Le top des cinéastes qui n'ont jamais confirmé

Laurent Pécha | 28 septembre 2011
Laurent Pécha | 28 septembre 2011

A l'occasion de la sortie d'Identité secrète et la nouvelle désillusion que procure la vue d'un film de John Singleton, l'auteur de Boyz'n the hood, Ecran Large revient sur la carrière de cinéastes qui nous ont terriblement déçus après des débuts fracassants. Vous savez, ces réalisateurs qui ont fait un film que vous avez dans votre DVDthèque mais que vous ne savez pas vraiment où ranger quand, en bon cinéphile, vous avez opté pour un classement par cinéaste. Quels sont donc ces artistes, honorés de trôner sur votre étagère aux côtés de Charles Laughton et de sa Nuit du chasseur

 

 

John Singleton : Boyz'n the hood

Passer de la sélection de votre premier film, dans la sélection Un Certain regard l'année de vos 23 ans, à la promotion débilitante d'une mauvais publicité pour la créatine intitulée Identité secrète, c'est ce que l'on appelle une jolie déchéance. C'est que John Singleton n'a pas, et c'est le moins que l'on puisse dire, su continuer sa carrière proprement. S'il a tout de même produit Black snake moan, son talent de metteur en scène semble totalement éteint voire corrompu depuis le ratage intergalactique que fut 2 fast 2 furious, à côté duquel une bonne publicité pour la lessive passe pour un accomplissement esthétique. Vincent Ostria (Les Cahiers du cinéma) écrivait lors de la sortie de son premier film : « il laisse entrevoir l'émergence d'une nouvelle génération de réalisateurs, qui, pressés de s'exprimer sur cet état de la société, apportent une nouvelle dimension au cinéma américain, » l'histoire nous aura hélas prouvé le contraire.


 

 

 

 

 

Robert Harmon : Hitcher

Film culte, sorti de nulle part en 1986, Hitcher place instantanément Robert Harmon dans la cour des cinéastes dont on attend les films avec impatience. Thriller aussi pervers que nihiliste aux influences divinement digérées (Duel, Mad Max,...), porté par un des bad guys les plus charismatiques croisés sur un écran de cinéma (génial Rutger Hauer), Hitcher est une œuvre incontournable. Dommage pour nous, Harmon semble avoir laissé tout ce qu'il avait sur le bitume de sa route. Un Travolta période pré-Pulp fiction, c'est dire l'ampleur du désastre (Les Yeux d'un ange). Un Van Damme correct mais un Van Damme quand même (Cavale sans issue). Un film d'horreur moisi (Le peuple des ténèbres) et une resucée de son film phare au mieux sympatoche (Highwaymen). C'est tout pour le cinéma et depuis le père Robert sert la soupe à Tom Selleck dans sa série de téléfilms des Jesse Stone pendant qu'on remake n'importe comment son Hitcher en 2007. Le grand William Friedkin aime à dire qu'on ne vaut que pour le meilleur que l'on a fait. Une maxime que Robert Harmon doit bigrement chérir !

 

 


 

 

 

Lee Tamahori : L'Âme des guerriers

Venu du bout du monde (Nouvelle-Zélande), L'Âme des guerriers file un sacré uppercut aux spectateurs en 1994. Pour son premier film, Lee Tamahori rend hommage à la culture Maori de son père en dressant un portrait sans concession d'une famille en proie à une violence quotidienne, celle d'un père-mari qui ne semble pouvoir s'exprimer qu'à travers ses poings. Intense sans jamais être complaisant, magnifiquement interprété, le film de Tamahori marque durablement la rétine. Et notamment celles des exécutifs d'Hollywood qui font du charme au cinéaste. Ce dernier ne se fait pas prier pour quitter son île natale. Il emballe depuis des productions insipides (Les Hommes de l'ombre, Le Masque de l'araignée), des blockbusters foireux (XxX 2, Next) et se distingue en étant le dernier réalisateur à diriger Pierce Brosnam en James Bond (Meurs un autre jour). Et ce n'est pas son risible et encore inédit The Devil's double (vu au festival de Berlin en février 2011) sur l'histoire du double du fils de Saddam Hussein qui va changer la donne. Son âme, Lee Tamahori l'a laissée de l'autre côté du Pacifique il y a désormais 17 ans.

