Inception : et si c’était la meilleure BO d’Hans Zimmer, voire du monde ?

Antoine Desrues | 7 février 2021
Antoine Desrues | 7 février 2021

Christopher Nolan et Hans Zimmer, c’est une grande histoire d’amour. Revenons sur l'indispensable musique d’Inception, et les raisons de son succès mérité.

Un travelling avant sur une table, et une toupie qui tourne. À ces simples mots, c’est le déclic : Inception, et sa fin mythique ont marqué toute une génération de cinéphiles. Pour autant, le brillant cliffhanger de Christopher Nolan n’est pas l’unique raison du culte autour de cette séquence. Au moment où Dom Cobb (Leonardo DiCaprio) rouvre les yeux après son aventure dans une suite de rêves emboîtés, le doux piano d’Hans Zimmer se déclenche, pour l’un des morceaux les plus fameux de sa carrière : Time.

 

 

Simple et épuré, ce lent ostinato (une montée en puissance par l’ajout régulier de nouveaux instruments, comme sur le Boléro de Ravel) exorcise toute la tension accumulée pendant la mission des personnages principaux. La soudaine sérénité de cette conclusion est contrebalancée par l’arrivée des cors et d’une guitare électrique, histoire de renvoyer la dimension épique du voyage que le public vient de vivre.

À vrai dire, la force d’Inception et de son univers doivent beaucoup à la manière dont sa bande-originale est devenue une entité essentielle de son monde, un élément primordial pour épauler le concept de Nolan, les émotions du scénario, et plus généralement l’immersion du spectateur.

En bref, expliquons pourquoi c’est la meilleure BO d’Hans Zimmer, et la meilleure BO du monde, sans aucune exagération bien sûr.

 

photo, Joseph Gordon-LevittC'est parti pour le grand huit !

 

Qui a fait ça ?

A-t-on vraiment besoin de présenter Hans Zimmer ? Compositeur hyper-productif depuis les années 80, le bougre est devenu une figure incontournable avec les partitions de Rain Man, du Roi Lion, de Gladiator, ou encore des Pirates des Caraïbes. Mais à vrai dire, Zimmer est bien plus que cela. Autodidacte qui assume lui-même sa connaissance limitée du solfège, il s’est très vite démarqué par ses thèmes simples et ses jeux rythmiques implacables, souvent obtenus à l’aide de synthétiseurs.

 

Photo Hans ZimmerLe patron

 

Avec la création du studio Media Ventures (aujourd’hui renommé Remote Control Productions), Zimmer a perfectionné son approche électro-orchestrale, au point d’en faire un style désormais repris par de nombreux poulains de sa société, de Lorne Balfe (The Crown, Mission : Impossible - Fallout) à Steve Jablonsky (Transformers) en passant par Junkie XL (Mad Max : Fury Road) et Ramin Djawadi (Game of Thrones). En soi, si vous trouvez que la majorité des musiques de film tendent à se ressembler à Hollywood, vous savez maintenant pourquoi.

Pour qu’une telle mise en contexte s’impose, c’est parce qu’avec son succès, Hans Zimmer a parfois tendance à se reposer sur ses lauriers, voire à méchamment s’auto-parodier. Mais depuis Batman Begins en 2005, le compositeur a trouvé un binôme de choix en la personne de Christopher Nolan. Le cinéaste est connu pour être un mélomane exigeant, toujours à chercher une approche théorique à même de sublimer ses longs-métrages. Et avec Inception, le duo a atteint un niveau de symbiose inégalé.

 

photo, Christopher NolanLe Cobb-aye de Nolan

 

Rêve (extra)lucide

S’il y a bien une chose que l’industrie retient d’Inception, c’est ses violentes percées de cuivres. L’effet s’est infusé absolument partout, dans un nombre conséquent de films, mais surtout dans plein de bandes-annonces, pulsées par la violence de ces cors tonitruants. Quand bien même l‘idée est devenue aussi systématique que débilitante, Zimmer l’utilise avec beaucoup de malice pour signifier la fragilité des différents niveaux de rêves emboîtés, jusqu’à leur destruction au cours du métrage.

En fait, il est assez fascinant de voir comment Nolan utilise la musique comme un liant pour ses divers montages parallèles. Tout le principe d’Inception repose sur la magie du pouvoir cinématographique, capable de faire communiquer des espaces et des temporalités a priori imperméables.

