Un Doigt dans le Culte : Dark Crystal, ce chef d'œuvre à la magie indémodable

Christophe Foltzer | 26 décembre 2018 - MAJ : 02/01/2020 21:31
Christophe Foltzer | 26 décembre 2018 - MAJ : 02/01/2020 21:31

Avec Un Doigt dans le Culte, la rédaction profite de son temps libre, de son salaire mirobolant et de sa mégalomanie galopante pour partager avec vous des œuvres importantes, cultes, adorées ou en dehors de toute actualité. Films, séries, livres, bandes-dessinées, sculptures en crottes de nez, tout va y passer. Et aujourd'hui, ressortez vos marionnettes et préparez-vous un gros pétard, parce qu'on va parler de Dark Crystal.

Qu'est-ce qu'un acte de création ? Que raconte-t-il de celui qui l'opère ? Plus important encore, que raconte-t-il de nous ? Ces questions nous hantent depuis que l'espèce humaine a inventé les arts et nous n'aurons pas l'audace de prétendre y apporter la moindre réponse.

Pourtant, force est de reconnaitre que l'Homme a toujours éprouvé un besoin irrépressible de s'exprimer, de communiquer ses émotions, de rechercher le Beau, comme pour donner un sens à son existence et peut-être transcender notre réalité qui pourrait se résumer à des poussières d'étoiles coincées sur un caillou qui dérive dans le cosmos. Une quête de sens qui en appelle à ce qu'il y a de plus profond en l'être humain, de plus sensible même et qui, lorsqu'il touche au coeur, peut changer durablement celui qui le reçoit.

 

photoLa série Netflix de 2019

 

Dark Crystal, de Jim Henson et Frank Oz, fait partie de ces oeuvres étranges, fascinantes et envoûtantes qui nous font évoluer, nous marquent à jamais, nous transforment. Dark Crystal est sorti sur les écrans en 1982 et son influence se fait encore sentir aujourd'hui. Aboutissement de 5 années de recherches et de tâtonnements, il n'a pas son pareil à l'époque et reste, encore maintenant, un cas à part dans l'industrie cinématographique.

Maintenant que la série Netflix The Dark Crystal : Age of Resistance l'a ressuscité (notre critique par ici), retour sur ce film culte.

 

 

UNE HISTOIRE VIEILLE COMME LE MONDE

Dark Crystal nous transporte dans le monde de Thar, empreint de magie et de mysticisme. Un univers sur le déclin, gouverné par les terribles Skeksès, croisement entre des rats et des rapaces, qui vivent dans une opulente décadence depuis qu'ils ont investi le château abritant le Cristal. Artefact magique qui régie l'équilibre du monde, tout autant que source d'énergie vitale, le Cristal est incomplet depuis la perte de l'un de ses fragments il y a bien longtemps.

Une prophétie annonce la reconstitution du Cristal et, les Skeksès y voyant là une menace pour leur règne, annihilent la tribu des Gelflings, tout autant qu'ils réduisent en esclavage les autres espèces. Seul Jen a survécu au massacre et a trouvé refuge chez les Mystiques, une race aussi ancienne que les Skeksès, connectée à la nature et animée par la sagesse qui l'envoie chercher le fragment perdu et ainsi  sauver leur monde. Dans sa quête, il rencontrera Kira, une Gelfling ayant elle-aussi échappée au massacre et c'est ensemble qu'ils accompliront leur destin.

 

Photo Jen et KiraJen et Kira, nos deux héros

 

On ne peut pas parler de Dark Crystal sans évoquer en premier lieu les personnes qui en sont à l’origine. En tête de file, on trouve donc Jim Henson. Un marionnettiste américain très célèbre puisque c’est lui qui a créé le Muppet Show, diffusé entre 1976 et 1981 à la télévision, avant de poursuivre sa carrière avec de nombreux films. Le Muppet Show, tout le monde connait, puisque c’est de là que viennent des personnages aussi célèbres que Kermit la grenouille ou Peggy la cochonne. Pourtant, à la fin des années 70, Jim Henson a envie de se confronter à un nouveau défi, le cinéma, avec ce qu’il fait de mieux, les marionnettes.

