Comment Need for Speed a pompé Fast & Furious pour survivre

Arnold Petit | 13 juillet 2021 - MAJ : 13/07/2021 18:08
Arnold Petit | 13 juillet 2021 - MAJ : 13/07/2021 18:08

Pendant des années, Need for Speed s'est inspiré sans vergogne de la saga Fast & Furious et a même acquis son statut culte grâce à ça. Retour sur cette affaire.

À l'instar de Gran Turismo, Burnout et autres Mario Kart, Need for Speed est considéré comme une des plus grandes licences de jeux de course de tous les temps, encore plus par ceux ayant grandi dans les années 90 et 2000. Et ce succès, les jeux d'Electronic Arts le doivent notamment à tout ce qu'ils ont puisé dans la série de films Fast & Furious. À tel point qu'ils auraient presque pu passer pour des adaptations vidéoludiques de la saga, tant les ressemblances sont frappantes. Fast & Furious est peut-être une des plus grosses franchises d’Hollywood, mais il a aussi largement influé sur le destin de Need for Speed, et on raconte comment ça s’est passé.

 

photoAttends-moi, Dom, j'arrive !

 

COURIR OU MOURIR

Tout commence en 1991, quand Electronic Arts rachète Distinctive Software pour en faire sa filiale canadienne, EA Canada. Ayant acquis une petite réputation avec ses jeux de simulation de conduite, Test Drive en 1987, et Test Drive II : The Duel en 1989, le développeur est donc chargé de concevoir un nouveau jeu de course, genre de plus en plus prisé avec les jeux de combat et de plates-formes, surtout avec la sortie de Super Mario Kart en 1992. Souhaitant miser sur le réalisme, il s'associe au célèbre magazine automobile Road & Track pour connaître des détails pouvant rendre les voitures encore plus authentiques, comme le bruit des moteurs ou la tenue de route des véhicules, et en 1994 sort The Need for Speed.

Doté de graphismes plutôt corrects pour l'époque et un style arcade, le jeu comporte le strict minimum : huit voitures de sport (Ferrari, Lamborghini, Mazda, Porsche, Dodge Viper et autres), plus une neuvième à remporter lors d'un tournoi, trois circuits avec différents paysages, quatre modes de jeu (Face à face, Course simple, Contre-la-montre et Tournoi), une bande-son électro énervée qui tourne en boucle, ou encore une vue à la première personne et à la troisième personne.

 

photoEn route vers la gloire

 

Cependant, avec ses cinématiques en prises de vue réelles diffusées pendant le lancement du jeu et son concept de courses urbaines illégales, il pose déjà les bases de ce que deviendra Need for Speed et contient les éléments qui conféreront toute son identité à la licence, comme le trafic routier, que les pilotes doivent éviter sur leur parcours, ou les policiers, qui les prennent en chasse. Uniquement disponible sur la 3DO de Panasonic dans un premiers temps, le jeu sort ensuite sur PC en 1995 et sur PlayStation et Saturn en 1996, avec différentes versions éditées par la suite.

Après le succès du premier opus, Electronic Arts sort une suite l'année suivante, Need for Speed II, sans partenariat avec qui que ce soit. Un nouvel habitacle, plus de voitures disponibles, quelques améliorations. En somme, le développeur applique la même recette ou presque. Par manque de temps, la police n'a pas pu être ajoutée, mais cela n’empèche pas le jeu de se vendre.

 

photoMême à moins de 50 km/h, les flics font du zêle

 

Dès lors, le studio produit ses jeux à la chaîne, une année après l'autre. D'abord avec un des plus importants, Need for Speed III : Poursuite Infernale, sorti en mars 1998 sur PlayStation et septembre 1998 sur PC, qui révolutionne à jamais la licence en donnant pour la première fois aux joueurs la possibilité d'incarner la police et de poursuivre les pilotes pour les arrêter à l'aide de barrages ou en leur fonçant dedans, mais uniquement pour la version PC (qui a sans doute bénéficié de plus de temps de développement). Injustice qui sera réparée en 1999 avec Need for Speed : Conduite en état de liberté.