 

 


 

 

 

Jan de Bont :  Speed

En 1994, le chef opérateur Jan de Bont délaisse les plateaux de Mc Tiernan et Verhoeven (il a signé, entre autres, la photo de Piège de cristal et Basic Instinct) pour mettre en scène Speed, film d'action survitaminé qui donne définitivement son statut de star à Keanu Reeves. Avec son concept 100% action (une bombe à bord d'un bus menace d'exploser si la vitesse est réduite), Speed, même s'il a pris désormais un petit coup de vieux, s'impose comme un des films les plus efficaces de la décennie 90. De Bont serait-il l'égal de McT et Verhoeven ? 4 films plus tard, le cinéaste batave a réglé la question. Un film catastrophe mou du genou qu'Emmerich tournerait dans son sommeil (Twister), un Speed 2 qui peut concourir à la suite la plus nulle du monde, un remake de La Maison du diable (Hantise) qui aurait une belle place dans le classement des remakes les plus mauvais de l'Histoire et un Tomb raider 2 dont le seul possible mérite est de permettre de réévaluer la médiocrité absolue de son prédécesseur. Depuis, Jan de Bont multiplie les projets qui n'aboutissent pas. On ne va pas s'en plaindre !  

 

 


 

 

 

James Foley : Comme un chien enragé

On a volontairement mis de côté le premier film de James Foley (Reckless) tant les promesses non tenues par le cinéaste personnifient à merveille la conception de notre dossier. En 1986, Comme un chien enragé sort et c'est l'avalanche de superlatifs sur Foley, proclamé à juste titre à cette époque comme un des nouveaux fers de lance du cinéma américain d'auteur. Porté par deux des comédiens les plus intenses du monde (Sean Penn et Christopher Walken), le film est une œuvre forte d'une rare noirceur. On tient là de la graine d'auteur, se dit-on. Un an plus tard, Who's that girl, véhicule promotionnel pour Madonna, met la pédale douce à nos rêves. Et la suite de la carrière en dents de scie de James Foley ne contredira plus jamais cette impression. Grand directeur d'acteurs, le réalisateur tourne toujours avec des comédiens d'envergure (Al Pacino en tête) mais rien ne se détache de sa filmographie à l'image de L'Héritage de la haine ou Le Corrupteur. En 2007, Foley touchera le fond avec le navrant thriller, Dangereuse séduction avec Halle Berry et Bruce Willis. A quand les DTV ?

 

 

 

 

 

 

Fred Walton : Terreur sur la ligne

Pour son premier film, Terreur sur la ligne, Fred Walton remporte le prix du jury au festival d'Avoriaz en 1980. Il faut dire que cette histoire de baby-sitter harcelée au téléphone par un dangereux maniaque propose des séquences de frousse (dans sa première demi-heure) comme peu ont su le faire. On n'est pas prêt d'oublier ce terrible « Etes-vous allée voir les enfants ? ». On se dit qu'on tient là un nouveau maître de l'effroi, d'autant que le monsieur fait encore illusion avec le faux-slasher, Week-end de terreur en 1986. Et puis, plus rien ou presque si ce n'est une ribambelle de téléfilms quelconques. Et même lorsqu'il tente le coup de la suite de son coup d'éclat (Appel dans la nuit, 1993), cela ne fonctionne plus vraiment.  Finalement, c'est en 2006 que l'on reparle de Fred Walton... quand le remake de Terreur sur la ligne sort en salles !

 

 


 

 

 

Gary Fleder : Dernières heures à Denver

Au milieu des années 90, le polar US va bien. Un certain Tarantino vient de lui mettre un sacré coup de pied au cul avec son Reservoir dogs et l'on guette dès lors le prochain cinéaste sur lequel on va pouvoir se lâcher. En 1995, Gary Fleder débarque de nulle part avec son Dernières heures à Denver et les similitudes avec le film de Tarantino, associées à une maîtrise cinglante d'un récit choral éclaté, font grimper très vite l'enthousiasme. Voilà un petit gars qui va nous épater pour les années à venir. Un Collectionneur plus tard, on tempère notre jugement. La désillusion continuera avec Pas un mot, thriller bien raté avec Michael Douglas et, dans une moindre mesure, avec Le Maître du jeu, du Grisham movie efficace mais interchangeable. De film inédit (The express et son histoire de foot US) en épisodes de séries télé en pagaille, Gary Fleder tente de montrer qu'il n'était pas un imposteur. En vain ! Ironie du sort, c'est aussi le titre de son ambitieux film de SF, Impostor, dont la sortie fut injustement massacrée par les Weinstein, grands pourvoyeurs de cadavres de cinéastes.

