Le mal-aimé : Jurassic Park III, un film qu'il est pas si nul

Simon Riaux | 14 juillet 2020
Simon Riaux | 14 juillet 2020

Parce que le cinéma est un univers à géométrie variable, soumis aux modes et à la mauvaise foi, Ecran Large, pourfendeur de l'injustice, se pose en sauveur de la cinéphilie avec un nouveau rendez-vous. Le but : sauver des abîmes un film oublié, mésestimé, amoché par la critique, le public, ou les deux à sa sortie.

 

Affiche

 

« Jurassic Park 3 conclut la trilogie dans un rugissement anecdotique et poussiéreux. » (Sight and Sound)

« Les créatures sont toujours impressionnantes, mais c’est une période glaciaire d’indifférence et de banalité qui s’abat. » (Guardian)

« 90 minutes chaotiques qui font ressembler le film à un montage promotionnel. Ce n’est pas un compliment. » (Rolling Stone)

« Mise en scène inexistante, humour potache et répétitif, scénario sans intérêt. » (Positif)

« La réalisation est sommaire, le graphisme toujours aussi laid. » (Chronic’art)

 

 

LE RÉSUMÉ EXPRESS

Alan Grant est retourné à ses fouilles. Séparé du Pr. Ellie Sattler, il galère gentiment pour déterrer des fossiles à coup de brosse à dents, quand un milliardaire moustachu lui propose un deal en or, faire le guide pendant un vol de croisière au-dessus des ruines de Jurassic Park, afin de décrire en détail les espèces préhistoriques en contrebas au riche dinophile et à son épouse.

Manque de pot, le couple a menti, et souhaite débarquer sur l’île aux sauriens avec le paléontologue pour y retrouver son jeune fils, porté disparu après une séance de parachute ascensionnel un peu loupée. Evidemment, les dinosaures commencent à boulotter les gens, un Spinosaure fan de téléphone met un énorme bordel et sépare les troupes, tandis que Grant met la main sur le minot, fan d’urine de T-Rex.

Quand tout le monde est réuni, la situation paraît désespéré, mais notre héros se souvient tout à coup qu’il a une ex-compagne qui ne manque pas de ressource. Il passe donc un coup de fil à Ellie, qui, ni une ni deux, appelle les figurants de Call of Duty, qui débarquent en masse pour sauver les personnages restants.

 

photo, Téa LeoniWelcome to Jurassic Park

 

LES COULISSES

Jurassic Park III n’est pas connu pour la fulgurance cosmique de son scénario, et ce n’est certainement pas Michael Crichton qui dirait le contraire, puisqu’il fut contacté afin de rencontrer l’équipe de scénaristes. Il s’exécuta, mais lâcha l’affaire après quelques jours, estimant ne pas pouvoir aboutir à un concept satisfaisant. Il ne s’agit là que d’une anecdote, au sein d’un processus de production beaucoup plus chaotique que celui des deux précédents épisodes.

Quand Joe Johnston  arrive sur le projet en août 1999, il découvre un script au cours duquel un groupe d’adolescents en balade atterrit sur Isla Nublar. Idée qu’il rejettera après quelques semaines de travail. Le réalisateur veut non seulement pouvoir s'emparer du scénario, mais redoute, en usant de ce point de départ, d'emballer "un mauvais épisode de Friends". Il fut un temps envisagé de faire de Grant un Robinson Crusoe vivant dans un abri improvisé sur une des îles d’InGen, pour étudier les sauriens, avant que Spielberg et Joe Johnston ne jugent le concept trop peu crédible, eu égard au caractère du héros joué par Sam Neill.

 

photoConcept initial de la première apparition des Raptors

 

Après quoi, Grant et Billy furent imaginés en enquêteurs, alors que des disparitions suspectes les laissent penser que des dinosaures tuent des innocents au Costa Rica. Jugé trop complexe (le scénario progressait sur une des îles, tout en développant une enquête parallèle sur le continent), cette version est abandonnée.

Sauf que le studio a déjà réuni un casting et dépensé 18 millions de dollars sur le projet, dont les décors étaient déjà en construction. C’est finalement avec un script incomplet que Johnston entame le tournage, recousu par David Koepp, avec pour mission de rassembler les éléments disparates déjà lancés en production. Voilà ce qu’on appelle un beau bordel.

