Blade Runner : et si on faisait le point sur toutes les différentes versions de ce monument ?

Créé : 2 octobre 2017 - Geoffrey Crété
Photo Affiche Blade Runner
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Retour sur les multiples versions de Blade Runner de Ridley Scott.

Sept versions. Le classique de Ridley Scott adapté du livre de Philip K. Dick a eu une vie compliquée, de sa sortie initiale en 1982 (un échec au box-office avec environ 33 millions de recettes pour un budget de 28) à ses multiples éditions vidéo, créant autour de Blade Runner un nuage de mystère et de classique obscur pour certains spectateurs.

Alors que Denis Villeneuve rouvre les portes de cet univers fantastique avec Blade Runner 2049, avec à nouveau Harrison Ford, l'occasion est trop belle pour ne pas revenir sur ce chef d'œuvre de la science-fiction, qui hante encore trente ans après l'imaginaire des cinéphiles.

 

Affiche

 

VERSION 1 : LA VERSION WORKPRINT

Durée : 113 minutes

Il y a d'abord la version workprint : la version du film utilisée lors de la post-production (le premier montage de Ridley Scott, uniquement montrée au studio, avoisinait les quatre heures), et montrée lors des premières projections-test en mars 82. C'est suite aux retours négatifs de ces premiers spectateurs que le studio remontera Blade Runner.

Différences principales : titre différent, texte d'introduction absent avec seulement une définition des Replicants affichée, moins de gros plans de l'oeil sur la ville, Gaff qui insulte Deckard lorsqu'ils arrivent au QG de police, Bryant explique que non pas un mais deux Replicants sont morts électrocutés, pas de séquence de rêve de licorne lorsque Deckard joue du piano, montage différent de la mort de Batty et voix-off de Deckard qui explique l'avoir regardé mourir toute la nuit, pas de happy end.

 

photo Harrison Ford, Daryl Hannah

 

VERSION 2 : LA PREVIEW DE SAN DIEGO

Une version perdue, d'une durée peu précise, montrée en mai 82 lors d'une unique projection preview à San Diego, au Cinema 21. Le montage est très proche de la version sortie en salles aux Etats-Unis, à l'exception de trois scènes qui n'ont depuis pas été réutilisées.

Différences : une présentation de Roy Batty dans une cabine VidPhon, Deckard qui recharge son arme après que Roy lui ait brisé les doigts, un plan de Deckard et Rachel s'éloignant vers un coucher de soleil (de quoi connecter au happy end).

L'absence de ces plans dans toutes les éditions depuis semble indiquer qu'ils sont perdus, ou inutilisables.

 

Photo Rutger Hauer

 

VERSION 3 : LA VERSION AMERICAINE

Durée : 116 minutes

La version sortie dans 1290 salles américaines le 25 juin 1982. La version originale officielle donc.

La grande différence est la fin, surnommée happy end depuis puisqu'elle montre Deckard et Rachel s'enfuir dans la nature. Si une fin de ce type avait été présente dans quelques versions du scénario, Ridley Scott ne voulait pas clore l'histoire de cette manière. C'est le studio qui a rajouté la séquence, contre son avis et avec un Harrison Ford lié par contrat.

Différences : plan du spasme de la main de Roy, happy end avec voix off de Harrison Ford. Gaff laisse Deckard et Rachel s'enfuir, et le héros annonce qu'elle survivra.

Ridley Scott n'a pas tourné cette fin, montée grâce à des plans non utilisés de Shining que Kubrick a accepté de laisser utiliser. La voix off a été enregistrée parce que le public des projections-test disait avoir du mal à comprendre le film. Ford sera le premier à déclarer qu'il trouve l'idée très mauvaise.

 

 

VERSION 4 : LA VERSION INTERNATIONALE

Durée : 117 minutes

Une version sortie en Europe, similaire à la version américaine mais avec des plans plus violents.

Différences : la mort de Tyrell est plus graphique (plans des pouces de Roy dans ses yeux avec plus de sang), l'affrontement entre Deckard et Pris est plus violent (plans des doigts de Pris dans son nez, Deckard lui tire dessus trois fois et non plus deux, elle remue de manière hystérique après avoir été abattue), plans de Roy avec un clou dans la main. 

 

Photo Sean Young

 

VERSION 5 : LA VERSION TV

Durée : 114 minutes.

Diffusée une première fois le 8 février 1986 sur CBS, qui a remonté le film pour atténuer la violence, la nudité et d'autres mauvaises choses selon les réglementations ("Christ", "goddamn", "fucker", les seins de Zhora). A l'époque, Blade Runner a été précédé d'un message qui présentait l'univers, et insistait sur le fait que Deckard n'était pas un Replicant. 

