La Maison de cire sur Netflix : le meilleur slasher des années 2000 ?

Mathieu Jaborska | 2 octobre 2020 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Mathieu Jaborska | 2 octobre 2020 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Netflix a ajouté La Maison de cire à son catalogue en ce début octobre, histoire de bien fêter Halloween. Et si on aime les slashers débiles, c'est en effet parfait.

ATTENTION PETITS SPOILERS

 

photo, Elisha CuthbertLe cinéma post-Coronavirus

 

ANTIREMAKE

Qui a dit que les remakes étaient une maladie contemporaine ? La Maison de cire est peu ou prou inspiré de deux longs-métrages cultes chacun de leur côté, pour des raisons différentes. Le premier, Masques de cire, est l’un des derniers films de l’histoire à exploiter le technicolor bichrome, ce qui lui donne un air pastel particulier, malgré son âge avancé (1933, l’année de sortie de King Kong). Le deuxième est un remake très fidèle, interprété par Vincent Price et vendu sur une 3D qu’il s’efforce d’exploiter par tous les moyens possibles, au point d’interpeller directement le spectateur. C’est un pur remake, relativement identique, la surprise en moins.

Il serait donc malvenu de reprocher à cette nouvelle version son statut, d’autant plus qu’à part quelques détails sur lesquels cet article reviendra plus bas, elle diffère totalement de ses prédécesseurs. Dès le début de sa production, rien ne la destinait à bêtement ressusciter une histoire qui avait fait ses preuves dans un Hollywood très différent.

 

photo, Charles BronsonUn plan culte repris dans les deux premiers films

 

Une ambiguïté qui caractérise très bien le positionnement de la société de production Dark Castle, dont on vous parle plus en détail ici. Crée par Joel SilverGilbert Adler et Robert Zemeckis, la maison est une division de Silver Pictures (donc de Warner à l’époque), dont le nom est une référence directe au cinéaste William Castle. Dark Castle avait commencé ses activités en modernisant à sa manière, et avec une certaine idée de la modernité, quelques films du metteur en scène légendaire, à savoir La Maison de l'horreur et 13 fantômes. Ces remakes substituaient son penchant pour la mise en scène gothique et les gimmicks bien de leurs temps (seuls les spectateurs avec des lunettes 3D pouvaient voir les fantômes de 13 fantômes en 1960) à une esthétique si ancrée dans les années 2000 qu’elle a du multiplier par 15 les cas d’épilepsie aux États-Unis.

Après Le Vaisseau de l'Angoisse et Gothika, soit deux projets originaux, la firme choisit donc de revenir aux origines de sa fondation et de récupérer une nouvelle œuvre de Castle. Ça tombe bien : L'Homme au masque de cire (1953) un de ses films les plus célèbres et donc déjà un remake, est encore sous la tutelle de Warner. Il s’agit donc de revigorer cet embryon de franchise, et d’y mettre les moyens.

Ainsi, les producteurs mettent 40 millions de dollars sur la table, soit à peu près autant que pour La Maison de l’horreur, 13 Fantômes et Gothika. La réalisation est confiée à un novice venu de la pub, Jaume Collet-Serra. C’est également la première collaboration de la firme avec les frères Hayes, scénaristes ayant à leur actif une pléthore de téléfilms et de séries (dont un épisode d’Alerte à Malibu). Le technicien le plus expérimenté sur le plateau est sûrement le directeur de la photographie Stephen F. Windon, habitué aux séries B puisqu’il sortait d’Anacondas - À la poursuite de l'orchidée de sang, du Smoking et surtout de l’ultra-fun Peur bleue. Nul doute qu’il a dû, comme c’est souvent le cas dans ce genre de configuration, aiguiller le réalisateur dans ses choix.

 

photoOrange is the new black

 

2000 BRUT

En résulte une sorte d’antidote aux déboires éreintants des deux premiers remakes de Castle. En effet, ceux-ci adaptaient maladroitement leurs modèles et les passaient de force à la moulinette années 2000. L’hybridation visuelle ainsi créée jouait avec les frontières du supportable et surtout de l’incohérent. La Maison de cire assume également une esthétique bien de son époque. Mais en sacrifiant totalement l’intrigue originale, il peut se libérer de ses carcans pour faire respirer son style, bourrin, certes, mais indéniablement généreux.

