Jason Bourne : critique sous stéroïdes

Simon Riaux | 5 septembre 2021
Simon Riaux | 5 septembre 2021

Jason Bourne, ce soir à 21h05 sur France 2.

Matt Damon et Doug Liman avaient dépoussiéré le cinéma d’espionnage en 2002 avec La Mémoire dans la peau, thriller minimaliste et tendu, qui devait connaître deux ans plus tard une suite mémorable, réalisée par Paul Greengrass, qui nous offrait alors un bijou de mise en scène, ovni frénétique au montage proche de l’abstraction. Douze ans plus tard, c’est à nouveau Greengrass qui retrouve Bourne pour un cinquième épisode, sobrement intitulé Jason Bourne, censé remettre la franchise sur ses rails.

MÊME JOUEUR TAPE ENCORE 

Après un Jason Bourne : l'héritage proche de la catastrophe consacré à un héros subalterne (Jeremy Renner), la saga Bourne, pour révolutionnaire qu’elle fût, semblait mal en point. Sans Matt Damon, ni le réalisateur qui avait porté le marque à son firmament, cet univers semblait voué à la décrépitude. On attendait donc avec curiosité de voir Paul Greengrass revenir aux affaires, avec un Damon plein de stéroïdes dans son sac.

Bien que ce Jason Bourne n’ait pas été vendu comme tel, il fait figure de quasi-reboot. En effet, le scénario donne au personnage de véritables origines, un passé, un trauma familial et des motivations romanesques « classiques », tout en lui accolant une antagoniste (Alicia Vikander) qui devrait le suivre dans d’hypothétiques prochains chapitres.

 

Matt DamonJason Bourne / Matt Damon

 

Si Jason Bourne mentionne ici et là quelques éléments des épisodes précédents, c’est surtout pour en clore les intrigues, les évacuer du récit pour mieux repartir sur de nouvelles bases (voire le sort expéditif réservé à la pauvre Julia Stiles). Hélas, cette normalisation du héros, qui n’est plus l’ombre, le concept détonnant de ses premières aventures, est la partie la moins réussie du film. Les flashbacks narrant son rapport au père, ses nouvelles motivations, ou la description du monde contemporain avec son personnage de simili-Zuckerberg sont beaucoup trop artificiels pour convaincre.

 

Matt Damon, Tommy Lee JonesParlez-moi de votre mère

 

FASTE ET FURIOUSSE 

Mais pour ce qui est de l’action, Paul Greengrass prouve une nouvelle fois qu’il n’a pas son pareil pour emballer un cocktail ultra-serré et dévastateur, un ballet cinétique qui laisse le spectateur K.O debout. Le metteur en scène, qui a surmultiplié les idées de mise en scène injectées par John McTiernan au cinéma d’action dans Une journée en enfer - Die hard 3, se contente le plus souvent de rejouer les séquences emblématiques de La Mort dans la Peau et La Vengeance dans la Peau, mais il le fait en les poussant dans leurs derniers retranchements.

 

Jason Bourne 5Il est gros ce flingue

 

Qu’il s’agisse d’une poursuite au cœur d’Athènes que des émeutes transforment en brasier bétonné, de baston ultra-violente dans un sous-sol ou d’une séance de froissage de tôle délirante au cœur du Strip de Las Vegas, Greengrass insuffle une énergie démente à la moindre scène, sans verser dans le montage parfois abscons qui nuisait à la lisibilité du troisième Bourne.

 

Alicia VikanderAlicia Vikander

 

BASTONNEUR PRÉCOCE

On pourra légitimement blâmer le film pour son manque d’ambition et pour son choix de rester jusqu’au bout en terrain connu, voire ultra-balisé. Mais ce classicisme lui permet aussi d’offrir un spectacle pur, dégraissé, un film d’action qui ne s’embarrasse jamais de palabre ou de contextualisation pour analphabète.

 

Jason Bourne 5Il a pas le temps le film

 

En résulte un métrage de deux heures à peine, absolument dénué de temps mort, un divertissement mené tambour battant dans un style impeccable, sans fioriture. Jason Bourne masque à peine son ambition de servir de base à une franchise renouvelée, lorgnant plus ouvertement sur le terrain des espions classiques, à commencer par James Bond. Un choix qui éloigne la série du choc qu’elle fut il y a 15 ans, mais qui pourrait définitivement la consacrer comme le haut du panier en matière de cinéma d’action grand public.

 

Poster 

Résumé

Plus un reboot qu'un nouveau chapitre à part entière, cet épisode rejoue les séquences les plus marquantes de la saga avec brio, sans toutefois trouver de tonalité distinctive.

Autre avis Geoffrey Crété
Ramené pour les pires raisons, c'est-à-dire aucune hormis le business, Jason Bourne est réduit à un simple et banal héros d'action, lancé dans une énième course contre le monde et lui-même. Paul Greengrass et Matt Damon ont beau être de retour, le cœur n'y est plus, et ce nouvel épisode est aussi tristounet que fade.
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Lecteurs

(3.2)

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commentaires
Morcar
06/09/2021 à 16:02

(J'aimerais comprendre pourquoi mon commentaire précédemment posté à disparu, mais passons...)