Différences : le texte d'introduction est lu en voix off (pas celle de Harrison Ford), et comporte quelques différences.

 

Photo

 

VERSION 6 : LA DIRECTOR'S CUT

Durée : 116 minutes

La version approuvée par Ridley Scott en 1992 est née suite à un mauvais coup de la Warner. En octobre 89, Michael Arick, un spécialiste de la restauration des films, tombe par hasard sur la copie 70mm de Blade Runner. Enchanté par la découverte, le cinéma Cineplex Odeon Fairfax demande au studio la permission de projeter le film en mai 90. Découvrant qu'il s'agit d'une version différente de celle sortie en salles (il s'agit en réalité de la toute première, la workprint), la Warner décide de créer l'événement dans une quinzaine de salles en parlant de la director's cut.

Sauf que Ridley Scott n'a pas du tout validé cette version, et déclare publiquement que ce n'est pas la director's cut - citant notamment un montage non définitif, l'absence d'une scène importante et de la musique de Vangelis pour le climax, avec un morceau de La Planète des singes composé Jerry Goldsmith à la place. Le studio annule quelques projections pour réagir.

Face au mécontentement de Scott et surtout à l'engouement du public face à ces séances, la Warner décide de lancer une véritable director's cut pour une ressortie en salles en 92. Michael Arick est chargé de la monter, encadré par Ridley Scott (qui envoie ses notes) et l'assistant monteur du film, Les Healey. 

 

Photo

 

Différences principales : les voix-off de Deckard retirées, ajout de la séquence de rêve de la licorne (la version prévue à l'origine par Scott étant inutilisable, une autre sera montée), suppression du happy end imposé par le studio.

 

Harrison ford

 

VERSION 7 : THE FINAL CUT

Durée : 117 minutes

La version 100% validée par Ridley Scott qui a cette fois-ci pu la gérer lui-même. Une version remasterisée, avec un travail sur les effets et le son, qui a permis de découvrir des détails dans l'image. Le réalisateur a retravaillé le film et le montage par petites touches à de nombreux endroits.

Différences principales : l'introduction a été retravaillée de manière quasi imperceptible, le rêve de la licorne en entier pour la première fois, et en version restaurée (avec Deckard éveillé, ce qui était l'intention initiale de Scott). Rajout de tous les plans dits violents de la version européenne, coupés à l'origine dans la version pour les Etats-Unis.

Ridley Scott a également retourné des plans de la mort de Zhora, incarnée par Joanna Cassidy. En 1982, la scène avait été tournée avec une doublure, et Scott n'était pas entièrement satisfait des images. En 2007, il filme donc Cassidy, de retour dans son costume, qui répète les mouvements de la doublure sur fond vert. Son visage a ensuite été rajouté sur la séquence.

 

Photo Joanna Cassidy

 

La version Final Cut est ressorti en salles pour les 25 ans du film, avec une large édition en DVD, HD DVD et Blu-ray. Le coffret inclut la version workprint, la version américaine, la version internationale, la version director's cut remasterisée, la version final cut, et des heures de bonus.

Beaucoup de versions pour finalement peu de points majeurs ou exceptionnels donc, la chose se résumant finalement à une version cinéma plus lourde, dictée par un studio peu sûr de lui, et une version plus noble et complexe conçue par le réalisateur.

Une assurance néanmoins : Blade Runner 2049 ne devrait pas avoir la même vie, puisque Denis Villeneuve soutient la version qui sortira en salles (de 2h31 sans générique). Que le cinéaste ait au préalable affirmé ne pas avoir le director's cut pour autant nuance l'opposition parfois caricaturale et simpliste entre les méchants producteurs et les artistes malmenés.

 

Poster 2015

commentaires

Laurent 14/10/2017 à 09:53

Bon , ayant - grace à vous autres zexperts - découvert toutes ces versions je reste accro à celle de 82 avec le happy end . Sur Arte j'ai eu sans doute la director's cut ou whatever et sur youtube on a bien la 82 mais pas possible (e l'ai "payée ) de la télécharger . Ma question : où peut-on se procurer le dvd de a 82 sans erreur possible ??? merci si vous avez la solution .. je ne vais pas acheté le luxueux coffret avec toutes les versions ... -:(

