Joe Biden président des Etats-Unis : on revient sur les meilleurs films et séries politique

La Rédaction | 20 janvier 2021 - MAJ : 20/01/2021 18:21
La Rédaction | 20 janvier 2021 - MAJ : 20/01/2021 18:21

DeHommes du président à Veep, en passant par The West Wing et Docteur Folamour, la politique est dans tous ses états au cinéma et sur le petit écran.

Alors que les États-Unis ont connu une élection présidentielle historique, aux enjeux majeurs et proprement interminable avec la hargne et l'ego de Donald Trump, Joe Biden a finalement été investi président des Etats-Unis ce 20 janvier 2021. Alors, on s'est dit qu'il était temps de revenir sur les meilleurs films et séries politiques.

Et évidemment, vu le sujet, il était facile de très vite s'embourber dans une liste plus longue que le bras du géant vert. On s'est donc décidé à vous concocter une liste non-exhaustive de films et séries en différentes catégories. Biopic, thriller, long-métrage visionnaire ou satire de l'extrême, on a essayé de passer en revue un maximum de branches du genre politique sur le petit et le grand écran. C'est parti !

PS : Il manque évidemment une ribambelle de films, des plus mineurs à quelques majeurs, mais il fallait faire des choix et on a parfois préféré privilégier quelques perles rares ou plus méconnues. N'hésitez pas à rajouter certains des vôtres dans les commentaires.

 

Photo Kevin SpaceyKevin Spacey, pas content qu'on l'ait relégué au second plan

 

la politique idéaliste

C'est quoi : La vie à la Maison-Blanche sous le président démocrate Bartlet, épaulé par une équipe de passionnés, tourmentés par leurs failles professionnelles et personnelles, et tous embarqués dans les régulières tornades de l'Amérique et du monde.

Pourquoi c'est bien : Parce que c'est le récit politique ultime pour tous ceux qui croient encore à la politique, et l'humain, au fond. Plonger dans À la Maison-Blanche, ou The West Wing en version originale, c'est être emporté dans un tourbillon romanesque, composé à la fois de grands (des élections, des scandales, les armes à feu, le terrorisme, la guerre, les tensions internationales) et petits mouvements (les doutes, les déceptions, les échecs et joies intimes). En résulte une écriture ample, particulièrement riche, et un équilibre magique entre l'Histoire et l'histoire, le rire et les larmes.

C'est aussi la grande oeuvre de son créateur Aaron Sorkin, chef d'orchestre qui a quitté la série après 4 saisons - son collaborateur John Wells a pris le relais. À l'époque, il avait déjà abordé la politique avec le scénario des films Des hommes d'honneur et Le Président et Miss Wade, entre humour satirique et émotion candide. Mais dans À la Maison-Blanche, il a réuni les deux pour un feu d'artifice renversant, qui illustre à merveille son regard optimiste, lumineux et parfois candide, sur les gens - qu'ils soient en haut ou en bas de la pyramide du pouvoir. Comme The Newsroom, Studio 60 on the Sunset Strip, ou encore Le Stratège, c'est une belle profession de foi en l'humanité.

 

Photo Martin SheenLe président de mon coeur

 

Impossible de ne pas s'attarder sur les rouages de cette machinerie impeccable : les acteurs. Ils sont les joyaux de la couronne À la Maison-Blanche, brillant tous d'un éclat particulier. Martin Sheen est un monstre de charisme doux dans la peau du président américain ; Bradley Whitford, Rob Lowe et Richard Schiff sont irrésistibles en petites boules de nerf à fleur de peau ; Allison Janney est un missile atomique de drôlerie ; John Spencer est un bloc de charisme ; et difficile de ne pas avoir envie de citer également Janel Moloney, Joshua Malina, Stockard Channing, et la nuée de visages connus qui sont passés par là (Elisabeth Moss, Mary-Louise Parker, Jimmy Smits, Lily Tomlin, Kristin Chenoweth...).

À la Maison-Blanche, c'est 7 saisons et 155 épisodes, et c'est beau, drôle, tragique, palpitant, spectaculaire et tendre. Incontournable donc.

Dans le même genre : Monsieur Smith au Sénat de Frank Capra, grand cinéaste de l'humain, qui parlait avec douceur, candeur et optimisme de la politique.

