The Dark Knight Rises : et si sa musique était la BO ultime de Hans Zimmer ?

Antoine Desrues | 14 mai 2022
Antoine Desrues | 14 mai 2022

L’association entre Christopher Nolan et Hans Zimmer a toujours fait des merveilles, mais particulièrement avec la musique de The Dark Knight Rises.

Face à la domination super-héroïque au cinéma, une question se pose parmi tant d’autres : pourquoi la musique paraît souvent désincarnée et peu mémorable ? Après tout, ce n’est pas comme si les retours permanents des mêmes personnages dans des crossovers toujours plus gargantuesques n’étaient pas censés amener leur lot de leitmotivs épiques à faire péter dans tous les sens.

Néanmoins, mis à part quelques contre-exemples (à commencer par le thème bien martelé des Avengers), peu sont les expérimentations à avoir marqué le public ces dernières années. Si le génial vidéaste Tony Zhou a esquissé cette problématique au sein du MCU, DC n’est pas en reste, avec des Aquaman ou des Shazam de triste mémoire.

 

 

 

Pourtant, le DCEU s’est grandement basé sur le Saint-patron contemporain de la musique de film, à savoir Hans Zimmer, qui a donné le la avec sa partition minimaliste et bourrine pour Man of Steel. Qu’on aime ou pas la démarche, on ne saurait lui enlever sa cohérence avec le film de Zack Snyder et sa force de frappe, héritée des précédentes compositions du musicien teuton chez Christopher Nolan.

Or, quand on pense aux plus grandes œuvres de ce cher Hans, difficile de passer à côté de l’ampleur de The Dark Knight Rises, qui l'a amené à se dépasser pour rendre justice aux dernières aventures du Chevalier Noir de Christian Bale. L’occasion était donc trop belle pour ne pas revenir sur cet album de légende, qui pourrait permettre de mieux comprendre pourquoi la concurrence peine à se mettre au niveau.

 

The Dark Knight Rises : PhotoMain dans la main

 

C’est de qui ?

On l’a déjà évoqué dans notre article sur la BO d’Inception, mais Hans Zimmer a complètement bouleversé la manière dont la musique de film est envisagée. Avec son fameux studio RCP (pour Remote Control Productions), c’est toute une école qu’il a mise en place. Le sample y est roi, les ostinati prennent le pas sur un certain travail mélodique, et le sound design tend à se mêler à des instruments plus traditionnels.

D’un côté, l’expérimentation est souvent mise en avant, mais de l’autre, la suprématie d’un orchestre recréé par ordinateur (notamment pour mieux s’adapter à des changements de montage) appauvrit considérablement l’approche d’un solfège réduit à peau de chagrin.

 

Hans Zimmer : Photo Hans ZimmerHans Zimmer et son orchestre en arrière-plan

 

Dès lors, si d’aucuns perçoivent dans la démarche de Zimmer et de ses apprentis du simple boom boom tendance électro-orchestrale où tout se ressemble, cette uniformisation de la bande-originale n’est pas une fatalité. Au contraire même, Zimmer a prouvé qu’aux côtés d’un grand cinéaste, il pouvait imposer de nouveaux standards, comme les fameux aplats de cors d’Inception.

À vrai dire, le réalisateur de la trilogie Dark Knight a trouvé un collaborateur privilégié avec le compositeur, alors même que ce dernier a créé un tandem avec James Newton Howard pour Batman Begins et The Dark Knight. Face à la réussite musicale d’Inception, JNH a décidé de se retirer de The Dark Knight Rises, sans doute par peur de tenir la chandelle. Et c’est peut-être pour cette raison que Zimmer a complètement lâché les chevaux sur ce dernier volet…

 

The Dark Knight Rises : photo, Christian BaleBonjour, vous avez demandé de la subtilité ?

 

Capé dopé

Comme sur les deux premiers épisodes, la bande-originale de The Dark Knight Rises débute sur un pur effet de sound-design : l’écho d’un souffle représentant la cape du Chevalier Noir. Les deux morceaux introductifs, intitulés A Storm is coming et On Thin Ice, exploitent cette base reconnaissable pour mieux marcher sur des œufs. La tempête approche, et Batman n’est plus ce qu’il était. Son leitmotiv minimaliste, composé d’une montée de deux notes, est étouffé dans une orchestration épurée, à base de synthétiseurs plaintifs et de violons.

Le compositeur ne se contente pas de façonner une montée en puissance, mais impose dès ces pistes préliminaires la note d’intention de son travail. En remaniant de la sorte le thème de Batman, Zimmer se penche moins sur la musique que sur l’ambiance sonore complète d’un film, au point où ses trouvailles expérimentales se déversent dans le récit, et vice versa.

