Rambo, film culte : c'est quoi sa guerre à Stallone ?

Simon Riaux | 17 octobre 2022 - MAJ : 18/10/2022 10:31
Simon Riaux | 17 octobre 2022 - MAJ : 18/10/2022 10:31

À ses débuts, Rambo était l'histoire d'un vétéran désœuvré et rejeté par son pays. Le bon temps d'un film pas encore transformé en saga par Hollywood.

Devenue une des franchises emblématiques de la carrière de son interprète, la saga s’est transformée et a muté à travers les âges, au gré des changements de mode, des bouleversements politiques et de la carrière de Sylvester Stallone. On revient sur ce premier chapitre, radicalement différent de ses rejetons, sorti en 1982 et réalisé par Ted Kotcheff.

 

photo Sly à Cannes, lors de l'hommage qui lui a été rendu à l'occasion de la projection de Rambo en mai 2019

 

POURQUOI C’EST SA GUERRE

Cette première apparition à l’écran du personnage est une adaptation du best-seller de David Morrell. John Rambo, vétéran du Viêtnam, où il a officié dans les Forces Spéciales et écopé d’un bon trauma des familles, est incapable de se réinsérer au sein d’une société qui ne le comprend pas, ne veut pas porter la croix de ses anciens combattants amochés, mais surtout, associe cruellement les soldats à l’administration qui les a précipités dans un conflit perçu comme injuste.

Errant dans l’état de Washington à la recherche d’un frère d’armes, il découvre bientôt que ce dernier est décédé. Il est alors pris en grippe par le shérif local, qui le voit comme un parasite possiblement fauteur de troubles. L’agressivité qui est opposée à Rambo réveille en lui la violence et la paranoïa qu’il a hérités de la guerre. Quand la police le malmène, il se transforme en véritable machine de guerre, lancé dans une vendetta contre les autorités.

 

photoLa pêche, la super-pêche

 

Après avoir allégé la charge salariale des forces de l’ordre du comté de Hope, John Rambo met la petite cité à feu et à sang. Seul son ancien supérieur et mentor, le colonel Trautman, parviendra à l’arrêter, en lui permettant de verbaliser la terreur et la rage qui l’animent, alors que le soldat est sur le point de provoquer une sanglante confrontation avec l’armée, qui encercle le commissariat où il s’est retranché.

À noter qu’initialement, le héros devait mourir, ainsi que le shériff, laissant Trautman seul survivant du massacre. Une sorte de Frankenstein inversé donc (le créateur survivant à sa créature) qui constituait déjà la conclusion originale du roman.

 

photo, Sylvester StalloneUn Sylvester sylvestre

 

UNE FLèCHE AU BOX-OFFICE

Le film de Ted Kotcheff est un éclatant succès au box-office. Il rapporte 125 millions de dollars pour une mise de 15 millions. De nos jours, il s'agirait d'un succès remarquable, pour peu qu'on injuste l'inflation : le film aurait coûté dans les 39 millions de dollars et rapporté plus de 330 millions de billets verts. Une rentabilité dont rêveraient beaucoup de longs-métrages originaux, classés R et ne bénéficiant pas d'une marque établie préalablement au box-office pour assurer leur renommée. Rambo s'impose ainsi instantanément comme un personnage central de la pop culture américaine et de la carrière de Sylvester Stallone.

Mais le projet revient de loin, et avant d'être un énorme succès pour Kotcheff et Stallone, il est passé entre bien des mains. De la Columbia vers Warner Bros, John Milius se pencha sur le projet et Clint Eastwood, Robert De Niro ou encore Kris Kristofferson furent envisagés pour tenir le haut de l'affiche. De même, le script changea plusieurs fois, au gré des velléités de ses auteurs ou producteurs, les personnages décédant ou survivant selon les versions. Au final, John Rambo ne dut sa survie qu'au flair des producteurs sentant le succès venir.

 

photoOn avait dit bien dégagé autour des oreilles, c'est ça ?

 

GUERRE INTERIEURE

Dans son discours, mais aussi sa mise en scène et sa caractérisation des personnages, Rambo témoigne des mutations en cours au coeur de la machine Hollywoodienne. Le Nouvel Hollywood et son cinéma souvent noir, pour ne pas dire nihiliste, sont à l'agonie. Le bide de La Porte du paradis de Michael Cimino vient de couler la United Artists, et les studios ne font plus confiance aux auteurs qui ont émergé dans le sillage de Bonnie et Clyde ou Easy Rider. Le succès de toute une génération d'artistes s'étiole, le public veut des oeuvres plus positives, plus colorées, et les exécutifs trépignent de leur offrir, tout en reprenant directement la main sur le contenu et l'orientation des projets qu'ils valident.

 

photo"Bon c'est un peu ma guerre quand même hein"

 

Ainsi, le métrage apparaît infiniment plus léger et abordable que d'autres oeuvres sur le même sujet, beaucoup plus linéaires et compatibles avec les canons du divertissement grand public. Mais si Rambo n'est pas Voyage au bout de l'enfer, le film n'a pas pour autant abandonné toute complexité ou ambition politique, loin s'en faut. On pourrait même y voir, sous ses oripeaux de divertissement rythmé et intense, une forme de dénonciation extrêmement forte.

Ainsi, le cinéma américain ne l'a pas attendu pour dénoncer les horreurs du Viêtnam et plus globalement, les errements de la classe politique américaine. Toutefois, on note dans ce premier chapitre un élément rarissime dans le cinéma américain traitant de la guerre et de ses conséquences.

