Roman Polanski : pourquoi la rétrospective de la Cinémathèque est-elle problématique ?

Simon Riaux | 26 octobre 2017
Simon Riaux | 26 octobre 2017

Alors que l’affaire Weinstein ébranle le cinéma mondial, et agit à la manière d’un révélateur décadenassant la parole des femmes, lesquelles font de leur place dans la cité et des violences qui leur sont imposées, Roman Polanski se retrouve à nouveau au cœur d’un débat polémique.

Une rétrospective de son œuvre doit se tenir à la Cinémathèque de Paris dès le 30 octobre prochain. Annoncé en grande pompe et de longue date, l’évènement revêt un sens inattendu (pour certains) alors que le metteur en scène fait face à une nouvelle accusation d’agression sexuelle remontant à 1975 et que les problématiques afférentes aux violences sexuelles et à la domination masculine sont au cœur du débat public.

Dans ce contexte et essentiellement via les réseaux sociaux, avant de trouver un écho dans les médias, citoyens, associations, cinéphiles et féministes ont fait part de leur émotion et indiqué, parfois vertement et allant jusqu’à menacer de perturber la bonne tenue de la dite rétrospective. La réaction de la cinémathèque était attendue. Pas sûre qu’elle permette de calmer les esprits.

 

Photo

 

Tout d’abord, le communiqué ci-dessus entend rappeler que le rôle de la Cinémathèque « ne consiste pas à placer qui que ce soit sur un quelconque piédestal moral ». On ne sait trop s’il s’agit de naïveté coupable ou d’ignorance crasse. À l’évidence, l’institution, qui compte parmi les plus à la pointe dans son domaine et jouit d’un prestige évident, fait des artistes qu’elle invite plus que des pièces de musée, à fortiori quand ils sont mis en avant de leur vivant.

Qu’on se souvienne de l’émotion qui s’était emparée de toute une partie des cinéphiles lorsque la Cinémathèque avait invité John McTiernan, et on mesurera que l’institution est bien plus qu’un simple stand d’exposition, que sa mission et sa puissance symbolique vont bien au-delà d’une simple mission de patrimoine. Les réalisateurs n’y sont pas simplement présentés, ils y sont, et c’est heureux, célébrés.

 

Photo Pirates

Roman Polanski sur le tournage de Pirates

 

Par conséquent, on suppose, quand bien même le communiqué de la Cinémathèque ne reprend pas à son compte la célèbre formule, que nous sommes invités à garder notre sang froid et « séparer l’œuvre de son auteur ». Pourquoi pas, encore que ce principe, s’il est éminemment respectable pourrait être un chouïa interrogé, tant il relève plus souvent de la fin de non-recevoir, de l'argument d'autorité ou de l’exception absurde, plutôt que du concept philosophique. A la réflexion combien d'artistes bénéficient vraiment de ce cloisonnement, et pourquoi d'autres professions n'entraînent-elles pas ce genre de distinction ? Se demande-t-on d'un boulanger meurtrier si la qualité de ses petits pains autorise à envisager son oeuvre indépendamment de ses méfaits ?

 

Photo Le Pianiste

Roman Polanski sur le tournage du Pianiste 

 

Mais la Cinémathèque, quand bien même elle paraît s’en défendre, célèbre autant l’homme que l’œuvre. En témoigne ci-dessus la réaffirmation de la présence de Roman Polanski lui-même. Il n’est donc pas tant question d’amener des œuvres au public que, comme écrit plus haut, célébrer un homme.

Le communiqué rappelle avec insistance sa mission muséale, son sacerdoce premier, celui de la transmission, notamment à destination du « public jeune ». Là aussi, on croit rêver, tant le communiqué de la Cinémathèque paraît se contredire, arguant d’un côté que présenter l’œuvre de Polanski fait partie de son rôle mémoriel, tout en rappelant combien son œuvre est parallèlement célébrée, jouée, récompensée. On voit mal en quoi il est absolument fondamental qu’une institution comme la Cinémathèque consacre une rétrospective à un auteur déjà célébré, dont l’œuvre est accessible, régulièrement rééditée, discutée et enseignée. Personne aujourd’hui n’a besoin de la Cinémathèque pour accéder aux travaux de Polanski, qui bénéficie toujours d’une exposition médiatique importante, ainsi qu’en témoigne la sortie abondamment relayée D’après Une Histoire Vraieimprobable nanar honoré par le Festival de Cannes, présent sur une centaine d’écrans en France le mercredi de sa sortie.