Tout ce que garde le film de L’Homme au masque de cire (et de l'original de 1933, donc), c’est un concept, et l’horreur qui en découle lorsque la cire fond sous l’effet des flammes, plan naturellement glauque qui revenait également dans le diptyque classique. Outre le mode de meurtre des pauvres protagonistes et le parallèle avec les « masques de mort » posé sur les défunts, très subtil ici, l’incendie est donc bien le seul point commun entre les deux histoires.

 

photo, Elisha Cuthbert, Chad Michael MurrayLe feu fait fondre les coeurs

 

Et son traitement marque bien les différences entre les deux œuvres. Moins enclin à verser dans le polar policier, le film de Collet-Serra préfère reléguer le plus spectaculaire à la fin, et tout faire cramer pendant le climax. Une modification qui symbolise bien le maître mot de cette adaptation sale gosse : l’efficacité.

Qu’importe, donc, que les ados soient ici de profonds débiles qu’on peine à respecter après à peine 2 minutes de métrage ou qu’ils prennent toutes les mauvaises décisions. Leur caractérisation absolument dans les fraises (la jeune fille campée par Paris Hilton se dénude à chaque fois qu’elle apparait à l’écran et ne pense qu’au sexe, au point que ça en devient gênant) participe à l’idée d’un slasher incapable de faire dans la dentelle, et très conscient de ses limites. La première partie du film est une ode aux excès des années 2000, avec une playlist passant de The Prodigy à My Chemical Romance et des dialogues absurdes.

 

photoSpectateur devant les personnages du film

 

Mais quand les choses commencent à s’énerver et que ces crétins unilatéraux se mettent à subir plutôt que nous faire subir, l’ensemble se tient plutôt bien, notamment grâce à une direction artistique qui emprunte le meilleur aux canons d’une époque pourtant bien fournie en fautes de goût. La conception de cette ville-fantôme qui se révèle être entièrement factice, en plus de faire un clin d’œil méta aux plateaux hollywoodiens, permet une gradation dans l’horreur maladroite, mais relativement maîtrisée, tenant autant du slasher hardcore que du redneck movie crado.

Quoi qu’on reproche au film, impossible de ne pas lui reconnaître une exploitation parfaite de son principe, explosant les limites de la suspension d’incrédulité, certes (les frangins antagonistes ont perpétré un véritable génocide si on y pense bien), mais qui comporte son lot de purs moments d’épouvante dont le cinéma d’horreur mainstream nous a rarement bénis. Les effets gores sont notamment particulièrement gratinés, même quand – et c’est une sacrée surprise – ils sont numériques.

On retient par exemple le calvaire du personnage de Wade, le gars sympa du groupe, très inspiré par les délires naissants de torture-porn post-Saw. Le plan où il profite d’une Thalasso de cire chaude supplément aiguille dans la face est d‘une beauté morbide remarquable, et la séquence où un de ses amis lui décolle littéralement la peau du visage, pas choqué par son mutisme douloureux, est un des sommets du film.

 

photoQuadruple face dans le nouveau Batman

 

L’atmosphère poisseuse qui se dégage du long-métrage culmine dans ce final très réussi, une véritable vision d’horreur, qui pousse le principe au point du fusion, au sens propre. Collet-Serra et ses scénaristes ne se contentent pas de faire fondre les mannequins : ils tirent parti de la technologie à leur disposition (les CGI, encore une fois) pour faire se précipiter le décor sur ses personnages. La scène, assez spectaculaire, fonctionne toujours aussi bien aujourd’hui. C’est la preuve ultime qu’on peut s’accommoder de classiques en les bombardant de fulgurances typiques des années 2000.

Dark Castle et l’équipe créative ont décidément tout fait pour se créer une identité esthétique, au détriment du scénario. Mais la tronche de l’ensemble et l’excellente musique de John Ottman (déjà derrière le score de Gothika), qui ose développer des thèmes dans une bande originale de films d’horreur sale et con, ont su convaincre les fans du genre, et répudier les défenseurs du pseudo-bon goût cinématographique. N’est-ce pas à ça qu’on reconnaît une bonne série B ?

 

photoLa distanciation sociale faciale en exercice

 

FLESH IS WEAK. WAX IS FOREVER.

