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Tremors : la géniale série B devenue culte sur le tard avec Kevin Bacon

Par Mathieu Jaborska
10 octobre 2020
MAJ : 21 mai 2024
Tremors : Affiche officielle

Avant que les vers géants de Dune ne reviennent sur les écrans, on ausculte les petits formats prédisposés à la série B : les féroces Graboids de Tremors de Ron Underwood et avec Kevin Bacon.

 

photo, I Fred Ward, Kevin Bacon, Finn CarterSpoiler : Kevin Bacon ne se fait pas charcuter

 

underground resistance

« Tout a commencé avec mes amis Brent Maddock et Steven Wilson, il y a un certain nombre d’années. […] Nous voulions faire un film ensemble. Nous faisions des films pédagogiques. Et Steve a eu cette idée farfelue, qu’il a appelée ‘Les requins de la terre’ »

À la fin des années 1980, le souvenir des Dents de la mer hante encore beaucoup d’artistes et de cinéphiles. Pourtant, entre-temps, la formule spielbergienne a été détournée à toutes les sauces, d’abord en changeant d’animal marin (Orca, Piranhas, Tentacules), puis en changeant d’animal tout court (Razorback, Anaconda, le prédateur). Mais l’idée derrière Tremors, telle que la décrit son réalisateur au début du premier making-of consacré au film, est bien d’adapter un squale à la terre ferme, bien avant que The Asylum et consorts ne sortent leurs soporifiques Sand Sharks et autres Ice Sharks.

 

PhotoÇa, mais sous terre

 

Selon le Steve en question, promu scénariste, son inspiration vient surtout de son emploi dans la Navy, pour laquelle il montait des films. « Je faisais ça au beau milieu du désert en Californie, où ils ont une base, où ils testent des choses. Et pendant les week-ends, je partais et je me promenais dans la zone, quand ils ne tiraient pas dessus. Et j'ai grimpé sur de la roche un jour, j’étais assis sur un rocher, et j’ai noté sur un bout de papier : ‘et s’il y avait quelque chose dans le sol, et que je ne pouvais pas quitter ce rocher’. » Une partie de chat perché bien vénère en gros, idée bien visible dans le produit fini.

En 1986, le duo écrit Short Circuit, film de science-fiction sous énorme influence Amblin réalisé par John Badham. Le long-métrage pour enfant fonctionne plutôt bien, et on autorise les deux compères à poursuivre quelques-uns de leurs projets. Parmi eux, une curiosité avec un titre provisoire on ne peut plus simple : Land Shark. Universal l'achète et alloue un petit budget au duo : 11 millions de dollars.

 

photo, Kevin Bacon, Tony Genaro, I Fred WardTremors : le saut dans le vide

 

Forcément, vu les moyens, il faut ruser, et les effets spéciaux du film ont été primordiaux. Le design des Graboids est passé par plusieurs étapes. Dans un premier temps, il était question d’une peau très sèche, mais le rendu n’était pas satisfaisant. Une carapace a également été envisagée, pratique pour se déplacer sous terre. Les monstres se seraient ainsi révélés une fois la tête hors du sol. Mais la potentielle ressemblance avec un phallus a rendu cette idée caduque. Enfin, les bestiaux auraient pu imiter le son de leurs victimes, une faculté à même de piéger d’autres humains trop près du sable.

Certains acteurs contactés ne voient pas ce scénario qui leur parvient d’un bon œil. Il faut dire que cette comédie d’horreur un peu stupide devait naviguer, à la lecture du pitch, à la frontière du B et du Z. À l’époque, Kevin Bacon n’est déjà plus le second couteau stupide qui se fait égorger dans une des meilleures scènes du premier Vendredi 13. L’acteur est passé par Diner et surtout le carton Footloose, une comédie musicale rock typique des années 1980. Quand il reçoit le script d’une série B rigolarde, il est sceptique. Dans le documentaire tout neuf Making perfection, il explique que lorsque son agent l’appelle pour cette histoire de vers souterrains, il se dit « Oh mon dieu, ma carrière part aux toilettes. » Il est difficile de se faire un nom après un succès très éphémère, et le comédien a légitimement peur de cette production vaseuse. Mais son choix sera le bon. Fred Ward, de son côté, accepte très rapidement. Le duo que ces deux très bons acteurs forment est une des grandes forces du film.

