Esprit cathodique - Numéro 12

Patrick Antona | 18 avril 2008
Patrick Antona | 18 avril 2008

Parce qu’il n’y a pas que le ciné et les DVD dans la vie. Et parce qu’il y a aussi la TV et qu’avec le nombre de chaînes hertziennes, celles de la TNT sans oublier surtout celles du câble et du satellite, il y a de quoi devenir fou à éplucher les programmes pour trouver THE film à voir confortablement installé dans son canapé. Ecran Large a décidé de mettre à votre service son plus fin limier, Patrick Antona et ses 17 255 films vus (compteur arrêté au 18 janvier 2008) pour vous offrir une sélection de ce qui serait sympathique de voir chaque semaine. Pas forcement le best of the best mais un melting-pot savamment préparé par le maestro. Donc, le concept est fort simple : un soir = un film. Voici le choix de cette semaine allant du 19 avril au 25 avril 2008.

 

 

Samedi 19 Avril

 

 

L'homme qui venait d'ailleurs

Cine Cinema Star

23 :00

Après avoir brillamment utilisé l'image sulfureuse de la rock-star Mick Jagger dans le chef d'œuvre Performance (co-réalisé par le regretté Donald Cammel), Nicholas Roeg s'appuie cette fois-ci sur l'androgynie et le look « extra-terrestre » du chanteur David Bowie, pour illustrer les déboires de cet Homme qui venait d'ailleurs. Parfait pour entrer dans la peau du mystérieux Thomas Jerome Newton, David Bowie réussit pleinement à jouer sur l'ambigüité de son personnage (affabulateur naïf/immigré galactique ?) en parfaite adéquation avec un récit elliptique qui reste passionnant de bout en bout. 

 

 


 

 

 

Dimanche 20 Avril

 

 

Liliane aka Baby Face

Justin de Marseille

TCM

France 3

22:45

00 :50

TCM nous abreuve depuis deux mois de véritables perles du début du parlant hollywoodien, dit période « pré-code Hays» où les films produits par les studio n'évitaient pas d'aborder les thèmes du viol, de l'adultère, de l'alcool et de la drogue. Parfait exemple de ce genre, Baby Face (Liliane en VF) diffusé ce soir en version intégrale (avec les dialogues originaux qui ne prêtent à aucune équivoque sur la salacité du propos) subit les foudres de la censure une fois l'application du code en 1934 et ne fut diffusé que dans une version expurgée. Raison de plus pour visionner enfin la version intégrale, avec une Barbara Stanwyck éblouissante en femme fatale usant de ces charmes sans vergogne pour escalader l'échelle sociale, et un John Wayne apparaissant brièvement dans un second rôle.

 

S'inspirant de la saga des truands marseillais Carbone et Spirito, Maurice Tourneur réalise avec Justin de Marseille ce qui demeurera longtemps le maitre-étalon du film de gangster « à la Française » en 1935, réaliste sans néanmoins négliger le côté pittoresque (la scène des funérailles étant sur ce point emblématique). Il faudra attendre 1970 et Borsalino avec Delon et Belmondo, basé sur peu ou prou la même histoire, pour que le milieu de la cité phocéenne revienne à la mode, dans une version bien plus colorée et romantique. La réalité était toute autre : Carbone et Spirito s'étant plus illustré dans les faits par leur collaboration avec les allemands pendant la guerre, et à se construire une véritable fortune grâce aux revenus de la prostitution.

 

 


 

 

 

Lundi 21 Avril

 

 

La Main qui venge

Ciné Polar

20:45

Ciné Polar nous a entendu, la diffusion d'un des premiers films de Charlton Heston en tant que vedette, dans ce polar noir dirigé de main de maître par le vétéran William Dieterle, est un cadeau inespéré. Ayant à son actif pas mal de chefs d'œuvre (Le Songe d'un nuit d'Ete, Le Bossu de Notre-Dame, Kismet, Le Portrait de Jennie), le réalisateur allemand, disciple de Max Reinhardt, s'est essayé avec talent dans tous les genres. Tirant plus sur le mélodrame que sur le film policier, La Main qui venge (Dark City en VO) est un brillant exercice du genre « noir » évoluant dans le monde du poker, et permet à Charlton Heston de s'affirmer, en un seul rôle, comme une figure marquante de Hollywood, épaulé avec talent par la troublante Lizabeth Scott qui interprète toutes les chansons du film, dont « A letter from a lady in Love » qui fut un succès à l'époque.

 

 


 

 

 

Mardi 22 Avril

 

 

Je préfère qu'on reste amis...

Le Fanfaron

 

France 3

Cine Cinema Classic

 20 :50

22 :20

Ce mardi soir, la thématique abordée est celle du duo d'acteurs avec d'un côté le monstre sacré en roue libre (Gérard Depardieu, Vittorio Gasman) et de l'autre le jeune loup timide en pleine ascension (Jean-Paul Rouve, Jean-Louis Trintignant).