 

Photo Jurassic ParkJoe Johnston sur le tournage

 

LE BOX-OFFICE

Pour un budget officiel de 93 millions de dollars, Jurassic Park III  a rapporté 365 900 000 dollars. Un score plutôt bon, assurant sans mal au film de se rembourser et d’assurer un peu de marge. Mais on est très loin du milliard de dollars amassé par l’opus originel, ou des 618 millions du Monde perdu. Si les recettes baissent notablement, le budget, lui, augmente.

Jurassic Park III  a coûté plus de 90 millions de dollars, quand le premier film présentait une ardoise de 63. Or, le film s’est avéré très complexe à fabriquer et Universal n’entend pas dépenser toujours plus pour gagner toujours moins. Jurassic Park III  marquera donc l’arrêt temporaire de la franchise (pendant tout de même une bonne décennie).

 

photoLe légendaire Stan Winston, face à son plus gros bébé

 

LE MEILLEUR

Avec 92 minutes au compteur, générique inclus, Jurassic Park III  n’a pas le temps de lambiner ou de nous imposer des tunnels de dialogues stériles. Le film suit donc un rythme extrêmement soutenu et nous plonge rapidement dans l’aventure. Ce tempo entraîne nécessairement une simplification des enjeux narratifs, et le tend à rapprocher le film de la série B à l’ancienne, en cela qu’il privilégie constamment l’efficacité au détriment de la vraisemblance.

Joe Johnston a réalisé Chérie, j'ai rétréci les gossesLes Aventures de Rocketeer et Jumanji. l’aventure et les défis technologiques, on peut dire que le monsieur connaît. C’est sans doute la raison pour laquelle, malgré la vitesse à laquelle il déroule l’intrigue, Johnston sait se ménager de longues plages d’attaques dinosauriennes, dosant le plus souvent très habilement leurs mises en place.

 

photo, Sam NeillGnagnagna Jones

 

Alors que 10 ans plus tard, Colin Trevorrow se montrera incapable d’agencer ses innombrables scènes d’action, ou de leur insuffler une durée, une existence, Johnston s’en sort parfaitement. Son dévoilement du Spinosaure est à ce titre plutôt remarquable. Entamé comme une pure scène de film catastrophe, ce morceau de bravoure enchaîne ensuite sur une longue séquence d’attaque animale, au cours de laquelle on découvre le plus grand animatronique jamais conçu. La scène est riche de rebondissements, de changements d’échelle, qui la rendent excitante et symapthique.

Le même constat de très belle maîtrise peut être fait de la séquence de la volière, de l’attaque des raptors ou encore de la confrontation finale sur la rivière. Sans génie, ni idée révolutionnaire, Johnston emballe un vrai récit d’aventure à l’ancienne, toujours d’un niveau technique appréciable. Et si quelques effets numériques ont vieilli, l’ensemble du film n’en demeure pas moins très solide visuellement.

Enfin, les amateurs de DinoPorn pourront admirer la version la plus réaliste scientifiquement des Velociraptors (plus élancés et dotés de plumes, même s’ils ont encore des proportions de Deinonichus), se régaler devant la puissance du Spinosaure, et apercevoir encore quelques nouvelles espèces. Toutes les scènes confrontant les créatures préhistoriques et les humains fonctionnent formidablement bien, à l'exception d'une "croisière", totalement artificielle, et mutilée par des effets numériques datés.

 

photo, Sam NeillLes premiers Raptors à plumes de la saga !

 

LE PIRE

Nous évoquions plus haut les difficiles débuts du film et son écriture chahutée. En effet, on sent bien dans le déroulé de l’intrigue que l’ensemble est un monstre de Frankenstein, qui tente d’animer les morceaux de cadavres de plusieurs récits.

 

photoTournage d'une scène sacrilège

 

Conséquence, les comédiens s’en cognent, et il est bien difficile de ne pas voir dans ce Sam Neill démotivé un écho du personnage qu’il incarne, à savoir un artisan, obligé de cachetonner comme un goret pour grappiller un peu de pognon à un nabab. Il n’est pas le seul à dériver sans but dans le film. L’intégralité du casting semble se demander ce qu’il fait là.

