Avant Noé, les dix pires films de Russell Crowe

Geoffrey Crété | 10 avril 2014
Geoffrey Crété | 10 avril 2014

Noé a raison : croire aux miracles est une nécessité. Le fan de Russell Crowe s'y accroche d'ailleurs depuis des années, abîmé par l'insipide Jeux de pouvoir, l'oubliable Robin des bois, l'ignoble Les Misérables, ou encore l'indigeste Broken City. Jusqu'à l'innommable Un amour d'hiver, preuve définitive que Russell Crowe, en plus de sa tendance à sombrer dans la parodie s'il n'a pas face à lui un cinéaste très solide, n'est pas éclairé dans ses choix. Mais le Messie Darren Aronofsky est arrivé avec Noé, l'un de ses meilleurs films, mais aussi l'une de ses performances les plus saisissantes depuis une décennie au moins. L'occasion idéale pour revenir sournoisement sur ses 10 pires films.

 

 

 

L'Homme à abattre

Russell Crowe a un faible pour l'Asie. Avant Heaven's Burning et L'Homme aux poings de fer, il incarne un flic veuf qui, avec l'aide d'une charmante Japonaise, va devoir sauver son fils et une belle hôtesse de l'air, face à de méchants Yakuzas. Ce film d'action de troisième zone, qui rappelle que Non Stop et Taken ont au moins la noblesse de ressembler à de vrais films d'action, offrira à l'amateur de sensations nanaresques une belle dose de plaisir.

 

 

 

 

Heaven's Burning

Road movie tarantinesque sur un gangster qui décide de sauver une Japonaise prise en otage après un braquage de banque qui tourne mal, ce film australien parfaitement con a sans aucun doute sa place dans les plaisirs coupables de certains. Scénario bancal, à peine sauvé par une surenchère de violence, qui elle-même rend l'histoire d'amour centrale plus insupportable encore : Heaven's Burning a la fière allure d'une série Z. Malgré son apparence de vieille casserole, le film date de 1997, année de L.A. Confidential.

 

 


 

 

Breaking Up

Une comédie romantique avec Russell Crowe et Salma Hayek, sortie en 1997 mais totalement inconnue au bataillon, n'a rien de rassurant. Cette histoire de couple moderne, qui se déchire et se rabiboche une demi-douzaine de fois au fil d'un scénario creux, se prend par ailleurs pour un film indé audacieux. Confessions des héros face caméra, séquences en noir et blanc, très gros plans des visages, hallucinations en courte focale, arrêt sur image lors d'une scène de dispute : pour un film qui n'a rien à dire, Breaking Up se démène d'une manière étonnante.

 

 

 

 

Miss Shumway jette un sort

Bridget Fonda en magicienne des années 50, qui tente d'échapper à son fiancé diabolique au Mexique, où elle croise un chaman puis tombe amoureuse de Russell Crowe, le détective chargé de la retrouver. Cette obscure comédie des années 90, dans laquelle un Mexicain est transformé en saucisse et un orgasme fait léviter le couple-star, cache d'ailleurs une étonnante femme : Clara Peploe, réalisatrice de ce nanar et femme de Bernardo Bertollucci à la ville.

 

 

 

Mystery, Alaska 

Le succès de L.A. Confidential n'a pas suffit à sauver Russell Crowe du cinéma de seconde zone. Preuve indéniable avec cette comédie insipide sur une petite ville d'Alaska, rythmée par les tournois de hockey amateur, mais aussi un certain nombre de trahisons, amitiés, amourettes, jalousies, sans oublier le fameux happy end. Absolument inoffensif et oubliable.

 

 

 

 

Les Misérables

Russell Crowe n'a pas le monopole de la mâchoire crispée et de la performance calamiteuse. Vivement attaqué par la critique, boudé aux Oscars alors que ses partenaires y ont brillé, l'interprète de Javert a pourtant la voix la plus humaine et donc, la moins insupportable de cette comédie musicale boursouflée, qui offre un panorama effroyable de l'industrie hollywoodienne.

 

 


 

Programmé pour tuer

Il y a pire que Soldier de Paul Anderson : Programmé pour tuer avec Denzel Washington et Russell Crowe. Le premier incarne un flic, emprisonné après une bavure ; le second, un programme virtuel, basé sur les personnalités de tous les grands psychopathes, catapulté dans la réalité. Cette mauvaise histoire d'anticipation à la Demolition Man, où le héros est libéré parce qu'il est le seul à pouvoir stopper son nemesis, offre des moments grandioses de série Z. Parmi eux : la « naissance » de Russell Crowe, qui sort d'un cocon à poil, essaie une figure de kung fu dans le vide avec un couteau de cuisine, encore à poil, pour finir par se couper un doigt en poussant un cri d'hystérie. Plus tard, il marchera au milieu de la foule, dans un costume bleu ciel, sur Staying Alive.

 

 

 

L'Homme aux poings de fers

Tout acteur connaît un jour ou l'autre dans sa carrière un rôle insensé, dont le ratage est le plus souvent le fait d'un tournage catastrophique ou d'un réalisateur ayant perdu le contrôle de son récit. Plus rares sont les partitions faisandées dès leur conception et tout à exceptionnels sont les comédiens à les choisir en connaissance de cause. C'est ce qui fait toute la valeur de la composition affolante de Russell Crowe, ici transformé en aventurier libidineux et explorateur de bordels. Bedaine en avant et coutelas mécanique à la main, il fornique, massacre et picole avec une inconscience totale, cabotinant avec une lourdeur qui confine au génie.

 

 

 

Une grande année

Il faut l'admettre, ce bon Russell n'est véritablement crédible qu'un gourdin à la main, lorsqu'il fracasse ses adversaires de sa mine patibulaire. Voir le comédien jouer simultanément un trader de haut vol puis un amoureux du terroir français sauvé par la grâce du gros jaja qui tâche constitue donc une magnifique hérésie. Mou et de toute évidence enivré par les vapeurs de la vigne fermentée, Crowe boit la coupe jusqu'à la lie, pour notre plus grand (dé)plaisir. On espère au moins que l'artiste aura été rétribué en liquide, histoire d'oublier cette mésaventure viticole.

 

 


 

Un amour d'hiver

Russell Crowe est un des plus admirables ambassadeurs de deux déviances hollywoodiennes : le méchant pourri et l'accent spatial. Avec une générosité kamikaze, il nous offre ici ces deux facettes méconnues de son talent, en interprétant un bad guy caïd/démon/trader, dont les errances verbales culminent lors d'une confrontation avec Lucifer, joué par un Will Smith sous Carambar. Aujourd'hui encore, nombreux sont les internautes à tenter de déterminer la provenance de l'accent incompréhensible composé par le comédien. Cockney alcoolique ? Australien édenté ? Dyslexique neurasthénique ? Nul ne sait, et c'est peut-être là la grandeur de cette performance inoubliable.

 

 

 

 

Parce que Russell Crowe a été pardonné grâce à Noé de Darren Aronofsky, retrouvez la critique du film, un dossier sur la bande-dessinée, ainsi qu'une analyse de la polémique suscitée par la superproduction.

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