Titanic : critique insubmersible

Johan Beyney | 7 décembre 2022 - MAJ : 08/12/2022 11:32
Johan Beyney | 7 décembre 2022 - MAJ : 08/12/2022 11:32

Un budget de 200 millions de dollars pour 2,1 milliards de dollars de recettes dans le monde, 20,7 millions de spectateurs en France, 14 nominations aux Oscars et 11 statuettes remportées : le Titanic de James Cameron, avec Leonardo DiCaprio et Kate Winslet, semble aujourd'hui ne plus se résumer qu'à une série de chiffres colossaux. Digne récompense pour un chef-d'oeuvre du cinéma diront certains, preuve que le film ne repose finalement que sur une histoire de gros sous clameront les autres.

PRÈS, LOIN, OÙ QUE TU SOIS

Car l'incroyable succès du film, au-delà d'un compte de résultat largement créditeur, a été en son temps à l'origine d'un véritable phénomène de société, objet de toutes les discussions et de tous les conflits.

Les fanatiques (« J'y retourne pour la 57è fois tellement c'est formidable »), les adolescentes prépubères (« J'y retourne pour la 57è fois tellement Leonardo DiCaprio il est trop beau ») ou les simples amateurs (« Que voilà un bon film ») s'opposaient alors aux réfractaires du genre (« C'est une guimauve à faire vomir »), aux élitistes (« Tout le monde l'a vu, tout le monde en parle, ça m'énerve, j'irai pas le voir ») ou aux crétins (« Je vais pas y aller, on connaît déjà la fin »). Gageons qu'avec le recul, les passions se sont assagies et que Titanic a pu redevenir ce qu'il est avant tout : un très bon film.

 

Photo Kate Winslet, Leonardo DiCaprioUn couple de cinéma devenu légendaire : Kate Winslet et Leonardo DiCaprio

 

En s'appropriant l'un des plus grands mythes contemporains, mais également les codes d'un certain classicisme cinématographique, James Cameron a composé une fresque épique aux dimensions elles-mêmes titanesques. L'histoire est simple et tragique : un paquebot moderne, fleuron de l'industrie navale, réputé insubmersible, sombre dans les eaux de l'Atlantique Nord lors de sa première traversée.

Loin d'être un simple fait divers, ce naufrage constitue un témoignage politique, technologique, social et sociétal du monde occidental du début du XXé siècle. De nombreux documentaires sont par ailleurs revenus sur cet évènement et ses implications historiques. Cependant, James Cameron ne signe pas ici un documentaire mais bien un film, destiné au grand public. Or, quoi de plus universel pour remporter l'adhésion qu'une belle histoire d'amour ? Une solution d'autant plus efficace qu'elle permettra au réalisateur de cristalliser l'ensemble des thèmes abordés par son film.

 

PhotoLe dernier voyage

 

OLD BUT GOLD

Jeune artiste sans-le-sou, libre et frondeur, Jack Dawson embarque in extremis sur le Titanic pour aller tenter sa chance dans le Nouveau Monde. Rose Dewitt Bukater, jeune aristocrate engoncée dans son corset trop serré doit quant à elle épouser un homme qui représente tout ce à quoi elle rêve d'échapper. C'est un peu la princesse et le paysan, Roméo et Juliette, que l'on retrouve dans ce couple que la société empêche de s'aimer. Une histoire d'amour qui, si elle ne croule évidemment pas sous l'originalité, reste une belle histoire, dont l'emportement et la force sont portés par des personnages bien écrits et des interprètes très inspirés. De plus, ce parti-pris scénaristique s'avère extrêmement pratique pour trois raisons.

 

Photo Kate Winslet, Billy ZaneQuand ton date Tinder se passe mal

 

1- En faisant suivre à cette idylle un parcours somme toute classique au cinéma, il lui donne un souffle universel qui renforce le processus d'identification ;

2- Alors que l'issue est inéluctable, elle ajoute un enjeu nécessaire au maintien de la tension dramatique (la bateau va couler certes, mais vont-ils s'en sortir ?) ;

3- Leurs origines sociales et la nécessité de fuir les regards vont être le relais permettant au réalisateur de faire ce qui lui importe vraiment : montrer le bateau et ses passagers.

Sans Rose, pas d'accès aux cabines de luxe ou à la salle de bal, pas de rencontre du monde aristocratique ou des membres de l'équipage. Sans Jack, pas de visite des étages populaires, pas de fête irlandaise. Sans leur histoire d'amour, pas de cale, de soute ou de salle des machines. Voilà qui aurait été fort dommage tant le minutieux travail de reconstitution est époustouflant.

