Top science-fiction n°5 : L'Empire contre-attaque

Jean-Noël Nicolau | 13 décembre 2009
Jean-Noël Nicolau | 13 décembre 2009

Pour lancer le compte à rebours avant l'évènement Avatar qui sortira sur nos écrans le 16 décembre prochain, la rédaction d'Ecran Large a remis le bleu de chauffe et a recommencé à se plonger dans une classement impossible.

Après vous avoir proposé notre classement des 31 meilleurs films d'horreur dans l'histoire du cinéma, nous avons opté pour l'univers de la science-fiction et ainsi d'élire ce qui sont pour nous les 31 meilleurs films du genre. La règle de ne pas avoir plus d'un film par cinéaste ne s'applique pas ici (c'était au dessus de nos forces pour certains réalisateurs).

La seule règle que l'on a décidé d'appliquer (et qui sera critiquable comme beaucoup de règles) : un film qui était déjà dans notre classement de l'horreur ne pouvait pas réapparaître dans ce nouveau classement.  14 membres de la rédaction ont donc été invités à envoyer leur liste de leurs 70 films préférés.

A partir de ces listes, on n'a gardé que les films cités plusieurs fois par chacun d'entre nous. On a alors resoumis la liste finale à un vote pour obtenir le classement final que nous allons vous faire découvrir quotidiennement jusqu'au 16 décembre 2009 qui révèlera le numéro 1 de la rédaction.

Un éclairage par jour durant 31 jours sur des incontournables du cinéma de science-fiction.  Et en guest star pour commenter nos choix, on retrouve Vincenzo Natali, le réalisateur de Cube, Cypher, Nothing et du très attendu Splice, étant un parfait ambassadeur du futur de la science-fiction au cinéma.

 

5 - L'Empire contre-attaque (1980) d'Irvin Kershner

 

 

Vincenzo Natali : C'est une oeuvre de grande beauté et le film qui a confirmé Star Wars en tant qu'élément essentiel de la pop culture. Les images de L'Empire contre-attaque sont tellement audacieuses et formidablement réalisées que peu de films, encore aujourd'hui, inspirent le même degré d'émerveillement. Je préfère La Guerre des étoiles, parce qu'il fut le premier. Mais cet épisode ose être complexe et adulte, là où l'original n'essayait pas d'être davantage qu'un rêve d'enfant.

Luc Besson : "C'est un classement de journalistes !... Je vous remercie de ne pas avoir mis le 5e élément... Heureusement que c'est pas le même pour les spectateurs !"

Ilan Ferry :

L'opus le plus sombre et dense de la saga. Lucas prouve par l'image qu'il est possible de surpasser un modèle déjà épique.

Jean-Noël Nicolau :

On pourra critiquer dans tous les sens George Lucas et ce que Star Wars est devenu au fil du temps, ce chapitre là est un chef-d'oeuvre ABSOLU !

Patrick Antona :

La meilleure suite du cinéma, au scénario dense et aux personnages dépassant leurs stéréotypes, surtout Dark Vador qui devient le méchant ultime du genre, puissant et ambiguë, et sur qui s'articulera toute la saga.

Laurent Pécha :

LE cinéma dans tout ce qu'il a de plus magique, fascinant... Littéralement insurpassable !  

 

 

 

Peut-on imaginer aujourd'hui qu'à sa sortie L'Empire contre-attaque reçu des critiques fort mitigées ? Que certains des éléments qui en font aujourd'hui l'épisode le plus adoré de la saga Star Wars lui valurent de sévères remontrances ? « Il n'y a ni début, ni fin ! », clamèrent certains. « C'est trop sombre, trop déprimant », répondirent d'autres. Ce n'est que 15 ans plus tard, avec la ressortie de la trilogie originale en éditions spéciales que l'unanimité se fit : L'Empire contre-attaque est le meilleur Star Wars. Pour l'éternité. Amen.

