Universal Soldier : Le jour du jugement retour sur la série B la plus étrangement bourrin des années 2010

Mathieu Jaborska | 8 mars 2020
Mathieu Jaborska | 8 mars 2020

Qui se rappelle de Universal soldier ? Pas assez fauché pour être drôle et pas assez friqué pour s'assurer un destin de blockbuster iconique, le long-métrage d’un Roland Emmerich déjà pas particulièrement inspiré a engendré un bon paquet de suites fauchées.

Parmi elles se cache un petit OVNI : Le jour du jugement de John Hyams, ayant la merveilleuse idée de faire s’affronter Scott AdkinsDolph Lundgren et Jean-Claude Van Damme dans une sorte de trip ultra-violent qui vaut largement le coup d’œil, du moins plus que prévu et qui fait indirectement penser au Bloodshot avec Vin Diesel.

 

Photo Van Damme Dolph LundgrenTic et Tac

 

L'ARMÉE DES MORTS

Quoi de plus pratique qu’une franchise reposant sur le principe de soldats ressuscitables ? Lorsqu’ils donnent le feu vert à Roland Emmerich pour lancer son Universal soldier, les producteurs voient déjà à quel point la recette peut être juteuse.

Mieux encore, le long-métrage engage deux pointures de l’époque pour un combat qui devrait rester dans les annales : Jean-Claude Van Damme et Dolph Lundgren, dans des rôles de machines sans cœur. Sans le vouloir, l’équipe a rassemblé toutes les icônes du kitsch des années 1980 et 1990 dans une œuvre pas franchement passionnante. Celle-ci se contente du strict minimum sur tous les tableaux et surtout sur le plan du scénario. Les amateurs du genre noteront tout de même un taux de violence plus élevé que la moyenne, juste assez pour donner une chance aux suites.

Et des suites, il y en a eu ! Outre deux téléfilms produits avec 15 dollars dans une ferme canadienne, la saga s’est enrichie de deux nouvelles entrées avant 2012. La première est un pur produit d’exploitation opportuniste de son époque, déjà bien plus laid et cheap que son prédécesseur, avec l’inévitable prise de pouvoir de l’intelligence artificielle. Les références à Terminator en deviennent presque gênantes, surtout quand on compare le jeu et le charisme des antagonistes à celui de Schwarzenegger.

 

photo, Jean-Claude Van DammeNous devant le marathon Universal Soldier

 

Il faudra attendre (le mot est faible) dix ans avant de voir la franchise revenir, grâce à un petit malin du nom de John Hyams. Le cinéaste ayant officié sur quelques épisodes de New York Police Blues se rend coupable d’une production presque symptomatique du film d’action bourrin des années 2000, où toute l’action est censée se dérouler à Tchernobyl, mais prend en fait place dans la zone industrielle abandonnée de Bretigny sur bois, lieu où se succèdent inlassablement des bastons bruyantes et des caméos étranges. L’ensemble est plutôt soporifique, mais distille des éléments qu’on va retrouver dans le prochain film, comme quelques bonnes idées de chorégraphie de combat, un sens du montage épileptique bien qu'efficace et une violence encore un peu plus accrue.

Que s’est-il passé entre les deux films ? Difficile à dire. Le budget déjà très maigre est descendu à 8 millions de dollars. Peut-être qu’à ce moment, les producteurs déjà pas très impliqués ont décidé de donner carte blanche au plus bourrin des techniciens ayant officié sur la franchise, du moment qu’il la perpétue, défi pas franchement difficile à relever.

 

photo, Andrei ArlovskiAndrei Arlovski, injustement snobé aux Oscars pour son rôle dans Universal Soldier : Régéneration

 

ULTIME VIOLENCE

Dès sa scène d’introduction, montrant ni plus ni moins qu'une famille se faire dessouder en point de vue subjectif, Le jour du jugement montre qu’il en a sous le coude. La séquence anticipe magnifiquement et doucement la suite des évènements.

