Dallas Buyers Club : critique à Oscars

Geoffrey Crété | 6 juin 2017 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Geoffrey Crété | 6 juin 2017 - MAJ : 09/03/2021 15:58

La bête à Oscars est une étrange créature. Conçue dans un œuf estampillé dollars, élevée pour surpasser la concurrence, réduite à un crowd pleaser vénal, elle gagne en popularité à mesure que son ADN d'œuvre cinématographique se désagrège. Comédiens métamorphosés à l'extrême, étiquette d'histoire vraie apposée sur un chapitre douloureux de l'histoire, lui-même conjugué à la sauce mélo : Dallas Buyers Club ne brille ni par sa modestie, ni par sa finesse, si bien qu'il semble désormais impossible de le dissocier de sa nature de bulldozer hollywoodien.

OSCAR, TON UNIVERS IMPITOYABLE

A l'origine, il y a l'histoire improbable de Ron Woodroof, redneck homophobe avide de sexe, drogue et taureaux dans le Texas des années 80, qui se lance dans la contrebande de médicaments après avoir été diagnostiqué séropositif. A l'arrivée, il y a une œuvre balisée, prototype du film indé hollywoodien poli et bienveillant qui creuse les sentiers battus. A y regarder de plus près, le film se révèle même étonnamment doux et mièvre comparé aux poids lourds qu'il brasse - l'industrie pharmaceutique et ses combines politiques, le sida, l'homophobie, la communauté LGBT, la drogue, un cocktail digne de Spike Lee et Larry Clark.

 

photoAll right all right all right

 

Une scène représente à ce titre la tiédeur de l'entreprise : celle où Woodroof, accompagné de son nouvel ami travesti, croise un ancien acolyte dans un supermarché. Une confrontation centrale pour les héros, résolue en quelques phrases et sourires faciles, dignes d'une mauvaise pastille contre l'homophobie. Dans ces instants là, il semble clair que Dallas Buyers Club ne sera pas un grand film, alors même que Jean-Marc Vallée, revenu de ses guimauves avec le superbe Café de Flore, démontre une belle aptitude à prendre le pouls de son héros avec une caméra vivace. De l'histoire, il ne restera donc que peu de choses : des personnages figés dans leurs contradictions sommaires, une écriture simplette, une émotion banale.

 

photo, Jared Leto2 Oscars se cachent sur cette image

 

MATTHEW MCLETO

Mais puisqu'il faudra réduire Dallas Buyers Club à ses comédiens, superstars des soirées hollywoodiennes, il est naturel de s'extasier sur les performances de Matthew McConaughey et Jared Leto. Le premier, revenu des entrailles du système, prouve pour la septième fois en deux ans qu'il n'est plus possible de le cantonner au cimetière des déchets hollywoodiens. Le second, qui a suivi son oreille musicale sur Mars, assure un retour en fanfare après quatre ans d'absence dans un second rôle taillé à sa mesure - son allure androgyne, son amour pour les seringues au cinéma.

Là où Jennifer Garner traîne désespérément derrière elle les mêmes tics d'actrice, il est méconnaissable bien au-delà de sa charpente et ses résille. Des deux côtés de l'écran, le duo oscarisable est improbable. Il vampirise le film, quitte à ne plus lui laisser une seule goutte de sang pour survivre.

 

Affiche française

Résumé

Le pur mélodrame hollywoodien, prévisible dans ses pires défauts et ses plus beaux atouts.

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