 

 


 

 

 


Mark Pellington
 : Arlington Road

Après Going all the way, un premier film d'une rare discrétion (inédit quasiment dans tous les pays du monde), Mark Pellington signe avec Arlington road, un des meilleurs thrillers des années 90. Un affrontement psychologique intense où Jeff Bridges et Tim Robbins s'opposent avec maestria, assorti d'un final sombre et gonflé montrant que le cinéaste a de sacrés c... pour avoir su l'imposer à un studio. L'illusion était trop belle : La Prophétie des ombres, avec son récit mystico-shyamalesque, nous a sacrément calmés sur le bonhomme. D'ailleurs, depuis, on l'a perdu de vue (l'inédit Henry Pool is here) et son I melt with you avec son casting pourtant alléchant (Carla Gugino, Jeremy Piven, Thomas Jane, Rob Lowe) n'offrent pas les rumeurs les plus rassurantes.

 

 


 

 

 


David Anspaugh : Le Grand défi

Le Grand défi (Hoosiers) marqua durablement les esprits des rares spectateurs l'ayant découvert au cœur de l'été 1989, presque trois ans après sa sortie US. Défendu avec passion par Christophe Gans dans Starfix, le film de David Anspaugh est encore à ce jour le meilleur film sur le basket jamais fait et un modèle de film de sports avec des prestations d'acteurs exceptionnelles (Gene Hackman, Barbara Hershey et Dennis Hopper, ce dernier ayant même eu le droit à une nomination à l'Oscar du meilleur second rôle). Si le cinéaste retrouva une partie de son inspiration avec Rudy, autre film méconnu sur une histoire de football américain inspirée de faits réels avec le futur hobbit , Sean Astin, il s'est enfermé par la suite dans des genres qui ne lui permirent pas de confirmer les belles promesses de Hoosiers. En 2005, il a beau retrouver le chemin du film sportif (sur le football cette fois-ci) avec l'inédit The game of their lives, la magie a disparu. Définitivement ?

 

 


 

 

 

Daniel Myrick et Eduardo Sánchez : Le Projet Blair Witch

En 1999, personne n'attend le duo Myrick-Sánchez et pourtant leur « petit » film va révolutionner l'industrie du cinéma (d'horreur) pour les vingt prochaines années (et l'influence est encore bien réelle quand on voit le prochain et très mauvais Apollo 18). Qu'on aime ou pas Le Projet Blair Witch, impossible de lui ôter son succès phénoménal et son influence. A l'instar d'un Sam Raimi et son Evil dead, les deux hommes prouvent que l'on peut monter un petit film avec trois bouts de ficelle, terroriser le monde entier et engranger un max de billets verts. On imaginait leur carrière dans le confort de productions hollywoodiennes prestigieuses. Il n'en a rien été. Depuis, les deux hommes ont décidé de partir chacun de leur côté et sont tombés dans l'anonymat des petites productions fantastiques tout justes bonnes à remplir la section Horreur des vidéo-clubs ou à leur permettre de sillonner les festivals du monde entier.

 

 


 

 

 

Randal Kleiser : Grease

En 1978, rodé par des années passées dans l'anonymat relatif des séries télé, Randal Kleiser participe à l'aventure Grease. Une ligne bigrement prestigieuse sur un CV pour une des comédies musicales les plus populaires de l'Histoire du cinéma. Le cinéaste y met en scène un couple désormais légendaire, John Travolta et Olivia Newton-John, et signe un paquet de numéros musicaux cultes, à l'image de la séquence finale et sa chanson « You are the one I want ». Un bon coup de chance pour Kleiser d'être the « right man at the right place », le reste de sa filmographie prouvera qu'il n'avait aucune aptitude réelle à devenir un grand, se contentant de suites commerciales (Chérie, j'ai agrandi le bébé, Big top Pee-Wee) ou de révéler la beauté plastique de Brooke Shield dans le nanar culte, Le Lagon bleu.

 

 


 

 

 

Paul Brickman : Risky business

L'énigme Paul Brickman. L'homme qui révéla Tom Cruise au grand public avec Risky business (63 millions de dollars de recettes aux USA en 1983) en lui offrant son premier grand rôle, a failli ne pas être sélectionné dans ce dossier. Et pour cause, après avoir signé l'une des meilleures comédies teenagers de tous les temps, Brickman n'est revenu derrière la caméra qu'une seule fois pour le méconnu (et inédit chez nous), Men don't leave avec Jessica Lange. A une autre époque, il est sûr que l'homme aurait enchaîné les comédies à succès et aurait trouvé refuge par exemple chez la Apatow team. Ouvertement cité par bon nombres de ses successeurs, Paul Brickman a tout de même fait reparler de lui à la fin des années 90 en signant le scénario du Jugé coupable de Clint Eastwood. Maigre consolation et grosse frustration !

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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