Malheureusement, sur le coup, le film n’est pas un énorme succès. Il amasse 68,7 millions de dollars dans le monde, ce qui est plus que les recettes de La Maison de l’horreur et 13 Ghosts, mais bien moins que celles de Gothika, qui avait empoché plus du double pour le même budget. Mais grâce à un bouche-à-oreille flatteur et des critiques américaines bien moins assassines que pour les autres productions Dark Castle, il se rattrape largement sur le marché de la vidéo, à une époque où le DVD a remplacé définitivement la VHS. Peu étonnant, donc, que Netflix ait décidé de continuer l’aventure sur sa plateforme.

Jaume Collet-Serra est-il le seul à être sorti victorieux de La Maison de Cire ? Le metteur en scène est en effet propulsé par son film, au point de devenir le premier vrai réalisateur maison de Dark Castle. C’est celui qui va doter la firme de son premier vrai succès critique avec Esther et qui va lui faire remporter le jackpot en 2011 avec le pourtant bien nommé Sans identité. Cette neesonerie classique va marquer la dernière ère de la maison de production, qui se contentera de ne financer quasiment que des polars d’action branques jusqu’à ne presque plus exister. De son côté, Collet-Serra se fera le principal ambassadeur des productions « Neeson flingue le monde » avant de livrer un film de requin aussi stupide et fun que La Maison de cire : Instinct de survie.

 

Instinct de survieDu feu à l'eau... avec toujours de quoi se rincer l'oeil

 

L’avenir s’annonce encore radieux pour le cinéaste, puisque son Jungle Cruise avec Dwayne Johnson devrait sortir en 2021 (après un report pour cause de pandémie) et que son Black Adam, un héros du DCEU porté – une fois de plus – par Dwayne Johnson, intrigue au plus haut point les fans de super-héros.

Les membres du casting n’ont pas eu cette chance, même si beaucoup d’entre eux ont largement continué leur carrière, la plupart du temps sur petit écran. Elisha Cuthbert a fait encore quelques films avant de s’enfermer dans des séries TV comme Happy Endings et The Ranch. Chad Michael Murray a enchainé les petites séries B et un paquet de séries tout court, jusqu’à débarquer dans les saisons 3 et 4 de Riverdale. Jared Padalecki a pu s’inviter dans le remake de Vendredi 13, mais son engagement dans Supernatural a conditionné la fin de sa carrière. Quant à Paris Hilton, les amateurs d’électro grand public mal mixée peuvent attester de sa santé financière. Mais au cinéma, elle n’est pas allée plus loin que des comédies basses du front, ne visant au fond qu’à la déshabiller le plus possible.

 

photo, Paris HiltonParis reste en périphérie

 

C’est dans l’équipe technique que se terrent les autres grands gagnants de la production. Bien qu’ils aient écrit quelques-uns des pires films Dark Castle (Whiteout, Les Châtiments), les frères Hayes se feront remarquer avec le scénario de Conjuring : Les Dossiers Warren, puis décevront à nouveau avec The Turning. Ils travaillent encore actuellement sur de mystérieux projets.

Le directeur de la photographie si important finira lui par éclairer les cascades de Fast & Furious, jusqu’aux 9 et 10, Star Trek : Sans Limites et Sonic le film. Si La Maison de cire n’a rien inspiré d’autre qu’un petit culte chez les amateurs de tendons d’Achille déchirés, il aura au moins abreuvé Hollywood de techniciens compétents, et de cauchemars récurrents. Mine de rien, aujourd’hui, il continue de s’imposer comme un des meilleurs films d'épouvante bourrin made in années 2000, et sa place bien méritée sur Netflix risque de le rappeler à pas mal de monde. Comme quoi, l’horreur est bien un genre où on peut contrebalancer un scénario inepte avec des moments de bravoure soignés.

Tout savoir sur La Maison de cire

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commentaires
Madolic
05/10/2020 à 14:02

"Chez les amateurs de tendons d’Achille déchirés"
Arf merci du flashback
Clairement la scène où tu te surprend à toucher tes propres tendons pour t'assurer qu'ils vont bien ahahah

TofVW
02/10/2020 à 23:05

Bon bah voilà, c'est malin: comme pour La maison de l'horreur, vous m'avez donné envie de revoir ce film que je n'ai vu qu'une fois lors de sa sortie au cinéma (et que j'avais bien aimé).

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