Même si les joueurs sur PlayStation et PC n'ont pas tous les mêmes modes de jeu, tout le monde peut désormais choisir entre pilote et police. Le jeu intègre aussi la gestion des dégâts et l'amélioration des voitures, aussi bien au niveau des performances que de l'apparence, avec des spoilers, des vinyles ou en modifiant les roues. Les prémisses du changement, pendant que Gran Turismo fait une entrée plus que remarquée dans le genre et que Driver marque les esprits avec son scénario de film policier.

Pour son dernier jeu sur la première PlayStation, la licence frappe un grand coup avec Need for Speed : Porsche 2000, qui ne propose que des voitures Porsche (comme son nom le suggère), alors que la marque allemande avait toujours été réticente à l'idée de voir ses véhicules apparaître dans un jeu vidéo. Même si certains lui reprochent son manque de variété, le jeu compense par sa fidélité, son souci du réalisme et sa générosité, proposant pas moins de 80 modèles, des plus récents aux plus anciens, qui ont tous marqué l'histoire du constructeur.

 

photoDirection Stuttgart

 

SOUS LE SIGNE DU TUNING

Espérant réitérer l'exploit du premier Poursuite Infernale sur les nouvelles consoles de salon que sont la GameCube, la PlayStation 2 et la Xbox, EA sort donc Need for Speed : Poursuite Infernale 2 en 2002. Cette fois, le développement est confié à EA Seattle et EA Black Box, une autre filiale canadienne anciennement appelée Black Box Games, que le studio a acquis en juin 2002. Le principe reste le même, sauf que la police dispose de nouvelles tactiques aussi dingues qu'absurdes, comme balancer de l'essence enflammée ou des bombes sur les pilotes.

Entre temps, le premier Fast & Furious sort en salles et fait un carton au box-office, contre toute attente (comme on le raconte ici), devenant aussitôt un phénomène. Après ça, 2 Fast 2 Furious voit le jour avec encore plus de succès, avant un troisième film déjà en préparation (et on en parle aussi juste ici). Alors, en 2003, c'est la révolution. Need for Speed décide de tout changer pour s'inspirer de l'atmosphère de Fast & Furious et de l'univers du tuning. Pour l'occasion, la licence prend même un nouveau nom, histoire d'être encore un peu plus explicite : Need for Speed : Underground.

 

photoUn Fast & Furious est passé par là

 

Désormais, les courses ont lieu dans un environnement urbain, au beau milieu des rues de la ville, et le joueur incarne un pilote de rodéo qui concourt pour gagner de l'argent et ainsi personnaliser sa voiture. Deux modes de jeux sont ajoutés, Drift, dans lequel le joueur doit... drifter, évidemment, et Sprint, où la course se déroule sur une longue ligne droite, comme dans le premier film avec Vin Diesel et Paul Walker, lors des fameuses Race Wars.

Les voitures conduites par le casting sont bien évidemment présentes : la Mazda RX-7 de Dom, la Mitsubishi Eclipse de Brian, la Toyota Supra qu'ils retapent tous les deux, la Nissa Skyline de Brian dans le deuxième film ou la Honda S2000 de Suki (Devon Aoki). Pour parfaire la copie avec le cinéma, Need for Speed : Underground propose un scénario, contrairement aux précédents, avec des alliés, des gangs rivaux, des missions à accomplir et des cinématiques (visuellement infâmes, avec le recul).

 

photoIls ont même les groupies qui lancent la course, le souci du détail jusqu'au bout

 

Fast & Furious ayant participé à l'essor du tuning aux États-Unis et à travers le monde, là où la pratique était surtout démocratisée au Japon et en Asie, le jeu reprend la tendance, proposant au joueur de totalement modifier les caractéristiques et l'esthétique de sa voiture : le capot, les pare-chocs, les jantes, mettre un spoiler, des autocollants, ajouter du nitroxyde d'azote (aussi appelé N2O ou NOS dans la saga) pour aller aussi vite que Toretto.

