Tom Hanks - Big Tom Hanks

Sylvie Rama | 17 mai 2006
Sylvie Rama | 17 mai 2006

Tom pousse

Modèle de stabilité et d'équilibre, Tom Hanks n'a pourtant pas vécu une enfance paisible. Un passage agité qui a sans doute contribué à forger cette force tranquille. Natif d'Oakland (Californie), où il voit le jour en 1956, alors qu'il n'est encore qu'un petit garçon, le petit Thomas Jeffrey voit constamment ses parents se déchirer et finir par divorcer. Dès lors, la valse des belles-familles et la ronde des déménagements n'en finissent plus. L'enfant tourne en rond, timide, introverti, peu enclin à aller vers les autres. En vendant du pop-corn et des cacahuètes à l'Oakland Coliseum, il essaie pourtant de rompre sa solitude et de développer le sens des contacts. Devenu adolescent, le jeune Thomas découvre l'art théâtral au lycée. C'est le coup de foudre inattendu. La scène lui offre des possibilités inespérées d'expression qui ouvrent son coeur. Il s'y consacre d'ailleurs corps et âme, certain d'en faire plus tard son métier. D'abord engagé dans des troupes d'amateurs, il continue, étudiant, à s'illustrer au sein des spectacles de son université. Un regard bienveillant le remarque lors d'une représentation de La Cerisaie, de Tchekhov. Le metteur en scène Vernon Dowling l'aborde et le persuade de rejoindre la troupe professionnelle du Great Lakes Shakespeare Festival de Cleveland, dont il est le directeur. Tom Hanks abandonne ses études et débute au sein de sa nouvelle troupe en jouant La mégère apprivoisée à Cleveland, puis à New York.

Très vite, les opportunités se faisant, il est branché par la télé. Mais avant de pouvoir sévir à l'écran, il se trouve un poste… dans un hôtel. Le gentil porteur s'occupe des bagages de célébrités comme Cher, Bill Withers ou Sidney Poitier. Un poste ingrat qui lui rappelle un peu la période creuse pop-corn cacahuètes et qu'il se fait une joie de quitter à la suite d'une audition réussie, en 1980. À 24 ans, il décroche ainsi son premier rôle dans la série TV Bosom Buddies et touche ensuite son premier cachet au cinéma (800 dollars) pour son rôle dans le thriller d'épouvante Noces sanglantes. Jusqu'en 1984, c'est surtout le petit écran qui l'emploie au gré de fictions diverses. En 1983, Walt Disney qui souhaite conquérir un public plus adulte, envisage de porter à l'écran l'histoire d'une romance entre une sirène et un humain. John Travolta, Dudley Moore et Bill Murray sont pressentis pour jouer l'amoureux transi, mais c'est finalement sur Tom Hanks – gauche mais si touchant lors des auditions – que les producteurs jettent avec enthousiasme leur dévolu.

En 1984, le succès de Splash, réalisé par Ron Howard, permet à Tom Hanks d'acquérir une notoriété encourageante et d'asseoir ce style candide et nonchalant qui lui sied tant. Et qu'il entretient avec un naturel déconcertant dans une farandole de comédies en tout genre : après Bachelor party, sorte de comédie pop-corn délurée, il s'empare du rôle-titre pour le remake américain du Grand blond avec une chaussure noire de Yves Robert, The Man with one red shoe. Ce n'est pas encore le pied (il rêve d'incarner Napoléon) et l'éclate artistique mais le jeune premier croit pouvoir s'en accommoder. Viennent compléter cette tendance, des expériences inégales, quelques ratés et titres pas inoubliables : entre une publicité et deux séries B, il tourne Volunteers, Une baraque à tout casser, Rien en commun, Every time we say goodbye et Dragnet. Ce cycle incessant d'oeuvres édulcorées mais sans âme véritable succédant aux promesses disséminées après Splash fait flancher l'acteur qui ne résiste pas aux tentations des paradis artificiels. Jeune marié malheureux, son couple éclate. Le boute-en-train vire triste reclus et sombre dans la solitude, ébranlé par un divorce précoce, reproduction d'un schéma tant redouté depuis l'enfance. C'est au prix d'un douloureux travail sur lui-même et d'une inévitable cure de désintoxication qu'il parvient à sortir de la neurasthénie, du spleen pour redevenir clean.