 

PhotoAmour éternel sur vous tous

 

LA POLITIQUE BIOPIC : VICE

C'est quoi : Le biopic de Dick Cheney, vice-président de George W. Bush entre 2001 et 2008 officiellement, vrai meneur de la première puissance mondiale en coulisses ? 

Pourquoi c'est bien : Le biopic est sans doute le genre le plus facile pour mettre en avant le sujet de la politique. En se concentrant sur une figure éminente d'Abraham Lincoln à Winston Churchill, en passant par Richard Nixon, Adolf Hitler, Malcolm X, Nelson Mandela ou Margaret Thatcher, les longs-métrages peuvent ainsi déployer un propos souvent pertinent sur le monde. Car si c'est le moyen de s'ancrer, souvent, dans l'intimité de ces leaders politiques (régulièrement des chefs d'État), c'est surtout une manière de dénoncer leurs actions, de les louer ou de faire un zoom sur une période précise de l'histoire.

Récemment, le Vice d'Adam McKay est sûrement le biopic politique qui a fait la plus forte impression. Il proposait un retour riche et passionnant sur la politique américaine menée par le vice-président Dick Cheney (durant les mandats Bush et bien avant) et l'influence qu'elle a eue sur le monde entier et surtout les institutions américaines.

 

photo, Sam RockwellPiétiner l'Amérique

 

S'éloignant des narrations classiques du genre, souvent lourdes et pompeuses, le film repose sur un montage féroce et imaginatif accompagné d'un propos piquant et d'un humour noir cinglant clairement dans la lignée de The Big Short : Le casse du siècleDe quoi permettre aux spectateurs de mieux comprendre les rouages de cette administration tout en se plongeant dans un pur divertissement aussi fascinant que terrifiant. Et puis, qui dit biopic dit souvent performance d'acteur impressionnante : ici un Christian Bale métamorphosé.

Dans le genre : Comme il est impossible de les lister en quelques lignes, en voici quelques-uns dans des formules un peu différentes : pour un biopic très classique, mais parfait Lincolnpour un biopic concentré sur un événement en particulier Les Heures sombres ou Frost / Nixon, l'heure de véritépour un biopic plus délirant Il Divoplus satirique W. - L'Improbable président et plus intime (mais tout de même très politique) l'excellent Jackie de Pablo Larraín sur Jackie Kennedy.

 

photo, Christian BaleOui c'est Christian Bale

 

LA POLITIQUE EN COULISSES : DES HOMMES D'INFLUENCE

C'est quoi : Un spécialiste de la communication politique embauche un producteur hollywoodien pour l’aider à étouffer un scandale sexuel qui pourrait pulvériser la présidence des USA. Ensemble, ils vont créer de toutes pièces une guerre imaginaire pour occuper les médias. 

Pourquoi c'est bien : Avec cette satire volontiers outrancière, Barry Levinson a visé juste. Quand il réalise le film en 1997, il est parti pour moquer avec virulence les élites politiques et médiatiques américaines, alors engluées dans le spectaculaire scandale Clinton, dont les turpitudes secouent les USA. On est alors bien loin des polémiques qui émailleront l’Amérique de Trump et son concept de post-vérité, et pourtant, c’est précisément ce qu’explore le récit.  

 

photo, Anne Heche, Dustin Hoffman, Robert De NiroSacré trio

 

À quoi croyons-nous ? Pourquoi voulons-nous le croire ? Et le politique doit-il dire le réel, le façonner pour qu’il corresponde à ce qu’il estime ses intérêts ? Sans jouer à aucun moment les donneurs de leçons, le cinéaste explore ces questionnements en suivant le développement d’une situation surréaliste. Alors qu’un communicant gère une énième manipulation, et qu’un créateur se prend au jeu du récit, c’est bien plus que notre rapport à l’éthique ou à la déontologie qui est interrogé.

Gérer la vie de la cité, c'est lui donner forme, et on n'abuse pas de ce pouvoir sans courir le risque de la ruine. C'est ce que découvrira le personnage de Dustin Hoffman, qui comprendra, bien trop tard et sous les yeux de Robert De Niro, que la guerre qu'il a inventée est sur le point de le rattraper, et de contaminer le réel. 

Dans le même genre : S'il n'y est pas question d'une fable aussi délirante qu'une fausse guerre inventée pour duper les médias, le film L'Exercice de l'État est probablement à ce jour la plongée la plus fascinante dans les coulisses d'un pouvoir qui passe son temps à (se) manipuler pour survivre.

