Miami Vice - Tempête sous le soleil

Thomas Messias | 10 août 2006
Thomas Messias | 10 août 2006

Ce fut long et douloureux, mais il a fini par toucher au but. Voici un quart de siècle que le projet Miami vice (Deux flics à Miami pour nous les frenchies) traînait dans un coin de la tête de Michael Mann, réalisateur rigoureux et entêté. Tout commence en 1984, quand Anthony Yerkovich (jusqu'ici auteur de quelques séries sans relief) a l'idée d'une série télévisée sans concession, dont les héros seraient deux agents de la brigade des stups. Yerkovich propose l'idée à Michael Mann, qui en devient le producteur exécutif. À l'époque, Mann n'est pas encore devenu réalisateur, mais apprend le métier en scénarisant quelques épisodes de séries (dont quatre Starsky & Hutch).

 


Lorsqu'il lit le script du pilote, Mann est fasciné par le sujet et la noirceur du projet, et décide aussitôt d'en faire un long-métrage, un film fort et âpre qui constituera pour lui un début remarqué dans la carrière de metteur en scène. Mais la chaîne NBC refuse, préférant exploiter le filon confortable de la simple série TV. Décliné en cinq saisons et une centaine d'épisodes, Miami vice est un véritable carton qui séduit les spectateurs du monde entier et attire les guest-stars (Phil Collins, Sharon Stone, Bruce Willis, et même Arielle Dombasle) et quelques réalisateurs connus (dont Abel Ferrara et Paul Michael Starsky Glaser). Grâce à l'excellent fonctionnement du duo Don Johnson (Sonny Crockett, le playboy fringant) / Philip Michael Thomas (Ricardo Tubbs, venu à Miami pour trouver l'assassin de son frère). Mais aussi (et surtout ?) grâce à l'apport de Mann, qui injecte à la série un style unique à base d'habillages clinquants et de références pop. Il suffit de s'attarder sur la bande originale de la série : on y trouve des gens aussi célèbres et différents que Bob Marley, Elvis, Tina Turner, les Stones, Frankie Goes To Hollywood… Un melting-pot audacieux mais cohérent qui reflète parfaitement l'esprit de la série. Aujourd'hui encore, cette dernière est citée en exemple par plus d'un réalisateur de polar.

 

 


Devenu un metteur en scène qui compte, le genre de cinéaste dont on attend chaque film avec impatience et délectation, il était logique que Michael Mann ressorte le projet « Miami Vice » de ses cartons. Il faut dire que le sujet colle de près à notre époque : à l'heure où les trafics (drogues, armes, êtres humains…) pullulent sur notre planète fatiguée, la description de la vie des agents infiltrés revêt un aspect documentaire et politique fascinant. En ce début de vingt-et-unième siècle, Miami est toujours le cadre idéal pour un tel sujet, de par sa position géographique (Ah, la côte Est !) et la diversité de son activité (légale ou non). Depuis toujours, la ville est notamment une plaque tournante du trafic de drogue, avec des arrivages permanents en provenance d'Amérique Latine. Nul doute que le passage de la télévision au grand écran aura permis à Mann de s'affranchir des contraintes rencontrées à l'époque par les créateurs de la série. Si le puritanisme et la censure avaient eu raison des scènes les plus choc de la série, vingt-cinq années d'évolution des mœurs devraient lui permettre de montrer ce qu'il veut comme il le veut. À condition tout de même d'être déconseillé aux plus jeunes : aux États-Unis, le film a été classé R (interdit aux moins de 17 ans non accompagnés d'un adulte).

 

 


Lorsqu'il a écrit le scénario du film il y a deux ans, Michael Mann ne se doutait pas qu'il aurait à faire face à des embûches peu habituelles pour un réalisateur. Un enchaînement de galères qui a montré à qui en doutait encore la volonté et l'acharnement dont il pouvait faire preuve. Résumé en trois actes :

 

Août 2005 :
À peine les prises de vues ont-elles débuté que les ennuis commencent. Le responsable se nomme Katrina, ouragan assez peu sympathique qui ravage l'est des États-Unis et détruit plusieurs lieux de tournage. Chutes d'arbres et bâtiments dévastés : il n'en faut pas plus pour chambouler les plannings et contrarier la production. Pendant que l'équipe se démène pour trouver d'autres lieux où planter les caméras, Colin Farrell et Jamie Foxx partent faire la nouba et se montrer aux MTV Video Music Awards, en profitant pour renforcer leur complicité. Le seul avantage d'une catastrophe naturelle dévastatrice à plus d'un titre.

 

 

Octobre 2005 :
Installée à Saint-Domingue en République Dominicaine depuis quelques semaines, l'équipe de Miami Vice rencontre une nouvelle tuile pas franchement rassurante. Pendant le tournage d'une scène, un homme armé fait irruption sur le plateau et tire à plusieurs reprises sur un agent de sécurité. Miraculeusement indemne, celui-ci riposte et touche l'intrus, qui s'écroule. À ce jour, aucune hypothèse sérieuse n'a été émise quant aux motivations de l'individu. Mais malgré une sécurité renforcée, toute l'équipe serre les fesses en craignant un bis repetita.

 

 

Décembre 2005 :
Après un déménagement en Uruguay, les ennuis reprennent. Une radio locale révèle que Colin Farrell a été hospitalisé. Raison officielle : épuisement et dépendance à un médicament « prescrit pour soulager son mal de dos » (dixit Danica Smith, l'attachée de presse de Farrell). Officieusement, l'Irlandais aurait été victime d'une overdose quelques jours auparavant, et l'équipe médicale chargée de son cas aurait trouvé dans son sang des traces de cocaïne, de marijuana ainsi que d'une autre drogue non identifiée. Pas étonnant lorsque l'on connaît les antécédents du bonhomme (sexe filmé, fûts de Guinness et substances illicites). Ça fait sérieusement désordre quand on interprète un agent qui lutte contre les trafiquants de drogue…

 


Dans ces conditions, difficile de garder son sang-froid et de maintenir la tête hors de l'eau, surtout quand le budget initial (125 millions de dollars) subit une explosion totale (budget final estimé : 200 millions). Une pression supplémentaire sur les épaules de Michael Mann, dont un tournage long et chaotique a cependant confirmé l'abnégation et l'obstination. Serein en apparence, il profite de chaque interruption forcée pour expérimenter toutes les possibilités de la haute définition, un univers si neuf et gigantesque qu'il y a encore beaucoup à explorer. Voler des ambiances différentes, capter des images inédites : avec Mann, chaque seconde est précieuse. De toute façon, rien n'aurait pu le détourner de la route de Miami : il connaît l'itinéraire par cœur depuis déjà vingt-cinq ans.

 

 

 

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