Et à aller de l'avant. Ayant retrouvé l'amour en la personne de Rita Wilson, la période boiteuse laissée derrière, en 88 il renoue avec une actualité ciné de premier plan. Big, conte fantastique moderne qui cartonne au box-office, lui vaut une nomination aux Oscars et les faveurs unanimes de la profession en prime. Son interprétation touchante empreinte d'une grande sensibilité, ponctuée de mimiques espiègles, de sourires communicatifs et assortie d'une gestuelle légèrement maladroite, devient vraiment sa marque de fabrique. En outre, il est désigné Meilleur Acteur de l'année par la Los Angeles Film Critics Association. Titre honorifique qu'il renouvelle l'année suivante pour son rôle dans Le Mot de la fin. Mais pour le joyeux drille du cinéma, ce n'est que le début. Outre deux comédies plaisantes et sans prétention, Les Banlieusards, puis Turner & Hooch, il donne pour la première fois la réplique à Meg Ryan dans Joe contre le volcan, en 1990. Fait remarquable à mettre en relief dans la carrière de l'acteur, ses collaborations fidèles. Lorsqu'il partage une certaine complicité professionnelle, Tom Hanks ne l'oublie jamais et n'hésite pas à renouveler l'expérience ou à offrir son aide. Ron Howard et Meg Ryan sont ses premiers partenaires privilégiés. S'ajouteront les réalisateurs Joe Dante, Nora Ephron, Steven Spielberg et Robert Zemeckis, les excellent seconds rôles Gary Sinise, Barry Pepper, Stanley Tucci et Giovanni Ribisi.

Du simple au double

En 1990 toujours, Tom Hanks et Bruce Willis sont dirigés par Brian De Palma dans Le Bûcher des vanités. L'œuvre ne triomphe pas, mais Tom Hanks inaugure cette fois un rôle plus sérieux en incarnant un ponte de la finance imbuvable pourchassé par la justice et les médias. Prestation saluée, mais public peu persuadé, incommodé plus ou moins par ce changement de cap soudain. Tant mieux, c'est un paramètre d'opinion capital pour l'acteur qui prend le temps de la réflexion, nécessaire pour reconsidérer sa position et revoir ses ambitions. Le public aime les sentiments qu'il sait parfaitement faire passer par le biais de son visage de grand gamin ? Il ne sera pas déçu, car Tom a déjà revu sa stratégie. Jusque-là appliqué à faire vivre des personnages très humains, il va dorénavant s'impliquer dans des chroniques pétries d'humanisme. Des sentiments, il va passer à l'émotion. Aux rôles d'hommes simples se substituent des figures emblématiques.

Juste le temps d'un caméo dans Radio flyer, une participation d'ordre récréative aux Contes de la crypte, et Tom Hanks retrouve, pour la première étape, ses rôles de brave type attachant. D'abord il lui faut illico se replonger au cœur du public, histoire de rester dans le bain. Phase réussie en 1992 avec Une équipe hors du commun de Penny Marshall, chaleureuse comédie familiale dans la pure tradition américaine, dans laquelle il campe l'entraîneur macho mais généreux d'une équipe féminine de base-ball composée entre autres de Geena Davis et de Madonna. Ensuite, Tom Hanks retrouve Meg Ryan, fiancée de l'Amérique romantique, dans Nuits blanches à Seattle, de la réalisatrice débutante Nora Ephron (scénariste de Quand Harry rencontre Sally). Leur histoire d'amour à distance comble le public assoiffé de sentiments. Tom Hanks renoue avec une opinion des plus favorables et embraye sur la seconde étape en faisant alors monter les enchères des sensations. Il enchaîne coup sur coup deux films qui lui permettent de décrocher deux fois de suite l'Oscar du Meilleur acteur (égalant ainsi Spencer Tracy). Pour sa performance en avocat séropositif dans Philadelphia en 1993, et pour son rôle de simplet naïf dans Forrest Gump, de Zemeckis en 1994. Deux œuvres poignantes dans lesquelles un Tom Hanks magistral explose son potentiel, bouleverse la foule et fait monter les émotions d'un cran (et d'une larme).

