Ghost in the Shell : critique robotique

Simon Riaux | 12 décembre 2021 - MAJ : 12/12/2021 14:02
Simon Riaux | 12 décembre 2021 - MAJ : 12/12/2021 14:02

Ghost in the Shell, ce soir à 21h05 sur W9.

Après des mois de polémiques variées et de promotion intense, Ghost in the Shell avec Scarlett Johansson débarque sur les écrans du monde entier, avec l’ambition affichée de  donner naissance à une nouvelle lucrative franchise. Hollywood peut-il digérer une œuvre aussi dense et révérée ?

TORA TORA TORA

Rarement projet aura semblé aussi risqué, voire kamikaze. Originellement un riche manga signé Masamune Shirow, puis diptyque animé du maître Mamoru Oshii avant de muter en passionnante série, Ghost in the shell est d’une invraisemblable richesse ; un matériau d’une formidable diversité, qui aura fédéré sur le long terme des cohortes de fans allant de l’amateur de science-fiction au spécialiste du cyberpunk, en passant par l’afficionado de réflexion métaphysique jusqu’à l’otaku occidental.

Ces derniers n’avaient d’ailleurs pas manqué de pointer les péchés supposés de l’adaptation qui nous intéresse, à commencer par son whitewhashing, incarné par le casting de Scarlett Johansson (plainte assez curieuse, quand on connaît l’esthétique métissée et kaléidoscopique qui préside à l’univers en question).

 

Photo Scarlett JohanssonScarlett Johansson

 

SHELL A VIE

La première très bonne surprise du film de Rupert Sanders (Blanche-Neige et le chasseur) est donc de parvenir à retranscrire intelligemment et fidèlement une œuvre-monde terriblement complexe. Dès les premières images du métrage, on est ainsi sidéré par le degré de précision déployé par le récit et la direction artistique pour incarner les codes ou identités remarquables qui ont fait l’ADN de Ghost in the Shell. Le moindre accessoire, le plus petit morceau de coursives et jusqu’à certains figurants ont ainsi été reproduits, transcrits, avec un soin maniaque.

Même la polémique artificielle concernant l’occidentalisation du chef d’œuvre séminal est adressée avec une rare intelligence. Vous redoutiez que Scarlett Johansson ne puisse s’effacer pour incarner le Major Kusanagi ? Rassurez-vous, Rupert Sanders accorde avec justesse une grande place à cette problématique, faisant de l’apparence caucasienne du personnage principal un questionnement identitaire fondamental, présenté ici avec une belle acuité.

 

Photo Scarlett JohanssonNon ce n'est pas une pub

 

Autre raison de se réjouir : Ghost in the Shell ne se limite pas à un objet de cinéma fétichiste, conçu pour caresser le fan dans le sens du poil. S’il ne réinvente jamais la poudre, le scénario du blockbuster s’échine simultanément à mener son récit selon un rythme trépidant, collant à la concision qui faisait la force du premier long-métrage, tout en établissant clairement ses enjeux.

Enjeux qui sont parfois trop simplifiés (on y reviendra longuement dans un dossier la semaine prochaine), mais suivent une progression plus cohérente et soignée que la plupart des grosses productions actuelles. Le film ne cherche jamais à sidérer son public, il s’efforce avec réussite de lui permettre de saisir les clefs conceptuelles de l’œuvre originale. En découle une narration très fluide, claire, beaucoup plus maîtrisée que dans le tout-venant du cinéma de divertissement grand public.

 

PhotoTrès bonne intégration de Ghost in the Shell 2

 

GHOST Y ES-TU ?

Pour autant, Ghost in the Shell se casse les dents sur certains écueils inhérents au programme qu’il déroule. Car à trop vouloir dupliquer le canon esthétique établi par Oshii, Sanders se fait trop fidèle. On a beau être ravi de retrouver les Geishas mécanique de Ghost in the shell 2 : Innocence, la combinaison « stealth » du premier métrage ou encore les chiens de Batou, ces duplicatas font du film un produit étrangement daté.

Car le 7ème art n’a pas attendu pour s’inspirer de Ghost in the Shell. Dès Matrix, Hollywood avait entamé le travail de digestion que semble ignorer Sanders. En ne tenant pas compte de la manière dont ces codes ont évolué ces 20 dernières années, le métrage souffre en partie du syndrome John Carter, qui entame grandement sa potentielle modernité. Un sentiment particulièrement vivace lors du dernier acte, très artificiel dans sa volonté de clore les différents arcs narratifs, tout en pavant la voie d'une hypothétique trilogie.