Tyler 13/10/2017 à 19:46

Il y en a beaucoup qui ont du mal avec le fait de trouver le film culte mais pour beaucoup d'entre nous ce film a fait son effet. Je suis plutôt jeune (1991) mais j'ai eu la chance de jouer au jeu Blade Runner en 1999, Quelle immersion dans cet univers qui semble pré-apocalyptique ! Puis le film que j'ai vu dans la foulé à fini d'enfoncer le clou sur l'admiration que j'ai pour cette oeuvre. Quand on est enfant, se faire poursuivre par un répliquant Nexus 6 presque invincible ça vous laisse pas de marbre ^^

rararararara78787878 10/10/2017 à 20:04

j'ai vraiment l'impression d’être l'un des seul à trouver ce film ennuyant ... Ok les effets spéciaux sont plutôt sympa pour l'époque les décors cyberpunk plutôt cool mais c'est tout , le scénario est basique , l’enquête sans suspens et le coté métaphysique et le questionnement " les robots peuvent t-ils développer des sentiments humains " sont traiter de manière complétement bancal. Comme quoi tout les gouts sont dans la nature

Head 07/10/2017 à 13:23

@miaoumiaou
Il faut se remettre dans le contexte de 1982. Je me souviens avoir vu le film "par hasard" sans en connaitre son existence auparavant. Ce fut un choc. Des décors magnifiques renforcés par l’ambiance voulue par Ridley Scott (et inversement), une musique qui ajoute de la profondeur à l'ensemble, je n'avais pas encore vu un film capable de me faire cet effet.
Aujourd'hui, ces souvenirs me permettent de continuer à aimer ce film comme un des meilleurs que j'ai vus.

miaoumiaou 03/10/2017 à 13:30

J'ai vu pour la première fois ce film dimanche en blu-ray....je l'attendais à un chef d'oeuvre vu ce que j'avais entendu sur ce film.......c'est juste un film super banal de SF, l'histoire est très simpliste...Bref.....Je verrais la suite mercredi mais franchement il n'est pas aussi top et culte qu'on croit en tout cas pour moi

Geoffrey Crété - Rédaction 02/10/2017 à 21:22

@Kouak

On ne dit pas que le studio n'en a pas profité et tiré sur la corde au fil des années et des éditions (on dit même le contraire dans l'article). Simplement : la machine a été lancée d'abord par les fans. Fans qui aiment un film qui n'a pas marché en salles = studio qui flaire un bon coup = film réhabilité et sauvé par un peu d'investissement.

S'habituer aux éloges ?
HA. HA.
AUCUN risque qu'on ne s'habitue aux gentils messages vu l'énergie contraire qui flotte au quotidien sur le site ;)

Weekly 02/10/2017 à 21:20

À noter que pour la version "final cut" la colorimétrie du film a été fortement revue (le film apparaît beaucoup plus "bleu" que les autres versions), et que certains plans ont été très fortement modifiés numériquement : envol de la colombe, premier plan sur le visage de Roy, etc...

Kouak 02/10/2017 à 21:04

@GC
Mouais...
Pour un major «engouement du public» égal pépètes...
Bref...
Je veux bien y croire...
Par contre votre article est d'une nullité affligeante, servant à rien, sinon à une autosatisfaction déplacée de petit critique ayant rien à se mettre sous la dent en ce lundi...
Nan je déconne !
Je ne voudrai pas que vous vous habituiez trop facilement à tant d'éloges...
Bel article ,en effet ,qui m'a appris des choses sur la conception et la post production de ce long métrage...
Je le rappelle pour la Xème fois, dimanche 8 ,Arte, directors cut,(validée par Scott je suppose) suivie d'un doc sur le monde de Dick...
@+

Geoffrey Crété - Rédaction 02/10/2017 à 20:20

@phil @Nostalgique

Et bien, un grand merci à vous !
Ça réchauffe toujours le coeur de la rédaction de lire ce genre de choses ;)

@Kouak

Si la Warner a décidé de lancer ces versions, et notamment la director's cut, c'est pour réagir à l'engouement du public et au statut de film culte qu'a gagné Blade Runner au fil des années (voir le succès des projections présentées comme director's cut en 1990).
Ce sont donc plutôt les spectateurs qui ont dicté ça, car un studio dépense rarement de l'argent pour essayer de "sauver" un échec en salles.

Nostalgique 02/10/2017 à 19:02

Ce dossier transpire à grosses gouttes la passion pour le 7eme art... Merci les amis pour ce formidable boulot. J'ai vu les versions 92 et 2007 et c'est le director'cut qui est pour moi le vrai Blade Runner. Rdv dans quelques jours.

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