Deauville 2012 (jour 7) : boire ou bien se conduire

Perrine Quennesson | 7 septembre 2012
Perrine Quennesson | 7 septembre 2012

Trinquons à la santé de l’Oncle Sam ! Mais pas trop régulièrement comme nous l’explique le très réussi Smashed de James Ponsoldt. On y croise Mary Elizabeth Winstead (qui en a fini avec les vampires de son président de mari) en professeur des écoles, ravissante mais à la dérive. Elle boit. Une bière après le boulot puis 2 puis 20 puis une petite flasque de whisky le matin avant d’aller bosser. Et c’est comme cela qu'elle se retrouve à vomir devant les enfants de sa classe ou à fumer du crack et se réveiller sous un pont. C’est l’heure de la prise de conscience. Mais entre le mari qui ne l'aide pas vraiment et les mensonges qu'elle doit défaire, le retour à la sobriété résonne davantage comme une immense gueule de bois que comme un soulagement. Winstead est bluffante de justesse et son parcours sans jugement, sous la caméra de Ponsoldt, n’est jamais misérabiliste ou moralisateur. En bonus, vous aurez le droit à une leçon de drague qui vous évitera sûrement de finir seul avec des chats.

 

 

 

Elle, on ne sait pas si elle abusait de la boisson mais, aucun doute, elle fumait. La voix caverneuse et éraillée de Diana Vreeland résonne dans le génial documentaire Diana Vreeland : the eye has to travel. Réalisé par la petite belle-fille de Diana, le film revient sur la vie de cette extraordinaire rédactrice en chef de Vogue. Il commence sur un She’s like a rainbow des Rolling Stones qui donne le ton : Vreeland était rock n’roll, créative et ne craignait pas de recommencer pour se réinventer. Extravagante, franche et ouverte sur le monde, elle a su capter l’essence de toutes les époques pour créer les modes.  Instinctive, elle savait repérer ce qui serait le hit de demain. Pas vraiment belle, elle a fait d’elle une icône inévitable. Parsemé d’interviews de ses contemporains et d’archives des siennes, le documentaire rend un hommage sans langue de bois à une femme avant-gardiste (même presque 15 ans après sa mort) qui faisait de la morosité son pire ennemi. Vivifiant comme un gin tonic !

 

 

 

Retour à l’Amérique des petits gens qui continue à aller mal du côté des planches de Deauville. Pour son premier film, Booster, le jeune réalisateur, Matt Ruskin, nous invite à suivre le quotidien peu glorieux de Simon, jeune homme vivant du recèle de ses petits vols quotidiens. Un parcours discret en marge de la loi qui va être bouleversé quand son frère aîné est arrêté pour vol à main armée. Pour espérer  lui éviter une lourde sentence en prison, Simon va devoir brouiller les cartes en commettant le même genre de larcin. En est-il capable ou justement n’est-ce finalement pas là le signal pour trouver enfin sa voie dans la vie ? Surtout que l’amour est peut être au coin de la rue.  Des enjeux simples, classiques que Matt Ruskin traite avec une authenticité de tous les instants avec en point de mire le cinéma social des 70’s. Superbement épaulé par des comédiens débutants mais plus vrais que nature (Nico Stone, le héros, n’a rien à envier à un Casey Affleck et Adam DuPaul a le physique et le charisme d’un Chris Penn), Ruskin ne dévie jamais de son récit sobre, conscient de ne pas être là pour révolutionner le genre mais pour lui apporter une touche sociale bienvenue. Sans pour autant tomber dans un quelconque misérabilisme, ses protagonistes gardant toujours une noblesse d’âme peu présente d’ordinaire dans un tel programme.  Prometteur !

 

 

 

 

Si les films indépendants américains présentés en compétition à  Deauville, continuent comme bon nombre de leurs prédécesseurs à mettre en évidence les faillites d'un pays qui va mal, ils en oublient parfois de faire tout simplement du cinéma. Heureusement, God bless America rattrape ses petits camarades en reprenant les meilleurs ingrédients d'un cinéma contestataire qui n'oublie pas d'être aussi pédagogique que divertissant. Jouant à fond la carte de la satire avec une dose d'humour noir particulièrement développée, le réalisateur, Bobcat Goldhwait, entraîne un couple improbable composé d'un quadragénaire divorcé, gravement malade et d'une lycéenne tendance anarchiste dans une virée sanglante où ils deviendront l'égal des Bonnie & Clyde et autres natural born killers. Leur crédo : débarrasser l'Amérique de la bêtise qui la consume en tuant les personnes qu'ils estiment nuisibles.  Et rien ne les arrête lorsque leur choix est fait : un bébé qui crie trop la nuit, un coup de fusil à pompe et le problème est réglé. Une star de la télé réalité capricieuse et ses parents incapables de lui apprendre un savoir-vivre, quelques balles et un couteau de cuisine plus tard, tout est rentré dans l'ordre.  

Mais loin d'être un simple jeu de massacre graphique et faussement provocateur, God bless America n'oublie jamais d'asséner un vrai discours de pamphlétaire désireux de faire, à son petit niveau, avancer les choses. Goldhwait et ses deux acteurs principaux, le pragmatique Joel Murray (frère de Bill) et la délurée Tara Lynne Barr, croisement savoureux entre Christina Ricci et Anna Faris, s'en donnent ainsi à cœur joie pour énoncer tout haut des vérités tristement d'actualité. A l'image de cette terrible tirade sur l'Amérique qui ne serait plus une civilisation puisque plus personne ne cherche à être civilisé, on ressort de cette équipée sauvage avec le sentiment contrasté d'avoir ri devant tant de stupidité tout en étant effrayé par l'absence de solutions pour enrayer cette inéluctable descente aux enfers. L'Amérique, future idiocratie ?

 

 

Des Hommes sans loi (lire la critique ici) et Take this Waltz (lire la critique ici) ont également étaient projetés lors des soirées de gala auxquelles nous n'avons pas pu assister, la faute à une charge de travail colossale ou l'envie de prendre des verres. On vous laisse seuls juges.

 

Souvenir de festivalier(s)   

 

Paula Wagner, grande productrice hollywoodienne à qui le festival rend hommage cette année, revient sur un film indépendant américain qui l'a marquée.

 

 


 

 

 

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