Ghost in the Shell : critique robotique

Simon Riaux | 7 décembre 2020 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Simon Riaux | 7 décembre 2020 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Après des mois de polémiques variées et de promotion intense, Ghost in the Shell débarque sur les écrans du monde entier, avec l’ambition affichée de  donner naissance à une nouvelle lucrative franchise. Hollywood peut-il digérer une œuvre aussi dense et révérée ?

TORA TORA TORA

Rarement projet aura semblé aussi risqué, voire kamikaze. Originellement un riche manga signé Masamune Shirow, puis diptyque animé du maître Mamoru Oshii avant de muter en passionnante série, Ghost in the shell est d’une invraisemblable richesse ; un matériau d’une formidable diversité, qui aura fédéré sur le long terme des cohortes de fans allant de l’amateur de science-fiction au spécialiste du cyberpunk, en passant par l’afficionado de réflexion métaphysique jusqu’à l’otaku occidental.

Ces derniers n’avaient d’ailleurs pas manqué de pointer les péchés supposés de l’adaptation qui nous intéresse, à commencer par son whitewhashing, incarné par le casting de Scarlett Johansson (plainte assez curieuse, quand on connaît l’esthétique métissée et kaléidoscopique qui préside à l’univers en question).

 

Photo Scarlett JohanssonScarlett Johansson

 

SHELL A VIE

La première très bonne surprise du film de Rupert Sanders (Blanche-Neige et le chasseur) est donc de parvenir à retranscrire intelligemment et fidèlement une œuvre-monde terriblement complexe. Dès les premières images du métrage, on est ainsi sidéré par le degré de précision déployé par le récit et la direction artistique pour incarner les codes ou identités remarquables qui ont fait l’ADN de Ghost in the Shell. Le moindre accessoire, le plus petit morceau de coursives et jusqu’à certains figurants ont ainsi été reproduits, transcrits, avec un soin maniaque.

Même la polémique artificielle concernant l’occidentalisation du chef d’œuvre séminal est adressée avec une rare intelligence. Vous redoutiez que Scarlett Johansson ne puisse s’effacer pour incarner le Major Kusanagi ? Rassurez-vous, Rupert Sanders accorde avec justesse une grande place à cette problématique, faisant de l’apparence caucasienne du personnage principal un questionnement identitaire fondamental, présenté ici avec une belle acuité.

 

Photo Scarlett JohanssonNon ce n'est pas une pub

 

Autre raison de se réjouir : Ghost in the Shell ne se limite pas à un objet de cinéma fétichiste, conçu pour caresser le fan dans le sens du poil. S’il ne réinvente jamais la poudre, le scénario du blockbuster s’échine simultanément à mener son récit selon un rythme trépidant, collant à la concision qui faisait la force du premier long-métrage, tout en établissant clairement ses enjeux.

Enjeux qui sont parfois trop simplifiés (on y reviendra longuement dans un dossier la semaine prochaine), mais suivent une progression plus cohérente et soignée que la plupart des grosses productions actuelles. Le film ne cherche jamais à sidérer son public, il s’efforce avec réussite de lui permettre de saisir les clefs conceptuelles de l’œuvre originale. En découle une narration très fluide, claire, beaucoup plus maîtrisée que dans le tout-venant du cinéma de divertissement grand public.

 

PhotoTrès bonne intégration de Ghost in the Shell 2

 

GHOST Y ES-TU ?

Pour autant, Ghost in the Shell se casse les dents sur certains écueils inhérents au programme qu’il déroule. Car à trop vouloir dupliquer le canon esthétique établi par Oshii, Sanders se fait trop fidèle. On a beau être ravi de retrouver les Geishas mécanique de Ghost in the shell 2 : Innocence, la combinaison « stealth » du premier métrage ou encore les chiens de Batou, ces duplicatas font du film un produit étrangement daté.

Car le 7ème art n’a pas attendu pour s’inspirer de Ghost in the Shell. Dès Matrix, Hollywood avait entamé le travail de digestion que semble ignorer Sanders. En ne tenant pas compte de la manière dont ces codes ont évolué ces 20 dernières années, le métrage souffre en partie du syndrome John Carter, qui entame grandement sa potentielle modernité. Un sentiment particulièrement vivace lors du dernier acte, très artificiel dans sa volonté de clore les différents arcs narratifs, tout en pavant la voie d'une hypothétique trilogie.

 

Photo Scarlett JohanssonUne scène méga culte, qui passe pourtant assez mal la transposition

 

De même, on comprend rapidement que pour satisfaire le spectateur averti et simplifier le récit, le scénario choisit de gommer une grande part de ses questionnements métaphysiques, en mixant les intrigues du premier anime et de la seconde saison de la série. Un choix qui séduira sans doute les spectateurs en quête d’entertainment mainstream, mais frustrera terriblement ceux qui espéraient retrouver la portée philosophique inhérente à Ghost in the Shell. On est ainsi plus proche d’une relecture cyberpunk de Robocop que d’une réinterprétation des brillants travaux de Shirow et Oshii.