 

Photo La Vénus à la fourrure

 Avec sa femme Emmanuelle Seigner sur le tournage de La Vénus à la Fourrure

 

La présentation de l’œuvre de Polanski, aussi superflue qu’elle soit, n’est pas remise en question par quiconque de sérieux. C’est bien la présence du réalisateur, ce refus obstiné de séparer effectivement homme et œuvre quand bien même on brandi cette idée à la manière d’un bouclier, qui émeut aujourd’hui. Le refus du communiqué de la Cinémathèque d’appréhender cette dimension évidente du débat qui s’enflamme actuellement est pour le moins étonnant.

Étonnant pour qui prendra la peine de lire le communiqué jusqu’à sa dernière phrase, édifiante. « Nous n’avons donc rien à débattre » affirme la Cinémathèque, qui se paie le luxe de rassembler ses détracteurs sous l’unique bannière des censeurs à la petite semaine. Qu’un lieu consacré à la transmission, à la passation, à la nécessaire et fragile jonction entre art et culture, se conçoive comme n’ayant pas à débattre en dit long sur la sclérose qui préside à ses choix.

Choix qu’on appréhende un peu mieux en relisant cette sentence, expliquant l’air de rien que, jusqu’à récemment, la seule réaction observée à l’annonce de Roman Polanski fut « un engouement du public perceptible dans les réservations ». La Cinémathèque en est donc là, à deux doigts d’une logique de multiplexe, considérant un frémissement dans la vente de tickets comme le blanc-seing validant ses choix éditoriaux.

Après tout, pourquoi pas ? De notre côté, on se demande simplement si quand il n’y a rien à débattre, il reste encore une œuvre à regarder.

 

Photo CarnageCarnage

 

commentaires

Hi daf
10/11/2017 à 12:43

votre commentaire

Hi

Bonnaud sort de son trou pour venir bobarder sur Mediapart qu'il est la dernière lumière à briller dans la nuit de l'obscurantisme, et son ultime avatar le féminisme. Il se désole d'être le seul engagé dans cet homérique combat. C'est vrai que même BHL copain comme cochon avec Weinstein a préféré rester en retrait de la mêlée. Il n'était même pas à la cinémathèque au coté de Anne Sinclair, fidèles assistante de violeurs et des pédophiles à carte Gold. Le lâche, abandonné Bonnaud au pire moment de la bataille des valeurs, à l'instant où les ténèbres menacent à nouveau de fondre sur Bercy et d'engloutir dans une poisse d'ignorance et de superstitions sexuelles le cinéma même ! Décidément tout fout le camp... Heureusement reste Médiapart pour y loger une suite de bobards abracadabrantesques sans être beaucoup contredit par les ex collègues qui s'y verraient bien, eux aussi, à 7000 euros mensuels pour faire honneur à Polanski, puis annuler Brisseau, qualifié au passage de gros porc par le dirlo himself, qui jurait la veille de la fermeté de ses convictions dans la défense des droits de l'homme et du client.
No spam :p
ENVOYER VOTRE COMMENTAIRE

CDL
09/11/2017 à 11:04

Exact, le management Bonnaud c'est carrément du lourd! Un mix du petit patron aigri et de CRS de gauche.

Shame
09/11/2017 à 10:26

Le Tartuffe Bonnaud en roue libre : il passe Polanski mais pas l'autre qui est moins célèbre, alors il le bloque. Polanski a non seulement violé une enfant de 13 ans mais a fuit la justice. Il planque aussi son fric dans des paradis fiscaux, apparemment. Il serait bon que l'on pratique aussi le shaming (faire honte) face aux évadés fiscaux qui sont des voleurs. Pour les violeurs et voleurs, on peut ne pas les inviter, même si on ne censure pas leurs oeuvres. Bonnaud, comme direction de la cinémathèque, c'est vraiment la honte

Youhou
09/11/2017 à 10:11

Le ridicule petit Bonnaud, le défenseur des Lumières des parkings et des villas de luxe, a dû obtempérer à l'ordre de sa hiérarchie et interrompre sa promotion de la culture du viol sous l'égide de la cinémathèque. Si n'avait tenu qu'à lui, le zigoto aurait poursuivi sur sa lancée sordide et enfoncé un peu plus l'institution dans la boue. Le bilan du Bonnaud s'annonce d'ores et déjà saisissant : dressage du personnel précaire, invitation de la police à vider l'occupation du hall par Nuit debout, mise à l'honneur d'un délinquant sexuel multirécidiviste, projet d’enchaîner avec l'hommage à un autre. Allez tous en choeur : pour la dignité de la cinémathèque, Bonnaud démission!

David Lynche
01/11/2017 à 13:25

@Yann Leloup

je bois vos paroles et ne peux qu'approuver votre argumentation. Cependant vous vous battez contre des moulins : vous êtes face à un""féminisme"" fanatique, extrémiste, promulguant une haine hystérique, réfutant la loi et, pire, le pardon accordé par les victimes. On ne peut pas lutter contre ce qui relève, à ce niveau, du sectarisme pur et simple.