Afin de donner une sensation de vitesse, le jeu ajoute aussi un effet de flou cinétique autour des voitures, comme dans le premier film, et la bande-son habituellement composée de morceaux rock et electro depuis Need for Speed : Conduite en état de liberté est agrémentée de rap américain, avec du Nate Dogg, du T.I. ou le Get Low de Lil Jon & The East Side Boyz, devenu l'hymne officieux des joueurs de Need for Speed depuis. Simple coïncidence ou plagiat réciproque : le boss final du jeu pilote une Nissan 350Z, voiture qui sera conduite par D.K. (Brian Tee), l'antagoniste de Fast & Furious : Tokyo drift, qui sortira en 2006 et dont Need for Speed s'inspirera aussi, en temps voulu.

 

photoPimp My Ride rencontre Need For Speed

 

Forcément, le jeu cartonne à sa sortie, presque cinq mois après 2 Fast 2 Furious, avec quasiment 15 millions de copies vendues au total, devenant ainsi un des plus gros jeux sur PlayStation 2, Xbox et GameCube. Sans surprise, Electronic Arts lance aussitôt le développement d'une suite, Need for Speed : Underground II, qui sort en 2004. Globalement, l'ambiance reste la même avec de meilleurs graphismes et le joueur évolue maintenant dans un monde plus ouvert, où il peut rouler sans rien faire, trouver des courses ou affronter d'autres pilotes quand il les croise.

En revanche, le jeu va beaucoup plus loin dans la personnalisation des voitures, comme 2 Fast 2 Furious, et donne accès à tout un tas d'éléments présents dans le film réalisé par John Singleton : la fumée qui s'échappe des côtés du véhicule, les amortisseurs hydrauliques, les néons sous le châssis et dans le moteur, l'énorme sono dans le coffre et même des portes-papillon (alors qu'il est impossible de sortir de sa voiture).

Sans oublier la fameuse Mitsubishi Lancer Evolution jaune que Brian conduit ou sa Nissan Skyline, qu'il perd après une course-poursuite au début du deuxième film et que le joueur voit aussi valser dans les premières minutes lors d’un "accident" dont il découvrira les circonstances au fil du jeu. Même s'il a vendu moins de copies que le premier (environ 11 millions), Need for Speed : Underground II reste considéré comme l'un des plus aboutis des titres de la licence au niveau de la customisation ou du gameplay, et a surtout encouragé Electronic Arts à poursuivre dans cette voie.

 

photoAttention, pardon, je passe et je récupère toutes vos idées foireuses

 

Comme chaque année, le développeur sort son nouvel opus et en 2005, les joueurs découvrent Need for Speed : Most Wanted. Contrairement à Need for Speed : Underground, le jeu propose des courses de jour, moins de tuning, et se concentre d'abord sur son intrigue, bien plus poussée que dans les précédents. Afin de récupérer sa voiture, qu'il perd en même temps que sa réputation lors d'un rodéo dans les premières minutes, le joueur doit sillonner le bitume et échapper de plus en plus à la police pour grimper les échelons d'une obscure liste d'individus les plus recherchés (comme l'indique subtilement le titre encore une fois), appelée la Liste Noire. 4 secondes de réflexion auront suffi pour trouver le nom.

À l'image des deux premiers Fast & Furious, le jeu raconte une histoire autour d'une bande de pilotes, tous ayant une personnalité à part entière, certains plus attachants que d'autres. Le monde est plus grand et plus détaillé, le décor est désormais destructible et les personnages (comportant un infiltré, comme par hasard) disposent d'un tant soit peu de profondeur, ce qui contribue sans doute à sa popularité. Lui aussi adoré par les fans de la licence, Need for Speed : Most Wanted s'écoule à 16 millions d'exemplaires. Aucun n'arrivera à faire mieux par la suite.

 

photoLa grosse voiture qui roule très vite

 

TOKYO STORY

Pendant l'été 2006, Fast & Furious : Tokyo Drift sort à travers le monde. Même s'il ne ramasse pas autant que ce qu'Universal espérait, le film réalisé par Justin Lin récolte 158 millions de dollars au box-office et relance l'engouement autour de la franchise avec un nouveau héros et un nouveau pays. Il n'en fallait pas plus pour qu'Electronic Arts décide à nouveau d'en profiter, et pas qu'un peu. Sorti en novembre 2006, soit quelques mois après Fast & Furious : Tokyo Drift, Need for Speed : Carbon est un parfait copié-collé du film, hormis pour son récit (et encore).

