Rambo, film culte : c'est quoi sa guerre à Stallone ?

Simon Riaux | 3 mai 2021 - MAJ : 03/05/2021 17:41
Simon Riaux | 3 mai 2021 - MAJ : 03/05/2021 17:41

Rambo, ce soir à 21h15 sur C8.

Rambo : Last Blood a désormais plus d'un an. Le vétéran du Viêtnam y a une nouvelle fois massacré plein de méchants, armé de son arc et de son gros couteau.

Devenue une des franchises emblématiques de la carrière de son interprète, la saga s’est transformée et a muté à travers les âges, au gré des changements de mode, des bouleversements politiques et de la carrière de Sly. Alors que le cinquième chapitre de cette fresque qui fleure bon la viande a divisé la presse et le public, on revient sur les épisodes précédents.

Et on commence avec Rambo de Ted Kotcheff, sorti en 1982.

 

photo Sylvester Stallone à Cannes, lors de l'hommage qui lui a été rendu à l'occasion de la projection de Rambo en mai 2019

 

POURQUOI C’EST SA GUERRE

Cette première apparition à l’écran du personnage est une adaptation du best-seller de David Morrell. John Rambo, vétéran du Viêtnam, où il a officié dans les Forces Spéciales et écopé d’un bon trauma des familles, est incapable de se réinsérer au sein d’une société qui ne le comprend pas, ne veut pas porter la croix de ses anciens combattants amochés, mais surtout, associe cruellement les soldats à l’administration qui les a précipités dans un conflit perçu comme injuste.

Errant dans l’état de Washington à la recherche d’un frère d’armes, il découvre bientôt que ce dernier est décédé. Il est alors pris en grippe par le shérif local, qui le voit comme un parasite possiblement fauteur de troubles. L’agressivité qui est opposée à Rambo réveille en lui la violence et la paranoïa qu’il a hérités de la guerre. Quand la police le malmène, il se transforme en véritable machine de guerre, lancé dans une vendetta contre les autorités.

 

photoLa pêche, la super-pêche

 

Après avoir allégé la charge salariale des forces de l’ordre du comté de Hope, John Rambo met la petite cité à feu et à sang. Seul son ancien supérieur et mentor, le colonel Trautman, parviendra à l’arrêter, en lui permettant de verbaliser la terreur et la rage qui l’animent, alors que le soldat est sur le point de provoquer une sanglante confrontation avec l’armée, qui encercle le commissariat où il s’est retranché.

À noter qu’initialement, le héros devait mourir, ainsi que le shériff, laissant Trautman seul survivant du massacre. Une sorte de Frankenstein inversé donc (le créateur survivant à sa créature) qui constituait déjà la conclusion originale du roman.

 

photo, Sylvester StalloneUn Sylvester sylvestre

 

UNE FLèCHE AU BOX-OFFICE

Le film de Ted Kotcheff est un éclatant succès au box-office. Il rapporte 125 millions de dollars pour une mise de 15 millions. De nos jours, il s'agirait d'un succès remarquable, pour peu qu'on injuste l'inflation : le film aurait coûté dans les 39 millions de dollars et rapporté plus de 330 millions de billets verts. Une rentabilité dont rêveraient beaucoup de longs-métrages originaux, classés R et ne bénéficiant pas d'une marque établie préalablement au box-office pour assurer leur renommée. Rambo s'impose ainsi instantanément comme un personnage central de la pop culture américaine et de la carrière de Sylvester Stallone.

 

photoOn avait dit bien dégagé autour des oreilles, c'est ça ?

 

Mais le projet revient de loin, et avant d'être un énorme succès pour Kotcheff et Stallone, il est passé entre bien des mains. De la Columbia vers Warner Bros, John Milius se pencha sur le projet et Clint EastwoodRobert De Niro ou encore Kris Kristofferson furent envisagés pour tenir le haut de l'affiche. De même, le script changea plusieurs fois, au gré des velléités de ses auteurs ou producteurs, les personnages décédant ou survivant selon les versions. Au final, John Rambo ne dut sa survie qu'au flair des producteurs sentant le succès venir.

 

GUERRE INTERIEURE

Dans son discours, mais aussi sa mise en scène et sa caractérisation des personnages, Rambo témoigne des mutations en cours au coeur de la machine Hollywoodienne. Le Nouvel Hollywood et son cinéma souvent noir, pour ne pas dire nihiliste, sont à l'agonie. Le bide de La Porte du paradis de Michael Cimino vient de couler la United Artists, et les studios ne font plus confiance aux auteurs qui ont émergé dans le sillage de Bonnie et Clyde ou Easy Rider. Le succès de toute une génération d'artistes s'étiole, le public veut des oeuvres plus positives, plus colorées, et les exécutifs trépignent de leur offrir, tout en reprenant directement la main sur le contenu et l'orientation des projets qu'ils valident.

 

photo"Bon c'est un peu ma guerre quand même hein"

 

Ainsi, le métrage apparaît infiniment plus léger et abordable que d'autres oeuvres sur le même sujet, beaucoup plus linéaires et compatibles avec les canons du divertissement grand public. Mais si Rambo n'est pas Voyage au bout de l'enfer, le film n'a pas pour autant abandonné toute complexité ou ambition politique, loin s'en faut. On pourrait même y voir, sous ses oripeaux de divertissement rythmé et intense, une forme de dénonciation extrêmement forte. Ainsi, le cinéma américain ne l'a pas attendu pour dénoncer les horreurs du Viêtnam et plus globalement, les errements de la classe politique américaine. Toutefois, on note dans ce premier chapitre un élément rarissime dans le cinéma américain traitant de la guerre et de ses conséquences.

