Blair Witch : critique flashback

Geoffrey Crété | 21 septembre 2016 - MAJ : 12/07/2019 10:42
Geoffrey Crété | 21 septembre 2016 - MAJ : 12/07/2019 10:42

Qu'on ait tremblé ou bâillé, Le Projet Blair Witch de Daniel Myrick et Eduardo Sanchez a marqué le cinéma de genre à sa sortie en 1999. Après une suite putassière sortie dans la foulée (totalement ignorée ici) et une vague de films found footage plus ou moins convaincants, la sorcière est de retour avec Adam Wingard, le réalisateur très à la mode de V/H/S et You're Next. Un retour inattendu qui mérite le détour ?

REMBOBINAGE

Ni Blair Witch 3, ni Blair Witch Origins : Blair Witch version 2016 ne porte qu'un titre sobre, à peine différent du film original considéré comme un classique. Un choix chargé de sens puisque le film d'Adam Wingard souffre par certains aspects du symptôme Réveil de la Force : une impression de répétition, de remix, avec les mêmes éléments assemblés dans un nouvel emballage plus moderne, et un arrière-goût de redite.

Si l'histoire de ce troisième opus tourne autour du petit frère de Heather Donahue, actrice et héroïne du film Daniel Myrick et Eduardo Sanchez, la chose ressemble dans les grandes lignes au film culte : un groupe d'amis armés de caméras et de tentes qui s'aventure dans la forêt de Burkittsville pour élucider un mystère, avec des nuits agitées, des bruits étranges, quelques babioles accrochées aux arbres, et un climax dans la fameuse maison. Zéro surprise donc dans le déroulé des opérations, hormis un lifting.

 

Photo

 

Adam Wingard et son scénariste habituel Simon Barrett reprennent ainsi la formule bafouée par le deuxième film, Le livre des ombres, avec un retour au pur found footage. Mais au-delà de la forme, la structure de la suite n'offrie aucune véritable révolution, le duo restant entre respect et hommage très appuyé au Projet Blair Witch.

La première partie qui était consacrée dans le film original à l'enquête et aux témoignages se transforme ici en deux personnages secondaires, présentés comme des nerds fans du folklore local autour de la sorcière. La motivation du protagoniste, qui recherche sa soeur, donne à l'intrigue une dimension moins artificielle, d'autant que ses acolytes sont nettement plus simplets - notamment cette filmeuse d'abord présentée comme une opportuniste.

Passé ces variations, Blair Witch 2016 ressemble presque à une promenade de santé pour l'amateur, qui retrouvera les scènes et motifs incontournables au fil d'une intrigue cousue de fil blanc. Au lieu de réinventer le décor pour élargir la mythologie, Wingard s'obstine à rester précisément dans les pas du film culte, avec un ravalement de façade qui n'empêche aucunement d'avoir la sensation d'un simili-remake. Une impression devenue trop familière qui ne manquera pas d'agacer, surtout face à un film dont l'existence n'était pas nécessaire.

 

Photo

 

BLAIR WITCH INTO DARKNESS 

Mais Adam Wingard assume ce décor et n'en fait pas sa tombe. Armé de nouveaux accessoires modernes, comme un drone et des caméras-oreillettes utilisés par les personnages, il apporte une dimension plus cinématographique à l'exercice, avec un montage plus sec. Le design sonore se révèle particulièrement saisissant dans une poignée de scènes cruciales, avec une utilisation de l'espace et des volumes diablement efficace, qui pourra provoquer sans mal quelques instants de panique instantanée.

Le réalisateur ouvre aussi quelques fenêtres fascinantes dans la mythologie, et ne se contente pas de se rapprocher de la fameuse sorcière pour titiller l'imagination. D'une nuit éternelle à des flashs lumineux derrières les volets en passant par la temporalité détraquée, il donne une dimension inattendue à l'histoire, et n'insiste pas sur ces détails pour protéger leur force silencieuse. C'est certainement dans ces moments-là que son film marque des points.

 

Photo Callie Hernandez

 

Ailleurs, il rappelle son sens de la mise en scène avec quelques moments irrésistibles : une mise à mort jouissive, une séquence gratuite dédicacée aux claustrophobes ou une utilisation de l'écran d'une vieille caméra, preuve que la peur s'imprime sur la vidéo plus que toute autre chose dans Blair Witch. Adam Wingard manie modestement la grammaire du film de genre pour faire de cette suite un produit honnête et efficace, suffisamment consistant pour satisfaire le plus grand nombre. Et le talent des acteurs (notamment Callie Hernandez, qui décroche un espace de jeu brut dans un long plan d'angoisse) contribue parfaitement au climat d'angoisse hystérique qui se propage peu à peu.

 

Photo James Allen McCune

 

SAME OLD WITCH

L'autre force de la suite est de ne pas trop éclairer l'énigme. 17 ans après, Blair Witch est devenu une marque : le film a plus de moyens et le public, plus d'attentes. Le cauchemar offre donc quelques images spectaculaires, au rayon gore comme au niveau de la sorcière elle-même, pour justifier son existence et se mesurer à la compétition du cinéma de genre contemporain.

Mais hormis quelques dialogues et rappels, le mystère est protégé. Pas de flashbacks dans la maison, d'informations sur les origines ou de rationnalisation de la fameuse sorcière : la mythologie de Blair Witch garde cette part d'obscurité quasi abstraite. Si Adam Wingard appuie sur quelque chose, c'est la dimension trou noir de ce cauchemar sans issue. Tout ce que le réalisateur amène de nouveau va dans le sens du premier film, pour le rendre plus fort sans jamais tenter de l'autopsier.

C'est à la fois une force et une faiblesse : Blair Witch est une suite respectueuse, manifestement emballée par un fan du film original, qui n'aura pas eu l'audace d'en repousser les limites pour construire une vraie identité.

 

Affiche

 

 

Résumé

Une suite qui flirte avec le remake en offrant globalement un lifting au cauchemar forestier, avec des moyens décuplés. Quelques amusantes idées et une poignée de scènes très efficaces feraient presque oublier que ce retour distrayant dans la forêt était dispensable.

Lecteurs

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commentaires

al
24/09/2016 à 22:28

Jumpscare a outrance, ce film bousille autant les yeux que les oreilles

Laurent
22/09/2016 à 10:05

Demandez a James Wan de le faire non je plaisante mis a part quelques moments de frayeurs je suis decu et voir cette sorciere facon un peu Rec furtivement est la seule chose que j'attendais mais ont reste sur sa faim quoique le jeune public apprecierra certainement.

Jerome
22/09/2016 à 01:33

Vu aujourd'hui. Ultra décevant plein de jumpscares à 2 francs 6 sous! Mal joué, mal filmé (ah la sorcière entraperçue - ridicule!) une fin bâclée et un scénar fumeux! (ma soeur est surement vivante 20 ans après les faits - je pars à sa recherche!!!). Ne parlons même pas de la légende inventé par Myrick et Sanchez dont ils changent quelques détails! On n'a jamais l'impression de retrouver la foret de Burkitsville! Jamais! Ces idiots ont tourné au printemps ce qui enlève un gros charme aux deux précédents opus! Franchement le 2eme opus est 1000 fois plus réussi!

Mad
20/09/2016 à 00:07

Parfait ! Ni mauvais, ni génial. Je veux le voir.

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