 

 

 

Avec les années 2010, le compositeur allemand s’amuse d’ailleurs à flouter la frontière entre diégèses (l’univers d’un film) et l’extra-diégèse (ce qui existe en dehors de l’univers d’un film, comme la musique). Dans Man of Steel par exemple, le thème du Général Zod partage les sonorités dubstep utilisées pour caractériser sa machine à terraformation dans le dernier acte du film.

Mais un an avant les nouvelles aventures de Superman, Zimmer transcende cette idée par le thème de Bane, et sa suite de voix qui scandent un appel à la révolution. La base de synthétiseurs insidieux aux airs d’orgue de la piste Gotham’s Reckoning se déplace comme un lent serpent sur le point de frapper, avant que les cuivres et les percussions ne se lâchent en rythme avec ce chœur déchaîné (ce qu’on retrouve également dans The Fire Rises).

 

 

 

À la fois métonymie de la colère du personnage et reflet de son emploi d’une rhétorique populiste, cette idée musicale donne déjà toutes les clés pour comprendre son méchant iconique. Mais Zimmer va encore plus loin, puisque ce chant déborde de l’extra-diégèse pour s’imposer dans l’histoire, alors que les prisonniers du puits dans lequel Bruce Wayne est enfermé l’entonnent régulièrement.

Les mots "Deshi Basara" (issus d’un dialecte arabe maintenu secret par le compositeur) traduisent l’idée d’élévation (le fameux "Rise" du titre), et motivent le héros lors de son évasion. Le musicien cache ainsi dans le thème de son antagoniste l’outil de ré-iconisation de son héros, comme pour mieux marquer la relation de ces deux Némésis.

 

The Dark Knight Rises : photo, Tom HardyHans Zimmer à ses arrivées en concert

 

Chatpardeur

Le même type d’expérimentations peut être observé sur le thème de Catwoman, l’autre nouvelle venue de cet épisode. Avec le morceau Mind If I Cut In ?, Hans Zimmer offre une dimension espiègle à sa cambrioleuse, avec des notes de piano volatiles qui avancent à pas feutrés.

Là encore, le sound design se mêle à ce travail mélodique, puisque la base rythmique se repose sur un tintement, comme si on percevait le mouvement d’un personnage dont les poches seraient remplies de pièces qui s’entrechoquent. Par ses éternels ostinati, le compositeur donne la sensation d’une urgence, d’une fuite perpétuelle en accord avec une héroïne qui voudrait échapper à son passé.

 

 

 

Tout ce beau monde se retrouve ainsi mêlé aux acquis des précédents opus, et plus particulièrement aux diverses itérations du thème de Batman. À vrai dire, Hans Zimmer a peut-être trouvé avec The Dark Knight Rises un équilibre qu’il peine depuis à conserver entre ses propositions purement expérimentales et leur manière de s’intégrer organiquement à ses tics de composition.

Ici, tous ses leitmotivs sont pensés pour être modulables à l’envi, et exploités dans de purs élans d’action bourrins. Il cède peut-être à certaines facilités, mais le fait avec une telle énergie qu’il est impossible de bouder son plaisir. Paradoxalement, certaines des meilleures pistes de The Dark Knight Rises ne sont pas présentes sur l’album, à l’instar de No Stone Unturned, qui correspond au climax du film, et à la poursuite finale du Batwing contre le camion renfermant la bombe nucléaire.

Tous les thèmes majeurs du film se retrouvent au cœur des lignes de basses imperturbables et de cordes en permanent crescendo, usant de leur débit de mitraillette pour mieux amener les cuivres vers une montée en puissance orgasmique à mi-parcours.

 

 

 

Tout cela fait d’ailleurs réfléchir sur la réaction physique que procure cette bande-originale. Depuis pas mal d’années, Zimmer assume que son écriture à base de samples est adaptée à l’électronique et au remix, comme certaines reprises de ses morceaux le prouvent (dans le cas de TDKR, Junkie XL reprend le thème de Bane dans le rigolo Bombers Over Ibiza).

La démarche est parfois limitée, mais avec leur aspect répétitif, le pouvoir de leurs percussions et leurs assemblages progressifs de plages et d’instruments en tous genres, les compositions de l’artiste sont à leur meilleur quand elles puisent dans les codes de la techno. Il rythme nos cœurs sur ses BPM comme pour accorder la dimension épique du film à l’énergie d’une boîte de nuit. Difficile pour cela de ne pas s’attarder sur Why Do We Fall ? et son ostinato qui fait pousser des poils sur le torse, alors que Bruce Wayne parvient à s’échapper de la prison de Bane.

