Après le triomphe Parasite, on se rappelle les pires foirades des Oscars

Simon Riaux | 13 février 2020 - MAJ : 13/02/2020 15:12
Simon Riaux | 13 février 2020 - MAJ : 13/02/2020 15:12

Depuis 1929, l’Académie des Oscars distribue de précieuses statuettes aux films qu’elle estime les plus méritants. Quitte à parfois se planter en beauté.

Une fois n’est pas coutume, l’édition 2020 des Oscars aura surpris et réjouit les cinéphiles de par le monde. Exception faite de The Irishman, les votants auront offert à la plupart des nommés majeurs des distinctions valables et en accord avec les performances des œuvres concernées, mais surtout, dans un geste assez imprévisible, auront sacré Parasite, rentré dans l’Histoire en combinant 4 statuettes, dont meilleur film international et meilleur film.

Un palmarès classieux et inspiré, en adéquation avec les goûts du public (Joker, 1917, Le Mans 66 et Parasite ont été aimés internationalement). Mais cette conclusion digne d’un conte de fées n’est pas une constante des Oscars, ou des cérémonies de récompenses en général. D’ailleurs à y regarder de plus près, l’Oscar du meilleur film a souvent été attribué en fonction de l’air du temps ou d’une mode donnée.

Nous vous proposons donc de revenir sur quelques-unes des plus notables hallucinations de l’Académie, et autres honneurs embarrassants.

 

photo, Jean Dujardin, Bérénice Bejo"T'es sûre qu'ils ne nous ont pas mis dedans hein ?"

 

THE BROADWAY MELODY – 1929

Premier film parlant à recevoir l’Oscar, on peut l’appréhender comme un objet historique pertinent, mais l’œuvre elle-même laisse cruellement à désirer. En l’état, le film témoigne essentiellement des conséquences techniques et par extension artistique de l’arrivée du son sur les tournages. Jeu incertain, dialogues balbutiants, mais surtout débarquement d’un matériel d’enregistrement envahissant, qui limite grandement la créativité de la mise en scène et la fluidité de l’ensemble.

Le contraste avec Wings, honoré l’année précédente est saisissante, et en l’état, cette Broadway Melody évoque un cruel retour en arrière, bien plus qu’une création à la pointe de son époque.

 

photoOn vous présente la chorale de Double-Face

 

CAVALCADE – 1933

Quoi de plus passionnant que d’assister aux atermoiements d’un clan bourgeois londonien au cours des deux premières décennies du XXe siècle ? Une fracture de la clavicule sans doute. Au-delà de son cadre et de son écriture terriblement datée, c’est bien la facture du film qui en fait aujourd’hui un objet de cinéma relativement pauvre. En effet, les passions de cette famille bien conservatrice comme il faut, soutenue par ses domestiques si heureux de jouir d’une férule dure, sentent juste cruellement la naphtaline, tout en préfigurant mollement un certain Downton Abbey.

Mais il en va de même pour la mise en scène, rigide, épaisse, terriblement conventionnelle, plus proche du théâtre filmé que d’une véritable narration par l’image.

 

photoLa Nuit des Bourgeois vivants

 

LA VIE D’EMILE ZOLA - 1937

Vous pensiez que la fièvre du biopic était une maladie contemporaine de la production hollywoodienne ? Perdu ! le genre, tel un phénix, est parvenu à renaître bien des fois de ses cendres, et battait son plein durant les années 30, quitte à ce que les studios se lancent dans des projets pour le moins… aventureux. D'ailleurs, cette Vie d'Émile Zola était déjà le 2e métrage biographique à recevoir l'Oscar du meilleur film.

À savoir ici, un récit terriblement ampoulé consacré à la vie d’un grand auteur français alors à peu près inconnu du grand public américain. Pensé surtout comme un véhicule idéologique visant à combattre l’antisémitisme alors croissant sur les terres de l’Oncle Sam, le métrage souffre de cet ADN fonctionnel, tant il maltraite son sujet. Traitement simpliste de l’affaire Dreyfuss, portrait presque absurde de l’écrivain, l’ensemble n’est finalement qu’une œuvre de propagande d’une grande pauvreté formelle et symbolique.

 

photo"Te plains pas, Polanski pourrait s'occuper du film"

 

SOUS LE PLUS GRAND CHAPITEAU DU MONDE - 1952

En redécouvrant cet opus de Cecil B. DeMille, il paraît évident que c’est bien le talent invraisemblable de cet artiste à la carrière impressionnante qui a été récompensé, plus que ce film en particulier. Sorte de décalque de la vie de Barnum, rendue terriblement conventionnelle et insipide, ce chapiteau paraît bien terne.

Beaucoup trop long pour son propre bien, le scénario nous assomme d’intrigues tièdes, entre peines de cœur et interprétations franchement vieillottes, confrontant clowns et régisseurs, trapézistes et messieurs pas toujours loyaux. Ajoutez à cela un Technicolor qui est loin de livrer ici une de ses plus éclatantes réussites, et vous obtiendrez un exemple de film n'ayant pu survivre que grâce à la réputation de son glorieux auteur, et en dépit du prodigieusement emmerdement qu'il provoque.

