Batman v Superman : L'Aube de la justice - critique mythique

Simon Riaux | 30 septembre 2018 - MAJ : 05/02/2020 19:52
Simon Riaux | 30 septembre 2018 - MAJ : 05/02/2020 19:52

Quand Batman v Superman : L’Aube de la justice sort dans les salles, il a une mission herculéenne à remplir. Lancer l’univers étendu de DC Comics sur grand écran, réconcilier Warner avec le box-office, et s’imposer face au modèle Marvel, tout en rendant crédible un choc de titans qui défie l’imagination. Zack Snyder est-il entré au panthéon des super-héros ?

Et notre critique de la version longue encore plus épique, c'est par ici.

ZACK L’EVENTREUR ?

On pouvait légitimement craindre que le réalisateur de Man of Steel soit contraint de s’aligner sur la recette établie avec succès par Disney. Et si le cinéaste ne parvient hélas pas totalement à y échapper, force est de constater qu’il trace un sillon bien différent, et enterre littéralement la concurrence. C’est bien simple, au cours de la décennie qui vient de s’écouler, rien n’arrive à la cheville de Batman V Superman, en termes d’ambition et de construction mythologique.

 

Photo Ben AffleckL'ombre de la chauve-souris

 

Car c’est bien là que le blockbuster marque quantité de points et se démarque du tout venant de la production Hollywoodienne. Incarné par un Ben Affleck ivre de colère, son Batman est un justicier brutal, obsédé par sa mission vengeresse, qui hante les bas-fonds de Gotham. Superman, véritable demi-dieu dont les actions affolent les humains, jouit d’un traitement qui fera peut-être glapir les fans aveugles du canon DC, mais qui explore brillamment les symboles qu’il charrie.

 

 

Photo Henry CavillSuperman, entre ombre et lumière

 

Car Batman v Superman : L’Aube de la justice est une œuvre réellement mature et complexe, profondément Nietzchéenne. A travers l’implacable confrontation entre deux super-héros que tout oppose, Snyder explore la problématique du surhomme, la question du dépassement de soi, tout en auscultant de grandes questions politiques. Son Batman v Superman : L’Aube de la justice ne se contente ainsi pas de recracher bêtement les images du 9/11 inscrites dans l’inconscient collectif, il les met en perspective et nous interroge sur leurs conséquences.

Les super-héros ne sont pas ici des post-adolescents, à la vanne facile, mais des êtres exceptionnels, croulant sous les questionnements, les incertitudes, l'obligation morale de tenir bon. Loin des tourments parfois un peu artificiels d'un Christopher NolanZack Snyder ramène ses personnages à leur dimension mythique, entre Olympe et Valhalla.

 

Amy Adams Henry CavillSuperman et sa Lois

 

SON ET LUMIERE

Le duel entre Ben Affleck et Henry Cavill devient dès lors un débat passionnant et superbement incarné à l’écran, entre le bien commun, la problématique de la guerre préventive, et la notion de dissuasion. Pour ce faire, Snyder laisse libre cours à tout son arsenal esthétique.

On retrouve ainsi le metteur en scène de 300 en pleine possession de ses moyens. Composant un monde riche d’images inoubliables, comme en témoigne son premier quart d’heure, plongée en apnée dans un univers incroyablement cinégénique, dont la moindre image vrille littéralement la rétine du spectateur (à la manière de l’introduction de Sucker Punch), il nous offre une odyssée à l’ampleur souvent phénoménale, voire écrasante.

 

SupermanSuperman jugé par les hommes

 

Il fallait tout son talent, sa connaissance aiguë de l’histoire des images et sa capacité à transformer en matière mythologique tout ce qui passe devant sa caméra pour ressusciter avec autant de puissance le personnage de Wonder Woman. Véritable révélation du film (qui jouit par ailleurs du seul morceau mémorable d’une bande-originale tonitruante), Gal Gadot bénéficie d’une iconisation absolument démente, qui dépoussière instantanément un personnage devenu objet de risée nostalgique depuis bien longtemps.

 

BatmanLa bête Batman

 

MARVEL QUAND TU NOUS TIENS

Mais son traitement est également symptomatique des véritables défauts du film. Car si elle est admirablement filmée par Snyder, l’héroïne est introduite à la truelle dans le récit, comme tout ce qui n’a pas directement trait à l’affrontement entre Batman et Superman. On sent ainsi la panique de Warner à l’idée de devoir rapidement lancer son univers étendu, qui parasite régulièrement le récit, jusqu’à en gâcher le dernier acte.

