Killer Joe : critique

Simon Riaux | 8 septembre 2011 - MAJ : 09/03/2021 15:58
Simon Riaux | 8 septembre 2011 - MAJ : 09/03/2021 15:58

Il aura fallu attendre cinq ans pour retrouver William Friedkin, après un Bug, qui avait rappelé à tout le monde que le metteur en scène possédait encore une hargne et un talent intacts. 

Toutefois, ce Killer Joe nous aura donné quelques sueurs froides : synopsis aussi mystérieux qu'alambiqué, affiche teaser ratée, programmation à la fin d'une Mostra dont les derniers jours furent un enchaînement de mauvaises surprises... Mais notre scepticisme était déplacé, tant le réalisateur en remontre encore une fois à ses contemporains.

 

photo, Emile Hirsch

 

Première bonne surprise, le réalisateur retrouve une intrigue plus ample, riche d'une galerie de personnages tous plus foutraques les uns que les autres. Thomas Haden Church, Gina Gershon, Juno Temple et surtout Matthew McConaughey (qui nous offre la meilleure partition de sa carrière) évoluent dans un univers white trash poisseux où mesquinerie et cupidité se tirent férocement la bourre. L'intrigue, cousue de fils blancs, vaut non pour elle-même, mais pour le ton grotesque et mordant adopté par Friedkin, qui lui permet de jongler en permanence entre polar et comédie de moeurs, le tout rehaussé d'une bonne dose de violence et de sexe crapoteux. L'auteur retrouve ici une liberté de ton et un humour (« So, whose dick is that ? ») qu'on rêverait de retrouver chez de plus jeunes réalisateurs, à l'image d'une surréaliste scène de fellation panée (sic).

 

photo, Gina Gershon, Matthew McConaughey

 

On pourra arguer que découpage et montage sont singulièrement banals dès lors que l'action a lieu au grand jour, comme si l'immense formaliste se retrouvait soudain bien embarrassé par les grands espaces Texans. Mais ce serait oublier combien sa mise en scène s'énerve et nous emporte dans un tourbillon furieux dès que l'action est cloisonnée, comme si le confinement des tensions et leur éclatement était à présent le moteur à explosion de la machine Friedkin, comme en témoigne le climax en forme de rollercoaster, au cours duquel sang, salive, larmes et autres fluides corporels viendront éclabousser les cloisons du décor. On est fasciné par la liberté avec laquelle l'auteur continue de manier l'ambiguité de son propos, l'ironie avec laquelle il retourne systématiquement les valeurs et symboles du monde occidental, et de l'Amérique en particulier.

 

 

Affiche française

Résumé

Ce qui saute aux yeux dans Killer Joe, c'est la volonté inébranlable de William Friedkin de continuer à raconter des histoires dont la mécanique narrative elle-même est essentiellement transgressive. Ce n'est bien sûr pas un hasard si son cinéma, emblématique des années 70 et de leurs crises successives, retrouve dans nos sociétés au bord du gouffre tout son impact et sa verve subversive.

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