Message from the King : critique dans la gueule

Mise à jour : 18/09/2018 17:28 - Créé : 15 septembre 2017 - Simon Riaux

En 2014, Fabrice Du Welz sidérait avec un Alléluia habité, transposition frenchy des Tueurs de la lune de miel, qui retrouvait l’éclatante viscéralité de Calvaire, son premier film. Il est ensuite revenu à Beaune,avec Message from the King, une des très belles claques de la sélection 2017, sa première incursion en territoire américain, pour laquelle il nous immerge dans un Los Angeles au bord de l’implosion.

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UN JEU RIGOLO

Nous y suivons Jacob King, jeune homme venu d’Afrique du Sud pour retrouver sa sœur, dont il est sans nouvelles depuis qu’elle lui a adressé un appel à l’aide désespéré. Comprenant bien vite que sa cadette a été torturée puis massacrée, Jacob remonte la piste de ses bourreaux et laisse derrière lui autant de mâchoires démantibulées que de corps désarticulés. Avec son pitch dégraissé jusqu’à l’os, Message from the King se place dans la lignée des revenge movies des années 70, dont il adopte religieusement le programme et les codes.

Il faut dire qu’ils vont comme un gant à Du Welz, qui épouse littéralement la forme et les codes du genre. Ainsi, son amour d’une image organique, avec un grain extrêmement présent, des noirs puissants, nous immerge dans un monde de pur cinégénie. On n’avait plus vu les bas-fonds de la Cité des Anges sur pellicule depuis trop longtemps, et le plaisir d’arpenter aux côtés Jacob ses ruelles tantôt baignées d’une chaleur étouffante, tantôt battues par une pluie brûlantes est saisissant.

 

Photo Chadwick BosemanChadwick Boseman

 

De même son goût pour les caractères et sentiments emprunts d’absolus colle parfaitement avec la caractérisation des personnages qu’exige le projet. Qu’il s’agisse de l’amour heurté du héros pour sa sœur, de la pureté pulvérisée d’une femme à la dérive ou de la dépravation totale d’un producteur de cinéma, il convoque tous ses archétypes avec une sincérité évidente, qui le protège et de l’hommage goguenard et du délire réac, qui guettent toujours ceux qui s’aventurent sur le terrain de productions aussi référentielles que sévèrement burnées.

 

Photo Luke EvansLuke Evans

 

A COUPS DE CHAÎNE DE VELO

Pour autant, le cinéaste ne s’efface jamais totalement derrière l’héritage qu’il revisite. Fabrice Du Welz injecte ainsi à nouveau son amour des monstres, on pense bien sûr à l’animalité brute de Chadwick Boseman, mais aussi à la cour décadente et carnavalesque d’Alfred Molina. Du côté du montage, on retrouve également sa patte, tant le récit réserve de discrètes mais impactantes digressions, à la faveur d’une séquence d’hallucination, ou lors d’une fête aux airs de cour des miracles, jusqu’à l’attention portée par la caméra à la mâchoire mutilée d’un homme de main revêche.

 

Photo Chadwick BosemanVous avez dit charisme ?

 

Autre marque évidente de sa patte : il va à l’essentiel, nous épargnant au maximum intrigues secondaires et séquences explicatives. Le récit ne lâche quasiment jamais son protagoniste principal et fait corps avec lui. Le spectateur, qui n’a jamais de coup d’avance sur ce point d’ancrage enragé en embrasse ainsi les affects et la colère, propulsé au cœur d’une intrigue

Si l’on retrouve donc les monstres transis - d’amour, de haine, de peur - qu’affectionne le metteur en scène, c’est également grâce à son impeccable casting. Véritable boulet de démolition, Chadwick Boseman est un pur bloc de charisme, entouré d’une Teresa Palmer juste et magnétique en mère broyée par une cité carnassière, tandis que Luke Evans s’efface impeccablement derrière son rôle d’aristo de la veulerie.

 

Photo Chadwick Boseman, Teresa PalmerDiner sans chandelle

 

UN JUSTICIER DANS LA VILLE

Message from the King s’impose ainsi comme un concentré de cinéma énervé et old school, ni plus ni moins, mais dont la foi dans son récit et ses thèmes fait un bien fou. En ne prétendant jamais être au chose que ce qui lui dicte son programme, sans jamais céder aux sirènes de l’époque en matière de mise en scène ou de fabrication, le récit gagne une force remarquable, qui lui confère des airs de véritables cadeau pour tout amateur de pelloche sanguine et ramassée.

Bien sûr, on sent ici et là les limites de l’exercice, tant le film ne peut prétendre à la profondeur ou aux vertiges esthétiques qui firent la réussite de Calvaire ou Alléluia, mais ce n’est pas l’enjeu du projet. De même, on comprend, devant la fragilité d’une poignée d’ellipse, la rugosité parfois un peu bordélique de quelques bastonnades, que le métrage s’est fait dans une relative urgence et avec des moyens modestes.

Le fait que le réalisateur soit monté à bord de l’aventure très tardivement explique peut-être ses rares scories, qui ne suffisent pas à entamer l’énergie déployée dans cette belle vendetta.

 

 

Affiche

Résumé

Brutal et dense, cette série B qui fleure bon la vengeance old school est une lettre d'amour aux amateurs de cinéma énervé et malpoli.

commentaires

Raoul 17/09/2018 à 11:49

Boseman, c'est surtout une performance mythique dans Gods of Egypt, un des plus mauvais films de tous les temps, où il joue on ne sait quoi.

Phil 16/09/2018 à 23:36

Je viens de voir à l’instant le film que je souhaitais voir au cinema, mais manque de temps je n’ai pu et je l’ai, par la même occasion, completement zappé. Que dire sur ce film? Vraiment pas mal dans un premier temps. L’image est sombre et ça colle bien à l’ambiance. On ne lache quasi jamais le protagoniste, ce qui donne une bonne immersion. Il manque certainement quelques lignes dans le scenario car bien rapide tout ça, mais ça reste un film non prétentieux, qui va droit au but. Un peu previsible quand même mais j’ai vraiment bien aimé. Je ne connaissais pas le real, je regarderais surement un de ses jours un autre de ses films. Merci encore EL pour m’avoir rappelé de voir ce film et pour votre critique ou je suis en accord a 90%.

Boddicker 16/09/2018 à 21:41

Chacun ses goûts et je respecte la critique mais moi non plus je n'ai pas vu le même film, j'ai du voir le boring pretentious waste of time's cut.
Ce cinéaste est sursurestimé, même calvaire c'était déjà franchement bof... j'ai oublié tous ses films avant la fin de leurs génériques.
D'ailleurs, je vais me faire des amis :), j'ai aussi halluciné en voyant "You were never really there" dans le genre poseur, prétentieux "arty je t'embrouille" mais vide de tout et encore plus inutile que cette grosse pignolade de "only god forgives", vu les critiques je me suis encore trompé de version... ah oui ça devait être la version Weinstein!
Cheers bitches :D

pepe 16/09/2018 à 15:02

On n'a pas dû voir le même film car entièrement d'accord avec la critique !

Dirty Harry 16/09/2018 à 10:53

euh...vous le surestimez pas un peu trop ce film ?

Ludwig Van 16/09/2018 à 00:57

Ce film est une daube infâme. Simon Riaux dans les cordes...

Hank Hulé 15/09/2018 à 23:45

Un poil chiant ce film

Patrick 05/09/2017 à 17:11

Du Welz déçoit sur ce coup-ci.

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