Alors qu'elles avaient disparu au profit d'autres modes de jeu, les courses de drift font leur grand retour (étonnamment) et certaines se déroulent en montagne dans un nouveau mode baptisé Canyon, inspiré des courses Tōge au Japon, exactement comme dans Fast & Furious : Tokyo Drift.

Se déroulant avant les évènements de Need for Speed : Most Wanted, l'intrigue s'articule autour d'une conquête de territoire, le joueur devant remporter des courses et détrôner les chefs de gangs (dont un boss asiatique, pour le geste). Pour l'aider, il peut faire appel à des coéquipiers croisés en chemin, intégrer une bande ou améliorer sa voiture. Moins poussé que dans Need for Speed : Underground II, le tuning reste essentiel et le jeu propose encore plus de pièces et de modifications. Néanmoins, le scénario est moins abouti, le rôle de la police est beaucoup moins important.

 

photoJ'espère bien

 

Pour être certain de satisfaire tout le monde, quasiment toutes les voitures des trois premiers Fast & Furious sont disponibles, avec un immense choix de modèles américains, japonais, italiens, citadins, sportifs ou de luxe. Et bien sûr, la Golf de Twinkie, la Mazda RX-7 de Han (Sung Kang), la Ford Mustang GT 500 que Sean (Lucas Black) conduit face au méchant neveu de yakuza au rabais, qui le consacre nouveau D.K. (pour Drift King) et la célèbre Dodge Charger R/T de Dom, dont le joueur peut également faire apparaître le moteur s'il veut vraiment se glisser dans la peau de Baboulinet.

Disponible sur PC, Mac OS X, PlayStation 2, GameCube et Xbox, Need for Speed : Carbon sort sur PlayStation 3, Xbox 360 et Wii, mais aussi sur console portable (PSP, Nintendo DS et Game Boy Advance) sous le nom de Need for Speed : Carbon - Own The City, pour être certain d'être partout. Même s'il n'a pas autant de succès que son prédécesseur, il reste considéré comme un des meilleurs Need for Speed et peut être vu comme le dernier grand jeu de la licence.

 

photoVirage à 120, et alors ?

 

DÉRAPAGE INCONTRÔLÉ

Souhaitant s'éloigner des rivalités entre gangs et des rodéos urbains, peut-être pour soigner son image ou éviter d'être trop cramé, Electronic Arts décide d'opérer un changement drastique avec Need for Speed : ProStreet, l'épisode avec lequel la licence va entamer sa lente et douloureuse plongée dans les tréfonds de l'oubli. Adieu les rues de la ville , les courses ont maintenant lieu sur des circuits fermés. Le scénario est troqué au profit de plusieurs disciplines, dans lesquelles le joueur doit exceller avant d'affronter les "rois" de chacune d'entre elles. Développés par les mêmes équipes que Need for Speed : Most Wanted, le gameplay et le moteur physique sont donc assez similaires.

Plus focalisé sur l'aspect course automobile que sur l'aspect tuning, le jeu mise sur le réalisme et les dégâts sur les véhicules sont réintégrés pour la première fois depuis Need for Speed : Undergroud. Le joueur peut quand même effectuer des modifications sur sa voiture, mais sans la police et le monde ouvert. Need for Speed : ProStreet ne ressemblait à rien de plus qu'un jeu de course automobile traditionnel, à une époque où Gran Turismo s'était déjà imposé comme le meilleur jeu de simulation de course jamais créé, avant que Forza ne lui ravisse le titre des années plus tard.

Racheté par Electronic Arts, Burnout continuait de façonner son identité de défouloir sur fond de tôle froissée et s'apprêtait à sortir un de ses meilleurs opus, Burnout Paradise, et de nouveaux venus comme TrackMania grappillaient eux aussi des parts de marché.

 

photoCertaines choses ne changent pas

 

Face à un tel changement, malgré des graphismes vraiment corrects, les ventes se sont effondrées et les fans ont été déçus. Comme excuse, EA Games promet que la licence va renouer avec ses racines, et pour ça, le développeur va retourner puiser dans sa meilleure source d'inspiration. Problème : aucun film Fast & Furious n'est sorti depuis Tokyo Drift et Need for Speed : Carbon a déjà exploité le filon. Alors plutôt que d'essayer de faire preuve d'originalité et d'avoir des idées, Electronic Arts va y aller au culot et carrément faire son film d'action, son Fast & Furious, sous le nom de Need for Speed : Undercover.

