Top Science-fiction n°26 : Abyss

Vincent Julé | 20 novembre 2009
Vincent Julé | 20 novembre 2009

Pour lancer le compte à rebours avant l'évènement Avatar qui sortira sur nos écrans le 16 décembre prochain, la rédaction d'Ecran Large a remis le bleu de chauffe et a recommencé à se plonger dans une classement impossible. Après vous avoir proposé notre classement des 31 meilleurs films d'horreur dans l'histoire du cinéma, nous avons opté pour l'univers de la science-fiction et ainsi d'élire ce qui sont pour nous les 31 meilleurs films du genre. La règle de ne pas avoir plus d'un film par cinéaste ne s'applique pas ici (c'était au dessus de nos forces pour certains réalisateurs). La seule règle que l'on a décidé d'appliquer (et qui sera critiquable comme beaucoup de règles) : un film qui était déjà dans notre classement de l'horreur ne pouvait pas réapparaître dans ce nouveau classement.  14 membres de la rédaction ont donc été invités à envoyer leur liste de leurs 70 films préférés. A partir de ces listes, on n'a gardé que les films cités plusieurs fois par chacun d'entre nous. On a alors resoumis la liste finale à un vote pour obtenir le classement final que nous allons vous faire découvrir quotidiennement jusqu'au 16 décembre 2009 qui révèlera le numéro 1 de la rédaction. Un éclairage par jour durant 31 jours sur des incontournables du cinéma de science-fiction.  Et en guest star pour commenter nos choix, on retrouve Vincenzo Natali, le réalisateur de Cube, Cypher, Nothing et du très attendu Splice, étant un parfait ambassadeur du futur de la science-fiction au cinéma.

26 - Abyss (1989) de James Cameron

Vincenzo Natali : C'est un film partagé entre un formidable suspens sous-marin et une histoire d'extra-terrestres très classique et involontairement comique. Il y a beaucoup d'aspects intéressants, mais, personnellement, je trouve que la conclusion détruit tout ce qui a précédé. Je ne l'aurais pas inclu dans cette liste. 

Stéphane Argentin :

Une love story épique dans les profondeurs de notre belle Planète bleue en forme de réflexion avant l’heure sur l’écologie.

Jean-Noël Nicolau :

Beau dans sa naïveté, fascinant dans son amour pour la grande bleue et ses mystères, le plus touchant des films de Cameron.

Patrick Antona :

L’autre grand film de SF pacifiste même si l’intrigue sentimentale avec couple en reconstruction a quand même bien vieilli. Mais James Cameron n’est jamais aussi bon que lorsqu’il parle de lui.  

 

 

Alors que le cinéma est depuis toujours fasciné par l'infini de l'espace, James Cameron, lui, préfère se pencher sur l'océan, cet inconnu. Et plutôt deux fois qu'une, comme le prouve une partie de sa filmographie : Piranha 2, Abyss, Titanic, Les fantômes du Titanic, Aliens of the deep, Expédition : Bismarck et le futur The Dive sur le couple de plongeurs Francisco "Pipín" Ferreras et Audrey Mestre. Pour James Cameron, les origines de l'homme ne sont pas forcément à chercher aux confins de l'univers ou sous la forme d'un monolithe mais dans les profondeurs de la Terre et chez l'homme. De ce point de vue, Abyss est son film le plus personnel et le plus ambitieux (avant Avatar ?), où une histoire d'amour devient l'histoire de toute l'humanité.

 

« He made your heart pound with The Terminator, then he stopped dit with Aliens

Now, writer / director James Cameron presents his most original adventure... »

 

La société Benthic Petroleum accepte de prêter la plate-forme de forage DeepCore à la marine américaine. Motif : sauver le sous-marin nucléaire Montana, immobilisé dans de curieuses circonstances sur le rebord de la faille Caïman, un abysse de plus huit mille mètres de profondeur. L'équipe de Bud Brigman accueille ainsi ces nouveaux arrivants, dont Lindsey, future ex-femme de Bud. Alors que les travaux de récupération commencent autour du submersible naufragé, l'équipage de DeepCore doit faire face à des phénomènes inexpliqués. Et s'ils n'étaient pas seuls, dans les abysses ?

