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Space Jam : Michael Jordan, Bugs Bunny et beaucoup (beaucoup) de pognon

Par arnold-petit
14 juillet 2021
MAJ : 21 mai 2024

Avant la suite, Space Jam : Nouvelle ère, prévue pour le 14 juillet 2021, on a décidé de se replonger dans Space Jam, ce produit marketing devenu un classique.

Space Jam : photo

Qui se souvient de Space Jam, ce film culte avec Michael Jordan et des toons ?

Avant les super-héros de l'univers de DC, les combats entre monstres emblématiques du cinéma et les remakes de films devenus cultes, Warner Bros. avait déjà eu le nez creux avec la rencontre aussi géniale qu'improbable entre Michael Jordan et Bugs Bunny dans Space Jam. Une oeuvre réalisée uniquement pour s'en mettre plein les poches, mais qui a aussi marqué toute une génération, relancé les Looney Tunes et encore un peu plus inscrit le joueur dans la légende.

Avec le temps, le film est devenu un petit classique, à tel point qu'une suite, l'abominable Space Jam : Nouvelle ère, est arrivée. Du coup, c'était l'occasion de lancer Space Jam sur Netflix, de renfiler le short et de retourner à Looney Tune Land...

 

photoÇa va être Looney 

 

DES DOLLARS DANS LES YEUX

Space Jam n'a pas été fait pour l'amour du cinéma, de l'animation ou du basket-ball. Tout est parti d'une publicité pour les Jordan VII, réalisée par Joe Pytka et diffusée en 1992 pendant le Super Bowl. À peine une minute pendant laquelle Michael Jordan croise Bugs Bunny et dispute un match de basket à ses côtés contre d'autres joueurs. Plutôt ironique de voir que le lapin concluait le spot publicitaire en déclarant que "ça pourrait être le début d'une belle amitié."

Une amitié qui pourrait rapporter gros. Et c'est exactement ce qu'a pensé David Falk, l'agent de Michael Jordan, quand il a été proposer l'idée d'un film entre le joueur et les Looney Tunes à Warner Bros. après une autre publicité en 1993, dans laquelle Michael Jordan et Bugs Bunny faisaient à nouveau équipe pour récupérer des Jordans que Marvin le Martien avait volées.

 

 

Si Warner Bros. n'était pas spécialement enchanté que Nike s'amuse avec Bugs Bunny, le studio cherchait désespérément à relancer ses personnages animés depuis quelques années. Les Looney Tunes commençaient à bénéficier d'un petit regain de popularité depuis que la firme avait rouvert son studio d'animation, mais ces publicités ont propulsé Bugs Bunny sous les projecteurs. Alors face à la renommée de Michael Jordan et aux bénéfices que les produits dérivés pourraient générer après ce qu'avait rapporté Batman Forever, le studio n'a pas mis beaucoup de temps pour laisser son lapin adoré gambader à côté de la superstar.

À l'époque, Michael Jordan était plus célèbre que Bugs Bunny, le président des États-Unis et peut-être même aussi connu que le Pape. Triple champion NBA avec les Chicago Bulls en 1991, 1992 et 1993, ambassadeur de son sport à travers le monde depuis les Jeux olympiques de Barcelone de 1992, égérie de sa propre marque de chaussures, ce joueur exceptionnel avait déjà bâti sa légende et acquis un statut qui transcendait le basket-ball. Mais alors que Warner Bros. commence à mettre le projet en marche, Michael Jordan annonce sa retraite en octobre 1993. Son numéro 23 est retiré et le film est alors mis en attente. Jusqu'en mars 1995, où il annonce son retour en NBA avec un simple fax : "I'm back."

 

photoRéaction d'un fan à l'annonce du retour de Michael Jordan

 

Aussitôt, sans même avoir de script, Warner cale une date de sortie pour le 15 novembre 1996, à la reprise des matchs de NBA. Joe Pytka est engagé à la dernière minute en tant que réalisateur, Ivan Reitman (S.O.S. FantômesUn flic à la maternelle) le rejoint à la production pour superviser les scènes d'animation et le studio s'empresse d'entamer le tournage pendant l'été 1995 pour éviter d'empiéter sur la prochaine saison.

Déterminé à prendre sa revanche après avoir rejoué à peine six mois et subi sa première élimination en playoffs avec les Bulls, Michael Jordan veut revenir à son meilleur niveau après un an et demi à avoir joué au baseball et doit donc s'entraîner intensivement. Warner se retrouve donc obligé de faire construire un immense dôme (baptisé le Jordan Dome) avec terrain, appareils de musculation, air conditionné, où toute la fine fleur de la NBA et d'Hollywood se réunissait une fois les journées de tournage terminées.

 

Photo Space JamTu vas arrêter de la jouer perso et me faire des passes maintenant !

