Venise 2009 : Jour 10

Laurent Pécha | 11 septembre 2009
Laurent Pécha | 11 septembre 2009

Finir en beauté !


Il fallait bien que je craque un peu. Après 10 jours aux pas de courses, à jongler entre les séances (finalement 31 films vus), les conférences de presse (une dizaine) et les interviews (une dizaine aussi), le coup de barre est survenu jeudi après-midi. Juste après avoir rencontré en table ronde Joe Dante qui nous vantait les mérites de son The Hole (4/5). Le bougre n'avait pas menti puisque le lendemain matin, je prenais l'une des claques du festival et surtout je m'offrais une cure de jouvence inespérée (Explorers + Gremlins + Twilight Zone + Tourneur = The Hole : lire critique ici). Mais revenons à jeudi où je souffrais pour écrire ma critique du Akin, réfléchissais à ce que j'allais écrire dans mon compte-rendu quotidien et attendais la projection du Jaco Van Dormael en début de soirée. Pas vraiment convaincu par le film mais plus d'une fois étonné par la proposition de cinéma singulière que le réalisateur de Toto le héros nous a proposée, je sors de la salle, perplexe. Consultant mon fidèle programme, je constates que plus rien d'intéressant ne peut être vu (je ne vais pas aller revoir l'italien La double heure). Direction le restaurant pour rejoindre Nico et ses copines photographes histoire de dire qu'une fois dans le séjour, j'ai mangé avec des couverts. Et puis retour à la casa pour préparer les valises et dormir quelques heures pour être en forme pour Joe.

 

 

 

 

Vendredi matin, 10h 05, j'ai la méga frite, j'envoie du texto à tout le monde vantant les mérites de The Hole. Ok, je me la pète un peu aussi car le film n'est pas prêt de sortir en France (il n'a même pas de distributeur à l'heure actuelle, par contre, c'est déjà bon pour l'Italie, la Grande-Bretagne ou encore la Belgique pour nos lecteurs globe-trotteurs). A peine le temps de me remettre de mes émotions que l'avant-dernier film de la compétition m'attend. Il s'agit de A single man, du styliste Tom Ford avec Colin Firth dans le rôle titre mais aussi Julianne Moore dans un second rôle dont elle a le secret. Pour son premier film, Ford étonne par sa maîtrise formelle (fort logiquement, la photo est particulièrement léchée et maniérée) mais surtout montre qu'il a des choses à dire. Cette histoire de professeur d'université homosexuel qui perd son jeune amant dans un accident de voiture et qui n'arrive pas à en faire le deuil, permet au cinéaste de parler d'amour avec une vraie justesse. Il est vrai qu'il est bien aidé par Colin Firth auquel on donnerait bien un prix d'interprétation. Un premier film qui a en tout cas le mérite de placer de manière prometteuse Ford dans les cinéastes américains à suivre (3,5/5). Et étant donné le président du jury, Ang Lee, on ne serait pas étonné non plus de voir le film repartir avec le Lion d'Or tant l'univers décrit rappelle à bien des égards la sensibilité du réalisateur de Lust, caution.

 

 

 

 

Le temps d'écrire ma critique de The Hole et me voici dans la salle de conférence à attendre l'arrivée de... Joe Dante. Je ne le quitte plus mon cinéaste préféré du festival. Peu de gens à cette conférence, l'occasion de prendre enfin le micro et poser une question (« quelle est votre film 3D préféré mister Dante ? »). Réponse longue du monsieur et confirmation qu'il a du goût : Le Crime était presque parfait. Entre ce qu'il m'a dit hier et ce qu'il dit aujourd'hui, il y a de quoi vous proposer dans quelques jours une bonne petite interview.


Après un autographe durement arraché pour le petit Florent, je fonce voir l'ultime film de la compétition, ce qui me fera 21 films sur 25 vus dans ceux qui concourent au Lion d'Or (vais-je encore réussir l'exploit de ne pas voir le vainqueur ? Réponse demain soir). Il s'agit du second film surprise de la compétition après le Herzog et c'est Lola de Brillante Mendoza. Après avoir remporté le prix de la mise en scène au dernier festival de Cannes avec Kinatay, le réalisateur philippin récidivera t-il ? Pourquoi pas tant il y a de la matière dans ce récit d'une grand-mère désoeuvrée cherchant à enterrer son petit-fils tout juste assassiné, tout en s'assurant que le coupable sera puni. Dans un style proche du documentaire, Mendoza montre sans aucun apitoiement ou misérabilisme appuyé les conditions précaires de ces protagonistes. Il fait surtout rejaillir leur incroyable humanité rappelant les choses essentielles d'une vie. On est plus qu'admiratif devant ce petit bout de femme et ses convictions et valeurs admirables. Un voyage pas forcement évident au départ (il faut une petite quinzaine de minutes pour entrer totalement dans le film) mais au bout de presque deux heures, on en sort avec l'envie d'être meilleur. Beau film (3,5/5).

 

 

 

 

Et voilà, c'est fini... direction l'aéroport de Venise où j'écris d'ailleurs cette chronique. Car devinez quoi : mon avion a plus d'une heure et demi de retard. Une façon de me dire qu'il faut que je reste ? Au vu de l'abondance de bons souvenirs vécus, il ne faudrait pas me tenter trop... L'an prochain, je sais en tout cas où je suis début septembre... Mostra, me revoilà !

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