 

photo, James StewartQuand James Stewart auditionnait pour Ça

 

LE TOUR DU MONDE EN 80 JOURS - 1956

Vous pensiez que la version avec Jackie Chan était la pire itération possible du roman de Jules Verne ? Pas si sûr, tant le film de Michel Todd a mal traversé les âges. Au sein des différents lauréats de l’Oscar du meilleur film, il est non seulement un des plus faibles, mais on en arrive presque à se demander comment il a bien pu concourir (sans parler de gagner).

En effet, sans être totalement honteux, ce pudding d’aventures mollassonnes ne présente rien de bien notable (exception faite de son casting et de sa belle brochette de caméos, parmi lesquels Buster Keaton) et témoigne finalement d’une constante problématique au sein de l’Académie, à savoir l’âge et l’homogénéité de ses votants. Ces derniers ont ainsi tristement laissé de côté Géant et des Dix Commandements, deux longs-métrages encore révérés aujourd’hui.

 

photo, David NivenQuand tu t'assois sur ton Oscar "par inadvertance"

 

OLIVER ! – 1968

Désincarnée, pompière et ennuyeuse, cette luxueuse production est depuis longtemps tombée dans les oubliettes. Il faut dire qu’elle symbolise parfaitement combien les studios hollywoodiens étaient à la peine à la fin des années 60, incapables de se renouveler ou de prendre le pouls d’un Occident qui aspirait alors à de profondes métamorphoses. En résulte ce choix de l’Académie, formidable somnifère, mais proposition industrieuse qui ne survivra pas à son époque.

Il faut dire que cette adaptation de comédie musicale paraît uniquement motivée par la volonté de moissonner les dividendes de ladite comédie musicale, plus que par un quelconque projet de cinéma. Une genèse opportuniste qui se ressent aisément dans le tempo du film, finalement éloigné de l'oeuvre originale et de son ton, et sans doute parfaitement inconscient du statut du classique ici adapté.

Signe que la métamorphose du cinéma américain est déjà en marche, sont sortis la même année La Nuit des morts vivants, Rosemary's Baby, 2001, l'Odyssée de l'espace, L'Étrangleur de Boston et encore beaucoup d’autres chefs d’œuvres, dont aucun ne sera nommé dans la catégorie meilleur film. Une sorte de rendez-vous manqué aux proportions épiques, un panneau dans lequel n'est pas tombé un public qui fit un plébiscite à une nouvelle génération de cinéastes et de créateurs d'image.

 

photoAvant que Polanski ne serve la soupe

 

MISS DAISY ET SON CHAUFFEUR - 1990

Alors oui, les Oscars se sont toujours pâmés de bons sentiments, appréciant les grandes déclarations d’intention, les récits de rédemption et de vertu… Mais quand on a des votants âgés, sociologiquement très homogènes, bah la vision de la politique et du progrès s’en ressentent. En témoigne le sacre hallucinant de Miss Daisy et son chauffeur, un des délires les plus anachroniques de l’institution.

En effet, difficile de croire que ce conte sudisto-passéiste, où la naïveté confine à l’aveuglement, date bien de 1990. Tous les pires clichés de la fable d’apaisement s’y retrouvent, et on assiste un peu sidérés à un festival de stéréotypes dont on ne sait trop s’ils cristallisent une certaine forme de racisme bienveillant ou ambitionnent de le dépasser. Mis en image comme une grosse tarte à la crème, le film a désormais des atours de parodie anesthésiante.

 

photo, Morgan FreemanPlus éreintant que Seven

 

SHAKESPEARE IN LOVE – 1998

Symbole de la puissance stratégique de l’empire Weinstein, ainsi que de la méthode de lobbying ultra-agressive et dispendieuse qu’elle engendra, le métrage est depuis considéré par beaucoup comme l’incarnation des errements de l’académie. Jamais détestable, mais gentiment médiocre, Shakespeare in Love est une comédie romantique qui ne parvient jamais à pleinement exploiter son contexte de départ, tandis que ses acteurs manquent cruellement d’alchimie.

Esthétiquement, le constat est encore plus amer. Si la production ne manquait manifestement pas de moyen, on peine à trouver ici la moindre idée marquante de découpage, de montage, de mise en scène, tandis que l'ensemble est nimbé dans une photographie passe-partout. Un peu comme si le métrage avait pu l'emporter en se positionnant comme un objet tiède, ne pouvant s'attirer la détestation de personne, jusqu'à faire de son absence de caractère une force.

L’absurdité est d’autant plus totale que face à cette production se trouvaient des concurrents de premier plan. Plus de vingt ans après ce loupé, on se demande comment Il faut sauver le soldat RyanLa Ligne rouge ou encore La Vie est belle ont pu se faire snober.

 

photo, Gwyneth PaltrowThe Famousse "Oscar Look"

 

COLLISION – 2004

Que voilà un film qui porte bien son nom, tant il a des airs de catastrophe capturée au ralenti. Progéniture déviante du phénomène Magnolia, le scénario entend en dupliquer le récit choral et la capacité à radiographier la société américaine via une galerie de personnages en forme d’allégorie d’un univers sur le point d’imploser. Pourquoi pas, mais encore eut-il fallu qu’un autre que Paul Haggis s’en charge.