 

photo, Kevin Bacon, Reba McEntire, Finn Carter, Michael Gross, I Fred WardUne ville soudée qui dessoude

 

En vers et contre tous

Le tournage est également loin d’être une partie de plaisir. Malheureusement, les effets retenus ne marchent pas toujours, au grand désespoir du réalisateur. Quelques séquences ont été d’ailleurs écourtées, notamment la scène où la voiture s’enfonce dans le sol. Underwood est tout de même satisfait d’une partie des éléments spectaculaires du film, notamment le passage où un marteau piqueur se fait emporter par un Graboid blessé. Il peut compter sur le talent d’artistes essentiels, dont le grand Tom Woodruff Jr, alors tout juste sorti d'Aliens, le retour. Lui et son équipe d’Amalgamated s’inspirent de vrais animaux pour donner de la crédibilité à leur contribution.

Tout ce petit monde filme en Californie, à Lone Pine, en plein été. Boostée par les projecteurs et autres appareils, la chaleur est très gênante, au point que certaines scènes sont tournées de nuit pour permettre à l’équipe de survivre.

 

photoTrop chaud pour travailler

 

Plus pesant encore que la température : la production, qui s’avère très vite allergique au ton détendu du film. À l’origine, il n’était pas question de montrer la créature si tôt, pour miser sur le suspens et mieux surprendre le spectateur. Mais désireux d’identifier son produit comme un film de monstre, Universal demande au cinéaste d’ajouter deux scènes d’attaque au début.

Au niveau de la musique, rebelote. Initialement, seul le score de Ernest Troost, à la limite de la country, était prévu. Mais ses tonalités très "far west tranquille" ne plaisent pas à la firme, qui commande une bande-originale d’ambiance à Robert Folk, à ce moment extrêmement actif. Dans le produit final, les deux approches se côtoient, symbolisant à merveille la dichotomie qui a fait le succès de Tremors.

 

photo, Michael GrossEt c'est seulement au repos...

 

Le bras de fer avec ce collaborateur envahissant se poursuit jusque dans la distribution. Lors de son passage devant la MPAA (le comité responsable de la ratification des films aux États-Unis), le long-métrage écope d’un R (Interdit aux moins de 17 ans non accompagnés). Mais ce n’est pas la violence et les tripes aux couleurs d'Ecran Large pleuvant tout au long de l’intrigue qui les inquiète. Le problème, c’est les dialogues régulièrement ponctués de gros mots, horreur suprême. Plusieurs scènes sont alors redoublées pour atténuer la vulgarité des échanges du duo principal.

Enfin, la question de l’affiche est également longtemps débattue. Universal conçoit une illustration montrant le graboid dans son intégralité. Mais les responsables de Stampede (la boite de production) supplient son distributeur de laisser la surprise au spectateur. Cette fois-ci, c’est une victoire : l’affiche retenue est désormais célèbre, principalement parce qu’elle fait beaucoup penser aux Dents de la mer.

 

Affiche officielleUn air de famille

 

Less is tremors

Et c’est la grande qualité de cette série B, qui est désormais vue comme une des meilleures représentantes de la vague post-Jaws. En assumant au plan près (les plans au ras du sol poursuivant les personnages sont légion) de pasticher Spielberg, Tremors cumule un capital sympathie redoutable. La mise en scène, parfois très inspirée quand elle tire profit de  son décor désertique, participe à donner à la production un cachet relativement unique, qui justifie largement le culte qu’elle génère.

C’est bien en prenant à la légère à peu près tous les archétypes du cinéma d’épouvante de son temps que Tremors se démarque. Ici, les morts sont pleurés environ 4 secondes, la survie consiste à sauter de rocher en rocher avec des perches dans une effervescence très « The floor is lava », et surtout, les bouseux du coin sont tous d’adorables cow-boys ratés avec un humour à toute épreuve et un sens de la punchline épicée.

 

Photo TremorsDeux réactions face à Tremors (on est à droite)

 

La ville de Perfection mérite bien son nom. Tous les habitants sont fort sympathiques, et l’isolement de l’endroit sert plus de cadre atypique que d'encouragement au mépris entre les personnages. Le seul conflit visible dans le film, c’est celui qui oppose les humains aux créatures à leurs trousses. Peu sont les huis clos à ciel ouvert du style à faire preuve d’une telle pureté. D’habitude, il y a toujours un méchant maire cupide qui traine, prêt à tout pour survivre, si possible en enfonçant les autres.

Rien de tout ça dans Tremors, où seule compte la survie d’une communauté attachante, communauté qui aurait d’ailleurs du être dotée d’un personnage supplémentaire (une vieille dame accompagnée d’un chien bruyant). Tout le reste n’est que tour de passe-passe scénaristique, avec un bon climax enchâssé comme on les aime, et quelques effets spéciaux de très bonne facture. Simple, divertissant, un vrai film-doudou en somme, parfait pour les dimanches après-midi pluvieux ou les reconfinements imminents.