Rétropédalage complet : retour des rodéos urbains, des poursuites avec la police et des modes de jeux présents dans Need for Speed : Most Wanted et Need for Speed : Carbon, avec un monde ouvert, des voitures à remporter et de l'argent à gagner, pour changer. N'essayant même pas de se cacher, le jeu délivre un scénario dans lequel le joueur incarne un agent du FBI infiltré sous couverture (tout est dans le titre, y a pas de secret) au sein d'une bande de pilotes, afin d'arrêter un syndicat criminel international de contrebande.

Il ne manque plus qu'il soit beau gosse, blond aux yeux bleus et toutes les cases sont cochées. Afin de pousser l'illusion, le jeu fait appel à des acteurs avec une petite réputation pour incarner ses personnages, comme Maggie Q, Christina Milian, Paul Pape ou David Rees Snell.

Des trahisons, des courses, du drame, encore plus de courses, le récit reprend point par point tous les éléments constitutifs d'un Fast & Furious des débuts, là où la saga cinématographique s'apprêtait à opérer un changement qui allait bouleverser son avenir, et celui de Need for Speed. Même si certains ont retrouvé le charme des jeux d'antan, d'autres n'ont pas été convaincus par ce nouvel opus, déjà passés sur d'autres titres comme Burnout, Midnight Club : Los Angeles, Race Driver : GRID ou Forza.

 

photoBrian et demi

 

SORTIE DE ROUTE

Ne sachant plus quoi faire pour renouer avec le succès, en 2009, Electronic Arts demande à Slightly Mad Studios de développer Need for Speed : Shift comme un jeu de simulation de course automobile, avec à nouveau des circuits fermés et une immersion encore plus poussée, aussi bien au niveau des graphismes que du sound design ou du travail sur la caméra. Salué par la critique et les joueurs, il ne convainc cependant pas autant de monde que les précédents jeux. Alors, le studio tente de se diversifier, d'abord avec Need for Speed : Nitro, uniquement disponible sur Wii et DS, puis Need for Speed World en 2010, focalisé uniquement sur l'expérience en multijoueur.

En 2010, comprenant qu'il serait difficile de s'inspirer de Fast & Furious 4 et de ses séquences d'action, EA engage Criterion Games pour un remake de Need for Speed III : Poursuite Infernale, appelé Need for Speed : Hot Pursuit. Reprenant le concept de son aîné, il propose donc d'incarner un pilote de rodéo urbain ou un agent de police lancé à sa poursuite, avec plusieurs modes de jeux dans chacun des deux camps. Petit changement notable tout de même, le joueur peut se balader sur la carte simplement pour le plaisir, sans être inquiété d'être arrêté par les forces de l'ordre.

En plus des traditionnels modèles, d'autres voitures de luxe comme la Bugatti Veyron ou la Lamborghini Reventon viennent garnir le catalogue à mesure que le joueur progresse dans les niveaux et les modifications sont toujours aussi nombreuses et variées. Néanmoins, Criterion Games étant le studio qui a développé Burnout, Need for Speed : Hot Pursuit possède donc exactement le même moteur graphique, ce que tout le monde s'est empressé de remarquer et de lui reprocher, résumant le jeu à "Burnout avec des flics". Une caricature assez réductrice, d'autant qu'il redore un peu le blason de la franchise, mais qui prouve le désintérêt grandissant de certains fans.

 

photoHum... j'ai déjà vu ça quelque part

 

Comme Need for Speed : Shift avait été plutôt bien accueilli, une suite sort en 2011, Shift 2 : Unleashed, axée elle aussi sur la simulation plus que sur le jeu de course arcade. Pour contenter les purs et durs, Electronic Arts lance un autre jeu un peu plus tard la même année, Need for Speed : The Run, développé par EA Black Box, qui prouve encore un peu plus à quel point la licence est incapable de se réinventer ou de faire preuve d'innovation ailleurs que dans le domaine technique, préférant singer ce qui se fait au cinéma.

