Cannes 2017 : Critique à chaud de D'après une histoire vraie, le dernier Roman Polanski

Chris Huby | 27 mai 2017
Chris Huby | 27 mai 2017

Le double maléfique est devenu un genre en soi. Possession, Obsession, La double Vie de Véronique, le 7e art s'est souvent prêté à des déclinaisons plus ou moins réussies selon les metteurs en scène derrière la caméra. 

Delphine est l’auteur d’un roman intime et consacré à sa mère, devenu un best-seller. Déjà éreintée par les sollicitations multiples et fragilisée par le souvenir, Delphine est bientôt tourmentée par des lettres anonymes l'accusant d'avoir livré sa famille en pâture au public. La romancière est en panne, tétanisée à l'idée de devoir se remettre à écrire. Son chemin croise alors celui de Elle. La jeune femme est séduisante, intelligente, intuitive. Mais que veut-elle vraiment ?

 

Photo Eva Green Emmanuelle Seigner

 

GHOST WRITER 

Roman Polanski adapte avec Olivier Assayas le roman éponyme de Delphine de Vigan, c'est un choix qui paraissait assez logique lorsque l'on connaît les intérêts du metteur en scène pour la schyzophrénie et les thématiques du miroir déformant. Polanski a cru bon de s'attaquer à un best seller français, choix qui lui permet en outre de continuer à tourner avec des petits budgets. Le réalisateur franco-polonais subit en effet le départ de nombre d'investisseurs suite à l'échec commercial d'Oliver Twist. Malgré lui, il revient donc à ses thématiques originelles que l'on avait tant apprécié dans Répulsion ou Le couteau dans l'eau.

 

Photo Emmanuelle Seigner

 

Pourtant, il est très difficile de défendre ce dernier film. La faiblesse de l'intrigue et son adaptation sont surprenantes de la part de quelqu'un qui a une telle carrière. Au bout de quelques minutes, le principe même du simili twist est grillé par ceux qui ont un peu de flair ou qui comprennent les atelages d'une telle écriture. Il aurait fallu développer ce point de départ pourtant passionnant sur le papier. Mais plutôt que d'essayer de tirer le spectateur vers le haut, Polanski enchaine les séquences prévisibles à la limite de la caricature, avec même quelques moments d'une ringardise outrancière comme les rêves de l'héroine atrocement filmés. On cherche en vain le talent du metteur en scène de légende dans ce gros chabrot et on finit par abandonner l'héroine à son récit autocentrée tant on finit par s'ennuyer. C'est un résultat déjà mille fois vu et on est très étonné d'un tel manque d'originalité dans le traitement.
 

Photo Eva Green

 

UN COUTEAU AU FOND DE L'EAU

Se pose aussi la question de la direction générale et artistique. La photo et le découpage sont d'une platitude marquante surtout lorsqu'on connaît la rigueur et la travail habituel d'un tel réalisateur par le passé. Ici, rien ne fonctionne, le rythme est mou, l'image est moche, le découpage proche d'un exercice télévisé. Et que dire de l'interprétation ? Passons sur les apparitions gênantes de Josée Dayan et d'Elisabeth Quin pour essayer de nous concentrer sur les deux personnages principaux campés par Emmanuelle Seigner et Eva Green.
 
 

Photo Eva Green, Emmanuelle Seigner

 
Pour cette dernière, c'est une vraie bonne surprise de la voir revenir jouer dans un film en langue française, et Eva Green, quoi que l'on pense de sa carrière aux Etats Unis, continue d'irradier l'écran par sa beauté et sa présence toute en nuances. Toujours est-il que son personnage reste creux et malheureusement surdirigé, quelque chose manque dans l'écriture et sa tonalité sonne faux dès le début. Quant à Emmanuelle Seigner, qui joue le rôle d'une écrivaine au bout de sa vie et en plein doute, on ne pourra comparer sa performance qu'à celle d'une intermittente qui complète ses heures en faisant une présentation des rayons de sauces italiennes dans un supermarché. C'est un désastre. Rien ne vient soutenir son personnage dans l'écriture initiale, certes, mais on cherche encore la moindre lumière qui auraît pu éclairer cette oubliette d'interprétation. La magie ne prend donc pas et c'est l'immense faiblesse du film.

 

Photo Eva Green

 
Le long métrage ne propose en outre rien de neuf et empile clichés sur clichés au point que l'on se demande si le film n'a pas été volontairement bâclé au regard de sa fin abrupte et étrangement réalisée. Le film a été présenté en hors compétition au festival de Cannes 2017, la production commencait à peine 6 mois plus tôt. Mais faut-il vraiment chercher des raisons pour expliquer un tel ratage ? 
 

Hitchcock, dont l'ombre plane sur l'influence du film, avait le génie du choix de ses interprètes. Même dans ses films les plus mineurs, il savait identifier les comédiennes qui pouvaient apporter ambiguités et rigueur. De l'influence du maitre, il ne reste malheureusement qu'un souvenir que Polanski devrait repotasser pour son prochain film. Une immense déception donc, espérons que ce grand metteur en scène se remette à choisir des projets à sa hauteur.  

 

Affiche

 

commentaires

corleone
28/05/2017 à 13:22

Eva Green, la 9eme merveille du monde(la 8eme c'est moi bien sûr)

yellow submarine
27/05/2017 à 15:44

Emmanuelle Seigner: je ne comprendrais jamais que cette actrice mono expressive tourne encore

Dirty Harry
27/05/2017 à 15:03

Zut. Mon film le plus attendu de la croisette semble bien peu maitrisé (une baisse de régime ?). Je savais qu'il souhaitait adapter "le Double" de Dostoievski avec Travolta qui fit sa diva et capoté le projet mais le thème lui était cher ("Le Locataire" bien sur...). Un script qui a l'air d'être torché par des égos prétentieux plus que par de réels passionnés, reste le casting qui m'enchante au plus haut point.

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