En l’état, on voit bien où le réalisateur et scénariste voulait en venir, mais sa charge contre l’individualisme vire rapidement à la complaisance, comme si le cinéaste était plus intéressé par le fait de montrer le marigot humain, plutôt que d’en trouver l’issue. Poussant tous ses acteurs au surjeu, Haggis livre une caricature de cinéma engagé made in Hollywood. Autre raison d'en vouloir à Collision, il  aura contribué à ralentir la carrière de Matt Dillon, fantastique comédien ici égaré en interprète cabotin de flic raciste.

 

photoRare image de spectateurs sortant d'une projection du film

 

GREEN BOOK – 2019

Bien sûr, le temps n’a pas encore fait son œuvre, et il serait très présomptueux de prétendre pouvoir prédire ce que la postérité réservera à Green Book : Sur les routes du Sud. Néanmoins, difficile de ne pas voir dans le sacre du métrage une répétition de pas mal de tropismes évoqués plus haut.

Mise en scène fonctionnelle, discours attendu, performances de comédiens proprettes, mais jamais transcendantes, et une quantité de raccourcis thématiques et sociaux qui confine à l’indigestion. Il est bien sûr question dans ce mélange de buddy movie et de road trip à travers le Sud américain, où un blanc italo-américain (Viggo Mortensen) doit faire connaissance avec un noir en tournée musicale (Mahershala Ali). Deux hommes que tout oppose et dont la rencontre vaut salut pour une Amérique qui se plait encore à croire que ses tensions peuvent se régler d’individus à individus, dans la gentillesse et la bonne intelligence, sans franchement aborder les notions de collectif ou de lutte des classes. Grossier et souvent contre-productif à force de maladresses.

 

photoLa version malbouffe des Oscars

commentaires

Chris67
15/02/2020 à 15:02

Inception navets qu est ce qu il ne faut pas lire, encore quelqu un qui se nourrit au MCU et autres transformers

Nepenthes
14/02/2020 à 22:09

vous oubliez les navets intersidéraux au fil des ans ...

Mad max fury
Gravity
No country for old man
Rocky (oui oui en 1976)
La la land
Inception

bon, j'en passe parce que je suis un peu gentille, c'est le 14 février

Birdy
14/02/2020 à 15:33

Perso je ne regarde les lauréats que pour me marrer un bon coup. C'est finalement plus représentatif du contexte de ces cérémonies que de la valeur des gagnants eux même.

Simon Riaux - Rédaction
14/02/2020 à 10:12

@Satan LaTeube

C'est une vraie belle foirade en effet.

Mais comme elle est très, très souvent citée, encore très récente, et que parallèlement, Le Pianiste n'a pas été snobé pour autant, j'ai préféré répartir un peu plus large historiquement pour aborder des films dont on cause finalement peu souvent.

Satan LaTeube
14/02/2020 à 09:59

Pour moi la plus grosse arnaque des Oscars c'est Chicago en 2003. Pas tant le film en lui même, que le fait que Le Pianiste ait reçu l'Oscar du meilleur réalisateur, meilleur acteur et meilleur scénario, mais pas meilleur film !!! Qui est donc allé à Chicago. Encore un coup des Weinstein. ET le pire c'est que personne n'en parle jamais alors que comme foirade, ça se pose là.

Holly Body
14/02/2020 à 00:35

Non non tout va bien, plein de gens trouvent que Collision est au mieux gentiment oubliable (et oublié...), au pire très grossier et vas-y-que-j'en-passe-quatre-couches-et-sortez-les-mouchoirs-niais.

Chris
14/02/2020 à 00:12

Collision est excellent, c'est un film que je revois encore avec plaisir aujourd'hui. Je suis plus sceptique sur Parasite cette année, le film est bien mais sans plus et surtout c'est un peu n'importe quoi la seconde moitié.

Olivier637
13/02/2020 à 23:55

Je comprends pas votre rejet de Collision, mais apparemment je suis pas le seul :)

C’est vraiment un film puissant. Et il aurait flingue pour un temps la carrière de Matt Dillon??
Je sais pas ce que vous prenez mais c est de la bonne.

Désolé, tous les avis sont dans la nature gnagnagna...ok. Mais zut de flûte, Collision, quoi !

On dirait limite une posture de snob de rejeter ce film.

Ok vous l aurez voulu. Rendez nous l ancienne équipe d’EL. Particulièrement le gars qui a mis 4,5* au film. Il sait de quoi il parle, allez sortez le de la cave il a encore beaucoup à donner.

arok le barbare
13/02/2020 à 23:27

parasite..oscar du meilleur film!!!!!!!allo quoi,mais allo!!!!

Tony_84636
13/02/2020 à 21:28

Le discours d'un roi vous oubliez??? Meilleur film, meilleur réalisateur (escroc!!!)

Par contre Collision vous allez loin !!!!

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