Décors, costumes, machinerie, accessoires, c'est bien le Titanic qui refait surface sous nos yeux, magnifié par la photographie de Russel Carpenter. James Cameron a alors l'intelligence de ne pas trop en faire. Convaincu de la force réaliste de ce qu'il filme, il arbore, malgré quelques scènes où la caméra virevolte de manière grandiloquente, une mise en scène qui ne fait pas dans l'esbroufe inutile, laissant parler l'image et les personnages.

 

Photo Kate Winslet, Leonardo DiCaprioRose et Jack

 

Bien entendu, Titanic ne serait pas Titanic sans son naufrage. Là aussi, James Cameron nous en met plein la vue avec ce qui restera sans doute l'un des plus grands moments de l'histoire du cinéma. Malgré l'incroyable longueur de la catastrophe (une heure et demie tout de même), il réussit l'exploit de nous tenir en haleine grâce à des images ébouriffantes de réalisme et un sens aigu du cadre et de la mise en scène. Du grand spectacle certes, mais qui n'est pas gratuit.

En effet, la partie du film consacrée au naufrage permet au réalisateur de revenir sur tous les jalons qu'il a posés depuis le début : le mépris pour les classes sociales populaires, l'hypocrisie des classes bourgeoises, la confiance aveugle de l'homme envers sa création. Il en profite également pour aborder des thèmes qui lui sont plus personnels et qu'il a déjà développés dans des films comme Terminator ou Aliens (si si) : le potentiel destructeur de la technologie, la volonté et la force des femmes. Et le Titanic de devenir le symbole d'une société technologique arrogante et déshumanisée qui, faute d'avoir pu empêcher son propre naufrage, ne peut que demander s'il reste des survivants.

 

Titanic : Affiche

Résumé

Prouesse technologique, fresque historique, épopée romantique, Titanic a été désigné comme un classique dès sa sortie. Il l'est encore !

Autre avis Geoffrey Crété
Malgré les années, malgré la réputation, malgré le triomphe, Titanic reste. James Cameron dirige son récit intime et épique d'une main de maître, et orchestre le drame romantique et spectaculaire avec une efficacité absolue. Une leçon en la matière, qui brille à tous les niveaux, et demeure d'une puissance folle.
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Lecteurs

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commentaires
Toulouloums
08/12/2022 à 23:48

Titanic nic nic nic

Fafaragorn
08/12/2022 à 18:01

Pour ceux qui vantent les ressorties comme étant une "immersion totale", c'est du spoil non?
Ok, je sors ;)

Mathilde T
08/12/2022 à 15:36

100% avec @Vulfi .Mais la direction artistique et les costumes superbes valent le coup d’œil et se tiennent vachement bien vingt ans après.

pith
08/12/2022 à 15:30

Énorme claque lors de sa ressortie en salles en 3D il y a quelques années. Un chef d’œuvre reste un chef d’œuvre quel que soit le support mais ici la 3D apporte une vraie plus-value et une immersion totale, comme Jurassic Park ressorti aussi en 3D, et où le relief appuyait totalement le propos meta du film.

Miss M
08/12/2022 à 11:44

Oui uniquement à partir du naufrage. A l'époque sur un grand écran de cinoche punaise ouais... ça le faisait. Et les acteurs jouaient tous très bien leur partition à cet endroit du film. Le reste.... bof, quel ennui ! Moi-même j'étais ado à l'époque et Di Caprio ne me faisait pas frémir au point de me faire subir le film ne serait-ce qu'une seconde fois.

sylvinception
08/12/2022 à 10:50

Ouais, mais c'est quand même vachement moins bien qu'Avatar.
(lolilol)

Sanchez
08/12/2022 à 08:19

La première partie a un peu mal vieilli car trop cul cul la praloche , mais le naufrage est simplement un des plus incroyable moment de l’histoire du cinéma. Le monde qui prend l’eau.

Ash77
08/12/2022 à 08:10

J'adore James Cameron, mais Titanic n'est pas mon préféré. Je ne comprends pas moi non plus cet engouement sur ce film...

A2lino
08/12/2022 à 08:07

Mention spéciale à la version 3D qui magnifie globalement le film ;)

Vulfi
08/12/2022 à 04:14

La partie catastrophe, grande fresque sociale, c'est un grand oui.

La partie amour impossible, construit totalement artificiellement, c'est un grand non. Kate Winslet a beau très bien jouer, y a pas une once de crédibilité dans cette histoire.

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