Batman V Superman abandonne soudain sa puissance, renonce abruptement à sa scénographie, pour revenir sur les rails établis par Marvel et nous inflige une ultime baston numérique, qui frise l’indigestion. Une cruelle déception, qui vient ternir un récit qui jusqu’alors semblait capable de renouveler durablement un genre étouffé par ses propres codes.

 

photo, Gal GadotWonder teasing

 

En témoigne le traitement de Lex Luthor, on attendait beaucoup de Jesse Eisenberg, mais ce dernier souffre hélas du syndrome du bad guy en roue libre, encore accentué par l'importance donné au duel entre Batman et Superman. Rapidement insupportable, le comédien n'a rien d'autre à offrir qu'une version hystérisée d'un personnage célèbre. Censé aérer le récit et lui conférer un peu de légèreté, il ne parvient paradoxalement qu'à l'alourdir.

De même, le rythme du film le dessert et le déséquilibre. Trop long et dur (le classement R a probablement été évité d’un cheveu) pour être un divertissement pop corn anodin, mais pas assez long et développé pour être la fresque épique à laquelle il aspire, Batman V Superman nous laisse donc en partie sur notre faim, comme si le film refusait finalement d’assumer l’épopée qu’il devait être.

Par conséquent, on attend immensément la version longue de Batman V Superman, qui devrait nous permettre de nous faire un avis définitif sur ce combat historique, qu’il se révèle un choc mythologique ou une choucroute trop garnie.

Retrouvez notre critique de la version longue par ici.

 

affiche

Résumé

D'une ampleur et d'une intensité remarquables, cet affrontement aux accents mythologiques souffre de scories regrettables, issues de la volonté d'introduire à tout prix un vaste univers étendu.

 

Autre avis Geoffrey Crété
L'ambition est là, les moyens aussi, mais Batman v Superman souffre d'une écriture atroce, et d'une noirceur artificielle que le scénario n'approfondit ou n'explique jamais. Le charme de Man of Steel a disparu pour laisser place à un film grossier, qui s'écroule sous son propre poids, incapable de manier les deux personnages avec intelligence.
Autre avis Lino Cassinat
C'est vrai, le récit est très sommaire et le design de Doomsday décevant. Pour le reste, Batman v Superman est un défouloir total. Opératique à la limite du grand guignol boursouflé et transcendé par une iconographie baroque remarquable, le film Batman v Superman est terriblement fin et jouissif... et on aurait pas cru écrire ça un jour.
Autre avis Alexandre Janowiak
Batman v Superman a de très belles choses à dire et une histoire passionnante à raconter sur la papier. Dommage qu'il le fasse avec un scénario bâclé, un montage illisible, une mise en scène décevante et surtout une photographie si sombre qu'on ne voit strictement rien à plusieurs reprises.

commentaires

Flo
13/02/2020 à 11:12

L’Aube de la Justice est un blockbuster qu’on peut juger sur deux plans.
De manière simple et direct, ça a l'air sombre et mature, et ça a l'air de poser des questions intelligentes et complexes. Les scènes d’actions sont bien rythmés et brutales, la musique bien prenante, le nouveau thème de Batman étant très proches de celui de Elfman (thum thum thum thum thum!).
Et le long combat final entre deux, puis 3 et 4 personnages envoie méchamment, avec un Superman plus chevaleresque encore que Batman, avec « sa lance contre le dragon ». De ce coté là ça fonctionne assez en restant dans le même style de Snyder.
Maintenant pour ceux pour qui tout cela est largement suffisant, ne pas lire la suite qui analyse tout le reste en profondeur du pour de vue de l’adaptation et du potentiel cinématographique, merci et à bientôt, quand vous en aurez vu plus.

