Cannes 2014 : qui sont les losers ?

Simon Riaux | 26 mai 2014
Simon Riaux | 26 mai 2014

Cannes est un petit monde cruel, qui peut se transformer en tremplin... ou en gouffre. Chaque année, des réalisateurs, acteurs, sociétés ou institutions en font les frais. La 67ème édition n'a pas échappé à cette règle immuable et si elle a vu son lot d'éclatants gagnants, elle contient aussi quelques losers. Pour qui donc la Croisette aura-t-elle été synonyme de chemin de croix cette année ?


Grace de Monaco

La catastrophe est intégrale et se profilait dès l'annonce de sa sélection en ouverture du Festival de Cannes. Rumeurs de remontage intempestif, premières images dégoulinantes de sucre et casting qui laissait le public dubitatif, c'est avec circonspection que les critiques ont découvert le film. Ce dernier a pris en plein visage une volée de bois vert d'une grande violence et dans un climat d'unanimité catastrophique. Alors que le métrage semble en passe de représenter au vu de son insuccès en salle une sacrée perte financière, tout le monde en prend pour son grade. Rarement aura-t-on vu Harvey Weinstein aussi visiblement maussade sur la Croisette, quant au réalisateur Olivier Dahan, ce qui lui restait du prestige de La Môme paraît désormais bien loin. Seule Nicole Kidman, dont la réputation paraît aussi inoxydable que le visage, pourrait passer entre les gouttes de ce désastre.

Ryan Gosling

Arrivé à Cannes (qui fit sa gloire grâce à Drive) en conquérant et en outsider, Ryan faisait figure d'icône à paillettes autant que de jeune réalisateur intrigant. Le pitch torturé de son premier film, Lost river, son étonnant casting, son équipe technique hallucinante ainsi que ses premières images entêtantes faisaient de lui un des chouchous de la Croisette. Hélas, l'accueil a été plus que frais pour le beau Gosling, en dépit de séances bondées, frisant l'hystérie. Les retours du public désarçonné et de la critique, moqueuse de la maladresse de l'ensemble, ont été si rapides que Warner, qui avait acquis le film pour 3 millions de dollars aurait, d'après Deadline, l'intention d'en revendre les droits. Encore un exemple de l'implacable cruauté de la hype cannoise, qui après avoir accueilli le jeune metteur en scène en héros, a quasiment réduit sa carrière en charpie en moins de 24 heures.

 


The Rover

Nous étions plusieurs à voir dans The Rover l'un des potentiels évènements de la Croisette. Et nous avions bien raison, tant le film s'est avéré une des plus éclatantes réussites du 67è Festival de Cannes. Épuré, violent et d'une beauté à couper le souffle, la dernière merveille du réalisateur d'Animal Kingdom n'a hélas quasiment pas été vue... La faute à une programmation qui le mettait face au Saint-Laurent de Bonello pour la presse, et en séance de minuit pour le public. Ce dernier n'attendant généralement pas grand chose de cette programmation où sont reléguées curiosités et nanars, The Rover est quasiment passé inaperçu. Voilà qui est bien dommage car au vu de la performance de ses comédiens et de celle de son réalisateur, le métrage méritait de se retrouver dans une section compétitive, voir dans une sélection parallèle, afin qu'il ait ne serait-ce qu'une infime chance d'être récompensé. Las, le métrage a à peine été commenté et risque de ne pas voir sa sortie prochaine (26 juin) bénéficier de l'exposition cannoise.


Le cinéma français

Cannes se veut l'écrin de l'excellence hexagonale ainsi que la pépinière de ses talents. Mais cette année et en dépit d'une présence importante, le cinoche de chez nous n'a pas déplacé les foules. Aucune récompense en sélection officielle (à part Godard pour le principe), à peine une caméra d'or pour Party Girl aux relents de médaille en chocolat. Et pour cause, la production nationale n'a pas été épargnée par la critique, à l'exception d'Yves Saint-Laurent (néanmoins étrillé par nos confrères de la presse internationale). Faire l'amour a été pulvérisé dès l'ouverture de la semaine de la Critique, Bande de filles a été accueilli avec une pointe de déception, quand même le Sils Maria d'Olivier Assayas a été reçu avec une froideur polie, malgré son excellente direction d'acteurs. Présenté hors compétition, le Téchiné n'aura pas déchaîné les passions non plus. Plus embêtant, les sélections parallèles ne seront pas parvenues à électriser la Croisette avec des œuvres de la trempe d'un Guillaume et les garçons ou La Guerre est déclarée. Même Respire, le Mélanie Laurent que tout le monde attendait au tournant, un pistolet à clous rouillés dissimulé dans le dos, n'est pas parvenu en dépit de l'excellente surprise qu'il a suscité, à déclencher un engouement à la hauteur des opinions de la critique. Certes, Hippocrate ou encore Les Combattants ont bénéficié d'un buzz mérité et d'une belle attention, très en deçà néanmoins de ce qu'on a connu les années précédentes. Palmé pour Le Vie d'Adèle, le cinéma français pourra cette année rentrer à la nage.

Les plages

Autrefois lieux de tous les excès, où l'on croisait jet-setteurs, festivaliers encanaillés, stagiaires nubiles, assistantes délurées, producteurs avinés et lauréats des Hots d'Or, les plages cannoises ont bien changé. Condamnées par la municipalité à fermer sur les coups de 2h du matin, elles ont considérablement écourté la nuit cannoise, qu'il est bien plus difficile de pénétrer. Reléguées au rang de préchauffe de luxe, on n'y croise plus guère de débordements malgré des programmations sonores, culinaires, musicales ou filmiques souvent appétissantes. À cela s'ajoutent les dotations en berne de la mairie, les budgets resserrés de nombreuses marques qui avaient leur macaron sur place, qui concourent à rendre l'entrée beaucoup plus difficile. Avec la normalisation d'un des derniers enclos de folie de la Croisette, c'est un peu de l'âme de Cannes qui s'évapore.

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