 

photo, Leonardo DiCaprioLeo échaudé craint l'eau froide (et après Titanic, on le comprend)

 

Alors que le film débute sur les différents logos de la production, les touches de piano de la piste Half a Remembered Dream se font entendre au loin, tel un écho imperceptible, avant que les cuivres n’entrent progressivement en jeu, jusqu’à devenir assourdissants. En quelques secondes, Inception pose son ambiance, et submerge son spectateur dans son univers, alors même que le premier plan observe au ralenti une vague en train de s’écraser sur le rivage. Le staccato des cordes et les effets électros de Zimmer rythment ainsi ces aplats de cuivres, qui soulignent le débordement permanent du fictif sur le réel.

Par ailleurs, les fameux Bwaaaah ne viennent pas de nulle part. Puisque les personnages utilisent eux-mêmes de la musique pour coordonner les différentes strates de rêves, Hans Zimmer s’amuse à se réapproprier, au ralenti, la partition du morceau Non, je ne regrette rien d’Edith Piaf. La piste Waiting For a Train joue avec cette frontière ténue entre la diégèse et l’extra-diégèse du long-métrage, conférant à Inception un esprit particulièrement ludique. Sur ce point, Christopher Nolan a la bonne idée de commander à son compositeur des morceaux non pas pendant la post-production, mais dès le tournage, afin de laisser au musicien germain une certaine marge de manœuvre et d’expérimentation.

 

photo, Ken Watanabe, Marion CotillardAttention, ça va faire BWAAAAAAAH !

 

Et à vrai dire, il ressort d’Inception l’inventivité évidente de Zimmer, mais surtout un amusement de petit chimiste, trop content qu’on lui confie une telle mallette. Le monsieur en profite pour perfectionner sa gestion des loops électroniques et son mélange rock-orchestral, tout en allant puiser dans de belles inspirations.

Avec certaines pistes plus atmosphériques comme Old Souls, le compositeur déploie toute sa maîtrise des nappes de synthétiseurs, allant jusqu’à convoquer la mélancolie des claviers de Vangelis sur Blade Runner. Ses leitmotivs imprègnent petit à petit l’ensemble de l’album, à la manière des souvenirs douloureux qui empoisonnent la vie de Cobb. Zimmer exploite avec intelligence ce jeu de réminiscences, jusqu’à faire sa propre “inception” avec sa partition, en conditionnant notre esprit autour de ses motifs.

 

photoUne musique qui retourne

 

S’il ne fallait en garder qu’une...

Comme dit précédemment, Time est un morceau incontournable, et un ostinato révélateur de la puissance de la BO. Mais pour apporter du grain à moudre, on s’attardera sur Mombasa. Cet autre moment de bravoure intervient au moment où Cobb part chercher Eames (Tom Hardy) au Kenya, avant d’être pourchassé par d’ex-employeurs dans les rues grouillantes du centre-ville. Pour accompagner cette scène d’action (et d’autres plus tard dans le film), Zimmer pose comme fondation un motif de percussions aussi vif qu’oppressant, introduisant petit à petit une salve d’instruments qui ajoute minutieusement une touche de tension supplémentaire.

En soi, Mombasa est un pur bijou de fabrication, où chaque écoute permet de mieux distinguer les subtilités de mixage de Zimmer, surtout lorsqu’il retouche l’acoustique de son orchestre. Il sublime d’ailleurs l’ensemble par l’ajout d’une basse électrique dont la force semble sonder l’âme à chaque note.

Avec ce morceau, le compositeur condense toutes ses meilleures idées pour coller à la dimension techno-thriller d’Inception. L’idée se retrouve poussée dans ses retranchements lorsque débarque une guitare électrique “à la Morricone”, aussi acide que piquante. Pour l’occasion, Zimmer confie cette partie à Johnny Marr, le guitariste du groupe The Smiths, qui hante la majorité de l’album avec ses riffs entêtants.

PS : Dream is collapsing et One Simple Idea défoncent aussi.

 

 

Il en reste quoi ?

Souvent copiée, rarement égalée, la BO d’Inception est un repère évident pour la musique de blockbusters des années 2010. Utilisée à foison en télévision, la partition d’Hans Zimmer se révèle très utile pour souligner grossièrement des émotions franches. Sur ce point, on ne peut que vous conseiller de faire un test sur les émissions de cuisine, où vous entendrez souvent Mombasa pendant les épreuves, et Time lorsqu’un candidat a raté sa béchamel.