"Superman et Batman" – oui, le titre choisi reste idiotement commercial et irrespectueux envers l’Homme d’Acier (et ce « V » hypocrite…) – est surtout un film trop « à la bourre ». Comme si pour rattraper leur retard envers Marvel, Warner faisait mine d’aller plus loin que d’autres en se mettant en tête de faire croire que leur film est la conséquence de plusieurs années de développement de films. Thématiquement oui, si on compte à partir du Superman de Donner. Mais en pratique non, puisque c’est la suite du "MoS" d’il y a 3 longues années.
On se retrouve alors à nouveau avec deux parties distinctes mais inégales, rien qu’en temps de visions. L’une exposant en longueur les enjeux sur la présence d’un surhomme sur Terre, mais cette fois du point de vue de l’humain… effrayé, pas (assez) de celui qui croit en l’espoir. Comme si c’était la seule chose existante dans le monde, ce qui est irresponsable quand des événements de plus en tragiques, et encore récemment, invite au moins de cynisme et d’effroi possible (même Jimmy Olsen est abattu comme si c’était le seul quotidien des journalistes de guerre, infiltrés par la CIA ou non)..
Ainsi, ce Superman et son entourage passe leur temps à broyer du noir, et se demander pourquoi le monde n’est plus gentil, ce genre de chose, au lieu d’agir. Et d’agir impulsivement en conséquence: un seigneur de guerre facile à maîtriser ? Il lui fait quasiment traverser un mur (gratuit) Une bombe sous un fauteuil ? Il reste les bras ballant et n’est pas capable de sauver une seule personne – la bombe était silencieuse ? doublée de plombs ? Comment savoir, ils n’explique même pas comment il aurait pu échouer.
Pire, le « gros » argument qui est de l’assimiler à un dieu, avec toutes les interprétations partant tous les sens, et surtout les plus mauvaises, persiste ? Il ne dit rien du tout, il encaisse au lieu de se défendre par la solution la plus évidente possible « je ne suis pas un dieu, je veux juste essayer d’aider les gens autant que possible ». VOILA, comme ça c’était plié. Mais ce dégourdi là n’en est pas capable, trop occupé à se plaindre et sauver Lois. En conséquence, Clark Kent n’existe pas plus à l’écran (pour compenser avec son énorme temps de présence pendant 10 ans de Smallville?). Et un Superman sans contrepoint humain est plus que fade et isolé du reste du monde.
Batman s’en sort à peine mieux, le jeu d’Affleck étant aussi stoïque que celui de Cavill, preuve qu’ils sont un peu comme des frères, jusqu’au twist avec le nom de Martha justifiant un prologue trop de fois vue. Twist hélas incohérent: quel fils irait dire, sur le coup de la douleur « tu dois sauver Martha », au lie de « ma mère » ? Un fils indigne ? Non, ça ne marche pas vraiment là. Pour le reste, on a le gros Bat de Miller qui a appris à boire et est un peu trop fatigué, mais fringant. Pas toujours malin quand il approche « KGBeast » à découvert plutôt qu’en Matches Malone. Mais la carrure ne suffit pas toujours (on voit peut-être plus la star Affleck que le héros), surtout quand on vampirise (!) presque le film niveau regard critique trop forcé, et violence itou. On dirait presque le retour du Batman de Burton, dont la question sur « tue-t-il ou pas? » n’est pas du tout tranché, vu comme il mutile et fait exploser des criminels sans qu’on se préoccupe une seconde de leur survie. Le travail entamé par Nolan dans sa trilogie est (presque) complètement oublié. Et dire qu’il est crédité au générique.

Quant aux autres personnages, Lois encore est trop collée au personnalités militaire pour en faire autre chose qu’une des meilleures journaliste du monde (cad libre de tous type de sujet). Elle représente à elle seule la partie humaine Clark, son garde fou, ce qui est aussi réducteur.
Lex a plus à voir avec les version cinéma désuètes de Hackman et Spacey, elle mêmes trop proches des vilains potaches du Batman des 60’s, eux mêmes tous des décalques du Joker… Encore un qui se prend pour le clown, ou pour le Riddler à la limite. Voir pire, pour une sort de Glorious Godfrey puisqu’il semble le seul à savoir que Darseid arrive, dont il serait le sbire qui a monté le monde (encore plus) contre Sups… qualifié alors de sentinelle du monde ?
Les autres personnages existent comme ils peuvent, mais un peu comme s’ils étaient dans leur propre film. Et Wonder Woman ne sert qu’à flirter avec Bruce, donner un coup de main/poing à la fin, et regarder les fichiers qui introduisent la Ligue dans une scène hors sujet trop longue pour être un banal fan service.

Justement, la dernière partie du film, centrée sur l’action trépidante, permet de se « réveiller un peu ». Et symbolise à elle seule l’autre pendant de cette vitesse d’exécution abrupte de Warner, en faisant rentrer dans un seul film des références à "Crisis on Infinite Earths" (Flash averti Bruce), "Dark Knight Returns" bien sûr et ses répliques chocs (« nous avons toujours été des hors la loi, Alfred », « mes parents m’ont appris une toute autre leçon », « oui, je te crois sur parole »), la Ligue version "New 52"… Et "Doomsday" bien sûr, renversant l’idée que Superman, pour être un exemple doit mourir et ressusciter ?

