Festival CinémaScience 2009 - J2

Lucile Bellan | 4 décembre 2009
Lucile Bellan | 4 décembre 2009

Après une nuit chaotique principalement due à une porte de chambre de l'épaisseur d'une feuille de papier à rouler (entre voisines de chambre pompettes à 3h du mat, départ en catimini, ou pas, d'autres voisins aux alentours de 7h et femmes de chambre férues de Radio Nostalgie vers 8h) et quelques heures passées à peaufiner le compte-rendu de la veille, il est temps d'aller jeter un œil en ville pour voir ce qui se trame et profiter d'un peu de wifi gratuit par la même occasion. Vers 11h30, je sors de ma tanière, la mèche en berne et l'œil encore collé par le manque de sommeil pour l'improbable mais rassurante chaleur du MacDonald's le plus proche. Après deux sandwichs avalés en hâte (miam petit déjeuner !) et quelques longues minutes de recherche de connexion valable, mes chers articles rejoignent la boîte mail de leur destinataire. Deux minutes de réflexion et je décide de courir à l'autre bout du centre ville pour la projection de midi, initialement pas prévue au planning.

 

 

Ce qu'il faut pour vivre raconte l'histoire de Tivii, un inuit arraché à sa famille et à ses terres par des missionnaires qui l'emmène soigner sa tuberculose au Canada. Seul dans un sanatorium triste, étranger aux moindres mœurs quotidiennes locales, il va peu à peu se laisser mourir avant de faire la rencontre d'un enfant déraciné lui aussi. Ce film d'époque (l'action se passe en 1952), très documenté est à la fois un témoignage des cultures inuit (la tradition orale, la pêche, la chasse, le rapport à la nature), l'histoire de rencontres touchantes mais aussi le souvenir d'abus de missionnaires religieux vis-à-vis de peuplades mal comprises. Pour le spectateur peu éduqué sur ce problème passé, c'est sur les épaules de Natar Ungalaaq que repose tout le drame et les souffrances de ces inuits déracinés dans le passé. De tous, une interprétation juste et toute en finesse tire souvent le film vers le drame pur, quasiment à nous tirer des larmes sincères. Une découverte à tous les niveaux, cinématographique et historique, commentée après la séance par Joëlle Robert-Lamblin, anthropologue des populations arctiques au CNRS maintenant à la retraite. Une femme charmante par ailleurs, avec qui j'ai eu le privilège de dîner la veille au soir et qui, en plus d'avoir donné au public (et à moi-même) un éclairage particulièrement riche sur une culture méconnue s'avère être très intéressée par la question du cinéma (ce qui a été une raison de plus pour me faire venir à cette projection, je l'avoue). (4/5)

 

 

 A peine le temps de vérifier qu'il pleuviote dehors qu'il est déjà l'heure de rejoindre la salle pour une projection du Portrait de Dorian Gray. Bien que déjà vu et revu, le fait de la partager avec d'autres personnes (incroyable comme certaines scènes nous font encore réagir physiquement alors que le film date de 1945) et sur un grand écran. Une petite friandise pour moi et un plaisir, ici, à CinemaScience de mélanger sans complexes, genres, générations autour du thème des sciences ou de la recherche. Alors que je cours de nouveau pour le MacDonald's (wifi, tout ça) pour un goûter bien mérité, je me fais alpaguer dans la rue par un dragueur invétéré charmant mais un brin trop entreprenant... ah ! C'est autre chose que mes gamins d'Ecole de commerce bourrés de la veille au soir... et puis ça fait plaisir entre deux Big Mac, les lunettes vissées sur le nez, les yeux rouges de lapin myxomatosé, une tenue classique mais pas classe, chargée comme un âne entre deux projections d'entendre dire que je suis magnifique. Quelque chose me dit que c'est l'effet province, mais je retourne d'un pas léger et un vague sourire sur les lèvres vers la salle du Fémina.

 

 

J'extirpe mon appareil pour immortaliser les « statues » (voir dernière photo) à l'entrée des lieux du festival qui semble tout droit sorties d'un sex shop spécialisé dans le SM ou des fantasmes malsain d'un cinéphile frustré. Voilà qui donne envie d'enchaîner les séances ! Et la prochaine n'est pas en reste en ce qui concerne les plaisirs interdits puisqu'elle met en scène les déboires sentimentaux d'une femme accro à l'héroïne. In your veins est un film suédois, avec pour qualité mais aussi défaut une trop grande recherche esthétique, et la sensualité qui se dégage de ses superbes acteurs peine à nous faire ressentir le propos. Malin Crépin, en dehors de sa plastique irréprochable est pourtant une actrice incroyable qui a reçu pour ce rôle le prix d'interprétation du Festival du film européen de Bruxelles. Et même si par cette histoire, la réalisatrice a voulu nous faire partager une autre vision de l'addiction, tout aussi grave mais moins évidente, une addiction du quotidien, cette descente aux enfers reste classique, trop simple et perd de son sens et de sa gravité dans sa recherche de l'esthétisme poussé à l'extrême. (3/5)

 

 

Je repasse à l'hôtel, entame une longue croisade contre le wifi payant SFR et très vite (trop peut-être ?), je dois de nouveau braver les éléments pour rejoindre le Mégarama à l'autre bout de la ville : au programme l'avant-première de Lignes de front. La projection est intéressante car le réalisateur Jean-Christophe Klotz a aussi couvert le génocide rwandais en tant que journaliste, et que ce long-métrage livre une version fictionnelle mais réaliste et à multi-facettes de son précédent travail documentaire. A part quelques généralités, on découvre avec Lignes de front notre méconnaissance quasi-totale du contexte et de la situation lors du génocide rwandais. La séance laisse la salle sous le choc et parfaitement en condition pour un échange avec Jean-Pierre Chrétien, historien spécialiste de l'Afrique des Grands Lacs au CNRS. Le monsieur est pédagogue et passionnant et c'est quasiment toute la salle qui reste presque 1 heure après la séance afin d'aborder les questions évidentes qui nous taraudent après le visionnage.

 

 

Je rentre donc au bercail tard, il pleut des cordes et comme mon bidou a grommelé pendant tout le génocide rwandais, je m'autorise une halte dans une épicerie ouverte tard le soir. Une épicerie à l'ambiance boîte de nuit vu le niveau sonore mais le vendeur est charmant et m'offre même une sucette (oui, j'ai l'air d'avoir 9 ans et rien ne me rend plus heureuse qu'une Chupa à la mangue). Fin de journée fourbue donc, à grignoter un sandwich trop gras, le Mac sur les jambes et les cheveux dégoulinants, mais heureuse avec ma Chupa et de très bons films au compteur.

 

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