 

photo, Dustin Hoffman, Kirsten DunstL'actrice, le producteur et la plus grosse fake news de tous les temps

 

la politique satire de l'extrême : Veep

C'est quoi : L'histoire délirante de Selina Meyer, la pire vice-présidente du monde, qui rêve de gloire, de succès, de prestige, et méprise profondément la politique, les électeurs, et l'humanité en fait.

Pourquoi c'est bien : C'est sans aucun doute l'une des satires les plus méchantes, radicales, noires et nihilistes sur le monde pourri de la politique. Si vous craignez de ne plus pouvoir rire de tout avant que la dictature du politiquement correct n'étouffe votre descendance, Veep est là pour rassurer, et vous rappeler que tout va bien. Il est encore possible d'avoir des bombes de cruauté diabolique, qui se moquent des puissants, et sans provoquer ni scandale ni censure.

Créée par Armando Iannucci, menée par un moteur comique nucléaire nommé Julia Louis-Dreyfus, Veep est une merveille, qui déborde de personnages, de dialogues, de situations tous plus horribles et hilarants les uns que les autres. Rarement une satire aura été aussi loin, sans aucune peur, sans aucun filet de sécurité, autour d'un personnage si odieux, qui jetterait sous un bus sa fille, ses larbins ou un électeur. À côté, Le Diable s'habille en Prada c'est un Disney de Noël.

 

PhotoUne équipe de winners

 

En 7 saisons et 65 épisodes, Veep aura autopsié et piétiné l'Amérique, la sacro-sainte démocratie, et l'exercice du pouvoir avec une violence réjouissante. Personne n'en réchappe, et tout le monde est aussi pourri que son prochain. Ce cirque est visiblement à peine exagéré puisque la série avait mis en scène une élection aussi chaotique que celle de Trump-Biden en 2020 : dans la saison 5, Selina Meyer n'accepte pas les résultats des élections et demande un recomptage des voix dans le Nevada... avant de demander de tout stopper en voyant que ça avantage son adversaire. "Vous allez annuler ce recomptage comme la Bat mitzvah d'Anne Frank" : une réplique géniale parmi une tonne d'autres.

C'est d'autant plus fabuleux que Veep coupe l'herbe sous les pieds des potentiels détracteurs, avec ce personnage féminin affreux, qui se révèle démocrate (le mystère a longtemps été maintenu, preuve que cette mauvaise blague de la politique n'a finalement aucune couleur de parti).

Dans le même genre : Beaucoup moins corrosifs et fous, les comédies Moi, député et Irresistible, s'y essayent avec plus ou moins d'efficacité. Et dans sa saison 4, la série Parks and Recreation prend un malin plaisir à raconter le cirque des élections municipales de Pawnee. Et puis, comment ne pas citer l'incroyable Le Dictateur de Charlie Chaplin.

 

Julia Louis-DreyfusVice de la présidence

 

LA POLITIQUE DRÔLE : BULWORTH

C'est quoi : Le sénateur américain Jay Bulworth ne croit plus en la politique et décide alors d'engager un tueur à gages pour le supprimer et ainsi faire toucher une assurance vie mirobolante à sa fille. Mais lorsqu'il reprend goût à la vie en abandonnant la langue de bois et gagne en popularité, il doit alors tout faire pour stopper le contrat.

Pourquoi c'est amusant : Mettre Bulworth dans cette catégorie étonnera sûrement plus d'un spectateur ayant vu le long-métrage et connaissant donc sa fin plus dramatique que comique. Pour autant, en dépit de ses séquences un peu dépressives et de la grande mélancolie qui jalonne son récit, Bulworth réalisé et porté par Warren Beatty lui-même, repose avant tout sur de nombreuses scènes jubilatoires et un tempo comique omniprésent.

Ainsi, voir Warren Beatty jouer au rappeur, de manière totalement ridicule, sur un plateau de télé, en plein débat sénatorial ou durant un dîner caritatif est tout bonnement fascinant. Entre barre de rire et gênance x1000, ce ton délirant et décomplexé permet surtout au long-métrage (et donc à Beatty) de livrer un propos culotté sur la sphère politique. Il fait alors de Bulworth une farce engagée consciente de ses propres faiblesses, mais surtout de la grande hypocrisie du monde politique.