 

Chronique douce-amère sur les affres du célibat et la recherche de l'âme-sœur dans ces « villes de solitude », le film du duo Eric Toledano/Olivier Nakache évite les pièges du genre, aidé en cela par des acteurs au diapason, l'un parfait dans l'autre dans son rôle de matamore virevoltant et séducteur, l'autre essayant de se défaire de son image de clown télévisuel qui commençait à lui trop coller à la peau (comme à bon nombre de membres de la troupe des « Robins des Bois »). Pour Jean-Paul Rouve, la mission est d'ores et déjà terminée en 2008 avec son Sans arme, ni haine, ni violence, où il cumule la triple casquette de scénariste-acteur-réalisateur.

 

Mais le chef-d'œuvre de la soirée demeure ce Fanfaron estampillé 1962 du maestro Dino Risi, où Vittorio Gassman prend sous sa coupe le timide étudiant Jean-Louis Trintignant pour une équipée initiatique et bruyante sur les routes italiennes ensoleillées. Tragi-comédie acerbe et cruelle sur la condition de playboy irresponsable et vain, Le Fanfaron a passé l'épreuve du temps sans perdre de son trait acéré ; il trouve d'ailleurs une résonnance bien actuelle en notre époque qui vénère la futilité, et a été une source d'inspiration avérée pour Dennis Hopper et Peter Fonda dans l'élaboration d' Easy Rider !

 

 


 

 

 

Mercredi 23 Avril

 

 

Au coeur de la nuit

Ciné FX

20 :45

Au cœur de la Nuit (Dead of Night,1945) est le film à succès qui inaugurera le genre bien particulier du film à sketchs fantastique et dont le motus operandi demeurera pour longtemps inchangé : des personnes d'horizons divers se retrouvent dans un endroit clos et se racontent des histoires à faire peur. Du Train des Epouvantes jusqu'au thaïlandais Bangkok Haunted, en passant par Le Caveau de la Terreur et l'inédit Trapped Ashes, bon nombre d'anthologies d'horreur ont utilisé cette technique avec plus ou moins de bonheur. Illustrant avec génie des thèmes qui deviendront des incontournables (le miroir maléfique, la poupée du ventriloque prenant vie, les morts en sursis qui s'ignorent), Au Cœur de la Nuit possède un style et cette indéfectible patine « so british » qui lui permet de passer avec aisance de la comédie sociale au pur thriller horrifique, le tout relevé par des dialogues vifs et ironiques.

 

 


 

 

 

Jeudi 24 Avril

 

 

A nous la victoire

Direct8

20 :40

Immanquable plaisir coupable de la semaine avec Sylvester Stallone en héroïque gardien de football (si ! si !), A nous la Victoire (Escape to Victory,1981) est l'improbable tentative (un peu raté !) de mélange de genre entre film d'évasion et épopée sportive, pourtant signé John Huston. Le film vaut surtout pour la vision de stars du ballon rond de l'époque (Bobby Moore, Osvaldo Ardiles et l'immortel Pelé), entrainées par un Michael Caine tout dévoué à défier les joueurs nazis sur la pelouse, tout en creusant un tunnel destiné à les sauver des griffes allemandes. Si l'authenticité n'est pas de mise ni dans le scénario ni dans la mise en scène (la preuve avec les figurants hongrois censés incarnés des français portant jeans et baskets !), A nous la Victoire possède néanmoins un pur moment de grâce avec la scène du retourné acrobatique du seigneur Pelé, exploit qui déchaine même l'enthousiasme du rival allemand campé par Max Von Sydow.

 

 


 

 

 

Vendredi 25 Avril

 

 

 Destination Zebra, station polaire

 El Topo

TCM

Arte

20 :45

23 :30

Thriller d'espionnage souvent mésestimé, à l'époque où le public préférait les péripéties spectaculaires de James Bond, Destination Zebra, Station polaire (Ice Sation Zebra en VO) a gagné avec le temps ses galons de classique dans la représentation de la lutte silencieuse que se livraient les russes et les occidentaux pendant la Guerre Froide. Avec un casting trois étoiles (Rock Hudson, Jim Brown, Ernest Borgnine et surtout Patrick McGoohan) et des effets spéciaux qui tiennent plutôt bien la route pour 30ans d'âge, le film de John Sturges cumule avec talent les thèmes du suspens sous-marin (en faisant un précurseur de A la poursuite d'Octobre Rouge) et du film d'action sur la banquise, qui, s'il respecte le manichéisme de circonstance pour l'époque, n'en oublie pas moins de souligner les motivations ambigües qui animent ces aventuriers dans leur lutte mortelle.

 

Arte continue sur sa lancée en proposant ce vendredi soir El Topo d'Alejandro Jodorowsky, western fantastique au contenu subversif, du fait de sa relecture sanglante et charnelle des mythes chrétiens. Même si la réalisation n'atteint pas la qualité du travail que « Jodo » accomplira sur La Montagne Sacrée trois ans plus tard, et que le récit à tendance à s'essouffler dans sa seconde partie, El Topo est de ces OFNI dont on redécouvre à chaque vision un nouveau pan, prêtant à des nouvelles interprétations, et qui demeure un creuset où bon nombre de créateurs (que ce soit dans le cinéma que dans la BD) n'ont eu de cesse de s'inspirer.

 

 


 

 

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