Ces défauts, si décriés à l'époque, forment les principales qualités d'une œuvre révolutionnaire qui fait toujours pâlir les blockbusters actuels. Les audaces d'un Dark Knight paraissent bien inoffensives face à la noirceur et à la folie de ce film. Du montage parallèle qui occupe la majeure partie du métrage à l'univers soudainement plus complexe et ambigu qui en forme le cœur, L'Empire contre-attaque ne ressemble à aucune autre production hollywoodienne de son temps, ni même après. Comme un mélange entre le règne des auteurs des années 70 et celui du divertissement, qui débuta dans les années 80.

 

 

Le film est ainsi peu avare en spectacle grandiose, de son ouverture avec la bataille épique sur la planète Hoth à sa conclusion dans les nuages de la cité de Lando Calrissian, en passant par l'inoubliable scène au milieu des astéroïdes, le film ne laisse aucune place à l'ennui. Mais c'est la place accordée à la caractérisation des protagonistes qui lui donne en grande partie son aura unique. Quasiment absente de La Guerre des étoiles, la psychologie est ici la vraie star. Dark Vador n'est pas un robot, Luke n'est pas un gringalet falot, Han Solo n'est pas qu'un archétype amusant, Léia n'est pas qu'une tête à claques... Et les nouveaux arrivants existent avec force (c'est le cas de le dire) en quelques scènes, du facétieux et sage maître Yoda à l'implacable chasseur de primes Bobba Fett.

 

 

Rarement aura-t-on fait tenir autant d'éléments en aussi peu de temps (deux heures et cinq minutes remplies jusqu'à la gueule). La quintessence de l'esprit « serial » se trouve ici, en même temps que se tournait Les Aventuriers de l'Arche perdue, l'autre chef-d'œuvre du genre. Des rebondissements dans tous les sens, un rythme affolant qui ne se perd jamais en route, tout cela pour mener vers un cliffhanger insoutenable et étonnamment émouvant (« I love you ! », « I know... »). Mais ce n'est pas suffisant ! Car il y a LA révélation, qui, malgré la richesse de l'œuvre, parvient à demeurer le clou du film. Imitée, parodiée, citée jusqu'à plus soif, avec elle Œdipe redevient roi dans l'imaginaire de plusieurs générations. C'est ici que Star Wars s'ancre en tant que mythologie moderne incontournable. George Lucas peut alors tout se permettre, c'est lui le King of the world.

 

 

Pourtant, malgré le succès de La Guerre des étoiles, la création de L'Empire contre-attaque ne fut pas de tout repos. Libéré de beaucoup d'obligations après le triomphe du premier film, Lucas décida de ne pas reprendre le poste de metteur en scène. Il se trouva déjà fort occupé par son rôle de producteur, de superviseur de sa compagnie d'effets spéciaux, ILM, et dans sa participation à l'écriture du scénario. Lucas proposa la réalisation à l'un de ses anciens professeurs : Irvin Kershner (Les Yeux de Laura Mars, Le Retour d'un homme nommé cheval, Robocop 2). Celui-ci s'empressa de refuser, estimant qu'une suite ne pourrait jamais approcher la qualité et l'originalité de La Guerre des étoiles. Heureusement, Kershner revint rapidement sur son choix et accepta. Une partie des fans les plus passionnés de la saga estiment que c'est l'arrivée de Kershner qui fit de L'Empire contre-attaque une telle réussite. Au vu de l'ensemble de la carrière du réalisateur, malgré un sympathique Robocop 2, on peut aisément remettre en question cette interprétation.

 

 

C'est la scénariste Leigh Brackett qui rédigea la première version du scénario de L'Empire contre-attaque, juste avant de décéder du cancer en 1978. Lucas écrivit le second script avant d'embaucher Lawrence Kasdan pour retoucher l'ensemble. Le créateur de Star Wars avait été impressionné par le travail de Kasdan sur le scénario des Aventuriers de l'Arche perdue. La légende veut que la réussite de cette suite soit aussi en grande partie due à l'influence grandissante de Gary Kurtz, co-producteur de la trilogie originelle.