Dans le même genre : In the loopLa Mort de StalineQuai d'Orsayvoire L'Arrivisteet puis toutes les satires juste au-dessus. C'est peut-être aussi ici qu'on va citer Bienvenue Mister Chance de Hal Hasby, avec Peter Sellers.

 

Photo Warren BeattyJay Bulworth, politique sans langue de bois et rappeur

 

la politique thriller : À cause d'un assassinat

C'est quoi : Persuadé que l'assassinat d'un candidat démocrate aux élections présidentielles cache quelque chose, un journaliste commence à enquêter, et découvre un vaste complot.

Pourquoi c'est bien : Juste avant Les Hommes du président, il y avait À cause d'un assassinat. Pas aussi réputé dans la riche filmographie d'Alan J. Pakula, ce thriller mené par Warren Beatty est pourtant un petit bijou de paranoïa et angoisse politique, qui va très loin dans le genre. Organisation secrète, assassins politiques, manipulations à grande échelle de la population, retournement des failles contre le système... tout ce qui constitue le genre au point d'être devenu depuis un cliché recyclé dans X-Files, est réuni ici en un film éprouvant, diabolique et noir.

À mesure que ce fringant héros enquête sur l'Amérique, c'est l'édifice entier d'un pays qui s'effondre, pour révéler le visage monstrueux qui mène sa danse avec le diable. Une fois qu'on a osé ouvrir les yeux, il n'y a plus aucune échappatoire, aucune issue, aucun espoir. The Parallax View (un titre original plus à-propos) est d'une violence sourde et radicale, et se termine sur une note désespérée, qui en fait un point d'orgue du thriller politique parano des années 70.

Et impossible de ne pas mentionner la superbe musique de Michael Small, très grand compositeur un peu oublié, qui a offert quelques uns des plus grands thèmes de films des années 70, avec notamment Klute et Marathon Man.

 

photo, Warren BeattyLa paranoïa made in 70s

 

Dans le même genre : Un Crime dans la tête, qui a donné un film de John Frankenheimer avec Frank Sinatra en 1962, puis un autre de Jonathan Demme avec Denzel Washington et Meryl Streep en 2004. Une référence dans le genre politico-parano-tordu, avec l'histoire d'un héros de guerre transformé en agent dormant après un lavage de cerveau orchestré par l'ennemi. Ou comment mettre en scène de manière diabolique la peur d'un ennemi très intime (le maccarthysme est passé par là), avec une frontière plus que fragile entre deux mirages - le héros et le vilain. Autant dire que les scénaristes de Homeland ont dû voir ce film.

La version américaine de House of Cards a fini par devenir encore plus abracadabrantesque que ça avec le couple Underwood, tombé de plus en plus dans les mauvaises combines politiques, jusqu'à un final bien raté. Mais entre la série Netflix chapeautée par David Fincher et l'originale en Angleterre, avec Ian Richardson, il y a là l'un des thrillers politiques les plus populaires de ces dernières années.

Côté France, il y a la récente série Canal+ Les Sauvages, qui tourne autour de la tentative d'assasinat d'un candidat aux présidentielles, avec de sombres histoires de manipulations, machinations et paranoïa très ancrée dans la réalité.

 

photo, Paula Prentiss, Warren BeattyWarren Beatty et Paula Prentiss

 

la politique loin des states : Borgen, une femme au pouvoir

C'est quoi : Comment Birgitte Nyborg, chef du Parti centriste au Danemark, se retrouve contre toute attente Première ministre. Et affronte les questions inévitables sur l'exercice du pouvoir, et ses limites.

Pourquoi c'est bien : Ni thriller pur et dur, ni mélodrame bête et doux, Borgen s'est placée comme l'une des séries politiques les plus fines et sobres de ces dernières années. Et ça ne tient finalement qu'à une chose : le personnage de Birgitte, interprétée par l'excellente Sidse Babett Knudsen. C'est avec elle que la série avance, tremble, tombe, se relève, s'interroge. C'est elle qui porte toutes les questions relatives au pouvoir, sa manière de sublimer puis consumer les esprits, même les plus nobles. Entre vie professionnelle et vie personnelle, entre chef du gouvernement et mère de famille, entre illusions et machinations, Birgitte est l'un des plus beaux personnages de la sphère de fiction politique.

Et sans atteindre la virtuosité narrative de Sur écoute (The Wire), Borgen s'attarde également sur les autres facettes de la politique, c'est-à-dire les médias. De quoi énormément enrichir les intrigues, et le point de vue sur ce monde.

