Haute voltige et Fusion) avec Sigourney Weaver et Holly Hunter.

Le scénario a subi de nombreuses altérations, à commencer par le duo d'héroïnes : à l'origine, la détective incarnée par Holly Hunter était un homme, avec sans surprise une romance à la clé avec le personnage de Sigourney Weaver. Le personnage de Peter, le tueur, a aussi beaucoup évolué : à l'origine, il devait être un ancien étudiant déséquilibré d'Helen, ce qui explique sa présence parmi le public dans la première scène du film. Dans cette version du scénario, il kidnappait Helen et remettait en scène une conférence dans la même salle, en prenant sa place sur scène. Une scène sur son enfance, qui aurait expliqué son esprit tordu, a été tournée mais coupée - l'acteur qui l'interprète plus jeune est encore crédité.

Enfin, une autre version de la fin du film voyait M.J. kidnappée par Peter, et Helen devant surpasser ses peurs pour aller la sauver. Après les retours négatifs du public en projection test, cette partie a été modifiée et les rôles, inversés. 

 

Photo Sigourney Weaver Sigourney Weaver, Holly Hunter : une certaine idée de la perfection du casting

 

LE BOX-OFFICE

Copycat a encaissé environ 32 millions au box-office domestique, plus quelques miettes à l'international, pour un budget officiel d'une vingtaine de millions de dollars. Autant dire que c'était loin d'un succès comme les 327 millions de Seven, la même année.

Sorti en France en 1996, Copycat attire près de près de 693 000 spectateurs. Pas un échec certes, mais pas un franc succès non plus, surtout vu le casting prestigieux (Holly Hunter venait de remporter l'Oscar pour La Leçon de piano, Sigourney Weaver sortait d'Alien 3).

Comparé à d'autres thrillers du même calibre, le thriller de Jon Amiel fait pâle figure : Bone Collector avec Denzel Washington et Angelina Jolie a engrangé plus de 150 millions en 1999, Double Jeu avec Tommy Lee Jones et Ashley Judd près de 180 millions en 1999, Le Masque de l'araignée avec Morgan Freeman et encore Ashley Judd, plus de 100 millions en 2001.  

Depuis, Sigourney Weaver aurait déclaré qu'elle était très fière du film, et particulièrement déçue qu'il ait été si ignoré par le public, et oublié depuis. 

 

Photo Holly Hunter La leçon de paf dans ta tronche

 

LE MEILLEUR

Copycat a l'allure très ordinaire du film de serial killer, avec ses policiers, ses indices, ses scènes de crimes, son tueur en série désaxé et ce parcours de héros qui va devoir surpasser ses faiblesses pour vaincre l'adversité. En revanche, le film est moins banal dans les éléments intégrés à cette intrigue cousue de fil blanc.

Que le personnage de M.J. ait été réécrit pour être une femme, et ainsi évacuer la romance avec Helen, est significatif : Copycat est un thriller résolument féminin, porté par deux personnages non définis par les stéréotypes de leur genre. Ce n'est d'ailleurs pas anodin si les deux héroïnes sont, d'une manière ou d'une autre, harcelées par des hommes - Helen obsède les psychopathes, dont elle est devenue la "muse", tandis que M.J. repousse les avances d'un collègue et ex passif-agressif.

Par petites touches, sans tomber dans le discours lourd, le film souligne sa valeur : Helen charmée par un policier bien plus jeune, Reuben dans un rôle d'ingénu qui d'ordinaire aurait été celui d'une femme (nul doute que c'était le cas dans la version du scénario où M.J. était un homme), ou encore le colocataire gay dont la sexualité ne sera jamais un sujet de conversation dans l'histoire. De même, malgré un vague point commun d'ordre sentimental, les deux femmes ne seront jamais rivales, puisque définies par leurs talents et leur intelligence plutôt que leur cœur.

Copycat apparaît alors particulièrement moderne, fin dans son écriture, dessinant deux héroïnes passionnantes, dont la force apparente (l'intelligence de Helen, le sang-froid de M.J.) cache d'intéressantes faiblesses, très bien mises en scène dans l'histoire.

 

photoDermot Mulroney, visage connu des années 90, très solide au second plan

 

Le talent de Sigourney Weaver et Holly Hunter, duo inattendu entre deux cinémas aussi différents que leurs tailles (la petite Hunter était souvent placée en hauteur pour arranger le cadre face à Weaver, très grande), est sans aucun doute un atout majeur pour le film. La valeur de Hunter se mesure par sa capacité à afficher une certaine légèreté pour donner vie à cette détective, et à refuser les effets faciles. Nul besoin de larmes, d'expressivité exacerbée : l'actrice, excellente, use des silences, du regard et de son corps (sa manière de presque s'affaler en voyant Reuben tomber au sol, ou la façon dont elle est bousculée dans le van des policiers lors de l'assaut de la maison) en disent nettement plus. Comme Sigourney Weaver, elle aussi irréprochable, elle apporte une véritable force à Copycat.