Cependant, l’héritage le plus important d’Inception est à chercher ailleurs. La collaboration privilégiée de Christopher Nolan avec Hans Zimmer permet au cinéaste de faire de la musique un véritable élément de récit, au point d’augmenter drastiquement son volume au sein du mixage global. La différence avec The Dark Knight (le film précédent de Nolan) est en cela flagrante, et le réalisateur ne cesse depuis Inception de donner plus de place à ses bandes-originales, au grand dam de certains exploitants de salles qui voient mourir leurs caissons de basses. Mais qu’importe, parce qu’au lieu de seulement entendre la partition de sieur Zimmer, on peut pleinement l’écouter pendant le visionnage, et vibrer avec elle.

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commentaires
Xel
09/02/2021 à 11:52

Non et non.
La meilleure de tous les temps c'est celle d'Interstellar

corle
09/02/2021 à 11:09

hans zimmer meilleur BO deja toute sont au dessus du lot, mais pour ma part c'est la BO du dernier samourai et gladiator

tic tac
08/02/2021 à 23:52

entièrement d'accord avec Mystic black.
Ces trois-là son splendides. Gladiator reste son sommet amha. Il en fait tellement le bonhomme... Par la force des choses, on retrouve des thèmes qui vont et viennent, certains datent du millénaire dernier. Qui a écouté la bo de the rock sans instantanément penser à pirates des caraïbes ? The rock sorti en 1996... Sans compter, d'ailleurs, que la BO de pirates 1 n'est pas à son crédit, à part le thème principal, la seule chose dont tout le monde se rappelle, en occultant la versatilité des autres compositions du film. Il se répète, retravaille les mêmes trames. Pas que ça me dérange, le bougre parvient toujours à surprendre et à se réinventer, mais c'est un peu devenu le MacDo de la BO avec son studio à l'échelle industrielle. Combien de personnes excellentes travaillent dans son ombre ? Coucou Lorne Balfe, Klaus Badelt,... Hans Zimmer est devenue une marque. Son nom fait partie du marketing des films et des jeux (CoD MW2, "main theme by Hans Zimmer", Crysis 2 "Main Theme by Hans Zimmer", etc). Quel autre compositeur peut s'en vanter ? John Williams ? C'est dire, il se fiche même des oscars. Il n'a pas envie de faire campagne, pardi il n'en a pas besoin. Son travail a tellement infusé dans la musique de blockbuster qu'on en revient presque à regretter les compositeurs plus classiques.
A présent il a versé dans le minimaliste et l'expérimentation sonore. Ça fonctionne parfois. En sortant du ciné après Man of Steel, j'étais Superman sur le trottoir. Interstellar a enfin remis l'orgue sur le devant de la scène, comme il se doit quand on dérive aux abords d'un trou noir. Pour Inception... Je sais pas, j'ai l'impression que c'est à cause de cette BO qu'il n'y a plus actuellement une seule bande annonce sans le foutu bwaaa en même temps que le titre du film à la fin (même si ça vient sans doute aussi de Zack Hemsey). Quant à ses travaux récents avec Nolan... Le réalisateur le dit lui-même, c'est une atmosphere. Des "drones" qui s'énervent un peu quand l'action arrive. Je saurais gré à Hans Zimmer de m'avoir réconcilé avec la musique orcherstrale moderne, pour lequel il est une formidable passerelle entre l'orchestre et les arrangement électroniques. Si seulement il pouvait faire une dernière composition de le trempe de celle de gladiator...

Le Rhapsode
08/02/2021 à 21:11

Il ne faut vraiment pas avoir de culture musicale, même uniquement dans le milieu de la musique de cinéma, pour oser avancer que la BO d'Inception est la meilleure de l'histoire...

Castor
08/02/2021 à 15:21

Non et non.

Frans
08/02/2021 à 13:39

Bizarrement j'ai toujours eu du mal avec inception. On ne peut s'attacher autant aux personnages que dans interstellar ou d'autres films. Ca reste un avis personnel. Toutes les bo de Zimmer sont extraordinaires. Personnellement, je dirais que la meilleure bo est " man of steel "même si le film n'est pas non plus au top du top. Si on doit choisir la meilleure bo avec le meilleur film, cela reste gladiator et ensuite interstellar.

eliot
08/02/2021 à 12:13

Il faut réécouter celle du même Zimmer pour "the thin red line" pour s'apercevoir que Zimmer a inventé sa marque à ce moment là

Gugusse 0
08/02/2021 à 12:03

Pour moi, la ligne rouge avec un mixage son et musique avec crescendo et decreshendo somptueux.

Myst
08/02/2021 à 11:30

La BO de Gladiator est bien meilleure !

Madolic
08/02/2021 à 09:48

Perso je trouve que c'est l'une de ses plus naze mais ok ^^

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