Wind River : critique glaciale

Mise à jour : 20/08/2017 18:57 - Créé : 1 août 2017 - Geoffrey Crété

C'est les retrouvailles entre les Avengers Jeremy Renner et Elizabeth Olsen, mais c'est surtout les premiers pas de réalisateur de Taylor Sheridan depuis qu'il a gagné une notoriété folle. Méconnu comme acteur, avec notamment un rôle dans la série Sons of Anarchy, Sheridan a explosé comme scénariste : d'abord avec Sicario, thriller brûlant de Denis Villeneuve avec Emily Blunt et Benicio Del Toro, puis avec Comancheria, porté par Chris Pine et Ben Foster. Avec Wind River, qu'il signe comme réalisateur et scénariste, il passe une nouvelle étape.

 

Affiche française
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SICARIO BIS

Même le nom des héroïnes (Jane Banner ici, Kate Macer chez Denis Villeneuve) le trahit : Wind River ressemble un peu trop à Sicario. Dans les deux cas, il est question d'une jeune agent du FBI, idéaliste et déterminée, qui plonge dans un monde qu'elle connaît peu pour une mission périlleuse, épaulée par une figure masculine sauvage et opaque. Elle en ressortira transformée, ses convictions et sa vision claire de la vie et de son métier ayant été violentés par la réalité. 

Comme dans Sicario et Comancheria, tous deux écrits par Taylor Sheridan, la trame est simple. L'approche du genre est claire, et le scénariste est mû par une admiration et un respect évidents pour les codes, qu'il préfère appliquer avec précision, plutôt que les tordre et les renouveler. Wind River, sa première réalisation sérieuse (il a réalisé un micro-budget en 2009, un film d'horreur intitulé Vile, mais considère que celui-ci est son premier vrai film et a insisté pour que le mot passe dès Sundance) ne surprend donc pas de ce côté-là. En revanche, le film porté par Jeremy Renner et Elizabeth Olsen se révèle étonnamment sobre et simple. En ça, il se démarque grandement de Sicario et Comancheria. Et en ça, il risque de décevoir.

 

Photo Jeremy Renner, Elizabeth Olsen

 

FARGO-ISÉ

Après le désert de la frontière mexicaine et du Texas, direction les contrées enneigées et isolées du Wyoming pour Wind River, qui tient son nom d'une réserve indienne. Le soleil frappe des étendues aussi grandes et effrayantes, où la mort rôde aussi. Ici, elle prend la forme classique d'une enquête : le cadavre d'une Indienne de 18 ans est retrouvé au milieu de la nature., sans chaussures et les poumons glacés. Chargée d'enquêter pour le FBI, Jane Banner (Elizabeth Olsen) demande à Cory (Jeremy Renner), figure locale spécialisée dans la traque de prédateurs, de l'aider.

Dès la première demi-heure, l'écriture solide de Taylor Sheridan est à l'œuvre. L'arrivée de l'héroïne, littéralement désarmée face à l'hostilité du décor, et le regard que posent sur elle les autochtones, sont d'une efficacité bienvenue. Il suffit d'une scène, comme celle où Jane s'habille sous les yeux d'une femme austère, pour installer le personnage et l'ambiance. Sheridan n'est pas dans l'esbrouffe ou la révolution : les motifs sont très simples, très familiers, mais il les manie avec talent pour raconter son histoire.

 

Photo Elizabeth Olsen

 

Comme dans Sicario et Comancheria, la rencontre avec l'altérité est un moteur dramatique majeur. Que ce soit entre cette procédurière et ce chasseur, entre l'Amérique moderne et les territoires quasi abandonnés, les règles officielles et la loi de la jungle glacée, la culture indienne et celle des "étrangers", Wind River repose sur ces contrastes. L'opposition entre Jeremy Renner (qui a remplacé Chris Pine), particulièrement à l'aise dans un rôle si muet et intériorisé, et Elizabeth Olsen, qui porte avec un fragilité de circonstance ce rôle, fonctionne parfaitement.

D'autant que Sheridan a le mérite de résister aux écueils du genre. Pas d'amourette en avance rapide, pas de résolution absolue des enjeux, pas de pirouette grotesque pour refermer l'histoire personnelle de Cory : la sobriété est le fil conducteur du film, à tous les niveaux. Si le scénario se retrouve plusieurs fois face au mur, avec des scènes trop évidentes qui indiquent le sens de la lecture au spectateur, Wind River marche avec adresse sur un fil ténu. Un équilibre propice aux émotions fines et silencieuses.

 

Photo Jeremy Renner

 

MORTELLE RANDONNÉE

Néanmoins, Wind River met en lumière les limites de Taylor Sheridan derrière la caméra. Son premier film "officiel" est d'une clarté telle que le réalisateur semble n'avoir aucun intérêt pour le moindre suspense. Un flashback posé au milieu du troisième acte viendra ainsi éclairer toutes les zones d'ombre de l'intrigue, avec une lampe torche surpuissante qui en gomme toutes les aspérités. L'enquête se résumera ainsi à deux indices et trois étapes d'une simplicité folle, qui donneraient presque un air comique à certains dialogues ("Comment peut-on espérer résoudre une telle enquête avec si peu de gens et dans un territoire si grand ?").

Cette construction est particulièrement dure vis-à-vis du personnage féminin, pauvre outil dramatique au service du chasseur. Loin d'avoir une trajectoire aussi satisfaisante que l'héroïne de Sicario, Jane manque cruellement de place pour exister. Malgré quelques beaux moments, elle reste désespérément au second plan, alors que le film semblait promettre autre chose.

Mais il manque surtout à Wind River une ampleur cinématographique et une dimension dramatique. Sur le papier, Sicario et Comancheria étaient des films on ne peut plus classiques : l'instinct poussait à imaginer que c'était la mise en scène de Denis Villeneuve et David Mackenzie qui en avaient tiré des œuvres si marquantes. D'une sobriété sèche qui frôle parfois la platitude, Wind River le confirme. Hormis une scène de fusillade en deux étapes, bien emballée et plus forte que le climax, il n'y pas de moment saisissant. Parce qu'il lui manque ce trouble, cette étrangeté et cette force, le premier gros film de Taylor Sheridan laisse le loisir d'admirer toutes ses coutures. Et donc, toutes ses limites.

 

Affiche

  

Résumé

Comme les précédents scénarios de Taylor Sheridan, Sicario et Comancheria, Wind River reprend des codes très classiques. Mais contrairement aux œuvres de Denis Villeneuve et David Mackenzie, le premier film réalisé par le scénariste désormais célébré manque d'envergure, de dimension tragique et cinématographique. Reste alors un thriller sobre et épuré, bien emballé, qui tire une certaine force de sa mécanique maîtrisée et de son cadre cinégénique.

commentaires

Raiden 04/08/2017 à 01:22

Comment vous osez voir un film avec une bimbo qui n'est bonne qu'a avoir une grosse pair de sein et un jeu d’acteur d'une enfant de 5 ans
Une catastrophe cette Elizabeth Olsen...

Flash 02/08/2017 à 07:51

La bande annonce était alléchante, même si le choix du sous Steve Mc Queen et de la médiocre Olsen comme casting principal m'a fait tiquer.
Cette chronique m'a un peu refroidi sur l'envie de voir ce film.

Greg 02/08/2017 à 04:22

Arf... Damn it... Pas évident de franchir le palier scénariste - réal.
Surtout avec 2 films unanimement reconnus, tels que Sicario et Comancheria, sur le CV. La pression est grande !
Bon, il me tarde quand même toujours autant de le voir pour me faire mon avis !!

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