 

photo, Sidse Babett KnudsenLa magnifique Sidse Babett Knudsen

 

Créée par Adam Price, la série danoise a été lancée au Danemark en 2010, avant de vite gagner en popularité à travers le monde, notamment via Arte en France. Diffusée dans le monde entier, Borgen a lancé la carrière internationale de Sidse Babett Knudsen, vue depuis en France (César du meilleur second rôle pour L'Hermine) et aux États-Unis (Westworld, Inferno). Et rien que pour ça, on dit merci.

À noter que Borgen, terminée en 2013 après 3 saisons, reviendra en 2022 pour une saison 4 sur Netflix.

Dans le même genre : En France, il y a eu Anna Mouglalis dans Baron Noir. Et même si c'était aux États-Unis, difficile de ne pas penser à des présidentes marquantes comme Geena Davis dans Commander in chiefSigourney Weaver dans Political Animals, Elizabeth Marvel dans Homeland et la formidable Cherry Jones dans 24 heures chrono, pour un rôle particulièrement complexe et passionnant.

Et plus loin que les States et le reste, il y a l'impériale Laura Roslin de Battlestar Galactica, interprétée par la magnifique Mary McDonnell. Une présidente choisie malgré elle dans le chaos, et qui aura traversé des épreuves personnelles, mystiques, galactiques mais également purement politiques, avec notamment la tentation de fausser les résultats des élections pour la bonne cause.

 

photo, Sidse Babett KnudsenAnges et démons

 

LA POLITIQUE ENQUÊTE : LES HOMMES DU PRÉSIDENT

C'est quoi : L'enquête vertigineuse de deux journalistes qui vont faire imploser la présidence Nixon, en dévoilant le scandale du Watergate

Pourquoi c'est bien : C’est parfois par un biais détourné qu’on aborde le plus frontalement le politique, comme en témoigne le chef-d’oeuvre d’Alan J. Pakula. En livrant un thriller d’une rigueur exceptionnelle sur les faits qui aboutiront au scandale du Watergate, il capture sans le savoir deux mouvements fondamentaux de l’Histoire américaine. C’est dans ce récit que gît la matrice du scandale qui a soudain pulvérisé la confiance d’une partie du peuple américain dans ses élites, et comment ces dernières ont travaillé à se protéger du pouvoir médiatique et judiciaire. 

Le sacrifice de Nixon, passé de champion républicain à emblème vivant de l’infamie, fut longtemps le repoussoir ultime pour tout politicien américain. La tentation de le renvoyer à l’oubli, et de limiter la capacité des juges et des journalistes à rendre compte des secrets du politique, aura été patiemment combattue pendant plusieurs décennies, jusqu’à ce que magistrat et reporter soient cornérisés. 

 

photo, Dustin Hoffman, Robert RedfordLa classe à l'Américaine

 

Deux oppositions qui semblent aujourd’hui comme vaporisées, emportées dans l’idée de la post-vérité, alors que la classe politique américaine paraît avoir réussi à totalement démonétiser le concept même de journalisme. Une situation qui rend le visionnage des Hommes du Président d’autant plus étonnant et crucial. En nous immergeant aux côtés de deux types menant avec rigueur une investigation, le film prend le pouls de notre rapport à l’action, et à la responsabilité. Comment le politique peut-il être comptable de ses actes ? Agir et révéler ce qui git dans l’ombre, c’est peut-être le premier geste démocratique, comme le rappellent avec éclat Robert Redford et Dustin Hoffman. 

Dans le même genre : Alors qu'on ne l'attendait pas du côté de la fable politique, quand Ron Howard décrypte le duel au coeur de Frost / Nixon, l'heure de vérité, il livre une formidable réflexion sur la question du journalisme et son positionnement au sein de la Cité.

 

photo, Dustin Hoffman, Robert RedfordUn duo iconique, qui a inspiré Fincher avec Zodiac

 

LA POLITIQUE EN CAMPAGNE ÉLECTORALE : BARON NOIR

C'est quoi : Une campagne présidentielle à l’issue incertaine devient l’occasion pour un politicien de l’ombre de devenir le faiseur de roi. 

