Noé : de la bande-dessinée au blockbuster

Sandy Gillet | 8 avril 2014
Sandy Gillet | 8 avril 2014

Noé, ce n'est pas qu'un film. C'est d'abord un roman graphique comme on dit aujourd'hui (c'est mieux que BD apparemment). À l'instar d'un The Fountain, Darren Aronofsky « utilise » ce médium un peu comme un story-board de luxe en prévision de la réalisation de son prochain long. Mais à la différence de The Fountain, Noé n'est pas un pis-aller, une voie de secours pour un film que l'on a cru d'abord tombé à l'eau (sans jeu de mots aucun) mais qui in fine a pu se faire. Noé est en fait la première étape d'une entreprise obsessionnelle qui a germé dans la tête de son auteur dès l'âge de 13 ans. Il fallait certainement ce passage sur papier glacé pour convaincre la Paramount d'envisager un budget de blockbuster et pour Aronofsky de se dire qu'il en était capable.

 

 

Pour autant rien n'était gagné d'avance. C'est que donner un coup de projecteur à un des passages de l'Ancien Testament les plus connus en y apportant quelques « menues » contributions de son crû n'était pas pour rassurer les financiers d'Hollywood que l'on sait de plus en plus frileux. Dans cette tâche, Aronofsky s'est une nouvelle fois associé avec Ari Handel, son compère d'écriture de toujours. À eux deux ils ont pondu une fresque proche par certains aspects de l'Heroic Fantaisy pure et dure façon Game of Thrones sans tout à fait trahir cet épisode emblématique de la Bible, dont découle certains fondements de la civilisation judéo-chrétienne. On est d'ailleurs étonné que le passage sur grand écran n'offre que très peu de différences du côté de la narration tant celle-ci était sur le « papier » extrêmement ambitieuse. En cela les dessins de Niko Henrichon, bien connus des amoureux de Marvel et de DC Comics, lui rendent parfaitement justice.

À tel point que certains passages ne sont que l'exacte retranscription des planches d'Herichon (la représentation de l'Arche surtout). Preuve s'il en est que les deux mediums peuvent se répondre et même s'enrichir. Un constat encore plus pregnant quand il s'agit aussi de s'éloigner du dessin. On en veut pour preuve la représentation des géants. Chez Henrichon, ils prennent l'apparence de divinités hindoues. À l'écran ce sont des monstres de pierre à la démarche hésitante. Aronofsky voulant certainement accentuer ici leur supplice terrestre. Chose qui a du certainement paraître comme une évidence une fois derrière la caméra.

 

 

Au-delà de l'imagerie véhiculée par les deux médiums, on sera agréablement surpris par l'adaptation assez intelligente de l'ensemble qui tient compte des possibilités techniques du cinéma par rapport à la BD. Si on a le droit d'être dubitatif sur le résultat final du film et la naïveté de sa démonstration, on ne peut que louer le travail titanesque opéré par Aronofsky pour transformer ces images, pour la plupart sans bulles, en une épopée à contre-courant des codes du blockbuster actuel, respectant en cela l'identité intrinsèque profonde du roman graphique.

Cependant, il y a dans la vison de Henrichon quelque chose de plus cruel et de plus anguleux. Une sensation rétinienne que l'on ne retrouve pas dans le film. Quelque chose qui tient non pas dans le récit ou dans le découpage, mais bien dans ces traits à la fois précis et fuyants qui donnent à voir mais aussi à imaginer. Et cette porte entrouverte vers un au-delà, le film ne parvient pas à l'ouvrir, quand le roman graphique l'expose sans artefacts, sans artifices mais avec une réelle puissance évocatrice.

 

 

Certains y ont vu une déception légitime. Une adaptation n'est-elle point un prolongement qui doit transcender l'œuvre original ? Certainement. Mais Noé recèle en son sein une telle richesse graphique que l'on ne pouvait que craindre le prolongement en CGI. Crainte à moitié vérifiée mais qui ne doit pas empêcher la découverte du film suite à celle de la bande-dessinée. Ou vice versa.

 

Noé est disponible chez Le Lombard en quatre tomes distincts ou en intégrale.

 

 

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