 

 

Au niveau des effets spéciaux, L'Empire contre-attaque demanda à l'équipe d'ILM de relever de nouveaux défis. La complexité des scènes spatiales fut décuplée, en particulier lors de la poursuite au milieu des astéroïdes, qui demeura longtemps l'une des séquences les plus impressionnantes de l'histoire de la SF au cinéma. La partition de John Williams, encore plus inspiré que pour La Guerre des étoiles, y est aussi pour beaucoup. Il ne faut pas oublier que le compositeur créa la fameuse marche impériale à l'occasion de cette suite. Indissociable de Dark Vador et de toute la puissance de l'Empire Galactique, on peine à croire qu'elle était absente du premier film. De même le thème de Yoda ou celui de l'amour naissant entre Han Solo et Léia font partie des plus belles œuvres de Williams.

 

 

 

Pour l'attaque de la base rebelle de la planète Hoth, le mélange de bluescreens et d'Imperial Walkers animés en stop-motion proposa un réalisme jamais vu. C'est Phil Tippett qui dirigea l'essentiel de cette séquence délirante. Mais le plateau le plus impressionnant demeure celui de la planète Dagoba, construit à 1m50 du sol pour que les marionnettistes puissent manipuler Yoda ainsi que tout l'environnement foisonnant de ces marécages annonçant Dark Crystal. Frank Oz, qui travailla sur les deux films, prêta ses talents dans la création du vieux maître Jedi, dont la physionomie emprunte les rides d'Albert Einstein...

 

 

Lors du tournage en Norvège, l'équipe fit face au pire hiver depuis 5 ans, avec des températures de -29° et 5,5 mètres de neige. Plus tard, un incendie fit culbuter le budget du film de 18,5 millions de dollars à 22 millions. Au final, L'Empire contre-attaque couta 33 millions de dollars, soit trois fois plus que La Guerre des étoiles. En 2007, les recettes de l'Episode V, au niveau mondial, s'élevaient à... 538 millions de dollars. Une nouvelle fois, l'investissement fut plus que rentable pour la Fox.

Pour l'anecdote, avant la première du film, seules quatre personnes connaissaient la révélation centrale sur la relation entre Vador et Luke. George Lucas, Irvin Kershner, Mark Hamill et James Earl Jones (la voix de Vador) étaient au courant. Tous les autres membres de l'équipe avaient été menés sur de fausses pistes.

L'Empire contre-attaque est le segment de la trilogie originelle à avoir le moins souffert des éditions spéciales sorties en 1997. Les changements apportés à cette occasion sont dans l'ensemble mineurs. L'attaque du Wampa au début du film est plus longue et la créature est nettement plus présente à l'écran. Une scène avec Vador a été ajoutée à la fin, elle est conçue à base de chutes du Retour du Jedi. Lucas a surtout fait des ajouts de plans truqués par CGI dans la Cité des nuages.

 

 

Plus épique, plus violent, plus riche, plus romantique, plus émouvant, L'Empire contre-attaque saisissait à bras le corps la mythologie ébauchée dans La Guerre des étoiles pour la magnifier. Des ténèbres angoissantes de Dagobah aux paysages aériens de la Cité des nuages, le film dessine un idéal de space opera. Chaque plan déborde de détails et de possibilités, les idées jaillissant sans trêve. Il est aujourd'hui de bon ton de se moquer de Star Wars, de ce que la franchise a pu devenir au fil des ans. Mais c'est oublier l'émerveillement absolu que fut la première trilogie, en y incluant le mal aimé Retour du Jedi, pourtant tout aussi passionnant en tant que blockbuster magique.

Encore en 2009, il semblerait que les trois quarts des divertissements hollywoodiens, d'Avatar à Harry Potter, lorgnent d'une manière ou d'une autre sur Star Wars. Et c'est en particulier L'Empire contre-attaque que tout le monde essaie de recréer sans jamais y parvenir. Comme si ce charme était à jamais unique, instant clef du 7e art, impossible à capturer et que nous ne pouvons qu'admirer avec des yeux d'enfants, encore et encore, sans pouvoir l'épuiser. La jeunesse éternelle, la tête dans les étoiles...

 

 

commentaires

mattew crorkz
07/04/2015 à 10:48

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