 

 

 

S’il ne fallait garder qu’un morceau

Pour sûr, la dernière piste de l’album, sobrement titrée Rise, a le mérite de marquer la fin de la trilogie par une forme de requiem autour du thème de Batman, qui immortalise le symbole représenté par le super-héros. Néanmoins, par rapport à tout ce qu’on a pu dire auparavant, on s’attardera plutôt sur Imagine The Fire, le morceau de bravoure ultime de The Dark Knight Rises, et l’une des meilleures synthèses du style Zimmer.  

Si la piste n’est pas vraiment employée en l’état dans le film (mais on en retrouve des extraits dans la bataille finale et dans le dernier duel entre Batman et Bane), notre cher Hans ne se fait pas prier pour mettre tous ses œufs dans le même panier.

 

 

 

Avec pas moins de trois ostinati différents, le morceau s’amuse à cumuler les thèmes de Batman et de Bane à grands coups de basses pénétrantes (synthés et autres effets de distorsion électro), de cuivres exténués et de cordes qui virevoltent dans tous les sens. C’est épique, c’est bourrin, ça donne envie de prendre une voix grave et de péter des bras. En somme, tout ce qu’on veut d’une partition sur Batman.

Tout savoir sur The Dark Knight Rises

Newsletter Ecranlarge
Recevez chaque jour les news, critiques et dossiers essentiels d'Écran Large.
Vous aimerez aussi
commentaires
Miami82
16/05/2022 à 12:27

Moi j'ai plus une préférence pour la BO de Rock, mais c'est uniquement une question de plaisir auditif qu'un aspect technique..

The filmlisten
15/05/2022 à 22:44

Perso je trouve que toutes ces musiques sont superbes et que c'est un univers. si je veux un autre univers je vais écouter du John Williams, Michael giachino, James Horner, Ennio Morricone,Joe hisaishi,etc

bonsoirnon
15/05/2022 à 15:43

Je suis un grand fan du film mais je trouve personnellement qu'il manque quelque chose peut être la pate James Newton Howard

Kyle Reese
15/05/2022 à 13:27

@Padatwo

Bien sur qu'il y a des thèmes marquant dans les musiques de Zimmer.
Le truc c'est que la musique symphonique est passée de mode, c'est tout.
Zimmer a composé des morceaux aussi énorme que ceux de ses illustres prédécesseurs même si les thèmes y sont moins évident.

Padatwo
15/05/2022 à 11:07

Zimmer c'est vraiment la plus grosse supercherie de la BO, une bouillasse électronique inaudible qui ne comporte plus aucun thème marquant.... à des années lumières d'un Basil Poledouris, d'un Jerry Goldsmith, d'un James Horner ou d'un John Williams...

rientintinchti
14/05/2022 à 23:19

Je n'ai plus en tête la musique de ce film mais je reconnais à Zimmer qu'il est un très grand musicien.

Clap
14/05/2022 à 21:01

*Nouveau standard. Bref.

Clap
14/05/2022 à 21:00

L'ultime BO avant qu'il ne devienne encore plus minimaliste, o(b)stinaté, samplé, sound designé.
Faut choisir les morceaux depuis le début des années 2010.
Les années 2000, avec Pearl Harbor (un peu), Pirates des Caraïbes, Batman et surtout Gladiator, restent au-dessus de ce qu'il a pu offrir depuis, quand bien même on arrivait à comparer le style de ces années-là avec son style actuel.
Mais bon, il a construit son propre filon, Hollywood est une industrie, et son studio et lui en sont le capitaine en ce qui concerne la musique. Perso je demande juste à ce qu'il nous invente quelques fulgurance épique au détour d'un métrage, puisque c'est le nouve

Kyle Reese
14/05/2022 à 19:12

Le titre c'est "la BO ultime de Hans Zimmer", pas la BO ultime de toute les BO.
Je l'ai écouté pendant longtemps cette BO parfaite pour les trajets mais je lui préfère maintenant Interstellar ou il a explosé sa créativité. Mais bon entre celles des Batman, Inception et Interstellar difficile de choisir tellement c'est du lourd.

Tricopull
14/05/2022 à 18:15

Dans le dernier film avec Pattinson, lorsque le batman apparait, on dirait vraiment un sample de la musique de Dark Vador. J'imagine que c'est fait exprès pour donner du poids au personnage.
Rien à voir avec Zimmer, mais je voulais faire la remarque.

Plus
votre commentaire