 

Photo Scarlett JohanssonUne scène méga culte, qui passe pourtant assez mal la transposition

 

De même, on comprend rapidement que pour satisfaire le spectateur averti et simplifier le récit, le scénario choisit de gommer une grande part de ses questionnements métaphysiques, en mixant les intrigues du premier anime et de la seconde saison de la série. Un choix qui séduira sans doute les spectateurs en quête d’entertainment mainstream, mais frustrera terriblement ceux qui espéraient retrouver la portée philosophique inhérente à Ghost in the Shell. On est ainsi plus proche d’une relecture cyberpunk de Robocop que d’une réinterprétation des brillants travaux de Shirow et Oshii.

Au final, impossible de ne pas considérer avec indulgence ce Ghost in the Shell pour les nuls, qui ne méprise jamais son public et cherche à démocratiser ses aînés avec une réelle sincérité. Impossible également de ne pas regretter la disparition de ce qui faisait le sens, et donc la grâce, de cet entêtant fantôme.

 

Affiche

Résumé

Ghost in the Shell ne nous prend jamais pour des demeurés et s'efforce de respecter son modèle, quitte hélas à se transformer en écho affaibli et simpliste de l'oeuvre originale.

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Lecteurs

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commentaires
Kyle Reese
13/12/2021 à 09:24

@Domo

GITS l'anime surestimé ? Mais je me marre ! :)
Que l'on préfère le manga, que j'ai lu après coup et que j'aime bien aussi n'empêche en rien d'apprécier le film animé et de le considéré comme un chef-d’œuvre. Je trouve l'anime bien au dessus du manga grâce justement à son coté contemplatif, philosophique, métaphysique. Un film qui questionne l'humain d'une façon si subtile et poétique et mystérieuse là ou le manga est plutôt fun, très très sexy et hyper moderne à l'époque niveau graphique mais niveau profondeur n'atteint jamais les sommets de l'anime avec ses questionnement existentiel vertigineux qui déclenche de sacré émotion malgré son aspect froid. Le film animé est bien plus réaliste, une Motoko à la fois dure et touchante, un univers sombre, opaque proche de Blade Runner, un véritable thriller noir sur fond de hacking et de prise de conscience IA ainsi que guerre cyber politique hyper moderne. Loin des délires très sympa fun du manga. L'anime avec ses persos plus réservés et complexes permet au spectateur de se projeter. Alors certes on peut se perdre dans l'intrigue complexe qui peut rester même opaque aux premiers abords pour certains et même pour moi lors de ma première vision mais justement c'est ce qui fait sa force. GITS garde bcq de mystère comme la plus part des grandes oeuvres de SF. Tout n'est pas explicité, on effleure à peine ce monde froid bourré de technologie ou l'humain s'est perdu totalement dans la cybernétique. D'ou aussi l'intéret de regardé les séries plutôt bien fichues qui ont suivit même si elles n'ont pas le même niveau.
Je pourrais revoir le film, encore et encore, il reste toujours aussi moderne et ce trait de dessin 2d ainsi que l'animation traditionnelle à son sommet le rend intemporel. Sans parler de cette BO, l'une de plus belle que j'ai entendue de ma vie et qui m'a toucher en plein cœur dés le superbe générique. Une fois entendue elle ne nous quitte jamais plus. Bref une très grande œuvre, un chef d’œuvre en aucun cas surestimé. Mamoru Oshi a capté l'essence même du manga et à mis de coté tout le superflu. Quant au film live, j'en ai déjà parlé, trop scolaire, trop de mixe de l'univers GITS, il fallait soit trahir totalement soit être hyper respectueux façon Villeneuve pour Dune mais ne pas faire ce truc hybride qui pourtant n'est pas mauvais en soit mais ne peut satisfaire personne. Et la controverse Scarlett Joahnson est totalement inutile, elle est parfaitement crédible dans le film. Elle est le major. Mais fallait faire une adaptation fidèle à l'anime, en éclaircissant peut être certains points mais c'est tout. GITS l'anime est un véritable joyaux qui étincelle de mille feux. Ce n'est pas pour rien qu'il a accédé au statut de film culte.