Pourquoi c'est bien : On dit parfois que les qualités nécessaires pour remporter la victoire en politique sont précisément les défauts qui empêchent de la conserver. Ce dicton illustre à merveille combien Baron Noir dépeint avec efficacité les mécaniques d’atomisation et d’agencement du chaos qui président à la conquête du pouvoir. Si nous élisons des hommes et des femmes pour régler les crises qui s’abattent sur nous, n’ont-ils pas intérêt à entretenir ces crises jusqu’à devenir indispensables ? 

En focalisant son récit sur le billard à trois bandes qui constitue la base de toute stratégie politique, la création originale Canal+ scrute précisément cet instant, cette bascule, où la réflexion, l’idéologie, laisse place au calcul froid et à l’ambition personnelle. Alors que Kad Merad, Anna Mouglalis et Niels Arestrup s’affrontent à fleuret moucheté, au-delà des magouilles institutionnelles, on se surprend à se demander dans quel état l’État laisse les hommes (et femmes) d’État. Et quand se profile enfin la réussite, le succès, ou la chute, que reste-t-il aux humains qui ont lancé leurs dernières forces dans cette bataille sans cesse renouvelée ? 

Dans le même genre : L'EnjeuQue le meilleur l'emporte et Votez McKay vous redonneront peut-être un peu le sourire, avant que le célèbre documentaire 1974, une partie de campagne ne vous glace gentiment le sang. Et puis, sinon il y a George Clooney dans Les Marches du pouvoir et Nathalie Baye dans Les Hommes de l'ombre.

 

Photo Kad MeradKad, prêt à bourrer les urnes

 

LE POLITIQUE EN CRISE : DR FOLAMOUR / POINT LIMITE

C'est quoi : L'histoire d'une réunion de crise en pleine guerre froide lorsque des avions américains armés de bombes nucléaires sont envoyés vers Moscou par erreur.

Pourquoi c'est immanquable : On aurait pu choisir entre Docteur Folamour de Stanley Kubrick et Point Limite  de Sidney Lumet, mais les deux films prenant le même point de départ tout en en faisant des films ultra-différents, on s'est décidé à ne pas les séparer. D'autant plus d'ailleurs qu'ils sont intrinsèquement liés.

En effet, alors que Sidney Lumet venait d'achever le tournage de son film, Stanley Kubrick commençait Dr. Folamour dont le scénario était sensiblement le même, à cela près que le sien avait un regard cynique sur l'événement. Le réalisateur de 2001 : l'odyssée de l'espacedécidé à ne pas laisser le film de Lumet éclipser le sien, l'a attaqué en justice pour faire pression. Il réussira à faire craquer la production de Point Limite, qui sera donc racheté par Columbia (aussi derrière le film de Kubrick) et repoussera alors la sortie du film de Lumet, huit mois après celui de Kubrick.

 

photoUne réunion de crise en roue libre

 

Si l'on passe cette affaire en coulisses, les deux films dépeignent avec virtuosité une situation de crise politique. D'un côté, il y a donc le point de vue cynique, empli d'humour noir, de Docteur Folamour. À travers ses personnages burlesques (incroyable Peter Sellers en triple) et ses situations comiques, il se moque des politiques, de la guerre américano-russe, de l'armée, de ses chefs et donc par extension de leur chef : le président des États-Unis. Le moyen de poser un regard tragi-comique sur une situation terrifiante, tout en développant une critique féroce d'un pouvoir politique dénigrant l'humanité tout entière.

De l'autre côté, Sidney Lumet décide, au contraire, de raconter une possible réalité (surtout à l'époque) au premier degré. Le moyen de faire de cette crise politique un sujet ô combien anxiogène, angoissant et étouffant. En décidant d'enfermer ses personnages et son président Henry Fonda dans des cadres resserrés et un silence désarçonnant (aucune musique), Point Limite offre une vision glaçante de la guerre froide en décrivant deux forces militaires (URSS et USA) surpassées par leur propre création. Leur incapacité à la contrôler pourra amener, dans le pire des cas, à l'extinction définitive de l'espèce humaine (et ça, ce n'est pas seulement de la fiction), Le geste terriblement audacieux de Lumet avec son grand final horrifiant et sinistre est d'ailleurs une claque dont vous n'êtes pas près de vous remettre.

Dans le même genre : Le Président de Henri Verneuil au coeur d'une crise ministérielle, ou Tempête à Washington d'Otto Preminger mettant en scène un président américain malade, à la recherche d'un homme politique crédible et honnête pour poursuivre sa politique étrangère.