Après l'agent du FBI infiltré, le joueur incarne à nouveau le bon vieux pilote en cavale qui a des emmerdes. Un certain Jack Rourke, qui doit de l'argent à des mafieux. Afin de régler ses dettes, il prend part à une dangereuse course d'ouest en est à travers les États-Unis appelée le Run pour toucher la récompense. Une idée qui sera reprise pour l'adaptation de Need for Speed au cinéma, avec Aaron Paul, Imogen Poots, Rami Malek et Kid Cudi.

Des missions qui s'enchaînent les unes après les autres, des cinématiques à deux francs, une durée de vie d'à peine 8 heures, des passages d'action blindés de QTE pour donner l'impression d'être dans un lointain spin-off de Fast & Furious, rien d'un peu intéressant ou exaltant. Et la bande-annonce réalisée par Michael Bay ou l'apparition de Christina Hendricks au casting n'y changent pas grand-chose. Un Need for Speed comme un autre, avec de l'action de série B en plus.

 

photoNon, il n'y a pas de sous-marin ici

 

ARRÊT AUX STANDS

EA ayant compris avec Need for Speed : Hot Pursuit que réactualiser de précédents volets de la licence pouvait être profitable, Need for Speed : Most Wanted sort en 2012, comme un remake du jeu de 2005. Là encore, rien ne change à part de nouveaux graphismes et un plus grand nombre de voitures disponibles. La Liste Noire est toujours là et le principe reste le même qu'à l'époque : remporter des courses pour devenir le plus recherché. Lui aussi développé par Criterion Games, le jeu ressemble encore plus à Burnout que Need for Speed : Hot Pursuit et emprunte même certaines mécaniques de jeu de l'autre licence acquise par Electronic Arts, dont le nombre de fans a également diminué au fil des ans.

Continuant de tabler sur le succès de Need for Speed : Hot Pursuit, en 2013, Electronic Arts confie le développement d'un nouveau jeu conçu sur le même modèle (pilote et policier), avec des modes de jeux similaires, baptisé Need for Speed : Rivals. Un petit scénario oubliable, plein de voitures, des environnements variés, il s'agit de reprendre le même schéma, la même dynamique, encore et encore, en plus joli et sur PlayStation 4 et Xbox One maintenant. Rien ne va plus, la licence s'est perdue depuis longtemps, alors EA patiente un peu, le temps de se refaire.

Pour faire table rase du passé, l'éditeur décide de relancer sa licence en 2015 avec un tout nouveau jeu développé par un autre studio, Ghost Games, simplement appelé Need for Speed. Pour vraiment bien faire comprendre que ça y est, on recommence à zéro et on part sur de nouvelles bases. Enfin, presque.

 

photoLa nuit, tous les feux sont gris

 

Reprenant l'esprit des Need for Speed des années 2000, les deux Underground et Most Wanted, le jeu réinstalle les courses de nuit au milieu de la ville et mise sur la personnalisation à outrance des véhicules. Comme dans Need for Speed : Carbon, des cinématiques dignes de courts-métrages ponctuent le scénario et EA a même appelé de vrais pilotes de course comme Ken Block pour apparaître dans le jeu. Même s'il ne révolutionne pas la licence, il peut compter sur la beauté de ses graphismes, sa superbe direction artistique et sur la nostalgie des fans.

Et puis après Need for Speed, puisque la machine avait été relancée et qu'il a fallu trouver de l'inspiration pour une suite, c'est encore du côté d'Hollywood et de Fast & Furious que le jeu a regardé, comme l'a reconnu un des développeurs de Ghost Games lors d'une interview pendant l'E3.  Entre jeu de course d'arcade et jeu d'action, Need for Speed Payback sort en novembre 2017, quelques mois après Fast & Furious 8.

Au-delà des courses illégales et des mafieux auxquels il doit échapper durant son périple en voiture, le joueur peut incarner trois personnages différents et doit désormais accomplir des cascades et missions scénarisées, comme braquer un camion-citerne (tiens, comme dans l'intro de Fast & Furious 4) ou échapper à une horde de policiers (tiens, comme à la fin de Fast & Furious 5). Assez peu d'originalité, donc, ce qui aurait pu être pardonné si la prise en main n'était pas aussi pénible, si les circuits n'étaient pas aussi ennuyeux ou si les améliorations graphiques avaient été flagrantes.