Au final, impossible de ne pas considérer avec indulgence ce Ghost in the Shell pour les nuls, qui ne méprise jamais son public et cherche à démocratiser ses aînés avec une réelle sincérité. Impossible également de ne pas regretter la disparition de ce qui faisait le sens, et donc la grâce, de cet entêtant fantôme.

 

Affiche 

Résumé

Ghost in the Shell ne nous prend jamais pour des demeurés et s'efforce de respecter son modèle, quitte hélas à se transformer en écho affaibli et simpliste de l'oeuvre originale.

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commentaires
JoeLynn
10/12/2020 à 11:32

Je recommande la vidéo youtube de Nerdwriter1 : "how not to adapt a movie". Il y explique très bien en quoi Rupert Sanders ne semble pas avoir compris l'intérêt du film d'Oshii.

Par exemple, quand Sanders reproduit des plans quasiment à l'identique, il semble omettre systématiquement les éléments qui permettaient au plan de raconter quelque chose en décrivant l'univers de façon purement visuelle.

Morcar
09/12/2020 à 18:25

J'avais vu l'animé original il y a des années, que j'avais trouvé très complexe à l'époque. J'ai maté cette version live sur W9, m'attendant à un échec total, et j'ai été plutôt agréablement surpris. Je l'ai trouvé plutôt sympa, au point que ça m'a fait rêver d'un "Deus Ex" au cinéma (adaptation des jeux-videos).
Est-ce que c'est le fait d'avoir pris de l'âge depuis, mais j'ai trouvé l'intrigue ici beaucoup plus simple à comprendre que ne l'était l'animé. Mais il faudrait que je le revois aujourd'hui pour en juger vraiment.

Dudu
09/12/2020 à 10:42

@Kyle Reese

Je suis bien en accord avec vous ...
Je n'arrive pas à comprendre ce choix de mixer les 3 univers du Ghost 1 avec le 2 et de la série Stand alone complex ...

à l'époque je pensais qu'ils allaient nous sortir un préquel , une bonne histoire profonde sur les origines ... ou bien une suite digne ... mais non, pensez-vous, fallait faire un remake ... !!!!

Kastorintheshell
07/12/2020 à 20:12

Il n’y a pas le choix vu les enjeux financiers c’est forcément un melting-pot voir si la sauce prend
C’est toute la difficulté de l’exercice

Kyle Reese
07/12/2020 à 20:10

Fichu correcteur ortho:

« Pour le coup j’aurai aimé la même fidélité que ce qu’a fait Snyder avec Watchmen .Je ne comprend pas ce mixe de GITS1 avec un peu du 2 et avec une partie de la trame de la serie Stand alone complexe. »

Kyle Reese
07/12/2020 à 20:08

Fan hard core de GITS première du nom découvert en avant tout le monde grâce aux forum des images, j’avais reçu une énorme claque dans la gueule et je ne me lasse toujours pas de ce chef d’oeuvre d’anime. Je reste partagé pour cette adaptation à la fois respectueuse mais trop remixeuse. Pour le coup j’aurai aimé la même fidélité que ce qu’a fait Snyder avec Watchmen fine que ça. Je ne l’OL pas ce mixe de GITS1 avec un peu du 2 et avec une partie de la trame de la serie Stand alone complexe. Si l’ambition des producteurs était d’en faire une franchise pourquoi ne pas juste adapter GITS dans un premier temps, il y avait moyen de le faire voir de l’étoffer un peu car l’anime est court. Le casting est très bon, le choix de Scarlett pour jouer Motoko est parfait, ça tombe bien c’est une de mes actrices préféré. L’ambiance est là, certaines scènes du 1 adaptées en live font vraiment honneur à l’anime. Mais c’est bien l’histoire remixé qui pêche pour le fan que je suis. Et le charme fonctionne à moitié.
Car du coup à qui est adressé ce film ? Qui peut en être pleinement satisfait ?
Bref dommage car je l’aime bien ce film mais, je le vois plus comme un bonus pour le fan de l’univers que je suis qu’autre chose.

Motokastor
07/12/2020 à 20:02

Très bonne adaptation quoiqu’un peu dépressive
Je suis d’accord avec Kamitora le film est plus proche du dessin animé que du manga qui a un ton humoristique et des passages abscons totalement absents ici
Toutefois je trouve que celle de Gunmm est un cran au dessus

Zoom
31/03/2017 à 01:27

Vu ce soir, le film est excellent, respecte bien l'animé original, même si on a parfois l'impression de voir un copier-coller, les scènes d'action déménagent et cocorico y'a Juliette Binoche.

MystereK
29/03/2017 à 20:01

@BLANK : Dans une interview, Tezukaa, à qui ont attibue cette paternité, parle de Bambi !

BLANK
29/03/2017 à 18:37

Hello. Pour info, les grands yeux dessinés par les auteurs de manga sont une référence à Betty BOOP et à aux dessinateurs américains.des années 30.

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