Gemma Bovery : Critique

Simon Riaux | 28 août 2014
Simon Riaux | 28 août 2014

La comédie dramatique et la carte du tendre sont deux éléments rebattus du cinéma français, que ce dernier semble avoir de plus en de mal à traiter autrement que sous l'angle mortifère des petits tracas bourgeois. C'est pourquoi voir Anne Fontaine y injecter une bonne dose de malice, un casting international et de fortes influences littéraires a de quoi surprendre autant qu'aguicher.

À bien des égards, Gemma Bovery pourrait n'être qu'une énième fable décortiquant péniblement les ressorts de l'ennui, du couple, de l'amour et du hasard. Et si tel est effectivement le programme du film, le désir d'Anne Fontaine de marier à cette trame académique la Bovary de Flaubert dynamise ce récit attendu. Car cette histoire d'un ex-lettreux parisien devenu boulanger normand, soudain épris d'une voisine britannique qu'il transforme petit à petit en son héroïne de papier nous amène sur un terrain résolument malicieux. C'est un hymne à la littérature qui se dégage progressivement du film, une ode à sa force, sa toute-puissance, comme pour mieux affirmer que se perdre au cœur du verbe vaudra toujours mieux que trouver le chemin d'une existence trop morne. Le cinéma hexagonal se rêve parfois littéraire quand il s'avère souvent verbeux, et on se félicite de voir la réalisatrice nous offrir cet hommage insouciant mais sincère à cet essentiel voyage intérieur.

 

 

 

Autre régal, le casting, tout à fait inhabituel pour une production française, qui adjoint à un Luchini mezzo voce un duo britannique parfaitement accordé, le sobre Jason Flemyng et l'indécente Gemma Arterton. Tous trois se livrent à un jeu de mots entre Français et Anglais, entre paillardise et flegme. Plaisirs simples mais trop rares. Sensuel, indolent et chaleureux, le film oublie hélas en chemin l'aspect le plus ambigu de son scénario, à savoir la manipulation perverse à laquelle se livre Fabrice Luchini. Il y avait là une pente délicieusement glissante, dans laquelle le scénario ne s'engage que trop superficiellement, interdisant à l'œuvre de nous toucher en profondeur. Et si le plaisir pris tout le long du visionnage a parfois la vitalité des émois adolescents, il s'arrête comme eux bien trop tôt pour s'avérer plus qu'un charmant flirt.

 

 

Résumé

Gemma Arterton et Fabrice Luchini se livrent à un jeu du chat de et la souris des plus séduisants mais trop superficiel pour nous enivrer totalement.  

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(2.0)

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