L’idée est donc de réaliser un premier long-métrage intégralement avec cette technologie et sans comédien. Un défi gigantesque puisque, on le rappelle, à l’époque on ne peut pas encore utiliser d’images de synthèse. Le procédé est très récent et extrêmement coûteux, en plus d’être encore très aléatoire dans son rendu. Le but de Jim Henson est de nous faire croire à l’existence d’un vrai monde, qui aurait sa propre histoire et qui donnerait l’impression d’avoir déjà vécu des millénaires avant le film et de survivre encore après la projection.

 

Photo Gary Kurtz Jim Henson Frank OzGary Kurtz, Jim Henson et Frank Oz

 

UN CAS A PART

Pour parvenir à concrétiser son envie, il va chercher un de ses vieux compagnons de route, Frank Oz, un marionnettiste anglais incontournable dans l'industrie puisqu’il interprète Yoda dans la saga Star Wars. Ils décident donc de réaliser le film à quatre mains, décision indispensable pour mener le projet à bien puisqu’en plus de le mettre en scène, de l’écrire et de le produire, Henson et Oz en assureront aussi certains rôles. Mais Dark Crystal est un projet à part, dès le départ, et il ne suit pas le processus logique de fabrication d’un film.

On a du mal à imaginer aujourd’hui quel tour de force était Dark Crystal à l’époque. Refusant toute facilité, Jim Henson et son équipe ont  mis un point d’honneur à ce que le maximum de scènes soient faites en physique, sur le plateau de tournage. Jonglant habilement avec les marionnettes et des comédiens costumés pour les plans larges (là où se trouvent les mouvements les plus complexes), Dark Crystal étonne par la richesse de son univers, où tout se répond, où tout semble logique et naturel. Un souci du détail qui se retrouve aussi dans la direction artistique, puisque chaque détail des costumes ou de l’apparence des personnages a un sens et raconte une partie de l’histoire.

 

Photo croquisUne magnifique illustration de Bryan Froud

 

Doté d'un budget de 15.000.000 de dollars, ce qui est énorme à l'époque pour un projet pareil, Dark Crystal n'aurait pu voir le jour sans encore deux autres personnes : tout d'abord l'illustrareur anglais Bryan Froud, auteur de nombreuses couvertures de livres pour enfants dans les années 70 qui se démarque par son style mystique et la richesse de ses univers. Jim Henson pense immédiatement à lui lorsqu'il commence la préparation de son film et, fait exceptionnel, il ne rédigera aucune page du scénario tant qu'il n'aura pas établi avec Froud les limites et les lois de son univers.

Autre personnalité indispensable, Gary Kurtz, producteur historique des premiers Star Wars et qui quittera Lucasfilm après L'Empire Contre-Attaque suite à des divergences avec George Lucas. Kurtz est un élément très important dans la vision que veut donner Henson puisque c'est lui qui, en tout cas pour une grande partie des fans, avait déjà su cadrer Lucas dans ses délires au moment de la préparation du premier Star Wars. C'est aussi lui qui en avait renforcé l'aspect sombre et symbolique. C'est ce qu'il fera également avec Dark Crystal.

 

PhotoInoubliables Skeksès

 

Pourtant, malgré cette réunion de talents incroyables, le film a bien failli ne jamais connaitre le succès et ce, pour une raison toute simple : la passion, justement, de ses créateurs. Il faut savoir que, totalement imprégnés par leur univers, Henson et Oz avaient fait le choix audacieux, mais totalement anti-commercial, d'inventer des langues propres à chaque espèce. Mis à part les Gelflings qui parlaient anglais, aucun autre personnage n'était compréhensible et, dans un souci d'authenticité maladif, les réalisateurs avaient refusé que leurs dialogues soient sous-titrés.

