La vallée de Gwangi : quand le dernier dinosaure dévore le dernier western

Simon Riaux | 28 avril 2021
Simon Riaux | 28 avril 2021

Les films de cowboys, c'est bien. Les films de dinosaures, c'est pas mal non plus. Avec La Vallée de Gwangi, on revisite le grand spectacle reptilien et le western.

L'histoire du cinéma, et plus particulièrement du cinéma d'exploitation, est traversée de rencontres improbables, de confrontations hybrides, voire d'affrontements totalement loufoques. On pense bien sûr à Jesse James contre FrankensteinLes Charlots contre DraculaDocteur Jekyll et Sister HydeFreddy contre Jason ou Cowboys & envahisseurs. Autant de productions tantôt fauchées, tantôt luxueuses, qui s'amusent à agiter des icônes de la pop culture en espérant attirer à elles leurs fans, ratisser le public le plus large possible.

Avec ses pistoleros partant à la recherche d'une vallée perdue et des mystérieux sauriens qui l'habitent, dans l'espoir de se faire quelques dollars, La vallée de Gwangi ressemble à une de ces créatures bicéphales, le plus souvent produites vite et sans grande considération pour le produit fini. Et pourtant, si le long-métrage de Jim O'Connolly a survécu jusqu'à nos jours, demeure encore cher à nombre d'amateurs de cinéma d'aventure, c'est parce que le film s'avère nettement plus surprenant, intéressant et profond que ses ingrédients apparents. Dégainez vos colts, faites claquer les lassos, il est l'heure de chasser du dino.

 

photoLe Schtroumpf carnivore

 

WESTERN FOSSILE 

Une troupe de cirque itinérant a dans sa manche un ultime atout pour se refaire une santé financière : un spécimen de cheval censément disparu, extrait d'une vallée mystérieuse située aux confins du Mexique. Quand ce dernier disparaît, les cavaliers partent en quête d'un remplaçant, pour découvrir un lieu oublié de tous où survivent de nombreuses espèces de dinosaures, et à leurs yeux, autant d'occasions d'amasser des paquets de billets verts. 

Point de justiciers solitaires ici, de propriétaires de ranch effarouchés par des bandits de grand chemins ou de vertueux shérifs. Les héros de La Vallée de Gwangi sont des gens de spectacle, meneurs de foires et autres "carnivale", mâtinés de "Wild West Show", ces spectacles essentiellement équestres reproduisant les grandes heures de la conquête de l'ouest, telle que narrée par ses vainqueurs. Les caisses sont vides, les exhibitions n'excitent plus un public qui en a vu d'autres, et il faut se réinventer. Ce n'est pas un hasard si cette aventure aux faux airs de série B choisit ce contexte, le développe longuement, avant de se transformer en buffet jurassique à volonté.

Quand le film envahit les écrans, en 1969, l'heure de gloire du western américain classique est passée. Raz de marée continu sur les écrans du monde entier, des années 30 et trois décennies durant, il a contribué à forger l'image de l'Amérique, lui offrant une mythologie pour elle-même et pour le monde, un formidable creuset que n'a jamais tout à fait abandonné Hollywood, tant quantité de films viennent encore y puiser leurs motifs, leurs formes ou leur inspiration. Mais depuis le début des années 60, l'Europe s'est emparée de cet héritage, et le western spaghetti déferle sur le monde, se réappropriant un genre que le public trouve rapidement vieillot.

 

photoUn monde pas si perdu

 

Sans ce désamour, produire un western à priori aussi éloigné des standards de Raoul Walsh ou John Ford eut sans doute été beaucoup moins évident. Tout comme il raconte la progressive agonie d'un Ouest rêvé (le récit se situe à la jonction entre XIXe et XXe siècles), le long-métrage nous narre en creux, la désaffection d'un genre qui ne sait plus dans quelle direction aller et se considère désormais, littéralement, comme le contemporain des dinosaures, des fossiles.

La suite est réservée aux abonnés. Déjà abonné ?

Accèder à tous les
contenus en illimité

Sauvez Soutenez une rédaction indépendante
(et sympa)

Profiter d'un confort
de navigation amélioré

Newsletter Ecranlarge
Recevez chaque jour les news, critiques et dossiers essentiels d'Écran Large.
Vous aimerez aussi
commentaires
Cacouac
29/04/2021 à 13:25

Revu il y a peu sur une chaîne cinéma inspirée, un de ces films qui devrait se trouver dans toute bonne vidéothèque.
Et Ray Harryhausen est un dieu !

Bubble Ghost
29/04/2021 à 00:09

Culte de chez culte. Oui, Harryhausen est mon dieu ^^

LeRoiBoo
28/04/2021 à 19:56

C'est pas le film ou y'a des animaux préhistorique partouzeur de droite ?

RetroBob
28/04/2021 à 17:18

Merci à Michel Hazanivicus et Dominique Mezerette qui m'ont fait découvrir cet ovni grâce à La Classe Américaine! ^^

votre commentaire