 

L'idée d'Abyss germe dans l'esprit de James Cameron alors qu'il n'a que 17 ans. Il assiste à un cours de science sur la pongée sous-marine, où l'intervenant assure être le premier homme à avoir utiliser la technique de ventilation liquidienne. Les poumons sont remplis d'une émulsion de perfluorocarbures, connus pour leur grande capacité de transport d'oxygène. Il ne faut pas longtemps pour que le jeune Jim accouche sur le papier d'une histoire autour d'un groupe de scientifiques installé dans un labo au fin fond de l'océan. La nouvelle reste quant à elle au fin fond d'un tiroir, jusqu'à ce que, alors qu'il travaille sur Aliens, le réalisateur voit un documentaire de la chaîne National Geographic sur des véhicules submersibles opérant dans les profondeurs. Son histoire refait alors surface et très vite, il décide avec sa femme, la productrice Gale Anne Hurd, que Abyss sera son prochain film. D'ailleurs, le personnage de Lindsey Brigman, interprétée par Mary Elizabeth Mastrantonio, est basé sur Gale Anne Hurd, car s'ils étaient mariés avant Abyss, le couple se sépare pendant la pré-production du film et divorce après le tournage.

 

« Le film sous-marin ultime », qu'il disait le Cameron. Et à l'époque, à part les différentes versions de 20 000 lieux sous les mers, il fallait la chercher la concurrence. Mais elle existe, surtout en cette belle année 1989, où Abyss titille le fond des océans avec deux autres films, les inénarrables Leviathan et M.A.L. : Mutant aquatique en liberté. Nanars pour les uns, plaisirs coupables pour les autres, ils participent tout de même à cette obsession pour la grande bleue (Le Grand Bleu est sorti un an plus tôt), où Abyss se pose là. Ainsi, près de la moitié des prises de vues ont lieu sous l'eau. Le réalisateur a ainsi requis que le casting et le staff deviennent des plongeurs certifiés avant d'entrer en apnée pour cinq mois de tournage. Pendant qu'ils suivent un stage intensif aux îles caïmans, James Cameron prévoit de tourner aux Bahamas, lieu de l'action du film, avant de se rendre compte qu'il a besoin d'un environnement qu'il peut contrôler de A à Z. C'est ainsi qu'il part à la recherche du plus grand réservoir possible, et qu'il le trouve en Caroline du sud, à Gaffney,. Enfin, il trouve surtout une centrale nucléaire abandonnée (et qui avait coûté la bagatelle de 700 millions de dollars à son constructeur), avec un réacteur inachevé qui servira de réservoir. Pendant quatre mois, le décor de la station DeepCore (36 tonnes d'acier trempé tout de même) y est construit à 13 mètres de profondeur, avant d'être noyé sous 28 millions de litres d'eau. Un deuxième réservoir, plus petit avec 6 mètres de profondeur, sera utilisé pour les scènes additionnelles. Au final, ce ne sont pas moins de 42 millions de litres d'un lac voisin qui seront nécessaires pour le film. Pour des raisons de budget, la production ne prit même pas la peine de démonter la station DeepCore et elle est donc encore visible à Gaffney, même si la Fox rappelle qu'elle en détient encore les droits et qu'il est donc interdit de la filmer ou de la photographier. Oui, comme sur cette image ci-dessous.

 

 

Alors que le tournage doit commencer début août 1988, le réservoir principal n'est pas prêt - il a fallu plus de cinq jours pour le remplir. Et lorsqu'il l'est, une fuite gigantesque empêche l'équipe de dire « Action ». Ce n'est que le premier d'une longue liste de problèmes qui ont émaillé le projet, avec une panne de générateur, une eau chargée de produits ou de déchets humains (c'est selon) ou encore la rupture de la bâche qui permettait de plonger le plateau dans le noir complet. Même Cameron l'admettra lui-même : « Je savais que cela allait être difficile, mais je n'avais idée à quel point. Je ne veux jamais ô grand jamais recommencer ». Dixit le réalisateur de Titanic et Avatar ! Dans l'eau, 10 heures par jour, 7 jours par semaine, pendant presque 6 mois, au milieu de nulle part... le tournage a été aussi éprouvant qu'explosif pour les acteurs et les techniciens. Mary Elizabeth Mastrantonio fit une crise nerveuse sur le plateau tandis que Ed Harris se rappelle avoir explosé en sanglots sans raison alors qu'il rentrait chez lui en voiture. Pour l'acteur Leo Burmester, « le tournage d'Abyss est la chose la plus difficile j'ai fait dans ma carrière. James est le genre de réalisateurs à vous pousser toujours plus loin, mais il ne vous fera jamais faire quelque chose qu'il ne ferait pas lui-même. » Cela n'a pas empêché l'équipe d'inventer blagues ou badges sur le film comme « The Abuse », « Son of Abyss », « Life is Abyss And Then You Dive » ou « SS Abyss Survivor ».