 

photo, Kevin BaconUne texture demi-molle...

 

Très vivant

Et le public n’a pas manqué de le faire savoir, puisque les scores en salles du film ne sont pas incroyables, en dépit de – chose très rare pour un film du genre – très bonnes critiques américaines. Il ne rapporte malheureusement que 16,6 millions de dollars sur son territoire d’origine. Mais Tremors est avant tout un véritable hit de vidéo-club comme les années 1990 en ont pondu des tonnes.

C’est pourquoi il s’est très largement remboursé grâce aux ventes vidéo, une deuxième chance impensable aujourd’hui. Tremors fonctionne si bien sur ce support qu’il aura le droit à une suite condamné à s'y limiter en 1996, Tremors 2 - Les dents de la Terre, cette fois-ci réalisée par le scénariste Steven Wilson. Plus tard, en 2001, en pleine émergence du DVD, considéré comme le futur du direct-to-video lucratif, le deuxième scénariste Brent Maddock accouche de Tremors 3 : Back to Perfection. En 2003, la chaine Syfy produit une de ses séries anecdotiques en s’inspirant de l’univers de Tremors. Elle comporte 13 épisodes.

Neuf ans plus tard, la franchise ressuscite une fois de plus sous la houlette d’une branche low-budget d’Universal. Stampede Entertainment, la firme de Wilson et Maddock, n’est plus impliquée. Résultat : deux films complètement fauchés bientôt rejoint par Tremors : Shrieker Island, avec le génial Richard Brake au casting et une sortie prévue pour le 20 octobre aux États-Unis.

 

photo TremorsUn pilote qui ne passe jamais la seconde

 

Malgré tout, la franchise garde ses fans, nostalgiques de ces plaisirs simples inhérents au marché de la VHS. Et rien ne l’empêche de revenir sur le devant de la scène un jour. Si les quelques rumeurs de remake du film sont totalement infondées, une série avec plus de budget a bien été en production sous la houlette de Bacon, déclarant alors ne s’être jamais autant amusé dans son travail que sur le plateau de l’original. Avec Blumhouse et Universal à la manœuvre, un pilote est produit… mais jamais concrétisé.

Désormais, cette piste s’arrête net. Il ne nous reste que nos yeux, et la bande-annonce, pour pleurer. Mais il n’est pas improbable que les premiers graboids se remettent en chasse un de ces jours.

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Commentaires
9 Commentaires
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Opale

Bah culte, oui, tout à fait!!!!!

Ray Peterson

@的时候水电费水电费水电费水电费是的 r
Mais bien sûr!
Mea culpa sur le terme « doubleur ». Et encore plus sur Pascal Renwick.
Juste souligner le fait que le doublage à cette époque était de qualité et que cela m’avait accrocher étant gamin et encore à la revoyure maintenant.

Dae-Soo Ho

Tremors.
Un titre que j’ai vu passer un nombre incalculable de fois, et jamais je ne me suis décidé à le voir.
Mais après avoir lu cet article, ça va sûrement changer.
Merci !

amds films

Un petit bijoux, modeste et ambitieux à la fois 🙂

Mx

l’un des meilleurs monsters-movies, la grande époque, comme razorback, d’ailleurs cela fait au moins deux articles que vous mentionnez ce dernier, un petit dossier « pas si nul que sa », ou un article rétro-vintage sur les films de bêtes agressives serait intéressant!!

r

@Ray Peterson , le comédien et pas « doubleur » c’était Pascal Renwick, hélas décédé en 2006, qui a été la première voix du Terminator, Morpheus dans Matrix, Hans Gruber dans Piège de Crystal, Freddy Krueger dans la série télé et dans Freddy contre Jason, Arès dans le jeu God of war etc… un très très bon comédien, bon vivant et sympathique.

Ray Peterson

Ben rien que pour « Venez voir, j’ai trouvé son trou du cul », ce film vaut son pesant de cacahuètes
.
@Flash, Fred Ward, la classe incarnée. Je l’ai adoré dans « Sans Retour » de Hill et aussi (oui) dans Y a t-il un flic pour sauver Hollywood. Revue dans True Détective je crois. Mais sinon plus rien et quel dommage. J’adorais son doubleur dans le film en vf!

alulu

Le mot culte n’est pas galvaudé, une chouette série B. Un bon dosage entre humour et flippe, des seconds rôles attachants et un duo qui fonctionne à merveille.

Flash

Excellente série B, et puis il y avait Fred Ward qui était une de mes «gueules» favorites dans les années 80. Il aurait fait un impeccable Frank Castle.
D’ailleurs qu’est t’il devenu?