Il faut dire que l’ensemble a parfois du mal à trouver son ton, ce qui ne facilite pas l’interprétation et l’identification. Ainsi, une poignée de gags, trop répétitifs tombent totalement à plat, quand d’autres, franchement canons débarquent tels des cheveux sur la soupe. A bien des égards, le rêve d’Alan dans lequel un dinosaure vient lui causer aurait pu être une belle réussite, mais il tranche trop avec la tonalité générale pour vraiment aboutir.

 

photoTravail préparatoire d'une scène de la volière, initialement beaucoup plus longue et complexe

 

Ces défauts ne vont aller qu’en s’amplifiant au cours du métrage, qui semble dans son dernier tiers ne plus rien avoir à faire de ce qu’il nous raconte, quitte à laisser voir ses grosses coutures à force de rebondissements dégénérés. De l’usage du appeau à Raptor, en passant par les cris de Téa Leoni, ou le volume d’une sonnerie de téléphone, sans oublier la réapparition de Billy puis un débarquement militaire stupéfiant de connerie, le sentiment d’assister à un spectacle conçu à la va-vite se fait de plus en plus prégnant.

 

photoMatch au sommet

 

Enfin, le scénario fait quelques choix particulièrement mal-avisés, et comprend mal les attentes du public ou le statut des vrais star de Jurassic Park III, à savoir les dinosaures. Le Spinosaure a beau être magnifique et extrêmement cinégénique, le spectateur s'agace de le voir tuer le T-Rex, emblème et empereur de la saga en moins de 30 secondes. L'affect du public va aux dinosaures, et le film les considère comme un Terminator, susceptible d'être remplacé chaque année par un modèle différent.

Au final, Jurassic Park 3 ne mérite pas sa réputation de production abominable et d’attentat visuel. Mal raconté et porté par des personnages déficients, il fonctionne néanmoins comme une série B d’aventures légères et spectaculaires, qui témoigne autant de l’incapacité d’Universal à respecter l’héritage de Steven Spielberg que des talents de sauveteur de Joe Johnston, qui évitera quelques années plus tard à Wolfman de sombrer au pur cauchemar.

 

photo, Sam Neill, Téa Leoni, William H. MacyUne belle brochette de viande

 

commentaires

Opale
16/07/2020 à 12:09

La critique est aisée... Alors il faut étayer un peu les propos: c'est nul? OK, pourquoi? La réalisation, le jeu des acteurs? Le scénar? Les effets, la lumière, le montage? Autre chose? Porter un jugement négatif aussi définitif que "c'est une bouse" ou "c'est nul" c'est un peu court, un peu simple, un peu facile en fait parce que là ça ressemble plus à des coups d'humeur de minots grincheux que de passionnés de cinéma...

saiyuk
15/07/2020 à 15:16

Oui mais il y a Tea Leoni... :-)

Marty
15/07/2020 à 13:35

Si si c'est nul . De pire en pire a chaque revisionnage . J'ai arrêté d'essayer ..

Y'a UN passage sympa ( et inedit ) c'est le coup de la volière ... et encore c'est juste "sympa" .

Dr.Ian mactavish
15/07/2020 à 11:43

Une bouse se film il apporte rien a la saga

Opale
15/07/2020 à 11:35

Pas un chef d'oeuvre, loin s'en faut, mais une bonne série B qui se laisse bien voir et revoir à la différence du 2 qui n'a qu'une bonne scène (énorme) et pas grand chose d'autre. Le nom du réalisateur ne fait pas forcément un bon ou un mauvais film.

Techniquement pas mal
15/07/2020 à 11:26

Cinématographiquement lamentable .

DjFab
15/07/2020 à 10:58

Le 3 est le moins bon de tous pour moi, largement.

alann
15/07/2020 à 10:47

la fin est ridicule, le mec sur la plage avec son megaphone seul au monde et le plan d'après 10 vehicules de l'armée qui débarquent avec le thème musical JP en fanfare ... une parodie ! Dommage car certaines scènes sont sympas, mais les personnages et leurs dialogues plombent le film qui peine à se stabiliser entre aventure frisson et comédie

Simon Riaux - Rédaction
15/07/2020 à 10:21

@Ad vitam aeternam

Je suis payé en larmes de lecteurs. Les vôtres avaient un petit goût caramélisé assez plaisant.

Christophe Foltzer - Rédaction
15/07/2020 à 10:19

@Ad vitam aeternam :
C'est pas une critique hein, mais un dossier. En fait.
Si critique est certes un métier, lecteur demande aussi une certaine formation.

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