Underworld : Critique

Zorg | 15 mars 2006
Zorg | 15 mars 2006

Prenez trois cuillerées d'un mythe usé jusqu'à la corde, deux mesures de Matrix parce que c'est la mode, une louche de décors et de figurants hongrois parce que ça coûte pas cher, une actrice suffisamment connue et pas trop laide pour pimenter la sauce, deux chapitres d'une histoire évoquant une des plus grandes love stories de l'histoire de la littérature, broyez le tout au mixeur, laissez mijoter à feu doux, poivrez, salez et voilà, c'est prêt, vous pouvez servir votre macédoine d'Underworld à vos invités.

Voici donc, à la louche, les différents ingrédients que Len Wiseman et Kevin Grevioux sont allés chercher pour nous cuisiner leur bébé : une variation néotechno-goth post-Matrix de Roméo & Juliette chez les vampires (et les loups-garous évidemment) qui souffle le chaud et le froid. Le chaud parce que c'est d'une certaine manière relativement inventif, le froid parce que c'est, à l'opposé, totalement convenu et balisé jusqu'à la moelle.

 


Malheureusement, à trop vouloir mélanger les genres, la mayonnaise finit par retomber bizarrement au fond du pot. Le réalisateur revendique, à juste titre, le fait d'avoir voulu faire une version live d'un comic book avec des vampires canardant des loups-garous, et c'est bien là la limite du concept. On ne peut prendre l'ensemble plus au sérieux qu'il ne se prend lui-même, mais même dans ces conditions, on touche rapidement aux limites du genre. L'histoire apparaît bien compliquée, et extrêmement bavarde pour une production de cette envergure, mais elle reste suffisamment cohérente pour ne pas devenir complètement nébuleuse. Les personnages sont fidèles aux archétypes qu'on s'imagine, en passant du vil traître au candide niaiseux censé servir de héros au film, sans oublier « l'evil overlord » (le grand méchant), fièrement campé par un Bill Nighy en mode rock star, qui monopolise l'attention comme un Mick Jagger en état de manque, mais la caricature se fait clairement sentir sous la surface.

 


L'ensemble ne manque cependant pas d'une certaine allure, de même que l'absence de tout second degré nous évite les habituelles pochades si courantes de nos jours. La photo bleu métal convient parfaitement aux décors naturels de Budapest et à l'ambiance générale, la mise en image fait preuve d'une relative élégance, et les scènes de fusillades sont dynamiques juste comme il faut (même si on n'échappe pas aux inévitables ralentis inspirés par qui vous savez). Le patchwork visuel et thématique se conforme donc finalement au cahier des charges sur le thème gothique postmoderne, et c'est probablement tout ce qu'on doit exiger du film.

 

 

La recette peut donc paraître indigeste de prime abord, mais un bon apéritif ne vaut-il parfois pas mieux qu'un plat de viande noyé sous sa propre sauce ? On est en droit de se poser la question avant comme après la dégustation. Mais après tout, ce n'est pas parce qu'on n'a pas trois étoiles au Michelin qu'on n'a pas le droit de dépoussiérer les recettes de grand-mère de temps en temps. Le cocktail est à peu près bien dosé, et il ne faut pas vouloir faire passer les vessies pour des lanternes. 

 

Résumé

Underworld, c'est du comic sur grand écran, autant le prendre comme tel.

Lecteurs

(5.0)

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