Le personnage de John évoque à plusieurs reprises le front et le combat, mais jamais, absolument jamais, ne s'autorise à diaboliser son ennemi. Pour critique que le genre soit à l'égard de l'administration américaine, rarement l'ennemi des troupes états-uniennes aura été décrit avec autant de respect (une donnée qu'abandonnera totalement la saga dès Rambo II : La Mission). Car le récit embrasse totalement la nature de son anti-héros, devenu un outil envoyé à la boucherie, désormais inutilisable, brisé, rejeté par le système qui l'a engendré. Le super-soldat ne souffre pas seulement d'un manque de considération, il souffre d'avoir été dupé et poussé à commettre des actes qui le hantent.

 

Photo Sylvester StalloneJeux de couteaux, jeux brutaux

 

Cette conscience politique aiguë s'accompagne de plusieurs ingrédients qui demeureront les signatures de la saga. La présence de la nature, la capacité de John à ne faire qu'un avec elle, le camouflage, son armement, la nécessité de se soigner à la dure, le bandeau, la destruction finale, le trauma de la détention et de la torture... Toutes ces marques constitutives de l'identité de la franchise et présentes jusqu'à aujourd'hui impriment la pellicule, à l'exception de l'arc, qui fera son apparition dès l'épisode suivant.

Sur un plan artistique, le film doit beaucoup, pour ne pas dire tout à Sylvester Stallone. Il se battra comme un beau diable pour ramener le montage (initialement de plus de 3h) à une durée raisonnable de moins de 100 minutes, et assure une interprétation bouleversante du personnage. Ce dernier deviendra constitutif de son image, et cristallise la star comme l'ambassadeur d'un cinéma certes musclé, mais aussi porte-voix d'hommes brisés par l'histoire de leur pays. Un héros populaire, un déçu de l'American Way of Life qui n'a plus que ses poings pour parler.

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commentaires
Baballe
04/05/2021 à 14:07

Rocky 1 et 6.
Rambo 1 et 4.
Le début et la fin d'un mythe le reste n'existe pas.

alulu
03/05/2021 à 21:33

Deux posts sucrés aujourd'hui et obligé de faire du bis repetita à chaque fois, ça devient lassant. Je vais finir par croire que je ne suis pas le bienvenu.

Ethan
03/05/2021 à 18:33

Le meilleur des Rambo
La qualité du film, la manière de filmer le style rien à voir avec le 5
Sa guerre c'est la sollitude de ces combattants abandonnés par les gens, les civils américains quoi

Ethan
10/11/2020 à 18:33

@à l'auteur de l'article
Stallone a longtemps hésité à faire le 5e film. Le sujet de ce scénario était pas mal. Mais ce film est raté car le réalisateur et le scénario sont mauvais.

Et puis Rambo sans bandeau ce n'est pas Rambo.

Clint Eastwood aurait fait un film meilleur.

Les autres Rambo sont de bon films. Les meilleurs sont le 1, le 2 et le 4

N'étes vous pas de mon avis ?

Barnabé Cherèle
10/11/2020 à 12:18

Toujours des problèmes avec l'accord du participe passé : "la violence et la paranoïa qu’il a héritéES"

j'ai pas versé le premier sang, j'te jure!
10/11/2020 à 09:25

moi, j'aime mieux la vraie fin ou Stallone, John Rambo se suicide,
çà nous aurait evite les poilades chez des asiatiques tres mechants, ou chez Les soviets trop communistes tres tres mechants, qu'il faut democratisé normalment avec l'armée usa ou tout l'otan...hein? on me dit que Rambo seul suffit, les con-tribuables apprecient l'economie de moyens
James cameron a cosigne ou signe l''opus 2 ou 3, j'ai oublié lequel, Cameron est un bourrin, aussi
ou encore d'autres poilade , genre Rambo, septuagenaire en ballade et qui distribue plus que de grosses baffes chez de tres mechants narco mais promis, jure, c'était the Last Blood, hein?!

Opale
10/11/2020 à 08:02

Ah, Stallone... Super film que ce First blood, je le range avec Les Faucons de la nuit et La taverne de l'enfer. Quelle époque!

Blue Walker
10/11/2020 à 06:45

Oui il bien ce film au niveau historique, il colle bien au phénomène qu'il y'a pu y avoir après la plupart des guerres délocalisées un peu importante de la guerre froide comme le vietnam, l'indochine, l'indonésie,..., avec des soldats rejetés par la société, dommage que les livres d'histoire ne soient pas en réalité augmentée pour l'insérer comme source d'archive.
De manière récente il y'a eu un légionnaire de mémoire, qui avait été viré de l'armée, parce que les média avait comparé son foulard tête de mort à un waff s s, mais en fait c'était clairement un truc de call of duty, après cet emballement médiatique il a été rejeté, n'a pas retrouvé de job et est devenu un criminel alors qu'il avait quant même risqué sa vie pour la nation auparavant, pour rien au final, le film a toujours une certaine forme d'actualité.

Tuk
09/11/2020 à 22:07

Beaucoup d'entre vous disent qu'on est loin de l'mage du surhomme !
Lol, je rigole !
L'on parle bien de l'homme qui résiste au toturres et qui s'échappe d'un poste de polce ?
De l'homme qui tiens tete à une armée dans une foret sans ressorces et qui détruit une ville à lui tout seul ?
Haaa j'oublie.... Il se jette des falaises et détruit des hélicoptéres à coups de pierre ...
Je trouve qu'il est quand meme un peu surhomme non ?

Sinon, super film et vive Sly !

Xbad
09/11/2020 à 20:41

J'adore ce film, très loin de l'image de surhomme qui lui a collé à la peau à cause des suites (que j'ai aimé quand même, j'adore Stallone) il ne faut pas oublié que dans le 1 il ne tue qu'une seule personne, et indirectement !

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