Insaisissables 2 : Critique pas vraiment magique

Laurent Pécha | 28 juillet 2016
Laurent Pécha | 28 juillet 2016

Fort d’un succès surprise en 2013 (plus de 350 millions de dollars pour un budget de « seulement » 75 millions et plus de 3 millions de spectateurs en France), Insaisissables vient ajouter son nom à la liste des suites estivales (ID4 2, Stark Trek 3,…). Comme pour La Colère des titans, le frenchie Leterrier n’a pas désiré rempiler et laisse la main à Jon M. Chu (Sexy dance 2 et 3, G.I. Joe 2). La magie est-elle pour autant toujours de la partie ?

L’absence de projections de presse et la réception nettement moins enthousiaste aux USA laissaient craindre qu'Insaisissables 2 et sa nouvelle aventure des 4 cavaliers, allaient être moins réussis que le précédent. Et c’est bien le cas. La surprise venant du nivellement par le bas d’une franchise qui avait tout pour nous en mettre plein la vue et être à nouveau le divertissement fun de l’été.

 

Insaisissables 2

 

On ne compte ainsi plus au fil des 129 très longues minutes du récit, les innombrables erreurs commises. A commencer par celle d’avoir voulu appuyer toute l’intrigue autour des fantômes du premier film. La mythologie (la société secrète de L’œil) et les histoires de vengeance n’étaient pas du tout le point fort du film de Leterrier, les voir ici être amplifiées jusqu’à l’écœurement plombe considérablement la fluidité de l'histoire. Si vous n’aviez que faire du traumatisme de Ruffalo dans Insaisissables, préparez-vous à souffrir tant il est l’énorme fil conducteur d’un scénario fumiste, quand il n’est pas juste affligeant (l’épilogue achèvera les plus émérites d’entre vous).

 

Photo Lizzy Caplan, Harrelson

 

Si la team de magiciens est toujours bien sympathique, Lizzy Caplan et sa logorrhée limite assommante ayant toutefois beaucoup de mal à faire oublier le charme d’Isla Fisher, on est loin d’être aussi captivés par leurs actions. Et pour cause, les tours de magie, la grande réussite du premier opus, ne convainquent jamais. Alors qu’ils étaient au cœur du récit inaugural, ils font désormais office de passages obligés sans jamais donner l’impression que l’histoire a nécessairement besoin d’eux pour avancer.

Jamais aussi spectaculaires et malins que leurs prédécesseurs, et on reste sans voix face aux idées bien débilos que les scénaristes ont trouvé. A commencer par le frère jumeau du personnage interprété par Woody Harrelson, offrant l’occasion au comédien d’en faire des caisses. Au rayon des fausses bonnes idées, on peut rajouter l’arrivée en bad guy de Daniel Radcliffe, magicien devant l'éternel qui vire très vite au petit roquet insupportable. Heureusement, papa Caine rétablit un peu l’équilibre avec le flegme britannique qu’on lui connait mais en mode pré-retraite bien méritée.

 

Photo Daniel Radcliffe

 

Le bilan est donc tout sauf magique. D’autant plus qu’au niveau visuel, Jon Chu offre une copie bien mollassonne de ce que Leterrier avait réussi à installer grâce notamment à un montage ultra efficace. Comme the show must go on, le troisième épisode est déjà dans les tuyaux (toujours avec Chu aux commandes). Il faudra toutefois que les magiciens retrouvent de leur superbe pour nous rouler dans la farine tant on est désormais dans le camp des sceptiques.

 

Affiche

 

 

Résumé

La magie s'est faite la malle. Insaisissables 2 est un ratage navrant tant le potentiel de la franchise ne demandait qu'à se développer.

Lecteurs

(5.0)

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commentaires

En effet
29/07/2016 à 11:03

Le premier était déjà d'une nullité confondante. La suite n'aurait pas eu trop de mal à faire mieux. Mais non, c'est encore pire.

Fennec
28/07/2016 à 17:14

"les tours de magie, la grande réussite du premier opus"

Je trouvais que c'était justement le point faible... je n'ai pas vu de "magie" (ni dans le fond ni dans la forme) du mauvais CGI en pagaille, aucune explication, rien de live qui aurait eu un peu d'intérêt.

La beauté de la magie, c'est se dire qu'il y a un truc et qu'on ne le voit pas. Là on le voit : c'est du CGI et du montage. DOnc toute la poésie et l'émerveillement en théorie attachés à la magie sont inexistants pour moi.

Moi aussi avec un bon ordinateur je peux shooter des rayons laser par les yeux et transformer la lune en pizza 4 fromages, en disant au public "je suis magicien, donc faites pas attention".

Pour moi c'était du beau gâchis et je n'ai pas compris les critiques enthousiastes.