Re repeat
13/12/2021 à 07:26

Et j’ajouterais qu’on est treeees loin de Blade Runner

Repeat
13/12/2021 à 06:13

@the moon
Le manga est sortie au début des années 90 en France et compte tenu de sa date de sortie au Japon est pour le coup largement visionnaire bien avant l’anime. Comme expliqué ci-avant, l’anime gomme l’ensemble du côté humoristique et finalement humain de la bd qui rendent les personnages de Batou, du Major et de son chef plutôt attachants tout en ne gommant pas le côté tragique de l’histoire.
Par ailleurs, le dessin des personnages de l’anime et particulièrement du major est laid. Alors oui les décors sont superbes, l’ambiance contemplative et la musique hypnotique….mais effectivement vu d’aujourd’hui c’est surestimé et pas une très bonne adaptation d’un matériel d’origine.
A ce compte le film est mieux

The Moon
12/12/2021 à 22:05

@Domo,
Gits est sortie en 1995, la qualité de l'animation associée à un scénario de qualité, le tout dans un monde futuriste ou internet a fait volé en éclat les frontières...avec de la philosophie que ne renierait pas Dick Deckard.
C'est pas tout les jours que l'on peut voir ça.
Le film n'est pas surestimé.
Il est aussi culte qu'un Blade Runner...

Domo
12/12/2021 à 16:43

Le problème c’est surtout que l’anime est over surestimé. A part être un dégueuli de philisophie de comptoir et un film particulièrement suffisant constamment premier degré, j’ai jamais compris ce que les gens trouvaient à GitS

Ghost in the Shell
12/12/2021 à 14:48

J’ai détesté l’anime qui déjà faisait totalement l’impasse sur l’humour inhérent au manga et rendait les personnages très sympathiques avec des situations hilarantes
Rien de ça n’existe dans l’anime qui de surcroît nous gratifie d’un dessin du major moche comme tout. La métaphysique prend le pas et assèche le cote divertissant du manga ! Reste la musique fabuleuse !
Le film lui est entre les deux avec toutes les simplifications liés à ce style d’exercice et au final je le trouve mieux que l’anime.

zetagundam
12/12/2021 à 14:30

A part d'être joli visuellement le film tente, très maladroitement, d'adapter le 1er film de Mamoru Oshii et de donner une origine au Major Kusanagi.

L'autre problème majeur concerne l'énorme erreur de casting de Scarlett Johansson, non pas par ses origines ethnique ou bien au fait que son morphotype diffère totalement de celui du "véritable" major Kusanagi, mais cause de son surjeu constant et à sa démarche hilarante qui me fait penser un gamin de 6 ans qui tente de marcher comme un catcheur, genre Triple H, qui est déjà en surjeu (mais là cela fait partie du spectacle)

JoeLynn
10/12/2020 à 11:32

Je recommande la vidéo youtube de Nerdwriter1 : "how not to adapt a movie". Il y explique très bien en quoi Rupert Sanders ne semble pas avoir compris l'intérêt du film d'Oshii.

Par exemple, quand Sanders reproduit des plans quasiment à l'identique, il semble omettre systématiquement les éléments qui permettaient au plan de raconter quelque chose en décrivant l'univers de façon purement visuelle.

Morcar
09/12/2020 à 18:25

J'avais vu l'animé original il y a des années, que j'avais trouvé très complexe à l'époque. J'ai maté cette version live sur W9, m'attendant à un échec total, et j'ai été plutôt agréablement surpris. Je l'ai trouvé plutôt sympa, au point que ça m'a fait rêver d'un "Deus Ex" au cinéma (adaptation des jeux-videos).
Est-ce que c'est le fait d'avoir pris de l'âge depuis, mais j'ai trouvé l'intrigue ici beaucoup plus simple à comprendre que ne l'était l'animé. Mais il faudrait que je le revois aujourd'hui pour en juger vraiment.

Dudu
09/12/2020 à 10:42

@Kyle Reese

Je suis bien en accord avec vous ...
Je n'arrive pas à comprendre ce choix de mixer les 3 univers du Ghost 1 avec le 2 et de la série Stand alone complex ...

à l'époque je pensais qu'ils allaient nous sortir un préquel , une bonne histoire profonde sur les origines ... ou bien une suite digne ... mais non, pensez-vous, fallait faire un remake ... !!!!

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