Yann Leloup
31/10/2017 à 21:06

Il n'existe pas de *culture* du viol. On n'apprend pas à violer. C'est même l'inverse : on déculture. La banalisation n'est pas la culture.

Polanski n'est pas condamné. Des accusations ne constituent aucunement une preuve et seule la justice est la loi, certainement pas l'opinion publique. Et là silence assourdissant.
Voire le cas de Charlotte Lewis qui a menti : http://www.liberation.fr/culture/0101636046-polanski-les-etranges-declarations-de-lewis où elle avoue avoir eu des relations tarifés avec des célébrités et voulait être la maîtresse de Polanski ! C’est dire si les déclarations des traumatisées quand la parole se libère peuvent avoir de sacrés dératés. Et là silence assourdissant et pour cause.

N'importe qui n'est pas réductible à un acte dans une vie. Car pourquoi s'arrêter à ce seul cas et au seul sexe et que dans un seul sens ? Sartre, Foucault, Céline, Gide, Montherlant, Derrida, Beauvoir, Heidegger... la liste serait trop longue. Et là silence assourdissant.

Ce tintamarre féministe ne sert qu'à cacher la violence sociale en cours. Et là silence assourdissant.

beauté des zinzins
31/10/2017 à 20:46

La culture du viol consiste à banaliser la promotion public de violeurs condamnés, ou criminels sexuels recherchés -par le biais des médias et des institutions. Ainsi, la promotion de Polanski par le biais d'un hommage publicitaire rendu à lui-même et à ses films ressort pleinement à cette culture. Cette culture intègre aussi les formes variées de négationnisme du viol parmi lesquelles celle que vous ânnonez, qui s'apparente tantôt à de la pure bêtise ressassant en boucle quelques répugnants clichés, tantôt à une volonté lugubre, onaniste, de souiller les victimes par le déni du crime subi. Les œuvres sont sans importance, mon pauvre Le Loup, la seule chose qui compte c'est de libérer la vie, de la chérir, d'en prendre soin. Comment un Polanski pourrait le comprendre?

Yann Leloup
31/10/2017 à 18:39

Maccarthysme moral
Vincent de Moro-Giafferri, avocat célèbre et homme politique français : "L'opinion publique est une catin qui ne devrait jamais franchir la porte de nos prétoires."

La culture du viol n'existe pas car on n'apprend pas à violer sinon dites où ? Roman Polanski est seulement accusé et non condamné. En matière de loi, il faut prouver et ce dans n'importe quel tribunal. Et hélas pour vous, Roman Polanski est d'abord un grand cinéaste et il est normal de célébrer son oeuvre.

Par contre en défendant Jacqueline Sauvage, une meurtrière condamnée par la justice , vous faites la culture du meurtre, voire de la peine de mort. Et Jacqueline Sauvage est connu seulement pour son crime. Evidemment, il vous sera difficile d'argumenter.

culture du viol : la retrosp' continue
31/10/2017 à 13:26

Bah, rdv à la Master class animée par Bonnaud, y'aura semble t-il l'artiste, hein, pas son double, l'homme de la rue, le violeur, lui il restera avec Le loup dans le bureau du directeur, le temps que l'artiste s'exprime. Avec eux y aura Céline et Heidegger, ils pourront causer antisémitisme. Hier c'était qu'un début, la rétrosp' continue ! Et tout ça, malgré les cultureux du viol, dans la joie!

SÉANCES À VENIR

RÉTROSPECTIVE ROMAN POLANSKI
Samedi 4 novembre 2017, 14h30 - Salle Henri Langlois → 18h10 (218 min)
The Ghost Writer (Roman Polanski / France-Allemagne-Grande-Bretagne / 2009 / 128 min / DCP / VOSTF)
Polanski par Polanski : une leçon de cinéma (90 min)

Yann Leloup
31/10/2017 à 12:26

Youhou et Cool
Eh oui, Polanski est un grand cinéaste, ne vous en déplaise. Il n'y a pas de culture du viol, on n'apprend pas aux gens à violer. Encore un terme inventé pour faire peur.
Il y avait hier plus de personnes dans la salle que dehors. Ca pour insulter, vous savez le faire et animaliser les gens comme on animalisait les juifs derrière vos anonymats. Même procédé.
On voit un film. Interdisez Céline, Heidegger, Gide, Montherlant, Simone de Beauvoir et Sartre quand ceux-là promouvaient la pédophilie dans les années 70 etc. N'oubliez pas de mentionner que vos copines féministes font libérer Jacqueline Sauvage, une meurtrière condamnée par la justice !
Heureusement la rétrospective aura lieu !

Plus

votre commentaire