Stomper
28/07/2016 à 16:40

Oui, il existe une différence entre critique et analyse, et oui, on trouve légitimement beaucoup de spoilers dans une analyse et c'est logique.

MAIS.

Pour ma part, je n'ai jamais lu une critique garantie "sans spoiler", qui ait le moindre intérêt. Parce que justement, elle ne peut se résumer qu'à "cey bien" ou "cey pas bien", dissimulé par moult paraphrases.
Aucun intérêt.

Car oui, une critique, c'est aussi de l'analyse, sinon ça n'a aucun intérêt.
Alors d'accord, pour quelqu'un qui ne saurait pas ce que joue Radcliffe dans le film, dire que c'est un antagoniste est un "spoiler". Sauf que du coup il faut définir spoiler. Parce que dans ce cas, toute information inédite est un spoiler.
Or ce ne peut pas être le cas, sinon il est impossible de parler des films. D'en parler avec pertinence et perspective en tout cas.

Un spoiler, c'est une information que le récit dissimule à des fins narratives ou de surprise et qu'un tiers dévoile, faisant capoter un des effets du style du film. Or, à aucun moment Insaisissables 2 ne dissimule que Radcliffe est l'adversaire des héros.

En gros, concernant l'Empire contre-Attaque, dire "Luke fera la rencontre d'un Maître qui doit le former" n'est pas un spoiler du tout, mais dire "Luke découvrira que le gnome anonyme qui le rencontre est en fait le plus grand Jedi de la galaxie" est un spoiler.

Et après, comme dit je sais plus où il faut avoir un peu confiance dans les gens qu'on lit (ou savoir qu'ils sont responsables) et savoir ou croire qu'ils ne révèlent pas d'éléments qui peuvent nuire à l'appréciation du film.

Perso, heureusement que EL ne nous fait pas de critiques "sans spoilers". Leur critique de Star Wars 7 par exemple, n'était pas "sans spoilers" mais ne révélait pas d'éléments pivots du récit. C'est ça l'idéal.
Enfin je trouve.

Natla
28/07/2016 à 16:14

C'est pas pour rien qu'on voit régulièrement "critique sans spoilers" d'un Star Wars, X-Men, ou d'une grosse superproduction attendue : le spoiler est naturellement présent ! On gâche l'intrigue, la surprise, ou des éléments du film, puisqu'on lit quelque chose sur le film, qui parle du film, qui décortique éventuellement certaines choses.

Une critique entière qui évite les spoilers ? C'est devenu courant pour justement répondre au besoin du public de lire ce qui est souvent du vide promo sur un gros film. Autant se contenter du résumé avec la note soyons honnêtes.

Trashyboy
28/07/2016 à 16:04

Honnêtement, le rôle de Radcliffe m'a échappé à la vision de la bande-annonce. A se demander si j'ai vu la même chose que tout le monde...

Je suis néanmoins d'accord avec Shin quant à la différence entre critique et analyse. Une critique doit pouvoir se lire avant de voir le film (beaucoup le font pour savoir s'ils iront le voir ou non, tandis que d'autres iront quoi qu'il en soit pour se faire leur propre idée).

Je relève toutefois que la rédaction prend en compte nos commentaires, et c'est très bien!

Mechanyk
28/07/2016 à 14:19

@Shin

Effectivement la question est importante. Mais je ne mettrais pas de barrière si totale entre critique et analyse.

Déjà parce qu'une bonne critique a une part d'analyse. Elle sort des sentiers battus et des expressions abstraites préfabriquées pour parler véritablement de certaines choses remarquables (en bien ou en mal) du film traité. Une vraie critique intéressante n'est pas juste du "bien" ou "pas bien", elle tente de donner des pistes de réflexions, de remettre dans le contexte, de considérer le film comme une oeuvre entière (en elle-même ou au sein d'une franchise). Ca me semble donc très compliqué de creuser le côté réflexion de la chose en se contentant de phrases vagues, ou en ne parlant que de la première demi-heure pour éviter de spoiler.

Ensuite, parce que la question du spoiler, si on la prend sérieusement, bloque beaucoup. Dire qu'un twist renverse la mythologie de Star Wars à la fin de L'Empire, c'est un spoiler. Mineur certes, mais spoiler quand même. Il n'y a qu'à voir l'hystérie autour de Games of Thrones, dès qu'un titre suggère que quelque chose s'est passé dans un épisode : l'élément de surprise disparaît, et ne reste plus qu'à miser et attendre sur le fameux événement...

Le rôle de Radcliffe est clairement au coeur de la promo, et présenté comme l'antagoniste. J'ai donc beaucoup de mal à croire que quelqu'un qui a évité les trailers puisse cliquer sur la critique, et la lire soigneusement plutôt que juste jeter un oeil à la note, l'intro et le résumé à la fin.