Classique mais précise, la mise en scène de Jon Amiel offre quelques séquences d'une efficacité redoutable, principalement lorsque l'appartement qui sert de cocon intime et protecteur à Helen est violé. La musique de Christopher Young contribue à donner au thriller une belle identité, avec une composition particulièrement belle qui oscille entre la partition angoissante et les envolées purement dramatiques. Avec par ailleurs un clin d'œil au Body Double de Brian de Palma au détour d'un couloir vertiginieux, le modeste Copycat se révèle particulièrement divertissant et bien ficelé, tirant le meilleur des stéréotypes pour offrir un vrai bon thriller, d'autant plus sympathique qu'il affiche les années 90 à chaque séquence, d'une manière ou d'une autre.

Enfin, difficile de ne pas lire dans cette histoire de tueur fanatique qui copie ses modèles, et préfère recréer des mises en scènes que créer lui-même l'horreur, un discours sur le genre lui-même, qui commence à bégayer et se répéter, pris dans un effet de mode. En ça, Copycat se révèle là aussi plus malin qu'il n'y paraît.

 

Photo Sigourney Weaver Sigourney Weaver, encore une fois excellente

 

LE PIRE

Copycat aura donc pris un évident coup de vieux, années 90 oblige. Pour l'amateur du genre qui en a consommé un certain nombre, le film semblera sans nul doute ordinaire, téléphoné, voire un peu mou comparé à d'autres thrillers plus nerveux. 

S'il est évidemment loin d'être aussi fantastique qu'un Seven, qui avait de toute façon des ambitions plus définitives, Copycat n'en demeure pas moins un film non négligeable, curieusement tombé dans l'oubli pour beaucoup, alors qu'il remplit le cahier des charges avec une efficacité évidente, et offre une variation très réussie des figures imposées.

 

RETROUVEZ L'INTEGRALITE DES MAL-AIMES DANS NOTRE RAYON NOSTALGIE

 

Photo Harry Connick Jr.Harry Conick Jr. interprète un grand détraqué dans le film 

commentaires

Kaliska
24/05/2020 à 03:31

Pas besoin d avoir du sang qui dégouline de partout pour avoir un bon film sur un serial killer ni d effets spéciaux a chie de l epoque! Tout ce resume sur le ton des personnages ! Un duo magique????a voir

alulu
01/04/2020 à 21:28

sylvinception

La rubrique parle de mal-aimé, pas de mètre-étalon (qui en principe est aimé de tous). Pour ma part, je trouve que Résurrection est 10 fois mieux que Copycat. A ta santé.

sylvinception
01/04/2020 à 05:20

@alulu : tu t'es vu quand t'as bu ?? mdr

Sinon autant laisser béton les enfants, "Se7en" et "Le Silence..." restent intouchables, dans leurs styles respectifs, encore aujourd"hui...
Et pour très longtemps encore.

Olivier637
01/04/2020 à 00:06

Lol Résurrection

Mx
31/03/2020 à 18:52

Pas vraiment, non..

Ce dernier n'est qu'une vulgaire repompe de seven..

alulu
31/03/2020 à 17:44

Résurrection de Russell Mulcahy est 10 fois mieux.

Daddy Rich
31/03/2020 à 17:21

En effet, un film qui n'a pas connu le succès qu'il méritait à l'époque
(la faute à des critiques, qui n'y voyaient à ce moment là que des sous seven ou sous silence des agneaux?).
Le film est franchement bien torché et laisse une très bonne impression!
Bien plus que d'autres, qui n'avaient pas le moindre intérêt et ont connu un succès bien trop surestimé!

Bayhem
31/03/2020 à 15:28

Juste bravo pour cette rubrique.

Internet passe tellement de temps à cracher sur ce qu'il déteste que ça fait un bien fou de voir quelqu'un plutôt défendre ce qu'il aime. Même quand on n'est pas nécessairement d'accord.

Donc bravo... et merci (et je confirme, le titre Housebound de la BO, très proche de Jennifer 8, est sublime)

Tony
31/03/2020 à 14:59

Pour ma part ce petit film de serial killer des années 90 n a aucun mal a rivaliser avec des titres plus connus comme Seven ou le Silence des Agneaux.
Un casting au top , une réalisation soignee , un suspense a couper le souffle et un serial killer inoubliable. Un film qui merite d etre plus connu.

kastorsuper
31/03/2020 à 14:13

très bonne critique
les actrices sont formidables

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