 

HIS AIRNESS

Pour éviter la même galère de machinerie qu'avait connue Robert Zemeckis sur Qui veut la peau de Roger Rabbit ? et faire en sorte que Michael Jordan soit le plus à l'aise possible, le film a été un des premiers à être tourné sur fond vert avec des capteurs de mouvement. Un procédé rendu possible grâce à la boite Cinesite, qui a permis de travailler sur l'animation plus tard. Pendant six semaines, Jordan a alterné entre plateaux de tournage entourés de types habillés en vert la journée et séances d'entraînement de basket-ball le soir.

Joe Pytka avait choisi d'articuler le scénario autour du vécu du joueur, en reprenant sa conférence de presse dans laquelle il annonce sa retraite après la mort de son père pour se consacrer au baseball. Un élément qui a sans doute contribué au jeu assez correct de Michael Jordan, qui semble sincèrement investi, comme le reconnaîtra le réalisateur dans un entretien en 2016 avec Entertainement Weekly :

"Il a fait ce qu'il a pu. Il a joué son propre rôle, et souvenez-vous, une grande partie du film est basée sur sa vie, il y avait donc des références à des moments réalistes. Il était très professionnel : il venait quand il fallait, il connaissait son texte. Nous avons fait en sorte que ce soit le plus facile possible."

 

photoTu le connais le type avec un collant vert ? 

 

Joe Pytka a également fait appel à Spike Lee (qui a travaillé avec Michael Jordan sur plusieurs pubs) pour réviser le script, mais le studio a refusé à cause d'une embrouille autour du financement de Malcolm X : le cinéaste avait estimé que Warner ne lui avait pas octroyé un budget suffisant et avait alors demandé à plusieurs personnalités noires de l'aider à finir son film, dont un certain Michael Jordan (parmi les Oprah Winfrey, Magic Johnson, Bill Cosby et autres Prince). Malgré le refus du studio, la rumeur voudrait que Spike Lee ait quand même contribué à la réécriture du scénario.

Même si tout semble plutôt bien se dérouler, l'animation accumule les retards et Joe Pytka commence à virer du monde et s'impatienter. Après plusieurs mois, le film se compose uniquement de plans de Michael Jordan dans une immense pièce verte et la panique s'installe.

Les animateurs qui sont alors en charge d'Excalibur, l'épée magique sont rapatriés en urgence sur le projet ; Bruce W. Smith et Tony Cervone remplacent Steven Paul Leiva et Jerry Rees en tant que directeurs de l'animation ; Ron Tippe et Allison Abbate sont appelés pour superviser la production et Warner débloque tout le budget nécessaire pour que le film soit achevé dans les temps. Au final, la tâche est répartie entre 18 studios à travers le monde, avec plus de 700 animateurs se relayant nuit et jour et s'adaptant aux changements et caprices de chacun.

 

photoUn animateur de Space Jam à la machine à café

 

QUOI D’NEUF, DOCTEUR ?

Et si Space Jam est aussi réussi et mémorable, ce n'est pas grâce au jeu d'acteur de Michael Jordan ou à la réalisation de Joe Pytka, mais bien parce que le mélange entre animation et prises de vue réelles a imprimé la rétine de tous les gamins qui l'ont vu (et restent persuadés qu'on peut se rendre dans le monde des Looney Tunes en allant sous terre).

L'animation a été réalisée à partir de dessins sur papier qui ont ensuite été scannés pour donner une impression de relief en 3D et pouvoir jouer avec les contours ou les ombres, tout en conservant la fluidité et la patine de la 2D. Et plus de 25 ans après, le film reste toujours aussi impressionnant techniquement. Avec le temps, la nostalgie contribue encore plus à ce plaisir enfantin de voir le plus grand joueur de basket-ball de l'époque jouer avec les Looney Tunes, qui n'avaient jamais été aussi beaux.

 

photoLe match du siècle 

 

Avec son intrigue qui tient sur un post-it, le film sait bien qu'il ne pourra pas miser sur l'émotion, le suspense ou son scénario et préfère assumer pleinement ce qu'il est : un cartoon réalisé pour inciter les enfants à soûler leurs parents lorsqu'ils sont dans les rayons des magasins de jouets.

Alors, l'incohérence est le maître-mot, les scènes absurdes s'enchaînent les unes à la suite des autres, mais il est difficile de croire que toutes les références à l'exploitation des Toons, aux produits marketing et aux facilités scénaristiques ne soient pas faites consciemment pour pousser la chose encore plus loin. Cette fainéantise éhontée passerait presque pour du génie accidentel tant le film ne fait aucun effort pour cacher ses ambitions pécuniaires ou son manque d'inventivité.

 

photoPropriété de Warner Bros.

