Blue Jasmine : critique enchantée

La Rédaction | 7 mai 2017 - MAJ : 09/03/2021 15:58
La Rédaction | 7 mai 2017 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Qu'on se le dise, le nouveau Woody Allen est un très bon cru. En fait ce qui rassérène et fait donc plaisir c'est de constater que le cinéaste n'est pas mort. 

Ô certes sa filmographie récente est loin d'être indigne. On y trouve même encore quelques petites pépites comme Whatever works ou Match point, le film qui l'aura désencrassé de son public souche mais aussi de la médiocrité vers laquelle tendait alors ses réalisations à mille lieux d'un Harry dans tous ses états, son dernier chef-d'œuvre en date réalisé en 1997. Ce qui sur l'échelle du temps allenienne, représente une peccadille de seize films quand pour un autre cela peut faire toute une carrière. Non, Allen n'est pas mort mais en roue exagérément libre oui. D'où la divine surprise de tomber sur ce Blue Jasmine que l'on n'espérait plus.

 

photo

 

Point de comédie exotique à tendance touristique ici, point non plus d'un quelconque retour aux sources (ceux qui avanceront cela lors d'un diner en ville avoueront incidemment leur inculture crasse), mais l'envie séculaire de s'affranchir de l'étiquette du bouffon intello de service qui lui colle aux basques depuis toujours. On le sait, Woody Allen est un faux comique et un vrai dépressif qui pour noyer son stress et sa peur panique de la pellicule blanche enchaine les films comme d'autres enfilent les perles. Le problème, c'est que le costume du clown triste, le cinéaste a de plus en plus de mal à l'endosser trainant alors son spleen et sa caméra aux quatre coins de l'Europe pour un résultat souvent anodin pour ne pas dire négligeable. Alors comme pour Whatever works qui revenait avec bonheur à New-York, Blue Jasmine fait un saut sur la côté ouest dans un San Francisco toujours aussi cinégénique mais filmé ici dans sa version prolo. À l'image de Ginger hébergeant dans son F2 sa sœur ainée qui vient de se faire larguer par son fortuné de mari.

 

photo, Louis C.K., Sally Hawkins

 

Ginger c'est Sally Hawkins dont on se souvient encore de sa prestation habitée en ouvrière militant pour l'égalité des salaires hommes / femmes dans We Want Sex Equality. En face il y a la Rolls-Royce Cate Blanchett, alter ego à l'écran d'un Woody Allen qui se charge une nouvelle fois de nous balancer ses peurs paniques au sujet de l'autre au sein du couple. En mode drame, il lui offre son plus beau rôle à date et aux spectateurs un personnage à la richesse dramatique éprouvante. On y retrouve aussi quelques uns des accents bergmaniens qui ont portés Gena Rowlands dans Une autre femme ou Diane Keaton dans Intérieurs. Mais c'est en fait à Mia Farrow dans September que l'on pense le plus. Femme forte et fragile en prise avec une micro humanité dont elle semble à la fois en diriger les (d)ébats tout en en étant totalement déconnectés, elle est au final le témoin d'une époque qui la dépasse.

 

Affiche française

Résumé

C'est tout le secret du cinéma de Woody Allen qui ne cherche pas tant à donner sa version des faits qu'à tenter de sans cesse rattraper le temps qui défile trop vite au risque de se paumer un peu plus à chaque fois. Et le personnage de Cate Blanchett de symboliser magnifiquement cette quête de soi si bouleversante car perdue d'avance.  

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commentaires
corleone
07/05/2018 à 22:45

Cate Blanchett… quelle femme!

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