Sale gosse, crado et conscient de n’avoir rien à perdre, Universal Soldier 4 est avant tout une œuvre délicate où les têtes explosent à n’en plus finir, où les personnages se battent jusqu’à ce que leur corps entier soit recouvert de sang et où les femmes nues servent de bouclier face à des fusils à pompe surpuissants. Le 4e opus ne se démarque pas des autres parce qu’il est plus sensible : au contraire, il se démarque, car il fait ce que ses prédécesseurs n’ont jamais osé faire. Scott Adkins, aussi inexpressif que l'exige la charte de la saga, est sans pitié et ses adversaires aussi.

Impossible ici de ne pas citer la baston dans la salle de bain, où les participants prennent soin de s’alléger de leurs extrémités à la hache, ou de l’affrontement dans le magasin de sport, où presque chaque objet va devenir une arme. Ne vous y trompez pas : certes très bourrins, ces moments de gloire graphiques sont avant tout mis en avant par une réalisation efficace.

Dans le dernier cas par exemple, les chorégraphies lourdes couplées à la perpétuelle réutilisation graduée de l’armada sportif à disposition (la batte de base-ball en bois laisse sa place à la batte de base-ball en métal) forcent le respect. « Ils sont dingues ces types, t’as vu ça ? » s’exclame, décontenancé, un figurant, après avoir vu Adkins littéralement exploser une boule de bowling lancée dans sa direction avec son poing. Le spectateur ne peut s’empêcher de confirmer, pensant surtout à la santé mentale de l’équipe technique.

 

photo, Andrei Arlovski, Dolph LundgrenDésolé pour hier soir

 

Tout cela culmine dans un faux plan-séquence final, qui ressemble certes plus à un caprice de metteur en scène qu’à un vrai choix esthétique, mais qui comporte son lot d’exécutions brutales. Oubliez la réflexion moderne sur la guerre théorisée comme un espace à dépasser par 1917.

Ici, les cuts sont ultra-visibles et des brutasses trop musclées pour être naturelles se mettent sur la tronche en s'envoyant dans des plaques de métal aussi aiguisées que leurs phalanges. Clairement, la mise en scène n’a pas les moyens de tutoyer les grands, et elle s’en contrefout, assumant complètement ses écarts. Ainsi, quand il s’agit de créer un dialogue entre deux clones dans la même pièce, elle se contente d’un champ-contrechamp excluant en permanence un des trois protagonistes. L’effet est grossier, mais après tout, sommes-nous là pour ça ?

Le scénario va lui encore plus loin dans l’auto-dérision, se moquant avec une légèreté singulière de sa propre franchise. Au-delà du bigger and louder annihilant toute progression dramatique, il met en scène une sorte de revanche des gros bras lobotomisés, capables de libre arbitre quand on leur injecte un produit, mais en fait toujours aussi stupides qu’un nourrisson de 6 mois qu’on aurait gavé de compléments alimentaires. Dans Universal Soldier 4, les humains sont tous des clones, tous remplaçables, en est témoin une dernière séquence relevant presque du non-sens, mais franchement drôle et un twist attendu anticipant le Bloodshot à venir avec Vin Diesel.

 

photo, Scott AdkinsL'expérience interdite

 

APOCALYPSE NOW OR NEVER

Encore plus dingue : l’essai se permet des saillies presque auteurisantes et délaisse complètement le premier degré machinal des précédents films pour se permettre de perdre le spectateur dans les premières minutes, voire même carrément de l’hypnotiser, au sens littéral du terme.

On se demande quelle mouche a piqué Hyams pour qu’il transcende à ce point l’esthétique du genre dans lequel il s’inscrit. La première partie est en ça une expérience totalement inattendue, une sorte de trip où les Universal Soldier en pleine crise existentielle font face à des flickers tout droits échappés du cinéma expérimental. Cette manière de happer étrangement le public pour ensuite lui balancer des décalitres de sang à la tronche est résolument unique.