 

photoMia, c'est toi ?

 

Pendant que Fast & Furious se transforme en mastodonte hollywoodien et se décline en spin-off avec Fast & Furious : Hobbs & Shaw, Need for Speed sombre parmi toutes les autres licences de jeux de course. Le dernier en date, sorti en 2019, Need for Speed Heat, a un peu délaissé l'action et repris un déroulé plus classique, avec des visuels toujours plus jolis. Néanmoins, comme sur le précédent opus, la conduite est infernale, le jeu est barbant et rien ne lui permet de se distinguer des autres jeux du même genre ou de ceux passés avant lui.

25 ans après le tout premier titre de sa franchise, Need for Speed repose encore sur les mêmes principes, les mêmes idées, mais ne semble avoir aucune autre ambition que de copier tout ce qu'a pu faire Fast & Furious au cinéma. Une méthode qui a fonctionné pendant un temps, et qui a même permis à la licence de devenir un des jeux de courses les plus vendus de tous les temps. En manque d'inventivité, Need for Speed a alors voulu miser sur la nostalgie, et le procédé a permis de faire illusion, mais après avoir remis au goût du jour ses meilleures ventes, c'est encore vers la saga avec Vin Diesel, Michelle Rodriguez, Ludacris et compagnie qu'ont lorgné les jeux.

 

Photo Ludacris, Michelle Rodriguez, Paul Walker, Tyrese GibsonMerci la famille

 

Un prochain Need for Speed intitulé NFS était prévu pour 2021, mais a été repoussé pour 2022 en raison de la crise sanitaire et pour que Battlefield 2042 puisse rameuter un maximum de monde (nous y compris). Peut-être qu'EA et Criterion Software profiteront de ce temps supplémentaire pour apporter encore plus de nouvelles choses au jeu et redonner ses lettres de noblesse à la licence.

À moins qu'ils n'aient vraiment pas compris que Fast & Furious n'est plus une franchise de films sur les courses de voitures, mais une saga de blockbusters d'action qui repoussent les limites de la physique et du bon sens. Et vu ce qu'elle est devenue aujourd'hui, Grand Theft Auto V est le seul jeu qui pourrait éventuellement passer pour une adaptation vidéoludique de Fast & Furious, aussi invraisemblable que jouissive, là où Need for Speed reste désespérément assommant et dépassé.

Tout savoir sur Fast & Furious 9

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commentaires
TofVW
17/07/2021 à 13:19

J'ai fait pas mal de NFS, mais rares sont ceux que j'ai terminé:
- Underground, fait à 100% plusieurs fois et avec grand plaisir, probablement le meilleur (et mieux que le 2 à mon sens);
- Carbon, plus long et difficile qu'Underground, mais des sensations incroyables;
- Hot Pursuit (2010), terminé 1 seule fois, mais probablement le plus ahurissant grâce à son impression de vitesse.

En "hors sujet", j'ai aussi passé énoooooormément de temps sur NFS World. Je regrette vraiment qu'il soit "fermé" aujourd'hui, j'en ai d'excellents souvenirs, même si la progression était beaucoup trop lente (sauf si on paye, mais voilà quoi).

L'hebdo geek youtube
15/07/2021 à 13:22

Lol non les jeux sont juste moins bon qu'avant. Prenez NFS underground 2 ben le jour où un fast ans furious sort un film de ce style avec atelier etc, drift speed rien etc ben ce sera le meilleur des fast ans furious

Kay1
14/07/2021 à 09:46

Need for Speed n’a jamais eu besoin de Fast & Furious pour fonctionner . C’est juste EA qui a compris qu’il y’avait une niche dans le Tuning à exploiter après le succès de Fast & Furious , mais Hot Pursuit 2 avait très bien fonctionné à l’époque.

Abibak
14/07/2021 à 08:28

Toute ma jeunesse, quelle claque le need for speed 3

LCR
13/07/2021 à 20:32

Vous pouvez parler des jeux Fast & Furious aussi, c'est pas très jolie de leurs
côtés

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