Le Grand méchant loup : Critique

Guillaume Meral | 12 juillet 2013
Guillaume Meral | 12 juillet 2013

Nicolas Charlet et Bruno Lavaine, c'est le duo à l'origine du relativement oublié La personne aux deux personnes, gros four de l'été 2008, mais proposition de cinéma stimulante qui osait bousculer les repères du spectateur hexagonale vis-à-vis de son genre de prédilection (la comédie). Prenant soin d'élaborer un univers visuel à la mesure de son pitch improbable (un chanteur de variété des années 80 qui se retrouve coincé dans le cerveau d'un comptable terne et maltraité suite à  un accident de scooter), les deux compères eurent en outre l'instinct d'utiliser une vedette à la filmographie solidement ancrée dans la culture populaire comme Cheval de troie à leur travail de sape. De fait, plus qu'un Alain Chabat dont la propension aux excès WTF est connue de tous, c'est Daniel Auteuil qui surprenait en endossant (avec succès) la responsabilité de véhiculer l'univers absurde et bigarré des réalisateurs.

 

 

Or, au-delà des carences émanant de l'aspect immédiatement bancal de certains de ses partis-pris (dont une structure  scindée en plusieurs points de vue qui, en plus de favoriser le personnage de Poelvoorde au détriment des autres, ne justifie jamais de son utilité, car enferme les personnages dans leur traits de caractères les plus caricaturaux plutôt que de les en émanciper), le problème du Grand méchant loup réside dans son casting, qui contrairement à leur premier film ne parvient jamais à supporter l'ambition des deux réalisateurs. En se penchant sur la trajectoire de trois frères aux prises avec le démon de midi tandis que se joue à l'hôpital l'avenir incertain de leur mère, le film aspire visiblement à s'inscrire dans l'héritage d'Yves Robert tout en marchant sur les traces de la comédie américaine contemporaine, à concilier comédie de mœurs à consonance générationnelle et élans absurdes aux accents semi-régressifs. Mais l'envie a beau être là, les potentialités du film ne s'épanouissent que rarement, la faute justement à des acteurs qui semblent constamment se complexer de la dimension stéréotypée de leur personnage. Ainsi, Fred Testot est lunaire mais pas trop, Kad Merad prend un air endormi pour ne pas exagérer la psychorigidité de son personnage et Benoît Poelvoorde, qu'on a connu moins timide, confirme que son passage à la production mainstream semble l'avoir inhibé à jamais (même quand il chante LMFAO, c'est dire).

 

Résumé

Cette peur d'en faire trop, de sortir des clous (peut-être attribuable à la crainte de s'aliéner le public hexagonal après l'échec de leur précédent film?), est finalement assez symptomatique d'un film au profil bâtard, à la recherche perpétuelle d'un équilibre qu'il ne trouve qu'en confrontant deux pôles antagonistes qui  ne parviennent jamais à s'homogénéiser. Pas désagréable, mais une déception certaine pour un duo de réalisateurs qu'on imaginait pas aussi facilement acquis à la cause du consensus mou.

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