Midnight Special, 10 Cloverfield Lane : pourquoi cherche-t-on toujours un héritier à Steven Spielberg ?

Jacques-Henry Poucave | 16 mars 2016
Jacques-Henry Poucave | 16 mars 2016

C’est le nouveau Spielberg ! On a enfin trouvé l’héritier de Tonton Steven !  Ces affirmations reviennent régulièrement dans la presse cinéma. Pourquoi invoque-t-on avec autant de ferveur le nom du metteur en scène ?

Dès Sixième sens, M. Night Shyamalan fut désigné (un peu vite) comme un Spielberg rajeuni. Dès ses débuts tonitruants J.J. Abrams fut sacré héritier du maître, ce que lui-même a revendiqué, de Super 8 à l'excellent 10 Cloverfield Lane. Sans déclencher les mêmes tornades de louange, James Wan fut ponctuellement comparé à l’artiste. C’est aujourd’hui à Jeff Nichols de recevoir momentanément le titre de passeur de flambeau. Son Midnight Special est ainsi cité un peu partout comme le continuateur de Rencontres du Troisième Type, quand 10 Cloverfield Lane multiplie les références au réalisateur de La Guerre des Mondes.

Plutôt que de se demander si cette couronne de lauriers (ou d’épines) est méritée, interrogeons-nous sur pourquoi les observateurs s’inquiètent tant de trouver un successeur au père d’Indiana Jones et des Dents de la Mer.

 

bande-annonce

Parce qu’il est le plus fédérateur

E.T, Rencontres du Troisième Type, Les Dents de la Mer, La Liste de Schindler… Tout le monde a vu au moins un Spielberg, sinon une bonne dizaine. Et il est pratiquement impossible de trouver un spectateur pour cracher sur la statue du commandeur. Chacun choisira ses préférés, mais très rares sont ceux qui n’ont jamais pris leur pied avec au moins une création du metteur en scène.

Désigner un cinéaste comme le nouveau Spielberg, c’est donc immédiatement lui accoler un pedigree identifiable, et surtout grand public. Dans le monde entier les mots « nouveau Spielberg » ont une signification compréhensible instantanément. ils constituent donc un slogan idéal, une marque de reconnaissance parfaite, pour les journalistes désireux d'être rapidement compris, et les stratèges du marketing impatients de séduire le public.

 mary elizbabeth winstead

Parce qu’on manque cruellement de divertissement de qualité

Alors que se multiplie les suites et les reboots à la pelle, évoquer Spielberg, c’est évoquer une époque révolue en terme de créativité. Les studios étaient alors sur le point de reprendre la main après le règne bref mais intense du Nouvel Hollywood, et engendraient pléthore de métrages tournés vers les désirs du public.

Il suffit de regarder sa filmographie, à l’exception des Indiana Jones et du Monde Perdu, aucune suite ou projet « alimentaire » ne vient troubler un CV qui semble tout entier consacré à l’invention de nouvelles histoires.

Une carrière d’entertainer formidable, où l’originalité, le mélange des genres et la perfection narrative se disputent sans cesse. Ainsi être désigné comme un « nouveau Spielberg » c’est être désigné comme appartenant à une caste de metteur en scène capable de faire rêver le public, en dépassant les désidératas commerciaux des studios.

indiana jones

 

Parce qu’il est un mythe à lui seul

Pour le grand public il est au minimum une silhouette bienveillante, une sorte de père Noël à l’enthousiasme débordant, qu’on se remémore encore armé d’une inoxydable casquette, partageant son enthousiasme pour les dinosaures de Jurassic Park.

Pour les cinéphiles, c’est le jeune homme des Dents de la Mer, qui mène à bout de bras un projet qui prend littéralement l’eau. Il en fera une leçon de mise en scène en tirant parti  d’un requin mécanique qui refuse de fonctionner. Jaws jouera donc la carte du hors champ et de la menace invisible, transformant un handicap en atout sans oublier de traumatiser des millions de spectateurs.

Photo Spielberg

Et pour les passionnés d’histoire du cinéma, c’est aussi ce nabab de génie, qui non content de réaliser et produire, préside à la création de Dreamworks, après avoir secoué Hollywood avec les inoubliables productions Amblin. On n’avait pas vu naître une structure innovante capable de déranger les studios bien établis depuis des années, et Spielberg l’a fait. Une réussite qui le cristallise comme une incarnation totale d’Hollywood. Un mogul qui réunirait en un cinéaste toutes les facettes d’une industrie qui charrie encore un univers de fantasmes.

