The Amazing Spider-Man : le destin d'un héros : les dix erreurs du nanar de Marc Webb

Simon Riaux | 1 mai 2014
Simon Riaux | 1 mai 2014

Alors que continuent les vacances scolaires et que s'amorce un mois de jours fériés et autres ponts, The Amazing Spider-man 2 devrait faire le plein de spectateurs. À l'attention de ceux qui sortiraient déjà de la salle, écœurés par la chose, ou de ceux qui choisiraient de se renseigner un peu sur ce nanar cosmique, voici la liste des dix principales erreurs du film de Marc Webb. Attention toutefois, le dossier qui suit contient un certain nombre de spoilers. Si vous désirez en apprendre plus sur le métrage sans déflorer son « intrigue », vous pouvez également jeter un œil à la critique de The Amazing Spider-man : le destin d'un héros, ainsi qu'à l'autopsie de la catastrophe.


Prendre le spectateur pour un enfant

Cela n'a l'air de rien dit comme ça, mais dans The Amazing Spider-man 2 traîne toujours un enregistrement placé pour expliquer aux personnages et aux spectateurs (dont le studio suppose la stupidité) ce qui est en train de se passer. Dès l'introduction, lorsque Spidey tente de récupérer de l'uranium dérobé par un acteur sous kétamine, l'ouverture de leur contenant déclenche un enregistrement hilarant. « Attention, vous manipulez de l'uranium, c'est extrêmement dangereux ». Comme si quiconque pouvait trimbaler des matériaux fissibles et tout ignorer de leur dangerosité. Et ne mentionnons même pas la voix qui retentit dès que quelqu'un pénètre dans le labo d'Oscorp où travaille le futur Electro, Max Dillon : « Bienvenue à l'étage des anguilles électriques ». Doivent pas être très doués ces ingénieurs qui ont besoin qu'on leur rappelle où ils se trouvent dès qu'ils passent une porte...

L'overdose de méchants

Dès la révélation du synopsis et des premières images du film, les fans, le public et la critique se sont rappelés Spider-man 3 et son overdose de vilains. Pour la défense de Sony, comme l'avait déclaré Marc Webb en tentant d'éteindre l'incendie qui enflammait le web, à l'exception d'Électro, les autres adversaires de Spider-man ne font ici que de la figuration. Mais hélas, le problème demeure le même : s'ils n'occupent pas trop l'espace, leur introduction et leur présence dans le récit oblige à d'innombrables ajouts et détours. Et le film de durer une demie heure de trop, tout cela pour annoncer l'arrivée des Sinister Six et de leur univers étendu...


La fée électricité

Si quelqu'un est capable de nous expliquer quels sont les pouvoirs d'Électro, on est preneurs. Tour à tour surpuissant et inoffensif, destructeur puis à peine électrique, les capacités d'Électro sont traitées n'importe comment tout le long du film. Le personnage est tantôt capable de lancer des arcs électriques, tantôt forcé de se plier aux règles de la conductivité, sans justification aucune. Son corps subit un traitement similaire, puisque sans raison, il passe d'immatériel et flottant à soumis aux règles classiques de la physique. Comment expliquer qu'il puisse griller les lanceurs de toile de Spider-man, mais que Peter ne soit pas électrocuté ? On en passe et des meilleures... De même on rigole encore de la combinaison « magique » qu'il dégotte mystérieusement après son évasion et qu'il peut faire apparaître ou disparaître à volonté...

Le bouffon noir

On l'a compris, The Amazing Spider-man 2 vise le public des moins de douze ans et ne veut pas risquer d'offusquer les parents. Soit, mais il existe bien des artefacts de mise en scène pour décrire la noirceur sans la représenter par le biais de la violence graphique. Malheureusement, le film préfère jouer la carte de l'humour bas du front et sacrifier son méchant, Électro. Ce dernier est caractérisé à la truelle, à coups de gags indignes, tous parfaitement contradictoires. Électro est fan de Spider-man et veut faire le bien à ses côtés, mais il est plein de ressentiment et fantasme de péter la tronche de tout ceux qui ne partagent pas son avis. Il appelle Spidey à l'aide quand ses pouvoirs se déchaînent, mais l'accuse finalement d'être responsable de ses malheurs. Ou comment transformer un brave type en méchant parce ses collègues ont oublié son anniversaire... On ose à peine imaginer le degré de cynisme auquel en sont rendu les scénaristes pour tomber si bas.

Harry Oseburne

Qu'on ne s'y trompe pas, le pauvre Dane DeHann est l'unique comédien du casting à fournir une performance correcte et on ne peut que rendre hommage à l'abnégation du jeune comédien. Son jeu n'en témoigne pas moins d'une direction d'acteur à tout le moins défaillante. Car, en interprétant Harry Osborn sous le seul angle de l'égocentrisme torturé, il achève d'abimer les relations entre les personnages. Cet Harry Osborn est tellement antipathique qu'il est parfaitement impossible d'éprouver pour lui la moindre empathie ou de croire ne serait-ce qu'une seconde à son amitié avec Peter. Là où Raimi avait préféré raconter (avec son lot de maladresses) le parcours d'un golden boy éminemment humain chutant dans les ténèbres, The Amazing Spider-man 2, dans un souci de subtilité, introduit un salopard condamné à devenir... un salopard tout vert. Par conséquent, sa transformation finale n'a pas le moindre impact, Harry étant un type immonde dès son apparition.


