Savages : Critique

Simon Riaux | 28 août 2012
Simon Riaux | 28 août 2012

Après avoir complètement craqué dans les ruines du World Trade Center, platement portraituré George W. Bush et flingué la suite attendue du légendaire Wall Street, on priait pour qu'Oliver Stone revienne à ses premières amours, ou s'éloigne quelques temps des plateaux de cinéma. Visiblement infatigable, le metteur en scène a repris le chemin des tournages avec Savages, et exaucé notre premier souhait. Du moins en partie.

 

Preuve de l'immense talent de son auteur, le film parvient à accrocher et divertir le spectateur malgré une batterie de défauts embarrassants. L'énergie de la mise en scène et du montage, typiques de Stone, ne parvient pas à contrebalancer la lourdeur du récit, son aspect amphigourique et ses nombreuses redondances. On est ainsi ébahis de voir la menace mexicaine surgir dès la fin de la séquence inaugurale, pour ne s'incarner véritablement... qu'une heure et quart plus tard ! Les trois personnages principaux étant de loin les moins intéressants de la galerie de surexcités pathogènes concoctée par le réalisateur, on se lasse rapidement de leurs atermoiements amoureux, et l'on devine sans mal la tournure que prendra ce Jules et Jim cannabique.

 

 

Toujours est-il que le film recèle une galerie de seconds couteaux ahurissants, servis par des dialogues savoureux et un découpage qui cherche visiblement à leur offrir un espace que le scénario leur interdit. John Travolta s'avère formidable en agent fédéral dépassé par une guerre de cartel ultra-violente, mais tout de même décidé à tirer son épingle du jeu, quant à Salma Hayek, elle parvient à exister et à nous scotcher quelques fois, malgré un personnage sous-écrit. Enfin, c'est Benicio Del Toro qui impose le respect, en tueur sadique imprégné de la symbolique de la Santa Muerte, dont les accès de violence sortent régulièrement le spectateur de sa torpeur.

 

 

On retrouve également l'appétence sexuelle qui caractérisa le travail du réalisateur, qui sans parvenir à enflammer les chairs, confère au métrage une aura éminemment sexy, prenant un plaisir malin à sublimer les corps, pour mieux les malmener, les recouvrant de toutes les sécrétions et fluides possibles au gré d'un script où chacun décharge à qui mieux mieux, à coups de plomb ou de gamètes.

 

 

 

L'idée de nous offrir un récit d'action classique dont le cheminement et la romance centrale se verront pervertis jusqu'à un final qui laissera sur chacun des dégâts plus moraux que balistiques est bien présente, et esquisse sans jamais l'embrasser une œuvre qui n'ose pas tout à fait se concrétiser. Dommage, on se demanderait presque si en essayant de gommer l'emphase et la philosophie de bazar qui amoindrissaient ses précédents travaux, Stone n'a pas du même coup asséché sa hargne légendaire. La question devant ce Savages qui nous amuse mais ne parvient pas à nous saisir aux tripes n'est pas tant de savoir qui sont les sauvages du titre, mais où ces salopiauds ont bien pu passer.

 

Résumé

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