Désormais chouchou absolu du public, apprécié des producteurs et des réalisateurs pour son sérieux et son professionnalisme, il passe du statut d'acteur vedette à celui de star et valeur sûre. « Houston, on a un problème » lance-t-il dans Apollo 13, l'aventure spatiale de Ron Howard. Un appel qu'entendent largement les spectateurs qui lui font écho en envahissant les salles obscures. Il est loin le temps des paies de 800 dollars. Sollicité de toutes parts, l'acteur fait entendre sa voix en doublant le shérif Woody de Toy story, pour la plus grande joie des grands et des petits. En 1996, il crée Playtone, sa propre société de production, et passe à la réalisation avec That thing you do !, comédie nostalgique du temps des sixties. Bien maîtrisée, cette première œuvre talentueuse rencontre néanmoins un succès mitigé. Qu'importe, car il est temps pour Tom Hanks de prendre du recul et de s'accorder un second intervalle de réflexion. Il était question pour lui d'incarner Larry Flynt, mais le caractère sulfureux du personnage lui dicte sagement de laisser le rôle à Woody Harrelson, avant qu'il ne disparaisse du devant de la scène pendant deux ans. Pour mieux revenir.

Les sentiers de la consécration

Objectifs et thèmes nouveaux, préoccupations plus mûres à l'esprit, cinéma de bonne facture en ligne de mire, Tom Hanks s'apprête à un nouvel épanouissement. Faut-il risquer la vie de huit hommes pour en sauver un seul ? Une question essentielle qu'il aborde aux côtés de Steven Spielberg dans le magnifique Il faut sauver le soldat Ryan, en 1998. Après la guerre, la romance par emails interposés. Il reforme son inimitable duo avec Meg Ryan dans Vous avez un message, sous la houlette d'une vielle amie, Nora Ephron. Le talent de Tom Hanks paraît hors zone rouge, semble sans limites et franchit avec brio La Ligne verte, qui traite de la peine de mort dans un genre fantastique. Seul au monde en 2000, il règne en maître aux Golden Globes qui le récompensent pour avoir porté la quasi-totalité du film de Zemeckis sur ses épaules en incarnant un impressionnant Robinson Crusoë moderne, naufragé involontaire qui expérimente à l'extrême le thème de la solitude. Comme beaucoup l'avaient remarqué, et seraient désormais ravis (ou au contraire sceptiques) quant au fait d'accueillir un Tom Hanks à contre-emploi, ne manque plus au James Stewart d'aujourd'hui qu'un rôle de méchant. La route est ouverte et l'envoie sur Les Sentiers de la perdition. Son impeccable composition de gangster au visage hiératique, à mille lieues des sourires béats de « nice guy », surprend tout le milieu, remballe les mauvaises langues et emballe ses fans.

En 2002, il est à nouveau sous la direction de celui dont il accepterait n'importe quel rôle, et poursuit Leonardo Di Caprio dans Arrête-moi si tu peux. Rien ne semble pouvoir l'arrêter, ni les critiques portant sur Ladykillers, des frères Coen, ni celles qui fustigent Le Pôle Express, film d'animation conçu tout à sa gloire. Pour sa troisième collaboration avec Spielberg, Tom Hanks devient un apatride coincé à l'aéroport JFK de New York dans Le Terminal, comédie drolatique et tendre qui, en dehors d'avoir au moins la politesse de divertir dit-on, s'attache à un propos d'ordre humain, ethnoculturel et social. Ces trois derniers rôles ont failli lui valoir un lot de nominations (injustifiées ?) aux Razzies Awards. C'est sans compter qu'en 2004 et 2005, la côte de popularité et de sympathie de cet intouchable est à son firmament. Deux années de suite, il est élu acteur préféré des Américains, alors qu'en 2005, il n'est à l'affiche d'aucun film. De surcroît, il est entré récemment dans le livre Guinness des records pour être apparu dans sept films de suite ayant obtenu plus de 100 millions de dollars de recettes aux États-Unis entre 1998 et 2002. Un joli record qui a tout juste fait rougir l'artiste, qui à 50 ans, est reconnu pour la qualité de son parcours, la constance de ses relations professionnelles, la stabilité de sa vie privée. Tom Hanks, c'est l'image de l'homme simple et sain, l'acteur sincère et discret, jamais médiatisé pour quelconque scandale.

Couronné 2ème homme le plus puissant d'Hollywood, juste derrière l'autre Tom, il revient en force pour la très attendue adaptation du roman ésotérique de Dan Brown. Sous la direction d'un précieux ami et « associé », il tient le rôle très convoité (par Russell Crowe, Ralph Fiennes, ou encore George Clooney) du professeur Robert Langdon, éminent spécialiste de l'étude des symboles. Si Tom Hanks est déjà au centre de tous les débats, principalement en raison de sa coupe de cheveux, il n'a pas à s'en faire de blancs. Nul doute que Da Vinci Code ait toutes les chances d'approcher la tête du box-office.

 

 

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