Incassable : critique indestructible

Thomas Messias | 2 décembre 2018 - MAJ : 09/12/2019 12:08
Thomas Messias | 2 décembre 2018 - MAJ : 09/12/2019 12:08

Après l'ouragan Sixième sens, carton mondial à la conclusion déconcertante, tout le monde attendait M. Night Shyamalan au tournant : comment retomber sur ses pattes et cueillir tout le monde une deuxième fois sans se répéter ni devenir prévisible ? En sortant une nouvelle pépite avec Incassable.

AIME SHYAMALAN

Incassable sentait gravement la redite et l'essoufflement prématuré d'un réalisateur mort-né. C'était sans compter sur l'ingéniosité de M. Night Shyamalan, qui a plus d'un tour dans son sac. Reprenant peu ou prou le même postulat (des personnages désespérément seuls luttent pour découvrir qui ils sont vraiment) et mettant en scène de manière assez identique, il parvient à ne pas se répéter, et même à transcender son sujet, là où, dans Sixième sens , le twist final ne cachait aucune réflexion profonde.

 

Photo Bruce WillisBruce Willis

 

Si deux mots pouvaient suffire à décrire cet Incassable, ce serait « intelligence » et « désespoir ». Intelligence tout d'abord, que ce soit dans la mise en scène (à elle seule, la scène du train, pourtant basée uniquement sur des dialogues, est une grande leçon de réalisation) ou dans l'écriture. Construit en hommage à l'univers des comics, où s'affrontent souvent le Bien et le Mal, Incassable est une lutte métaphysique vibrante et grandiose. Shyamalan s'affranchit du concept de « gentil » et de « méchant » en poussant la psychologie des personnages au stade supérieur.

Désespoir ensuite, tant le nombre de sourires est faible, tant les maisons sentent le renfermé et les personnages le mal-être. Pas un souffle d'air ne vient rafraîchir l'atmosphère. Incassable, c'est la tristesse incarnée, une tristesse d'une beauté sans nom. Cœul serré et colère rentrée, le personnage de Bruce Willis est exactement à l'image du film : impressionnant jusque dans ses faiblesses et ses errances.

 

Photo Samuel L. JacksonSamuel L Jackson

 

DUEL AU SOMMET

Bruce Willis n'a sans doute jamais été aussi bon qu'ici. Face à lui, Samuel L. Jackson et Robin Wright assurent également, tout comme le jeune Spencer Treat Clark, qui livre une prestation époustouflante : si la scène dite de la cuisine atteint des sommets de tension, c'est grâce à lui (et, comme d'habitude, à la mise en scène au cordeau de Shyamalan). Le réalisateur confirme d'ailleurs son grand talent pour diriger des enfants.

 

Photo Bruce Willis, Samuel L. JacksonSuper-héros ? Super Vilain ?


La dernière partie du film pourrait paraître trop explicative alors qu'elle est juste grandiose : Shyamalan y multiplie les petits morceaux de bravoure avec une maestria qui n'appartient qu'à lui, comme autant de vignettes d'un comic. Un parti pris qui pourra paraître anodin, voire même redondant, mais c'est cet enchaînement de scènes qui fournit une grande partie de sa force au long-métrage. Jusqu'à la révélation finale, qui donne une nouvelle dimension au film sans pour autant tout remettre en question.

 

Affiche officielle

Résumé

Au vu du génie déployé ici, Incassable pourrait bien s'avérer indépassable. Souhaitons que Shyamalan puisse un jour renouer avec de tels sommets.

commentaires

Oldskool
03/12/2019 à 10:42

VOUS MONSIEUR QUI ETES L'AUTEUR DE CETTE ANALYSE CINÉMATOGRAPHIQUE ! Juste pour vous dire que j'ai rien à rajouter. Vous avez résumé en quelques paragraphes l'essence même de ce chef d'oeuvre ! J'en ai même versé ma larme à l'époque ! Pas par tristesse, mais juste parce que PUTAIN qu'est ce que c'est beau de maîtriser le cinéma et toutes ses composantes à ce point... Ne nous voilons pas la face, ce sera l'ultime chef d'oeuvre de Shyamalan...

Grand Monarque
03/12/2019 à 09:42

moi je trouve Glass plutot pas mal, j'ai vu Incassable en son temps, et je l'ai trouvé trés lent et chiant,mais pas ininteressant, c'est drole j'ai vu d'autres critiques du film en leur temps, mais ils ne sont pas les ahuris cosmopolites d'Ecran Large, un bon paquet des types de la redaction du site d'Ecran Large qui soutiennaient les pé do comme james Gunn.. par exemple..j'appelle çà des ahuris pour rester poli
donc les critiques étaient pas dityrambiques du tout,et Incassable comme Glass çà reste oubliable, çà ressemble a des telefilms en plus, MrShyamalan termine son triptyque en buvant la tasse, tout comme le pauvre Bruce Willis,

La Classe Américaine
03/12/2019 à 07:57

A tous ceux qui n'ont pas encore vu Glass, ne commettez pas l'irréparable. Vous risquerez de vous en vouloir toute votre vie. Glass c'est, par son propre auteur, l'irrévocable destruction de Incassable, c'est meme son exact opposé en tous points.

amds films
02/12/2019 à 22:49

Chef d'oeuvre, la comparaison avec Glass montre toute l'étendu du talent perdu au fil des années. triste

maxleresistant
02/12/2019 à 22:33

J'ai beau le revoir, ce film m'impressionne toujours par sa justesse et sa sensibilité.
Un des meilleurs rôles de Bruce Willis.
J'ai aussi adoré Split, dommage que tout ça se soit finit avec le très decevant et bordélique Glass...

Coolattitudedu67
02/08/2019 à 16:00

Au risque de faire dans la redondance c'est pour moi le meilleur film de Super-Héros.

dams50
01/10/2018 à 20:39

Revu hier soir.

Je ne me souvenais plus de cette scène de réveil à l'hôpital avec la poitrine de l'autre patient au premier plan, sa respiration et le bip du cardio également au premier plan sonore, et au second plan, le dialogue du médecin avec David Dunn. Puissant.

Starfox
01/10/2018 à 11:43

Le final est un grand moment de cinéma. C'est incroyable, mais tout est parfait dans cette scène. Un état de grâce insurpassable. D'ailleurs la suite montré que Shyamalan avait déjà atteint son pic avec ce film et qu'il ne pourrait pas faire mieux.

Mais sait-on jamais avec Glass...

Birdy
01/10/2018 à 11:19

Un réal qui s'est éteint peu à peu, mais à ce moment de sa carrière, il a vraiment son truc à lui, une atmosphère inimitable, et un talent pour filmer ses acteurs et les mettre en valeur dans un écrin classe, subtil, pas encore tape à l'oeil. Incassable, c'est le talent à l'état brut maîtrisé et offert avec un amour du cinéma qui ne se refuse pas. A revoir illico.

Copeau
01/10/2018 à 07:57

@Lola
Pas de ponctuation sur deux lignes, ça passe... mais là c’est illisible

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