 

À l'inverse, Michael Jordan tente vraiment d'être le plus convaincant possible pour son premier rôle au cinéma. Même s'il n'a pas pris autant de plaisir qu'il espérait sur le tournage, il contribue largement au charme qui se dégage du film et incarne à lui seul l'essence des années 90. Tout comme Wayne Knight, que tout le monde reconnaissait après Jurassic Park, ou Bill Murray, absolument parfait (comme d'habitude) dans un second rôle aussi drôle qu'insensé, qui s'est incrusté dans le match final contre les Monstars après avoir vu que le tournage n'était pas aussi compliqué qu'il l'imaginait, comme l'expliquait Joe Pytka :

"Bill ne devait participer qu’à la scène du golf parce qu’il n’aimait pas l’idée de travailler avec de l’animation. Nous tournions la scène du golf, quand il m’a demandé comment je m’en sortais avec les acteurs qui devaient tourner avec les personnages animés. Quand il a découvert comment on fabriquait tout ça, il a écrit deux scènes supplémentaires pour lui à la fin du film, celles de son retour pendant le match de basket."

Le film ne tente pas de se défendre ou de trouver une excuse et préfère jouer la carte de l'honnêteté quand Bill Murray débarque de nulle part, déjà en tenue, pour disputer les toutes dernières secondes du match. Une rencontre devenue légendaire pendant laquelle Michael Jordan prouve bien qu'il est un Toon, défiant la logique et les lois de la physique chaque fois qu'il pose un pied sur le parquet.

 

photo, Bill Murray, Michael JordanLe plus grand big three de l'histoire du basket-ball

 

WIN-WIN

À sa sortie en novembre 1996, Space Jam ne remporte pas le succès escompté sur le sol américain (90,4 millions de dollars de recettes à domicile pour un budget estimé à un peu plus de 80 millions) et se fait démolir par la critique, mais se rattrapera à l'international (environ 230 millions de dollars de recettes) et sur la vente de produits dérivés : à lui seul, le film génère plus d'un milliard de dollars en jouets, vêtements, mugs et autres accessoires.

Une opération plus que lucrative pour tout le monde, y compris pour Michael Jordan, qui s'était si bien entraîné sous son dôme qu'il a gagné le titre de champion NBA en 1996 (avec un triplé meilleur joueur de la saison, du All-Star Game et des finales NBA) avant d'en glâner deux autres en 1997 et 1998. Le joueur a pu vendre encore plus de paires de Jordans (portées par tout le casting dans le film), mais surtout rendu son image encore plus parfaite et reconnaissable.

 

photoMais oui, mais oui, j'ai vu Michael Jordan

 

Avec des titres comme I Believe I Can Fly de R Kelly (un morceau qui lui vaudra 2 Grammy Awards), Fly Like An Eagle de Seal, The Winner de Coolio et des artistes aussi prestigieux que Barry White, D'Angelo, Jay-Z, Busta Rhymes, Method Man, LL Cool J ou Salt-N-Pepa, l'album de la bande-son du film est 6 fois disque de platine. Certains morceaux resteront toujours associés à Space Jam, mais deviendront aussi intemporels.

Conforté dans sa stratégie de viser le porte-feuille des adultes grâce aux enfants, Warner Bros. commence aussitôt à développer une suite, toujours réalisée par Joe Pytka, avec Spike Brandt et Tony Cervone à l'animation, mais Michael Jordan refuse, préférant continuer d'apparaître brièvement dans des publicités plutôt que de s'embarquer à nouveau dans un tournage long et fastidieux. Cependant, le projet n'est pas abandonné pour autant.

 

photoRéunion de crise dans les bureaux de la Warner

 

Le studio cherche d'abord à changer de sport, songeant au NASCAR avec Jeff Gordon, au golf avec Tiger Woods ou au skateboard avec Tony Hawk. Puis, en 2014, une suite est annoncée avec LeBron James, celui qui pourrait peut-être un jour détrôner Michael Jordan en tant que meilleur joueur de tous les temps, déjà double champion NBA avec le Heat de Miami à l'époque, mais le projet traîne. Justin Lin est remplacé par Terence Nance, puis Ryan Coogler rejoint le film en tant que producteur. Finalement, en 2019, une sortie est calée pour juillet 2021 et en avril 2020, LeBron James officialise Space Jam 2 sur les réseaux sociaux et dévoile le titre : Space Jam : Nouvelle ère.

Les quelques images qui ont été montrées pour l'instant montrent que Warner Bros. a encore mis les petits plats dans les grands, avec des effets spéciaux qui ont l'air assez fous et une animation en 3D pour les Looney Tunes. En revanche, si Bugs Bunny reste Bugs Bunny, LeBron James a peut-être un niveau comparable ou supérieur à celui de Michael Jordan, mais ne possède pas la même aura et la même notoriété.

 

photoVas-y, on lui passe jamais la balle à lui

 

Space Jam a cette saveur particulière parce qu'il cristallise tout un pan de la culture populaire en réunissant le lapin le plus cool de l'Histoire à un des plus grands athlètes du XXe siècle dans une publicité géante faite au bon moment et avec les pires intentions. Sauf que le studio, le réalisateur et les animateurs se sont donné tellement de mal que le film reste une prouesse technique et un pur délice qui sent bon les années 90, la transpiration et les billets verts.

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