Résultat prévisible : les premières projections-test du film se révèlent catastrophiques, le public ne comprenant pas les trois quart de l'histoire. Henson, qui pensait que la puissance des images et les émotions suggérées suffiraient à la compréhension, dut revoir sa copie et un grand chantier de reformatage commença. Il fallut réécrire quasiment tout le script en post-production et engager des comédiens supplémentaires pour doubler tous les personnages en anglais. Une concession qui jouera finalement en faveur du film et lui permettra d'avoir le succès que l'on sait.

 

Photo MystiquesLes sages Mystiques

 

PLUS QU'UN FILM, UNE LEÇON DE VIE

Car oui, lorsque Dark Crystal sort en 1982, il est un énorme succès. Partant de ses 15.000.000 de dollars de budget, il en rapporte plus de 40.000.000, prouvant ainsi qu'une propriété intellectuelle totalement originale, dont la fabrication sort des habitudes du milieu peut rencontrer son public à partir du moment où elle entre en résonnance avec lui. Car c'est bien par les thématiques qu'il aborde que le film est encore culte aujourd'hui.

S'inspirant des meilleurs récits initiatiques et empruntant à la Dark Fantasy, Dark Crystal est le dernier témoin d'une époque bénie pour les créateurs marginaux. Les années 70, avec le mouvement hippie, les expérimentations psychédéliques et l'arrivée progressive de l'informatique, ont donné naissance à toute une génération d'auteurs underground qui ont, petit à petit, imposé leur marque culturelle. La SF paranoïaque avait Philip K. Dick et la SF mystique avait Frank Herbert et son Dune. De son côté, l'heroic fantasy, héritière du Seigneur des Anneaux (publié dans les années 50), s'est vue considérablement enrichie  par de nouvelles inspirations notamment le magazine Métal Hurlant, qui eut un fort impact en France et traumatisa toute une génération aux Etats-Unis. Ces sources avec leur philosophie new-age, empreinte de symbolisme et de mysticisme sont présentes dans Dark Crystal.

 

Photo SkeksèsLes sombres Skeksès

 

Car quand on regarde de près, le film ne nous parle que d'une chose : le nécessaire équilibre que doit trouver un individu pour habiter en harmonie avec lui-même et les autres. Une inspiration orientale évidente, bouddhiste pourrait-on dire, mais qui trouve ses racines dans tous les grands mythes et les courants de pensée du monde. Homme et nature sont interconnectés et ce qui arrive à l'un, arrive à l'autre. Nous devons passer outre notre division intérieure pour rechercher une nouvelle unité et reprendre le pouvoir sur nous-mêmes.

Les questions de la dualité, de la séparation et de la complémentarité sont partout dans le film : qu'il s'agisse des Skeksès et des Mystiques qui ne faisaient qu'un au départ, des deux Gleflings qui se complètent naturellement (l'un est homme, l'autre femme et leur union naturelle se passe de mots), et enfin le Cristal lui-même dont le seul nom (Dark Cristal) trahit l'ambiguïté de l'âme. Un cristal noir qui doit pourtant laisser passer la lumière, symbole de la fracture intérieure de toute chose parce qu'incomplète.

Dark Crystal nous encourage donc à regarder en nous-mêmes, à dépasser le cadre de nos idées reçues, à accepter l'ambivalence du monde, en même temps que la nôtre. Il nous expose l'idée, pas si folle que ça, que ce n'est pas en rejetant le mauvais au profit du bon que l'on évolue. Bien et Mal sont intrinsèques à notre constitution mais ils ne représentent que deux faces d'une même pièce et sont à ce titre tout aussi indispensables l'un que l'autre. Il suffit juste d'en prendre conscience, d'accepter cette idée et de travailler sur soi pour trouver l'équilibre de notre propre cristal intérieur.

 

Photo illustrationLe film, résumé en une image.