C’est plutôt l’inverse dans les comics, et cette dimension de martyr « christique » déjà exploré avec plus de subtilité dans "Superman Returns", permet encore d’appuyer sur les agaçantes références à la White American God de Snyder: Souvent,dès qu’un personnage est en danger, il prie, se croise, etc (et aucun juif, musulman, bouddhiste ou hindou dans le lot).
Maintenant c'est trop: Superman n’est pas drapé de Rouge Blanc Bleu, mais de Rouge Jaune Bleu. Les couleurs primaires quoi, pour le « premier » des héros. Ça plus l’omniprésence militaire oriente trop le film vers un coté « droitier » malaisant, alors que le héros est plutôt universel dans le genre. Combien de fois faut-il le dire, c’est un Samaritain, sans distinctions de genre, race, religion etc. Ou au moins abolie-t-il ces frontières pesantes.

Pour être lourd, c’est lourd. Mais une fois le film fini, pour être honnête, ça passe assez bien, ça tient la route, ce n’est pas non plus ignoble à voir de bout en bout. Juste trop déséquilibré dans des détails trop forcés, ou trop inexistants. Le spectacle est là, à la hauteur. Mais ce n’est que ça, rien de plus.
À l’image des ces scènes dans "MoS" et ici, où Superman ne dépasse pas l’orbite de la Terre une fois s’élevant contre ses ennemis, le film n’est pas plus qu’une histoire super héroïque de plus, avec ses péripéties. Mais ne se surpasse pas assez pour aller Vraiment plus Loin, plus Haut…

Zejl
02/10/2019 à 00:00

Franchement ce film est loin d'être mauvais surtout en comparaison de suicide squad ou de ce pompage raté d Avengers qu est justice League. Heureusement depuis dc est revenu dans le droit chemin avec Wonder woman et même Aquaman.

Miami81
01/10/2019 à 12:10

Film sympa mais qui souffre de la comparaison, à mon avis, des Batman de Nolan.

Opale
01/10/2019 à 10:44

Comme quoi ce film, 3 ans après sa sortie, divise encore et interroge. Dommage de voir encore des commentaires traitant de "crétins" ceux qui aiment ou défendent le film - ou l'inverse. Un peu de retenue et de tolérance seraient les bienvenues mais autant pi... dans un violon!

alex
01/10/2019 à 10:18

Mémorable moment que cet combat de titans interrompu par " pourquoi t'as prononcé le nom de ma mere ?! " Ambiance cours d'école ! Film mal ecrit, avec une narration truffée de flashback indigestes, seule la machoire de Ben Affleck sort du lot

M1pats
01/10/2019 à 09:19

Est ce que vous savez quand même que ce truc revient souvent dans les mentions " film de SH le plus nul de l histoire " un peu partout ? Mais ça va continuez de vivre dans vos fantasmes

Alan Smithee
01/10/2019 à 09:15

Après l'avoir revu j'ai le même avis : Le problème de ce film c'est qu'il ne sais pas ce qu'il veut être : Est ce qu'il veut être un film de super-héros ou est ce qu'il veut être une déconstruction des ces derniers? Le film ne sais pas ce qu'il veut être et en conséquence il devient chiant et pénible.

M1pats
01/10/2019 à 09:13

Je n arrive toujours pas a comprendre comment on peut donner le moindre crédit a une telle abération limite qui n est meme pas pro quand il s agit de parler des codes cinématographiques

Un film qui n a ni queue ni tête et qui plait autant, peut etre la prouve que beaucoup aiment allet a l'encontre de l avis général et j en suis même sur, bcp défendent cette purge juste pour avoir un avis différent et qu ils ne veulent pas reconnaître que c est un ratage complet car ils l attendaient depuis tellement longtemps et ils ne veulent juste pas rendre les armes

Toff
01/10/2019 à 06:03

Du n'importe quoi, ce film es devenu le meilleur film de super héros... Au moins zack a pris des risques pour son film...

corleone
30/09/2019 à 23:56

Film désastreux encensé bêtement par de sombres crétins, quel gâchis (puisqu'on en est aux clichés)

@Micju dans tous les pires nanars il y'a toujours des morceaux de bravoure c'est pourquoi ton commentaire est gros gloubi boulga à dire que c'etait bon par ci et mauvais par là. Globalement le film est nul et ce n'est pas le temps (3 ans déjà) qui arrangera ça.

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