Personnellement, j'ai bien aimé ce volet quand je l'ai vu au cinéma, puis en le revoyant à la télévision. Je ne comprends pas en quoi les gens l'ont moins aimé que les précédents. Son principal défaut reste la réalisation de Greengrass très laborieuse.
J'ai encore souvenir de cette double séance à laquelle j'ai découvert les deux premiers volets l'un après l'autre. Le choc en découvrant le 2 ! Greengrass ne sait pas tenir sa caméra, c'est brouillon comme jamais ! Et j'ai trouvé le dernier volet plus réussi que le 2 et le 3 à ce niveau.

Pour le reste, c'est vrai que l'intrigue n'apporte rien de plus à la trilogie, mais j'aurais trouvé intéressant de produire un 6è pour réunir Matt Damon et Jeremy Renner, histoire de...

Pistolero
06/09/2021 à 14:01

Je dois vieillir car le style shakycam avec montage limite stroboscopique ça me sort du film. Ça reste illisible pour moi. La scène d’émeute à Athènes avec Cassel qui fonce à 100 a l’heure en bagnole tel moise ouvrant la mer… sympa les manifestants ! heureusement que c’était pas à Paris avec les gilets jaunes (humour) :)
Pas trop accroché, le coup du lien paternel, l’antagoniste qui en veut à Bourne (leger spoiler) et qui était le responsable de l’attentat du coup c Bourne qui lui en veut, too much ! Vikander bof, tommy lee jones gros charisme mais role lambda
Le 4 avec Renner était bien mieux (de mémoire 30 minutes de démarrage sans quasi de dialogue et sans répondre aux interrogations du spectateur ça avait de la gueule), de nouveaux enjeux, Rachel Weisz ;)

Alfred
06/09/2021 à 13:56

Comme beaucoup peu de souvenirs de ce reboot.

Peut-être la scène d'émeutes à Athènes.
Ah oui et cette fin ou scénaristiquement rien ne va. Avec téléportation de personnage et gestion du temps et de l'espace désastreuse. Alors que Bourne c'est l'épure du ciné d'action. Triste fin (en espérant qu'il ne reviendra pas pour un 5).

Et comme beaucoup, je vous trouve bien sévère avec l'épisode Renner (pas un chef d'oeuvre mais un sympathique pas de coté qui enrichi le "lore" de l'univers Bourne)..

Aurélie
06/09/2021 à 08:17

Ce film est tellement intéressant qu'il est toutes les semaines dans le bac à 1,99€ de mon supermarché... Je préfère le précédent avec Jeremy Renner et Rachel Weitz, avec notamment la scène à moto qui me rappelle Pierce Brosnan et la JBgirl dans Demain ne meurt jamais.

real
05/09/2021 à 22:58

Une suite inutile, qui n'apporte rien à une trilogie parfaite. Dommage qu'ils n'aient pas eu le courage d'exploiter le 4, qui était pourtant très prometteur.

Kyle Reese
05/09/2021 à 19:54

C'est bien simple j'adore les 3 premiers, qui ont révolutionné (surtout le 2 et 3) les films d'actions/espionnages avec comme première conséquence l'arrivée d'un Bond bien plus badass pris en tenaille entre les Bournes et les MI.
Mais de ce dernier je n'en ai aucun souvenir !
J'adore pourtant le style de Greengrass qui effectivement est poussé jusqu'à l'abstraction dans le 3, une tuerie de mise en scène à la fois chaotique et controlé. Mais là je me souviens juste de ma déception ciné, même pas de l'histoire, même pas d'une scène d'action, c'est dire. Ce dernier film n'apporte plus rien, il est inutile, de trop. Je suis sévère, en soit il doit être plutôt très bien mais ne trouve pas sa place dans la franchise avec Damon. Je trouve Bourne L'héritage plus intéressant en fait.

Pi
05/09/2021 à 19:42

En fait, ce film est tellement très moyen et novateur nulle part qu'il n'a pas relancé la franchise. Et c'est tant mieux.

Pulsion73
05/09/2021 à 16:57

Greengrass c'est filmé au shaker, je vois pas ce qu'il y a de classe. Les scènes d'action et de combat en particulier sont parfois presque illisibles.
Le Bourne Héritage désolé mais il n'était pas si mal et Jeremy Renner est nettement plus charismatique que Damon le Terminator. Loin d'être une catastrophe, on peut pas en dire autant du dernier Bourne .

Sanchez
05/09/2021 à 16:18

« Oups , j’ai tiré sur le président »
Jason Bourde

K.lou
25/07/2020 à 09:59

Perso ce Jason Bourne égale le 2 et le 3, Greengrass ayant une réalisation si atypique qu'on a l'impression de reprendre l'action en cours alors que 9 ans séparent le film du précédent. Excellents antagonistes Tommy Lee Jones en tête) et contextes (la porte dérobée entre la CIA et les réseaux sociaux). Énorme scène dans un Athènes de manif anti austérité ! Et Cassel en atout. La réalisation nerveuse toujours haletante. Voilà j'adore !!

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