 

Dark Crystal n'est pas une oeuvre comme les autres. Elle semble n'avoir à l'origine aucune visée commerciale mais se résumer au désir profond d'un groupe d'artistes passionnés de nous livrer leur vision du monde. Ce qui explique peut-être que le film ne connaitra jamais de suite. Henson et sa team se retrouveront quelques années plus tard, en 1986, pour un autre film que l'on associe souvent à Dark Crystal : Labyrinth. Même volonté de départ, même recherche d'un monde autonome, même message philosophique mais pourtant, la sauce prend moins. Si le film a lui-aussi atteint le statut d'oeuvre culte, il faut reconnaitre qu'il n'a pas la même puissance que ce premier essai flamboyant.

On pourrait justement y voir là les différences d'approche entre Gary Kurtz et George Lucas, producteur de Labyrinth. Car il faut bien voir là une volonté certaine de Lucas d'avoir son propre Dark Crystal. Et cela nous permet de prendre conscience des différentes approches entre les deux hommes, Lucas ne perdant jamais de vue son public cible et le potentiel commercial de l'oeuvre. En tirant un peu, on pourrait même y voir là les prémices de sa future prélogie tant décriée.

 

Photo 2 LabyrinthzLabyrinth, pas vraiment le même délire. Oui c'est David Bowie.

 

Après plus de 30 ans, Dark Crystal ne vieillit pas et reste encore aussi marquant qu'à l'époque. C'est un film indispensable, à voir et à revoir, à montrer à ses enfants lorsqu'ils commencent à être agités par les grandes questions de l'existence pour leur donner quelques pistes.

 

Photo Affiche

commentaires

Rorov94
01/01/2020 à 12:16

Et ben tu vois,t'es moins con que t'en à l'air...

Madolic
31/12/2019 à 10:08

@Rorov94
Et voilà qu'il reprend ses airs pédant et condescendant sans aucun argument ^^

Rorov94
31/12/2019 à 01:05

@malcoolique
T'es censé être cinéphile,si les pseudo cités te disent rien...va poster sur le site de télé z!
Tu était sublime dans LE 8 ÈME JOUR au demeurant(j'ai pas dit «demeuré», ça serai insultant...)

Madolic
30/12/2019 à 14:40

@Rorov94
Non tu dis juste c'est de mauvais goûts et pourri ... bah super l'explication ^^
Moi perso j'ai trouvé ça vraiment bien fait avec une vraie proposition de mise en scène, une histoire somme toute banal mais pas explicité à outrance et un ton qui change des mièvreries Disney.
Voilà ça s'est expliciter un minimum
Et non je ne connais pas les profils que tu cites, avis aux complotistes d'étayer ton hypothèse :)

Rorov94
30/12/2019 à 12:25

@macolique
Pourtant,en relisant ce post,il me semble que c'est clair!
Après si sous ton pseudo se cache en réalité SIMPLE SAM,FORREST GUMP ou RAYMOND BABITT...

Madolic
30/12/2019 à 11:05

@Rorov94
Je l'ai découvert avec la série Netflix et je n'ai pas du tout trouvé vos arguments valides.
C'est très beau et ça n'a pas si mal vieilli !
Bref la prochaine fois expliciter au lieu de passer pour un rageux

Rorov94
30/12/2019 à 05:07

Vu au ciné à l'époque et les gens trouvait que c'était du travail de dégueulasse.
Je connaît pas vos sources pour le box office mais le film a été un four cuisant à l'époque!
Une expérience raté,mal fichue,d'un mauvais goût absolu et techniquement pourri...
Parfois la nostalgie transforme la m... en nuttela.
BOMBER X,LE FIL DE LA VIE,FRAGGLE ROCK...voilà les vraies références!

Pat
27/12/2019 à 11:15

Je l'ai justement revu hier avant de me lancer dans la série et je reste sur le même avis, techniquement le travail est remarquable mais l'histoire est simple et l'aventure manque de péripéties

Babar77
26/12/2019 à 22:47

le film autant que la série sont magnifiques

Le
26/12/2019 à 22:23

A côté du remake tout pourri made in Netflix vaut mieux l original

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