Deepwater : critique inflammable

Simon Riaux | 16 septembre 2018 - MAJ : 03/10/2019 15:29
Simon Riaux | 16 septembre 2018 - MAJ : 03/10/2019 15:29

En avril 2010, la station de forage offshore Deepwater Horizon est victime d’une avarie entraînant un cataclysme écologique sans précédent, connue comme la pire marée noire à avoir souillé les côtes américaines. C’est à cette catastrophe et au calvaire de ceux et celles qui se sont retrouvés piégés sur Deepwater que s’intéresse Peter Berg.

MARKY MARK ON FIRE 

Le réalisateur de Du sang et des larmes, également maître d’œuvre de la cultissime série Friday Night Lights, continuation du film éponyme qu'il a également réalisé, est de ces metteurs en scène qui, toujours à cheval entre l’intime et le grand spectacle, n’ont de cesse d’ausculter leur représentation de l’Amérique. Avec Deepwater, sorte de précis du film catastrophe, le cinéaste tient là un sujet qui cristallise ses thèmes et ses questionnements.

Il retrouve pour l’occasion Mark Wahlberg, qui incarne toujours devant sa caméra un précipité solide d’Americana (et que l’on retrouvera dans Patriot Days du même Peter Berg, consacré aux récents attentats qui ont endeuillé Boston). Ce lien qui unit le réalisateur et son comédien constitue l’un des atouts du métrage, qui s’inscrit directement dans les pas du classique du film catastrophe.

 

Photo Mark WahlbergAttention à la catastrophe

 

Un sujet qui permet à Peter Berg de faire montre de sa connaissance du genre, dont il maîtrise à peu près toutes les facettes. Qu’il s’agisse de la caractérisation des personnages, en passant par un sens aigu de la scénographie, alliée à un réel talent en matière de grand spectacle. Là où son contemporain San Andreas se cantonnait (plaisamment) à un statut de grand n’importe quoi numérique, Deepwater renoue dans la rigueur et le savoir-faire avec l’héritage d’un Hollywood. Et pour l’amateur de cinéma catastrophe, impossible de faire la fine bouche, tant la construction et l’impact de l’ensemble imposent le respect.

 

Photo John MalkovichOui oui, John Malkovich

 

 

LA GUERRE DU FEU 

D’un point de vue plastique, le film est un régal, qui rappelle combien Berg est un metteur en images doué. Qu’il s’agisse de la première partie de son récit et de la manière dont sa caméra louvoie dans la gigantesque structure où le récit prend place ou du déluge pyrotechnique qui se met en place dans la seconde partie, le réalisateur joue avec la composition de son image et l’agencement de ses textures comme personne.

Avide de sensation forte et singulièrement conscient de se faire aussi proposition esthétique, Deepwater recèle quelques unes des images les plus impressionnantes et entêtantes de 2016, alors que des torrents de flammes dévorent héros et décor, qu’un monde industriel à bout de souffle s’écroule sous son propre poids.

 

DeepwaterOui oui, Kurt Russell

 

DU PETROLE, MAIS DES IDEES  ?

Plus problématique est la question du sujet choisi par Berg. On le sait, l’artiste est volontiers patriote, et met en scène ce récit plus pour honorer, rendre un sincère hommage, aux hommes et aux femmes prisonniers d’une situation apocalyptique, amenés à se transcender pour tenter d’y survivre. Soit, mais les éléments dépeints dans le film vont bien au-delà d’une tragédie de feu et de flammes, bien au-delà du terrible accident qui occupe ici tout l’écran.

 

Photo Kurt Russell, John MalkovichY'a quoi, t'es pas content c'est ça, tu veux du pain ?

 

S’il faut se garder de juger un film pour ce qu’il devrait être, aborder l’apocalypse écologique qui meurtrit encore aujourd’hui les côtes de Louisiane, c’est finalement ne pas faire grand cas des problématiques beaucoup plus profondes que soulève la tragédie de Deepwater. Au-delà de l’aventure humaine, formidable et déchirante, qui nous est contée, on a en permanence le sentiment que Berg n’adresse pas vraiment son sujet, qu’il manque de hauteur, ou ne souhaite pas nous questionner sur un système qui a rendu cette catastrophe possible.

Ainsi, le métrage a beau s’imposer sans mal comme un divertissement parfaitement exécuté, on regrette un peu qu’il ne prenne pas le temps ou ne s’attache pas assez à décortiquer le monde dans lequel son récit prend place, tout comme ses terribles conséquences. Bien sûr, Peter Berg n’est pas Oliver Stone et si on ne le regrette pas, on espère néanmoins qu’il aura à cœur d’affiner encore un peu son discours pour le prochain.

 

Affiche

Résumé

Si le film ne creuse pas assez la dimension environnementale et politique de son passionnant sujet, il demeure l'un des plus beaux et impressionnant films catastrophes que nous ait récemment offert le cinéma américain.

commentaires

corleone
17/09/2019 à 13:57

ce film est une bombe et certain plan on maruqé les esprits. notament l'enorme explosion

Rudy Mako
17/09/2019 à 02:18

Je l'ai trouvé décevant, mais le montage est réussi

StarLord
26/02/2017 à 08:39

Vu hier soir et j'ai adoré! La mise en scène est vraiment impressionnante et spectaculaire.
Comme la dit postman, effectivement c'est un plaisir d'avoir un beau montage qui laisse l'action se dérouler sous nos yeux. Vraiment gros coup de coeur pour ce film!

Satan Lateube
13/10/2016 à 09:26

Kurt Russell.
Tout est dit.
Amen.

faboloss
12/10/2016 à 18:25

Rien n’égalera Battleship !
Plus sérieusement, ce film fait foutrement envie. Surtout après cette critique !

dark locutus
12/10/2016 à 18:09

j'adore la filmo de Berg ré&lisateur !
il rejoint pour moi Gibson et Affleck qui prendront de lvaleur avec le temps grâce à leur travail derrière la caméra.
Berg est sur la forme, intouchable sur sa filmographie. mention spéciale pour le royaume et du sang et des larmes

postman
12/10/2016 à 16:01

Un grand film !
un grand réalisateur qui sait filmer l'urgence sans avoir à secouer sa caméra comme un dingue et à faire un montage ultra cut qui te fout la gerbe (Paul G, si tu me lis...).
l'anti San Andréas (que j'aime bien par ailleurs) : adulte, sérieux, crédible, émouvant,avec des vrais perso (mise en place un peu longuette aussi) et très spectaculaire !
c'est un 8 !

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