 

Photo Larry Hagman, Henry FondaHenry Fonda, président inquiet qui prendra ses responsabilités jusqu'au bout

 

LA POLITIQUE TRUMP AVANT L'HEURE : BOB ROBERTS

C'est quoi : L'histoire de Bob Roberts, un businessman milliardaire, chanteur de country et aficionado de golf, sans expérience politique qui se lance dans la course au Sénat, avec ses idées bien à lui.

Pourquoi c'est visionnaire : Bob Roberts réalisé et joué par Tim Robbins est sorti en 1992 et pourtant, difficile pour chacun d'entre nous de ne pas penser à un certain Donald Trump devant son pitch. Car oui, si avec son mockumentaire (ou documenteur), Tim Robbins a toujours expliqué viser le système en lui-même plutôt qu'une figure politique en particulier, la fiction a été rattrapée par la réalité.

Ainsi, comment ne pas mettre en parallèle le personnage de Bob Roberts avec celui du président Donald Trump. Tous les deux sont milliardaires, tous deux ont un parcours politique déviant, tous deux agissent sur des coups de tête, tous deux attisent la division, tous deux arguent les médias, tous deux tiennent des propos xénophobes et racistes... et la liste pourrait être encore très longue.

 

Photo Tim RobbinsSacré Bob Roberts, si on avait su que tu deviendrais réalité...

 

Ce qui est le plus marquant tient d'ailleurs peut-être au coeur même du tube folk de Bob Roberts, Retake America, dont la ressemblance avec le fameux slogan Make America Great Again de Trump est plus que troublante. Bref, Bob Roberts est une fiction dont les moqueries sur l'Amérique de l'époque sont devenues une triste réalité plus de vingt ans après.

Et si ce n'est sans doute pas un grand film à proprement parler, sa puissance évocatrice en fait aujourd'hui une oeuvre drôlement prophétique dont la lucidité sur l'avenir possible d'une nation malade force le respect. Et puis, vous ne refuserez pas un peu d'Alan Rickman en conseiller lobbyiste.

Dans le même genre : Idiocracy ou l'avènement d'une Amérique populiste et d'un guignol à sa tête ; Un Homme dans la foule d'Elia KazanDead Zone à travers le personnage de Gregg Stillson et puis, évidemment Veep et son incontournable Jonah Ryan

 

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commentaires
Brady
20/01/2021 à 21:24

On peut ajouter la série "Tanner 88" de Robert Altman et sa suite quinze ans plus tard. :)

menemen
20/01/2021 à 19:23

Quand je pense que Vice a été boudé par les critiques américaines pensant que c'était un film pro républicain...

Francis Bacon
10/11/2020 à 06:48

"Alice et le maire" est un film très intéressant aussi sur la politique ni satire facile ni foi profonde en la politique et ses hommes et femmes

Geoffrey Crété - Rédaction
09/11/2020 à 11:29

@tous

Oui, il en manquerait plein si on avait eu la folie de prétendre être exhaustif ;)
Ce n'est pas du tout le cas, comme on le signale d'emblée : ce n'est qu'un humble choix, et on trouve inévitable et très bien que chacun rajoute ses titres (sachant que beaucoup avaient été écartés lors des sélections, pour des raisons de place, vu que l'article est déjà très long)

ni3o
09/11/2020 à 11:03

je sais que vous pouvez pas toute les mettre mais "Show Me a Hero" me semble un gros oubli quand même

Willpinner
09/11/2020 à 11:01

Je voudrais ajouter à cette très belle liste Second Civil War, le téléfilm HBO de Joe Dante avec un casting excellent que j'ai revu samedi soir pour "fêter ça" et dont je ne me souvenais pas à quel point il est terriblement actuel, donc plutôt visionnaire.

alulu
08/11/2020 à 17:50

Il y a aussi la série The Brink avec Jack Black et Tim Robbins, annulée par HBO et c'est dommage parce que c'était vraiment drôle.

Matrix R
08/11/2020 à 16:52

Pour les films biopic, nixon vs frost. Ou w l'improbable président

Azerty
08/11/2020 à 14:04

Les coulisses du pouvoir , un bon Sidney Lumet peut aussi être cité...

Geoffrey Crété - Rédaction
08/11/2020 à 13:30

@FredDoBrasil

Merci, l'équipe y a mis pas mal de passion et énergie !
Et tout à fait, comme annoncé d'emblée dans l'intro, impossible de citer tous les films sur un sujet qui a tant inspiré.

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