 

Pour tourner les scènes sous-marines, Cameron fit appel à Al Giddings, remarqué pour son travail sur The Deep de Peter Yates. Il fit aussi créer des scaphandres spéciaux, avec visière large pour voir le visage des acteurs et micro intégré pour enregistrer directement les dialogues sous l'eau. Mais l'autre élément clé du tournage d'Abyss fut l'attente, la patience. « Nous ne commencions et terminions jamais une scène en un seul jour », se souvient Mary Elizabeth Mastrantonio. Même un fidèle de Cameron, Michael Biehn, n'en pouvait plus d'attendre. Il assure avoir été sur le plateau pendant cinq mois, mais n'avoir tourné que trois ou quatre semaines. Il ne faut pas oublier non plus les nombreuses phases de décompression, nécessaires avant de remonter à la surface, que James Cameron tentait de rentabiliser en visionnant les rushs et en retravaillant le script. Après 150 jours dans l'eau et un dépassement de budget de 4 millions, le tournage prend fin en décembre 1988. La sortie du film est alors prévue pour le 4 juillet 1989 aux Etats-Unis, mais la post-production sur les effets spéciaux et surtout l'alien liquide (plus de six mois de travail pour ILM) entraîne un mois de retard.

 

 

Alors que le budget s'élève finalement à 70 millions de dollars, la Fox s'inquiète tout d'un coup du potentiel commercial du film. Surtout que lors des projections test, des spectateurs riaient à des moments inopportuns. La rumeur veut que ces tests aient entraîné un reshoot de la fin. Au final, Abyss récoltera 55 millions de dollars sur le territoire américain et 90 millions dans le monde entier. Peut-on parler de succès ? Ce qui est sûr, c'est qu'on ne peut pas parler d'échec. Dès ses premières semaines d'exploitation, des rumeurs circulent déjà sur une séquence de vague géante placée à la fin du film. La durée du film a en fait été ramenée de 2h51 à 2h26. Il a fallu couper, à la fois pour répondre aux inquiétudes de la Fox et car ILM n'avait pas eu le temps de finir certains effets. Le message antinucléaire, écolo et pacifique en moins, le film aurait mieux fonctionné aux projections test. Mais sont restées aussi sur la table de montage, des séquences entières sur la relation entre Ed Harris et Mary Elizabeth Mastrantonio ou sur les personnages secondaires. Avec le succès de Terminator 2 en 1991, ILM assure un deal de 5 ans et de 500 millions de dollars avec la Fox pour les prochains films de Cameron. Dans le contrat, en bas de page, avec un astérix, 500 000 dollars sont prévus pour la version longue d'Abyss. Des dialogues sont réenregistrés, de la musique composée par Robert Garrett et non Alan Silvestri indisponible et les effets spéciaux corrigés voire refaits.Cette version Director's Cut ou Special Edition est aujourd'hui dipsonible en DVD.

 

Lorsque l'on regarde le projet et sa production, on peut se demander si James Cameron n'est pas inconscient, fou, mégalomane, voire les trois à la fois ? De fait, à la vision du film, la question de savoir si Abyss ne tient pas du miracle se pose. Sauf que James Cameron ne doit sa réussite à personne d'autre qu'à lui-même et à son équipe. Le cinéma de Cameron, c'est ça, du travail, beaucoup de travail et une vision, une croyance indéfectible. Il faut le voir pour le croire, dit-on. Avec Abyss, il faut le croire pour le voir. A l'instar de la scène culte de réanimation de Mary Elizabeth Mastrantonio par Ed Harris, qui semble n'en plus finir et qui réussit à faire douter le spectateur de son issue. Il croit avoir déjà cette scène dans d'autres films, mais filmée par Cameron comme un accouchement et une véritable résurrection, elle prend une dimension émotionnelle et universelle aussi surprenante que bouleversante. Et au James Cameron d'Abyss de toucher les étoiles.

 

« ...when you look long into an abyss, the abyss also looks into you »

 

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