Shin
28/07/2016 à 13:55

Ah, la fameuse question des spoilers, devenue presque cruciale dès qu'il s'agit de parler d'un film...
Pour moi, finalement, tout dépend si l'on décide de faire la critique d'un film ou son analyse.

La critique se destine à la fois à un public qui n'a pas vu le film et à ceux qui désirent confronter leur avis après visionnage à un autre.
Dans ce cadre, j'ai toujours préféré les critiques qui parvenaient à évoquer les éléments cruciaux d'un film en restant assez mystérieux pour donner envie de les découvrir par soi-même.
Par exemple, (et pour prendre un élément qu'on ne me reprochera pas de spoiler tant il est même connu des rares personnes n'ayant pas vu le film), dans une critique de l'Empire contre-attaque qui aurait été faite au moment de sa sortie, il me semble plus intéressant de signaler que le film vient bouleverser les acquis de la saga via twist qui remettra en cause tous les repères de l'un des personnages, que de dire plus clairement que le héros va avoir des révélations sur l'identité de son père, par exemple.

Par contre, une analyse s'adresse à quelqu'un qui a vu le film, et a pour but de le décortiquer afin de mieux en saisir la raison de la présence de tel ou tel élément, pourquoi certains fonctionnent et d'autre non, les intensions de réalisation, sa symbolique, etc.
Dans ce cas, ne pas spoiler est un non-sens, car comment, pour en revenir à l'Empire contre-attaque, analyser les implications de la relation relation entre le héros et son père sans en parler clairement ?

Cependant, sur Ecranlarge, il s'agit bien avant tout de critiques, nécessitant donc d'avoir un niveau de spoiler minimal.
Surtout qu'en ce qui concerne le rôle de Daniel Radcliffe, la phrase "on peut rajouter l’arrivée en bad guy de Daniel Radcliffe, magicien devant l'éternel qui vire très vite au petit roquet insupportable." aurait pu être facilement tournée de la manière suivante en omettant son rôle exact dans le film sans toutefois en changer le sens : "on peut rajouter la présence au casting de Daniel Radcliffe, magicien devant l'éternel dont le personnage vire très vite au petit roquet insupportable."
Un peu dommage pour le coup, même si ça n'enlève heureusement rien au travail assez bon dans l'ensemble du site en matière de critiques...

Mechanyk
28/07/2016 à 10:41

@Trashyboy

Peut-être oui, même si perso, la mention "attention spoilers" en début de critique me semblerait un peu ridicule... On va lire une critique après un film si on veut rester vierge, ou alors on accepte d'avoir quelques éléments gâchés, comme lorsqu'on suit toute la promo, de la première à la dernière bande-annonce.

Pour ma part je me contente (ici ou ailleurs) de lire le résumé et la note, qui sont clairement là pour assurer ce rôle, quand je veux vraiment me protéger.

Simon Riaux - Rédaction
28/07/2016 à 10:28

Les amis,

Comme vous vous en doutez, on est très attentifs à la question des spoilers. Comme certains l'ont relevé, l'exercice critique nécessite néanmoins de parler du film, et d'en parler précisément. Techniquement, nous sommes donc amenés à spoiler ici et là.

Nous prenons néanmoins garde de ne pas révéler d'éléments clefs de l'intrigue, voire de nous contenter d'éléments déjà présents dans les bandes-annonces ou matériaux promotionnels. Bien sûr, cela réclame de la confiance de votre part, et une acceptation de l'exercice critique.

Mais on fait au mieux, et ainsi que le préconisent certains, la meilleure façon d'arriver vierge devant un film, est encore de ne pas lire préalablement la critique.

Trashyboy
28/07/2016 à 10:17

@Mechanyk

Il est vrai que Première ne traitait les choses qu'en surface le plus souvent, de même que Studio qui, selon le film, développait plus ou moins.

L'ajout de la note en bas de critique est appréciable, je confirme, je devrais peut-être m'en contenter, et ne lire la critique qu'après coup. C'est une idée en effet.
Mais à la limite, si la critique vient à donner des éléments trop importants, le rédacteur peut aussi l'annoncer au préalable (attention, ce n'est pas du bashing gratuit vis-à-vis du site que je suis depuis loongtemps, juste une recherche de solution satisfaisante pour tous).

Quoi qu'il en soit, il est aussi vrai que maintenant, que ce soit dans les bandes-annonces qui en montrent trop ou au travers des multiples infos lâchées parfois plus d'un an avant, il est difficile d'échapper aux spoilers, à moins de s'éloigner de tout médias.

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