Le personnage de John évoque à plusieurs reprises le front et le combat, mais jamais, absolument jamais, ne s'autorise à diaboliser son ennemi. Pour critique que le genre soit à l'égard de l'administration américaine, rarement l'ennemi des troupes états-uniennes aura été décrit avec autant de respect (une donnée qu'abandonnera totalement la saga dès Rambo II : La Mission). Car le récit embrasse totalement la nature de son anti-héros, devenu un outil envoyé à la boucherie, désormais inutilisable, brisé, rejeté par le système qui l'a engendré. Le super-soldat ne souffre pas seulement d'un manque de considération, il souffre d'avoir été dupé et poussé à commettre des actes qui le hantent.

 

Photo Sylvester StalloneJeux de couteaux, jeux brutaux

 

Cette conscience politique aiguë s'accompagne de plusieurs ingrédients qui demeureront les signatures de la saga. La présence de la nature, la capacité de John à ne faire qu'un avec elle, le camouflage, son armement, la nécessité de se soigner à la dure, le bandeau, la destruction finale, le trauma de la détention et de la torture... Toutes ces marques constitutives de l'identité de la franchise et présentes jusqu'à aujourd'hui impriment la pellicule, à l'exception de l'arc, qui fera son apparition dès l'épisode suivant.

Sur un plan artistique, le film doit beaucoup, pour ne pas dire tout à Sylvester Stallone. Il se battra comme un beau diable pour ramener le montage (initialement de plus de 3h) à une durée raisonnable de moins de 100 minutes, et assure une interprétation bouleversante du personnage. Ce dernier deviendra constitutif de son image, et cristallise la star comme l'ambassadeur d'un cinéma certes musclé, mais aussi porte-voix d'hommes brisés par l'histoire de leur pays. Un héros populaire, un déçu de l'American Way of Life qui n'a plus que ses poings pour parler.

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commentaires
567212
19/10/2022 à 18:29

Faut qu'il soit plus tigré que jamais un mec comme lui il a pas des supporter oui

567212
19/10/2022 à 18:20

J'aime les vidéo séries américaines et les acteur des films sa donne des leçons de la vie de la chance et de l'amour c'est très très bien noté de 20sur20pour le ciné et pour rocky on l'aime tous on vous aimes bonne continuation et faites vite zouzou de chez rocky merci

Ringo
17/10/2022 à 22:20

Un sacré film, mais qui aurait été bien supérieur en adaptant réellement le bouquin (son aîné de 10 ans, moins manichéen). Pas vraiment de jugement dans le livre, juste deux personnages finalement proches (vétéran du Vietnam contre vétéran de Corée, le shérif), tout juste séparés par une génération et une décoration, deux têtes de mules qui s'engagent dans une spirale sans fin, le livre alternant entre chapitre explorant l'un, explorant l'autre, où Rambo est nommé "gamin", où Trautman ne le connaît pas, sinon son histoire. La fin est réellement étonnante, plus que le film finalement. A noter qu'il y a bien plus de morts dans le livre... mais moins de pièges sournois.

Mouais Bof...
17/10/2022 à 21:42

L'un des plus grands films Post Vietnam (et du cinéma tout court).

Un personnage fou (à cause de la guerre bien entendu) ,perdu dans cette amérique qui haït ses "héros de guerre". Un homme paumé qui ne se reconnait pas dans cette société.
Assez d'accord avec @Rambo Fight Urss Alone , s'ils avaient laissé la vraie fin (celle du livre), on aurait pas eu toutes ces suites écrites à l'urine.

Il est vrai que dans le film ,il ne tue personne.

Liojen
17/10/2022 à 20:31

« Après avoir allégé la charge salariale des forces de l’ordre du comté de Hope »

Ouais sauf qu’il ne tue absolument personne dans le film (qui ne contient qu’un seul mort d’ailleurs, qui tombe de l’hélicoptère) ^^

Rambo Fight Urss Alone
24/03/2022 à 16:30

si ils avaient sorti la vraie fin où Rambo se suicide çà nous aurait epargné les suite de marketeux et de banquiers, pourquoi ils ressortent pas le vrai fin en film bluray?
de nos jours, on pourrait plus faire ce genre de film, car il n'ya plus que des militaires pro, des mercenaires privés de type Blackwater ( même si il sont change de nom), et des barbouzes /mercenaires en tout genre comme on le voit dans le conflit Ukrainien...

Ethan
23/03/2022 à 23:08

On peut citer brothers dans le même esprit. Je pense que le premier film réussi à eviter qu'on voit des gens qui sont morts. Je crois même que Rambo sur le premier film s'en est sorti sans tuer la moindre personne. Le film misé beaucoup sur l'esthétique la qualité du camouflage, de la nature et des paysages, cette forêt facilite l'esprit évasif de chacun des spectateurs. On se met à la place de Rambo du début à la fin comme si on était lui.

Aujourd'hui nous sommes dans un cinéma de plus en plus violent à l'image du 4 puis surtout du 5 où l'a c'est même trop.

Je pense que le personnage du premier film a inspiré les créateurs de la Lara Croft de Tomb Raider de 2013 ou de Katniss Everdeen de Hunger games sur l'art de l'être humain dans la nature face à un environnement hostile

Baballe
04/05/2021 à 14:07

Rocky 1 et 6.
Rambo 1 et 4.
Le début et la fin d'un mythe le reste n'existe pas.

alulu
03/05/2021 à 21:33

Deux posts sucrés aujourd'hui et obligé de faire du bis repetita à chaque fois, ça devient lassant. Je vais finir par croire que je ne suis pas le bienvenu.

Ethan
03/05/2021 à 18:33

Le meilleur des Rambo
La qualité du film, la manière de filmer le style rien à voir avec le 5
Sa guerre c'est la sollitude de ces combattants abandonnés par les gens, les civils américains quoi

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