Et la tendresse bordel

À en croire Marc Webb et quelques critiques peu regardants, la relation entre Gwen et Peter serait au cœur du récit. Mais comment affirmer pareille bêtise quand la mort de ce personnage féminin essentiel est l'occasion d'une ellipse délirante ? Après avoir échoué à sauver sa bien-aimée, Spidey chougne doucement... avant qu'un carton ne nous projette six mois plus tard ! S'est-il retourné contre le Bouffon Vert, son ancien ami devenu un meurtrier ? Quel effet aura eu le deuil sur notre héros ? Ces éléments fondamentaux du comics et tout simplement de l'évolution du personnage sont évacués du film. La raison ? Ne surtout pas s'attarder sur une possible représentation de la violence ni offrir autre chose qu'un divertissement coloré et avilissant. On attrape pas des pré-pubères dégénérés avec de la profondeur...

Bullet time : un constat d'échec

Les effets spéciaux du film ont beau être techniquement exceptionnels, leur direction artistique est un constat d'échec sans appel. Absolument chaque scène d'action se focalise sur la figure esthétique sanctifiée par Matrix : le bullet time, soit un énorme ralenti autorisant la caméra à rentrer dans les plus petits détails de l'action. C'est la preuve la plus évidente de l'incompétence de Marc Webb et de son incompréhension du personnage. Incapable d'appréhender sa dimension première, à savoir celle d'un jeune homme trouvant derrière son masque la liberté et une énergie virevoltante, le réalisateur est littéralement obligé de ralentir son héros pour parvenir à le montrer en action. Là ou Raimi jouait intelligemment la carte de la rapidité et de l'accélération permanente, pour nous raconter la nature même de Spider-man, Marc Webb parie sur l'ignorance du public pré-adolescent et réchauffe Matrix à toutes les sauces. Le film ira même jusqu'à reproduire la vision « numérique » de Néo lors des plans subjectifs d'Électro.


Peter Bastard Parker

The Amazing Spider-man 2 l'a proclamé haut et fort, le plus grand combat que son héros aura à mener est contre lui-même. Louable note d'intention, fidèle à la ligne du comics original. Hélas, c'est encore une fois tout le contraire que nous propose le film. De tout temps, Peter Parker a été un jeune homme angoissé, mal dans sa peau et timide, voire victime de camarades de classe très portés sur le bizutage. Il ne sait pas quoi faire de lui-même, car c'est justement quand il enfile le costume de Spider-man qu'il se révèle un héros plein de fougue, d'esprit, capable de balancer les célèbres Spidey-jokes. Pour une raison incompréhensible, Marc Webb a décidé d'évacuer cette dimension essentielle du personnage pour en faire un odieux connard. Un petit branleur sûr de lui, dont chaque réplique semble une resucée des dernières tendances en vogue dans le royaume de la sitcom.

On fait le malin devant toute sa promo pour récupérer son diplôme, on prend tout à la légère... aucun véritable conflit n'anime Parker, les questionnements existentiels qui le définissent ont été balayés. Même la mort de sa dulcinée n'aura strictement aucun effet sur lui, confinant le personnage dans une impossible posture de petit nerd mégalomane. Et Peter devenir le reflet du lycéen arrogant qui le maltraitait, dans le reboot comme le film de Raimi.

L'évasion en carton

Le saviez-vous ? Pour attaquer par surprise une prison secrète du gouvernement américain et en libérer le plus dangereux criminel, il suffit d'un adolescent à l'agonie et d'un taser. Point barre. Vous me direz, il n'y a dans toute la prison que deux malheureux gardes shootés à la MDMA, forcément, ça n'aide pas à se protéger des vilains milliardaires adeptes de la destruction massive...

 

Se prendre les pieds dans le méta

The Amazing Spider-man 2 a bien compris que l'humour « méta », les mises en abyme en forme de clin d'œil, étaient la nourriture préférée du fan boy ou du geek 2.0, comme l'a confirmé le succès planétaire de La Grande aventure Lego. Le métrage tente donc en permanence de jouer cette carte, doublée d'un sens du marketing à l'intérieur même du film particulièrement malvenu. On est ainsi ahuris lorsque le héros lance à Électro un « Je n'aime pas cette musique » au milieu de leur affrontement. Une réplique venue nous rappeler que nous entendons le thème parfaitement hors sujet du méchant (mais pas beaucoup plus nul que celui de Spider-man mutilé par Hans Zimmer) et sensée nous faire rire. Il ne s'agit que d'un exemple parmi beaucoup d'autre, qui vient confirmer que le film, toujours conscient de sa nullité, invite le spectateur potentiellement critique à en rire avec lui. Et quelque part, puisque le malheureux a déjà payé sa place, autant en rire non ?


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