 

Parce qu’il a changé à jamais le visage du cinéma

Etre un « nouveau Spielberg », c’est également être un novateur. On oublie en effet souvent que le réalisateur a transformé radicalement l’industrie Hollywoodienne. Ce sont ses Dents de la Mer, qui vont générer un changement de fond dans le cinéma américain. Suite au succès du film, on verra les studios se tourner vers les « Tentpoles » qui deviendront les blockbusters.

Jurassic park tournage

Se voir désigné comme l’héritier de Spielberg, c’est être ce que les américains appellent un « game changer », un élément capable de rebattre les cartes et d’emmener tout un médium vers une voie nouvelle. Quitte, comme il l’a fait avec ses récentes déclarations, à appréhender ses mutations et appeler à de nouvelles révolutions.

On le voit, la figure de Steven Spielberg rassemble aujourd’hui une multitude d’images, de stéréotypes, mais aussi de représentations. Dans une industrie qui semble plus figée que jamais, où cinéma indépendant et films à gros budgets semblent tous régis par une multitude de codes difficilement dépassables, on se dit que tout le monde cherchera encore longtemps un nouveau Spielberg…

commentaires

Bolderiz (le vrai, parce plus haut c'était pas moi!)
20/03/2016 à 19:12

N'écoutez pas l'autre naze, tellement abruti qui pique les pseudos des autres, j'aime beaucoup Spielberg, il n'y a pas grand chose a jeter dans sa filmo (Hook, indy 4, Jurassic 2 j'aime pas trop), le mec reste tout de même un sacré phénomène...

Fab
18/03/2016 à 15:01

Mouais, y a encore peu de temps Jeff Nichols c'était l'héritier de Malick, maintenant de Spielberg. Pauvre presse cinéma qui n'a rien à dire...

alex
17/03/2016 à 14:55

Effectivement @DirtyHarry, il se réinvente, on aime ou pas son univers mais c'est un vrai auteur d'images, il s'adapte au récit et le fait avec humilité. Sa construction de plans, son découpage me touchent toujours autant, je n'aime pas tout de lui mais à la différence de certains il teste et expérimente, le Pont des Espions est excellent.

Cyoul CG
17/03/2016 à 09:01

Merci pour cet article (forcément non exhaustif) pour cet immense artiste.
Certes, on trouve quelques films "dispensables" dans sa filmo, mais tout de même que de longs métrages cultes, novateurs ...

Surtout, la plupart passent très bien les années et on aime les voir et les revoir ... puis les faire découvrir à une nouvelle génération émerveillée par ces talents de conteur.

Saluons aussi le producteur derrière les Zemeckis, Dante ... qui nous a fait réver dans les années 80.

Clairement, dans sa propension à se diversifier en matière de style et de genre, il n'existe pas mieux et je doute que l'on trouve son égal d'ici peu ...

Le bonhomme est de plus capable de revenir sur ses échecs, erreurs et à faire des mea culpa.

Bref, c'est LA classe ... et j'ai pris avec un certain plaisir l'annonce le fait que Tonton Spielberg nous offrirait un dernier baroud d'honneur à Indy, histoire de mettre encore une fois tout le monde d'accord.

Kiddo
16/03/2016 à 18:39

-Duel
-Jaws
-Close encounters to the third kind
-ET
-Indiana Jones 1 et 2
-Schindler's list
-Minority report
-Munich

Benzek
16/03/2016 à 18:36

Enfin c'est derniers temps c'est pas si terrible que ça Spielberg (pas vu le pont des espions).
Shyamlalala à part son premier film que des arnaques et JJ est un excellent faiseur mais sans âme malheureusement.
Jeff Nichols valeur sûre car il propose toujours quelque-chose de différent, effectivement comme Stevounet.
Tim Burton et Scorsese au placard

SUGASUGA
16/03/2016 à 18:21

Tu oublies les dents de la mer, rencontre du 3em type, tintin, la liste de schindler et j'en oublie!!!

Xta
16/03/2016 à 15:30

Jurassic park 1 et 2,
Minority report,
la guerre des mondes,
Indiana Jones 1,2,3 et 4 (sisi)
Il faut sauver le soldat Ryan
Arrête moi si tu peux
Hook

Bolderiz
16/03/2016 à 15:04

Mouais, à part les Indiana Jones et La Liste de Schindler, je n'ai jamais été particulièrement enthousiasmé par les films de Spielberg...

Dirty Harry
16/03/2016 à 13:08

On notera par ailleurs que le seul cinéaste à ne pas copier Spielberg est Spielberg lui-meme, tant le bonhomme est toujours autant inventif sur ses découpages de mise en scène, trouvailles visuelles et fluidité dans la narration.

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