Certes, les contraintes budgétaires sont toujours là, mais les couloirs froids deviennent dès lors des serres étranges empruntées à un univers qui ne vit que dans une sorte de bulle de fiction bis. En 2020, la ressemblance avec l’ambiance rêveuse et ultra-gore de Hotline Miami saute aux yeux. Les deux œuvres partagent un goût pour le mysticisme surréaliste de la saleté cinématographique. Bien sûr, l’objet reste bien fauché et parfois insipide, mais il ne serait pas impossible que les artistes de chez Dennaton aient regardé en boucle la séquence du nightclub, un sommet de mauvais goût comme on en voit plus dans les années 2010.

 

photo, Scott Adkins, Mariah BonnerA sicilian love story

 

La fin n’a plus peur de rien et fait de Jean-Claude Van Damme un colonel Kurtz complètement taré, rendu plus fou par son statut d’icône inlassablement recyclée que par son rapport à la guerre. La référence est carrément trop ambitieuse, voire désobéissante. Le personnage, sorte de figure floue qui traverse les plans entre deux stroboscopes, devient une sorte d’incarnation ultime du genre et une conclusion désabusée à une carrière qui a justement commencé à décliner après le long-métrage de Roland Emmerich.

Il déambule ainsi comme un zombie, accompagné de son fidèle acolyte Dolph Lundgren, dans une sorte de labyrinthe jouissif et ultra violent, une déclaration d’amour sous LSD à un pan de cinéma faisant appel à nos instincts les plus bas et immoraux. Témoin absolu de l’arrivée en fin de parcours d’un genre malade et donc fascinant, Universal Soldier 4 est quand même un truc à part, un truc avec des tripes, dedans et dehors.

John Hyams vient de s’allier avec Nicolas Winding Refn pour une série dans l’univers de Maniac Cop produite par HBO, après plusieurs tentatives avortées de remake. Le résultat risque bien de nous surprendre, une fois de plus.

 

photo, Scott Adkins, Jean-Claude Van DammeL'odeur du napalm au petit matin

commentaires

Mich24
18/07/2020 à 23:45

Fan de van damme évidemment j'ai vu tout c'est films et j'espère que il en fera encore beaucoup d'autres.
Oui d'accord il a fait quelques mauvais comme tout acteur, mais n'oubliez pas que il en a fais de superbes.

Par contre celui qui a réaliser unversal solder 4 aurais du mieux regarder les 3 premiers.

Luigi
09/03/2020 à 11:30

Scott Atkins est un artiste martial complet ,il mériterai de sortir de l'impasse DTV!Ce mec possède un vrai capital sympathie,il aurait fait un super Batman !

Géo 1
09/03/2020 à 11:27

Bretigny sur ORGES ... ça aurait presque été une bonne vanne...

Léo89
09/03/2020 à 09:18

Je plussoie la demande de Snake88

amds films
08/03/2020 à 17:55

un gros nanar comme le précédent mais au moins dans celui ci il y quelques fulgurances jouissive, souvent du à Scott Atkins d'ailleurs .

Niconico
08/03/2020 à 15:52

Je pense que John Hyams est un gros fan des jeux vidéos de l'époque Manhunt 1,2 et Condemned tant les références, en termes de montages, d'effets et de séquences quasi similaires saute aux yeux.
Un regal en ce qui me concerne, cela à donné un film complètement fou

Caracalla
08/03/2020 à 15:35

Mais oui !!! Découvert dans Opé Frisson à l'époque et je n'ai eu de cesse de le conseiller depuis.

Nerveux, fun et inventif. Allez-y ! Adkins et Arlovski y sont monstrueux.

Balek
08/03/2020 à 14:47

Un gros morceau de cinoche avec des énormes baloches

Snake88
08/03/2020 à 12:28

Un choc à l'époque ! Je croyais me farcir une bon nanar et j'ai été cueilli par la scène d'ouverture...pour le reste je suis 100 % d'accord avec ce qui a été écrit plus haut.
J'en profite pour passer une ch'tite requête : a quand un dossier sur ce cher Scott "Ukrainian Ben Affleck" Adkins, dernier représentant du cinéma d'action de la fin du siècle dernier, artiste martial monstrueux et star de quelques séries B bien jouissives (les Ninjas, les Undisputed, Accident Man...)?

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